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justesse de ce conseil, mais il ne voulut pas le,
suivre; il comprenait que le retour d'Alcibiade dé-
truisait son autorité, et que si on ne réussissait
pas, il aurait la honte de la défaite, sans partager
la gloire du succès, si les Lacédémoniens étaient
vaincus. Alcibiade lui dit eu le quittant: « Puis-
« que tu ne veux pas voir triompher ta patrie,
* écoute au moins le conseil que je vais te donner:
. Aie soin de retenir tes soldats sur la flotte comme
⚫ dans un camp fortifié, car il est à craindre que
. leur indiscipline ne donne à Lysandre le moyen
⚫ de nous écraser. » L'événement justifia ces prévi-
sions. Lysandre, instruit par ses éclaireurs que
les Athéniens avaient quitté leurs vaisseaux pour
piller, saisit l'occasion, et finit la guerre d'un
seul coup.

IX. Après la défaite des Athéniens, Alcibiade ne se jugeant plus en sûreté dans le pays où il était, alla se réfugier dans le fond de la Thrace, au-dessus de la Propontide, espérant pouvoir y eacher facilement sa fortune et sa vie ; mais il se trompa. Les Thraces ayant appris qu'il était venu avec des trésors, lui dressèrent des embûches et lui enlevèrent ses richesses; mais ils ne purent s'emparer de sa personne. Convaincu qu'il n'y avait plus d'asile pour lui dans la Grèce à cause de la puissance des Lacédémoniens, il passa en Asie auprès de Pharnabaze, et le séduisit tellement par la grâce de ses manières, qu'il devint bientôt son meilleur ami. Pharnabaze lui fit présent du château de Grunium en Phrygie, qui rapportait cinquante talents par an. Cependant cette fortune ne le contenta pas. L'idée d'Athènes vaincue et asservie aux Lacédémoniens lui était

necessario aut classe conflicturos, aut bellum composituros. » Id etsi vere dictum Philocles animadvertebat, tainen postulata facere noluit; quod sentiebat se, Alcibiade recepto, nullius momenti apud exercitum futurum; et, si quid secundi evenisset, nullam in ea re suam partem fore; contra ea, si quid adversi accidisset, se unum ejus delicti futurum reum. Ab hoc discedens Alcibiades : « Quoniam, inquit, victoriæ patriæ repugnas, illud moneo, juxta hostes castra habeas nautica. Periculum est enim, ne immodestia militum nostrorum occasio detur Lysandro nostri opprimendi exercitas. Neque ea res illum fefellit. Nam Lysander, quum per speculatores comperisset, vulgum Atheniensium in terram prædatum exisse, navesque pene inanes relictas, tempus rei gerendæ non dimisit, eoque impetu totum bellum delevit.

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IX. At Alcibiades, victis Atheniensibus, non satis tuta eadem loca sibi arbitratus, penitus in Thraciam se supra Propontidem abdidit, sperans ibi facillime suam fortunam occuli posse: falso. Nam Thraces, postquam eum cum magna pecunia venisse senserunt, insidias ei fecerunt; qui ea, quæ apportarat, abstulerunt, ipsum capere non potuerunt. Ille cernens, nullum locum sibi tutum in Græcia propter potentiam Lacedæmoniorum, ad Pharnabazum in Asiam transiit. Quem quidem adeo sua cepit humanitate, ut eum nemo in amicitia antecederet. Namque ei Grunium dederat, in Phrygia castrum, ex quo quinqua

insupportable; et il ne pensait qu'à affranchir sa patrie. Mais comme il ne pouvait y réussir sans le secours du roi de Perse, il désirait gagner son amitié, ne doutant pas d'en venir à bout s'il lui était permis seulement de l'approcher. Il savait que Cyrus son frère, se préparait secrètement à lui faire la guerre avec l'aide des Spartiates, et il pensait qu'en lui découvrant ce complot, il s'assurerait ses bonnes grâces.

X. Il songeait à exécuter ce dessein et pressait Pharnabaze de l'envoyer auprès du roi, lorsque Critias et les autres tyrans d'Athènes dépêchèrent des émissaires à Lysandre en Asie, pour lui dire que rien de ce qu'il avait établi à Athènes ne subsisterait tant qu'Alcibiade vivrait; et qu'il lui fallait le poursuivre sans relâche, s'il voulait que son ouvrage durât. Lysandre, convaincu, se détermine à agir vivement auprès de Pharnabaze. Il lui déclare que le traité conclu entre Artaxerxès et Lacédémone est nul, si on ne lui livre Alcibiade mort ou vif. Le satrape n'ose résister; et, sacrifiant les droits de l'humanité aux intérêts de son maître, il dépêche en Phrygie Sysamithres et Bagoas, avec ordre de tuer Alcibiade, alors dans ce pays, et qui se disposait à aller trouver le roi de Perse. Les deux émissaires chargent secrètement les voisins d'Alcibiade de l'assassiner; mais ceux-ci, qui n'osent l'attaquer avec le fer, amassent pendant la nuit du bois autour de sa maison, pour faire périr au milieu des flammes un homme qu'ils n'espéraient pas vaincre les armes à la main. Au bruit de l'incendie, Alcibiade se réveille; et s'apercevant qu'on lui a soustrait son épée, il saisit le poignard d'un Arcadien

gena talenta vectigalis capiebat. Qua fortuna Alcibiades non erat contentus, neque Athenas victas Lacedæmoniis servire poterat pati. Itaque ad patriam liberandam omni ferebatur cogitatione. Sed videbat id sine rege Persarum non posse fieri, ideoque eum amicum sibi cupiebat adjungi. Neque dubitabat facile se consecuturum, si modo ejus conveniendi habuisset potestatem. Nam Cyrum fratrem ei bellum clam parare, Lacedæmoniis adjuvantibus, sciebat: id si ei aperuisset, magnam se ab eo initurum gratiam videbat.

X. Hæc quum moliretur, peteretque a Pharnabazo ut ad regem mitteretur, eodem tempore Critias ceterique tyranni Atheniensium certos homines ad Lysandrum in Asiam miserunt, qui eum certiorem facerent, nisi Alcibia dem sustulisset, nihil earum rerum fore ratum, quas ipse Athenis constituisset: quare, si suas res gestas manