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il ne songea qu'à s'emparer des villes de la Grèce, prétextant l'intérêt de Sparte. Il commença par chasser les partisans des Athéniens, et choisit dans chaque ville dix citoyens auxquels il confia la direction des affaires. Il n'appelait à cette magistrature que des hommes qui lui étaient attachés par les liens de l'hospitalité ou la religion du serment.

II. Ce décemvirat établi, c'était la volonté de Lysandre qui tenait lieu de loi dans toutes les villes. Je ne fatiguerai pas le lecteur du récit de ses perfidies; il me suffira d'en citer une seule. Les habitants de Thasos s'étaient signalés par leur constance envers les Athéniens, comme s'il était dans la nature que les ennemis les plus implacables devinssent les amis les plus fidèles, lorsque les causes de discorde n'existent plus. Après sa victoire en Asie, Lysandre, qui ramenait la flotte, se dirigea vers Thasos dans l'intention de la détruire; mais comprenant que le succès dépendait du secret, et que les habitants lui échapperaient si son projet était découvert, il............

III. Les Lacédémoniens abolirent donc la puissance décemvirale. Pour se venger, Lysandre en. treprit de renverser la royauté à Lacédémone. Mais il n'en pouvait venir à bout sans le secours de la religion, car les Spartiates ne prennent jamais de résolution sans avoir consulté l'oracle. Il | essaya donc de corrompre les prêtres de Delphes, mais sans y réussir. Il s'adressa à ceux de Dodone, qui le repoussèrent également. Il dit alors qu'il avait fait à Jupiter-Ammon un vœu qu'il allait accomplir, et partit pour l'Afrique, espérant

impotentem dominationem refringerent; postquam apud Ægos flumen Lysander classis hostium est potitus, nihil aliud molitus est, quam ut omnes civitates in sua teneret potestate, quum id se Lacedæmoniorum causa facere simularet. Namque undique, qui Atheniensium rebus studuissent, ejectis, decem delegerat in unaquaque civitate, quibus summum imperium, potestatemque omnium rerum committeret. Horum in numerum nemo admittebatur, nisi qui aut ejus hospitio contineretur, aut se illius fore proprium fide confirmaret.

II. Ita decemvirali potestate in omnibus urbibus constituta, ipsius nutu omnia gerebantur. Cujus de crudelitate ac perfidia satis est unam rem, exempli gratia, proferre, ne, de eodem plura enumerando, defatigemus lectores. Victor ex Asia quum reverteretur, Thasumque devertisset; quod ea civitas præcipua fide fuerat erga Athenienses, proinde ac si iidem firmissimi solerent esse amici, qui constantes fuissent inimici, eam pervertere concupivit. Vidit autem, nisi in eo occultasset voluntatem, futurum, ut Thasii dilaberentur, consulerentque rebus suis. Itaque

III. Decemviralem suam potestatem sui ab illo constitutam sustulerunt. Quo dolore incensus, iniit consilia reges Lacedæmoniorum tollere; sed sentiebat, id se sine ope deorum facere non posse, quod Lacedæmonii omnia ad oracula referre consueverant. Primum Delphos corrumpere est conatus. Quum id non potuisset, Dodonam

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que les prêtres africains se montreraient plus faciles que les autres; mais il fut encore trompé, car les prêtres de Jupiter, loin de se laisser éblouir par ses promesses, envoyèrent des députés à Lacédémone pour l'accuser d'avoir voulu les corrompre. Cité pour ce fait, il comparut devant les juges, qui l'acquittèrent. Il fut envoyé depuis au secours des habitants d'Orchomène, et périt dans cette expédition en combattant les Thébains près d'Haliarte. On trouva dans sa maison, après sa mort, un discours qui prouva qu'on ne s'était pas trompé sur ses desseins. Ce discours, qu'on attribue à Cléon d'Halicarnasse, était conçu de manière à ce que l'opinion de Lysandre parût s'accorder avec la décision qu'il demandait à l'oracle, et qu'il espérait bien obtenir à prix d'argent.

IV. Je ne dois pas omettre un trait du satrape Pharnabaze. Lysandre s'était signalé par son avarice et sa cruauté lorsqu'il commandait la flotte, et il craignait qu'on en eût instruit ses concitoyens. Il pria Pharnabaze de lui donner une lettre qui pût lui servir de justification devant les éphores, et qui attesterait son intégrité pendant la guerre et son équité envers les alliés. Il lui recommandait d'entrer dans de grands détails, attendu l'importance de son témoignage. Pharnabaze le lui promit. Il écrivit une longue lettre remplie d'éloges, et la montra à Lysandre, qui en fut content. Mais, au moment de la fermer il en substitua une autre de même grandeur, et si parfaitement semblable à la première qu'on n'aurait pu les distinguer. C'était un mémoire où il dé

adortus est. Hinc quoque repulsus, dixit se vota suscepisse, quæ Jovi Hammoni solveret, existimans se Afros facilius corrupturum. Hac spe quum profectus esset in Africam, multum eum antistites Jovis fefellerunt. Nam non solum corrumpi non potuerunt, sed etiam legatos Lacedæmona miserunt, qui Lysandrum accusarent, quod sacerdotes fani corrumpere conatus esset. Accusatus hoc crimine, judicumque absolutus sententiis, Orchomeniis missus subsidio, occisus est a Thebanis apud Haliartum. Quam vere de eo foret judicatum, oratio indicio fuit, quæ post mortem in domo ejus reperta est; in qua suadet Lacedæmoniis, ut, regia potestate dissoluta, ex omnibus dux deligatur ad bellum gerendum; sed ita scripta, ut deorum videretur congruere sententiæ, quam ille se habiturum, pecunia fidens, non dubitabat. Hanc ei scripsisse Cleon Halicarnasseus dicitur.

IV. Atque hoc loco non est prætereundum factum Pharnabazi, satrapis regii. Nam quum Lysander, præfectus classis, in bello multa crudeliter avareque fecisset, deque his rebus suspicaretur ad cives suos esse perlatum, petiit a Pharnabazo, ut ad ephoros sibi testimonium daret, quanta sanctitate bellum gessisset sociosque tractasset, deque ea re accurate scriberet; magnam enim ejus auctoritatem in ea re futuram. Huic ille fiberaliter pollicetur : librum gravem multis verbis conscripsit, in quo summis eum effert laudibus. Quem quum legisset probassetque, dum obsignatur, alterum pari magnitudine, tanta simili

nonçait avec la plus minutieuse exactitude toutes les perfidies et les exactions de Lysandre. Arrivé à Lacédémone, Lysandre paraît devant le premier magistrat, rend compte de sa conduite comme il le juge à propos, et remet à l'appui la lettre de Pharnabaze. Les éphores le font retirer pour en prendre connaissance; puis, ayant vu ce qu'elle contenait, ils le rappellent, et la lui donnent à lire. Il s'était accusé lui-même à son insu.

ALCIBIADE.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Alcibiade se rend célèbre par ses vices et par ses vertus.-II. Son éducation et ses mœurs. - III. Nommé général dans la guerre contre les Syracusains, il devient suspect à ses concitoyens. IV. Rappelé dans sa patrie, il est voué aux dieux infernaux, ce qui l'engage à épouser les intérêts de Sparte. V. Les soupçons de cette république le déterminent à se rendre auprès de Tissapherne. Il se réconcilie avec les Athéniens. VI. Son retom triomphant; révocation de l'anathème lancé contre lui.

VII. Nouvelle disgrâce; ses succès en Thrace. -VIII. Il sert sa patrie de tout son pouvoir. — IX. Privé de l'espoir d'y rentrer, il se retire auprès de Pharnabaze.-X. II périt victime de la trahison de ce satrape. XI. Éloge et critique d'Alcibiade.

I. Alcibiade, fils de Clinias, était Athénien. Il semble qu'en le formant, la nature ait voulu essayer ce dont elle était capable. Tous les historiens qui ont parlé de lui s'accordent pour dire que personne ne porta si loin les vices et les vertus. Issu d'une famille noble, né dans la pre

tudine, ut discerni non posset, signatum subjecit; in quo accuratissime ejus avaritiam perfidiamque accusarat. Hinc Lysander domum quum rediisset, postquam de suis rebus gestis apud maximum magistratum, quæ voluerat, dixerat; testimonii loco librum a Pharnabazo datum tradidit. Hune, summoto Lysandro, quum ephori cognossent, ipsi legendum dederunt. Ita ille imprudens ipse suns fuit accu.

sator.

ALCIBIADES.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Alcibiades et vitiis et virtutibus celebris. II. Adolescentis educatio et mores. III. Belli dux contra Syracusanos, in suspicionem venit. IV. Domum revocatus devovetur, ideoque Spartanis inservit. — V. Spartanis suspectus ad Tissaphernem venit. Atheniensibus reconciliator. VI. Gloriose domi exceptus, resacratur. VII. In invidiam recidit. In Thracia prospere pugnat. VIII. Civibus, quantum potest, consulit. IX. Spe patriæ orbatus, ad Pharnabazum se confert.-X. Apud Pharnabazum in insidiis conficitur. -- XI. Alcibiades infamatus et lauda

lus.

1. Alcibiades, Cliniæ filius, Atheniensis. In hoc natura, quid efficere possit, videtur experta. Constat enim inter

mière ville de la Grèce, c'était le plus beau des hommes de son temps; la nature l'avait doué d'un esprit vaste et profond, qui lui faisait tout concevoir et le rendait propre à tout. Il se montra aussi grand capitaine sur mer que sur terre. Mais il l'emportait surtout par son éloquence; et tel était le charme de sa figure et la séduction de sa parole, qu'on ne pouvait lui résister quand il parlait. D'ailleurs laborieux, patient, libéral quand l'occasion l'exigeait, et non moins magnifique dans ses habitudes que dans sa table. Il était affable, insinuant, et savait se plier aux circonstances avec une merveilleuse facilité. Mais dans les moments de repos, lorsque rien ne sollicitait son application, cet homme qu'on avait vu si infatigable changeait tout à coup. Ce n'était plus qu'un debauché qui s'abandonnait à tous les excès, et l'on s'étonnait de ce contraste extraordinaire, et de la réunion de tant de qualités diverses dans un seul homme.

II. Il fut élevé dans la maison de Périclès, dont il était, dit-on, le beau-fils. Il reçut des leçons de Socrate, et devint le gendre d'Hypponicus, le plus riche de tous les Grecs. Il eût été le maître de se faire une destinée avec son imagination et ses souvenirs, qu'il n'aurait pu se donner de plus grands biens que ceux qu'il tenait à la fois de la nature et de la fortune. Dans sa jeunesse, il fut, suivant l'usage des Grecs, aimé de beaucoup de monde, et particulièrement de Socrate, comme le remarque Platon dans son Banquet. Platon lui fait dire qu'il a passé la nuit avec Socrate, mais qu'il est sorti du lit aussi pur qu'un fils qui sortirait d'auprès de son père. Il eut dans la suite

omnes, qui de eo memoriæ prodiderunt, nihil eo fuisse excellentius, vel in vitiis, vel in virtutibus. Natus in amplissima civitate, summo genere, omnium ætatis suæ multo formosissimus, ad omnes res aptus, consiliique plenus; namque imperator fuit summus et mari et terra : disertus, ut in primis dicendo valeret; et tanta erat com. mendatio oris atque orationis, ut nemo ei dicendo posset resistere deinde, quum tempus posceret, laboriosus, patiens, liberalis, splendidus, non minus in vita, quam victu; affabilis, blandus, temporibus callidissime inserviens. Idem, simul ac se remiserat, neque causa suberat, quare animi laborem perferret, luxuriosus, dissolutus, libidino. sus, intemperans reperiebatur : ut omnes admirarentur, uno in homine tantam inesse dissimilitudinem, tamque diversam naturam.

II. Educatus est in domo Periclis (privignus enim ejus fuisse dicitur), eruditus a Socrate; socerum habuit Hippo. nicum, omnium Græca lingua loquentium divitissimum : ut, si ipse fingere vellet, neque plura bona reminisci, neque majora posset consequi, quam vel fortuna vel natura tribuerat. Ineunte adolescentia, amatus est a multis, more Græcorum in eis a Socrate, de quo mentionem facit Plato in Symposio. Namque eum induxit commemorantem, se pernoctasse cum Socrate, neque aliter ab eo surrexisse, ac filius a parente debuerit. Posteaquam robustior est factus, non minus multos amavit; in quorum amore, quoad lici

beaucoup de liaisons de ce genre, unissant à la plus honteuse dépravation toute la grâce et la délicatesse que peuvent comporter de pareilles mœurs. J'en parlerais avec détail si je n'avais à m'occuper de choses plus dignes et plus relevées.

III. Pendant la guerre du Péloponnèse, Alcibiade détermina les Athéniens, par son influence et ses conseils, à attaquer Syracuse. Il fut nommé général et chargé de diriger l'expédition, avec Nicias et Lamachus qu'on lui donna pour collègues. On faisait les préparatifs, et la flotte n'était pas encore sortie du port, lorsqu'un événement imprévu vint jeter le trouble dans les esprits. Toutes les statues d'Hermès qui se trouvaient à Athènes furent renversées pendant la nuit, à l'exception d'une seule, placée devant la maison d'Andocyde, et qui, pour cette raison, fut appelée Mercure Andocyde. Cet attentat qui ne pouvait être l'effet d'un acte isolé et qui frappait sur la république sans atteindre personne directement, semblait annoncer une conspiration, et l'on craignait de voir éclater d'un instant à l'autre quelque coup violent et inattendu dirigé contre la liberté publique. On crut pouvoir l'attribuer à Alcibiade, qu'on trouvait trop puissant pour un simple citoyen. Il s'était acquis un grand nombre de partisans par ses largesses, et s'en était fait davantage en défendant les causes des citoyens devant la justice. Aussi tous les regards se fixaient-ils sur lui quand il paraissait en public, et ne lui reconnaissait-on pas d'égal à Athènes. On espérait beaucoup de lui, mais on ne le craignait pas moins à cause du bien ou du mal qu'il pouvait faire. Il s'était déjà perdu dans l'opinion pour avoir fait, disait-on, célébrer les mystères dans sa maison; ce que les Athéniens regardaient

tum est, odiosa multa delicate jocoseque fecit: quæ referremus, nisi majora potioraque haberemus.

III. Bello Peloponnesiaco, hujus consilio atque auctoitate Athenienses bellum Syracusanis indixerunt ; ad quod gerendum ipse dux delectus est. Duo præterea collega dati, Nicias et Lamachus. Id quum appararetur, prius quam classis exiret, accidit, ut una nocte omnes Hermæ, qui in oppido erant Athenis, dejicerentur, præter unum, qui ante januam erat Andocidis. Itaque ille postea Mercurius Andocidis vocitatus est. Hoc quum appareret non sine magna multorum consensione esse factum, quod non ad privatam, sed ad publicam rem pertineret; magnus multitudini timor est injectus, ne qua repentina vis in civitate existeret, quæ libertatem opprimeret populi. Hoc maxime convenire in Alcibiadem videbatur; quod et potentior, et major, quam privatus, existimabatur. Multos enim libera. litate devinxerat; plures etiam opera forensi suos reddiderat. Quare fiebat, ut omnium oculos, quotiescumque in publicum prodisset, ad se converteret, neque ei par quisquam in civitate poneretur. Itaque non solum spem in co habebant maximam, sed etiam timorem, quod et obesse plurimum et prodesse poterat. Aspergebatur etiam infamia, quod in domo sua facere mysteria dicebatur, quod nefas

comme un sacrilége. On pensait d'ailleurs qu'il ne l'avait fait que pour mieux cacher ses complots, et que la religion n'était pour rien dans cette affaire.

IV. Ses ennemis l'accusèrent donc devant le peuple. On allait partir pour l'expédition de Syracuse. Alcibiade, qui savait quelle était la conduite des Athéniens en pareille circonstance, demanda que si l'on voulait le poursuivre, on instruisît l'affaire sur-le-champ, plutôt que de l'exposer, en son absence, aux coups de l'envie: mais ses ennemis, comprenant qu'ils ne pourraient le perdre tant qu'il serait présent, pensèrent qu'il valait mieux s'arrêter pour le moment, et attendre qu'il fût parti pour l'attaquer; ce qu'ils firent. Dès qu'ils le crurent arrivé en Sicile, ils l'accusérent de sacrilége. On lui expédia un messager de la part des magistrats, pour lui ordonner de revenir. Quoiqu'il eût tout espoir de réussir dans son entreprise, il ne voulut pas désobéir, et s'embarqua sur une trirème qui devait le ramener. Mais arrivé à Thurium, il se prit à réfléchir sur le caractère de ses concitoyens, sur l'abus qu'ils faisaient de leur liberté, leur cruauté envers les plus grands hommes, et pensa qu'il n'avait rien de mieux à faire que d'éviter l'orage qui le menaçait. Il trompa ses gardiens, s'enfuit d'abord à Élis, et se rendit ensuite à Thèbes. Apprenant qu'on l'avait condamné à mort, que ses biens étaient confisqués, que le peuple, suivant sa coutume, avait forcé les Eumolpides à le maudire, et que, pour perpétuer la mémoire de cet anathème, on avait fait graver la sentence sur une colonne élevée dans la place publique, il se retira chez les Lacédémoniens. C'est de là qu'il dirigea la guerre, non contre Athènes, mais contre ses en

erat more Atheniensium; idque non ad religionem, sed ad conjurationein pertinere existimabatur.

IV. Hoc crimine in concione ab inimicis compellabatur. Sed instabat tempus ad bellum proficiscendi. Id ille intuens, neque ignorans civium suorum consuetudinem, postulabat, ut, si quid de se agi vellent, potius de præ sente quæstio haberetur, quam absens invidiæ crimine accusaretur. Inimici vero ejus quiescendum in præsenti, quia noceri non posse intelligebant, et illud tempus exspectandum decreverunt, quo exisset, ut sic absentem aggrederentur; itaque fecerunt. Nam, postquam in Siciliam eum pervenisse crediderunt, absentem, quod sacra violasset, reum fecerunt. Qua de re quum ei nuntius a magistratu in Siciliam missus esset, ut domum ad causam dicendam rediret, essetque in magna spe provinciæ bene administrandæ; non parere noluit, et in triremem, quæ ad eum deportandum erat missa, ascendit. Hac Thurios in Italiam pervectus, multa secum reputans de immoderata civium suorum licentia, crudelitateque erga nobiles, utilissimum ratus, impendentem evitare tempestatem, clam se a custodibus subduxit, et inde primum Elidem, deinde Thebas venit. Postquam autem se capitis damnatum, bonis publicatis, audivit, et, id quod usu ve

nemis, qui, disait-il, étaient ceux de la républi-, après Thrasybule, fils de Lycus, le fit recevoir que, n'ayant pas craint de sacrifier l'intérêt com- par l'armée, et nommer préteur; puis, sur la promun à leur ressentiment, en le faisant chasser de position de Théramène, il fut rappelé par décret sa patrie, lorsqu'ils savaient quels services il du peuple, et associé, quoique absent, aux deux pourrait lui rendre. D'après ses conseils, les Lacé- généraux qui se trouvaient à la tête de l'armée. démoniens s'unirent au roi de Perse, et fortifiè- La face des affaires changea tellement, sous leur rent Décélie, ville de l'Attique, où ils établirent conduite, que les Lacédémoniens, naguère victoune garnison pour tenir Athènes en échec. Ce fut rieux, furent épouvantés et demandèrent la paix. encore par ses avis qu'ils détachèrent l'Ionie de Ils avaient été vaincus cinq fois sur terre et trois l'alliance des Athéniens, ce qui leur donna la fois sur mer. Ils avaient perdu trois cents trisupériorité sur leurs rivaux. rèmes, tombées au pouvoir de l'ennemi. Alcibiade et ses collègues avaient recouvré l'Ionie, l'Hellespont, et un grand nombre de villes grecques situées sur les côtes d'Asie, la plupart emportées d'assaut, particulièrement Bysance. Ils en avaient aussi gagné un grand nombre par leur clémence envers les vaincus. Après ces exploits, ils revinrent à Athènes chargés de butin, et l'armée enrichie des dépouilles de l'ennemi.

V. Cependant ces services inspirèrent aux Lacédémoniens moins d'amitié que de défiance et d'éloignement pour Alcibiade. Connaissant l'activité de son génie et cette supériorité qui s'étendait à tout, ils craignaient que l'amour de la patrie ne le portât quelque jour à les abandonner et à se réconcilier avec ses concitoyens. Ils cherchèrent l'occasion de le tuer; mais il découvrit bientôt leur dessein, car sa pénétration était si vive qu'il était impossible de le surprendre, surtout lorsqu'il se tenait sur ses gardes. Il se retira aup ès de Tissapherne, satrape de Darius, et gagna bientôt son amitié. Les revers éprouvés en Sicile avaient affaibli la puissance des Athéniens; celle des Spartiates, au contraire, grandissait de jour en jour. Il résolut de venir au secours de sa patrie, et envoya des messagers à Pisandre, général athénien, qui commandait une armée près de Samos. Il lui demandait de s'employer pour son retour, sachant que ce général partageait ses opinions, et favorisait l'aristocratie aux dépens du peuple. Il fut cependant repousse; mais bientôt

nerat, Eumolpidas sacerdotes a populo coactos, ut se de-
voverent, ejusque devotionis, quo testatior esset memo-
ria, exemplum, in pila lapidea incisum, esse positum in
publico, Lacedæmonem demigravit. Ibi, ut ipse prædi
care consueverat, non adversus patriam, sed inimicos

suos,
bellum gessit, « quod iidem hostes essent civitati:
nam, quum intelligerent, se plurimum prodesse posse
reipublicæ, ex ea ejecisse, plusque iræ suæ, quam utili
fati communi, paruisse. » Itaque hujus consilio Lacedæ.
monii cum Persarum rege amicitiam fecerunt; deinde De-
celiam in Attica munierunt, præsidioque perpetuo ibi
posito in obsidione Athenas tenuerunt. Ejusdem opera
Ioniam a societate averterunt Atheniensium: quo facto,
multo superiores bello esse cœperunt.

V. Neque vero bis rebus tam amici Alcibiadi sunt facti, quam timore ab eo alienati. Nam, quum acerrimi viri præstantem prudentiam in omnibus rebus cognoscerent, pertimuerunt, ne, caritate patriæ ductus, aliquando ab ipsis descisceret, et cum suis in gratiam rediret. Itaque tempus ejus interficiendi quærere instituerunt. Id Alcibiadi diutius celari non potuit: erat enim ea sagacitate, ut decipi non posset, præsertim quum animum attendisset ad cavendum. Itaque ad Tissaphernem, præfectum regis Darii, se contulit. Cujus quum in intimam amicitiam pervenisset, et Atheniensium, male gestis in Sicilia rebus, opes senescere, contra Lacedæmoniorum crescere videret, initio cam Pisandro prætore, qui apud Samum exercitum habebat, per internuntios colloquitur, et de reditu suo

:

VI. La ville entière vint au-devant d'eux jusqu'au Pirée. On avait un si grand désir de revoir Alcibiade, que le peuple se portait en foule vers son vaisseau, comme s'il fût arrivé seul. On était persuadé qu'il était l'auteur des revers passés et des succès présents. On attribuait la perte de la Sicile et les victoires des Lacédémoniens à la faute qu'on avait commise en bannissant ce grand homme et cette opinion n'était pas sans fondement, car les défaites des Spartiates dataient du jour où Alcibiade avait pris le commandement de l'armée. Dès qu'il eut quitté son vaisseau, la foule le suivit, sans s'occuper de Théramène et de Thrasybule, qui cependant avaient commandé facit mentionem. Erat enim eodem, quo Alcibiades, sensu, populi potentiæ non amicus, et optimatum fautor. Ab hoc destitutus, primum per Thrasybulum, Lyci filium, ab exercitu recipitur, prætorque fit apud Samum; post, suffragante Theramene, populiscito restituitur, parique absens imperio præficitur simul cum Thrasybulo et Theramene. Horum in imperio tanta commutatio rerum facta est, ut Lacedæmonii, qui paulo ante victores viguerant, perterriti pacem peterent. Victi enim erant quinque præliis terrestribus, tribus navalibus in quibus ducentas naves triremes amiserant, quæ captæ in hostium venerant potestatem. Alcibiades simul cum collegis receperat Ioniam, Hellespontum, multas præterea urbes græcas, quæ in ora sitæ sunt Asiæ, quarum expugnarant complures, in his Byzantium. Neque minus multas consilio ad amicitiam adjunxerant, quod in captos clementia fuerant usi. Inde præda onusti, locupletato exercitu, maximis rebus gestis, Athenas venerunt.

VI. His quum obviam universa civitas in Piraeum descendisset, tanta fuit omnium exspectatio visendi Alcibiadis, ut ad ejus triremem vulgus conflueret, perinde ac si solus advenisset. Sic enim populo erat persuasum, et adversas superiores, et præsentes secundas res accidisse ejus opera. Itaque et Siciliæ amissum, et Lacedæmoniorum victorias culpæ suæ tribuebant, quod talem virum e civitate expulissent. Neque id sine causa arbitrari videban tur: nam postquam exercitui præesse cœperat, neque terra neque mari hostes pares esse potuerant. Hic ut navi

avec lui, et qui entraient en même temps dans le Pirée. De tous côtés on lui présentait des couronnes d'or et d'airain, ce qui ne s'était jamais fait que pour les vainqueurs des jeux Olympiques. Alcibiade, se rappelant ses malheurs, pleurait de joie en recevant ces marques de l'affection de ses concitoyens. Lorsqu'il fut arrivé dans la ville, il convoqua le peuple, et fit un discours si touchant que les plus insensibles en versaient des larmes, et témoignaient leur indignation contre les auteurs de son exil. On eût dit que ce n'était pas le même peuple qui l'avait condamné comme sacrilége. Ses biens lui furent rendus par un décret. On força les Eumolpides qui l'avaient maudit à révoquer leur anathème, et la colonne sur laquelle on avait inscrit sa sentence fut jetée à la

mer.

VII. La joie d'Alcibiade ne fut pas de longue durée. Il était comblé d'honneurs; la république s'était livrée à lui, abandonnant tout à sa volonté, les affaires du dedans et celles du dehors. Il avait même demandé et obtenu deux collègues, Thrasybule et Adimante, lorsqu'il partit pour l'Asie à la tête d'une flotte. Mais n'ayant pas réussi comme on l'espérait devant Cymé, il redevint odieux au peuple. On ne croyait pas qu'il y eût quelque chose d'impossible à Alcibiade, et on lui imputait tous les revers, l'accusant de négligence et de perfidie. C'est ce qui arriva en cette occasion. On prétendit que s'il n'avait pas pris Cymé, c'est qu'il ne l'avait pas voulu, et qu'il s'était laissé gagner par l'or du roi de Perse. Aussi je pense que rien ne lui fut plus fatal que la haute opinion qu'on avait de son cou

egressus est, quanquam Theramenes et Thrasybulus eisdem rebus præfuerant, simulque venerant in Piræeum, tamen illum unum omnes prosequebantur; et, id quod nunquam antea usu venerat, nisi Olympia victoribus, coronis aureis æneisque vulgo donabatur. Ille lacrymans talem benevolentiam civium suorum accipiebat, reminis cens pristini temporis acerbitatem. Postquam Astu venit, concione advocata, sic verba fecit, ut nemo tam ferus fuerit, quin ejus casum lacrymarit, inimicumque his se ostenderit, quorum opera patria pulsus fuerat; proinde ac si alius populus, non ille ipse, qui tum flebat, eum sacrilegii damnasset. Restituta ergo huic sunt publice bona; iidemque illi Eumolpida sacerdotes rursus resacrare sunt coacti, qui eum devoverant; pilæque illæ, in quibus devotio fuerat scripta, in mare præcipitata.

VII. Haec Alcibiadi lætitia non nimis fuit diuturna. Nam quum ei omnes essent honores decreti, totaque respublica domi bellique tradita, ut unius arbitrio gereretur, et ipse postulasset, ut duo sibi collega darentur, Thrasybulus et Adimantus, neque id negatum esset, classe jam in Asiam profectus, quod apud Cymen minus ex sententia rem gesserat, in invidiam recidit. Nihil enim eum non efficere posse ducebant. Ex quo fiebat, ut omnia minus prospere gesta ejus culpæ tribuerent, quum eum aut negligenter, aut malitiose fecisse loquerentur; sicut tum accidit : :nam, corruptum a rege capere Cymen noluisse, arguebant. Ita

rage et de son génie. On ne le redoutait pas moins qu'on ne l'aimait, et l'on craignait qu'enivré par ses richesses et sa prospérité, il n'aspirât à la tyrannie. Sans attendre son retour, on lui ôta le commandement et on lui donna un successeur. A cette nouvelle, Alcibiade ne voulut pas revenir dans sa patrie; il se retira à Périnthe, où il fortifia trois châteaux, Bornes, Bisas et Néontique. Il rassembla ensuite quelques troupes et entra dans la Thrace. C'était le premier de tous les Grecs qui pénétrait dans ce pays: Il jugeait plus glorieux de s'enrichir des dépouilles des barbares que de celles de la Grèce. Il accrut par là sa renommée, et acquit l'amitié de plusieurs rois du pays.

VIII. Cependant il ne pouvait chasser de son cœur le souvenir de la patrie. Philoclès, général athénien, était venu mouiller avec sa flotte à l'embouchure du fleuve Ægos, à peu de distance de Lysandre, qui commandait les Lacédémoniens. Lysandre ne cherchait qu'à traîner la guerre en longueur, car le roi de Perse fournissait de l'argent aux Spartiates, tandis que les Athéniens étaient épuisés et ne possédaient plus que leurs armes et leurs vaisseaux. Alcibiade vint trouver Philoclès, et là, en présence de l'armée, il dit que, si on voulait, il forcerait les Lacédémoniens à combattre ou à demander la paix ; que ce «qui les empêchait d'accepter le combat c'est qu'ils << se sentaient moins forts sur mer que sur terre: << mais qu'il lui serait facile de résoudre Seuthès, roi de Thrace, à les chasser du continent, et qu'alors il faudrait bien qu'ils combattissent « ou qu'ils fissent la paix. » Philoclès sentait la

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que huic maxime putamus malo fuisse nimiam opinionem ingenii atque virtutis. Timebatur enim non minus, quam diligebatur, ne, secunda fortuna, magnisque opibus elatus, tyrannidem concupisceret. Quibus rebus factum est, ut absenti magistratum abrogarent, et alium in ejus locum substituerent. Id ille ut audivit, domum reverti noluit, et se Pactyen contulit, ibique tria castella communivit, Bornos, Bisanthen, Neontichos; manuque collecta primus Græciæ civitatis in Thraciam introiit, gloriosius existi mans barbarorum præda locupletari, quam Graiorum. Qua ex re creverat quum fama, tum opibus, magnamque amicitiam sibi cum quibusdam regibus Thraciæ pepere

rat.

VIII. Neque tamen a caritate patriæ potuit recedere. Nam quum apud Ægos flumen Philocles, prætor Atheniensium, classem constituisset suam, neque longe abes set Lysander, prætor Lacedæmoniorum, qui in eo erat occupatus, ut bellum quam diutissime duceret, quod ipsis pecunia a rege suppeditabatur, contra Atheniensibus exhaustis, præter arma et naves, nihil erat super; Alcibiades ad exercitum venit Atheniensium, ibique, præsente vulgo, agere cœpit : « Si vellent, se coacturum Lysandrum aut dimicare, aut pacem petere : Lacedæmonios eo nolle confligere classe, quod pedestribus copiis plus, quam navibus, valerent: sibi autem esse facile Seuthen, regem Thracum, deducere, ut eos terra depelleret; quo facto,

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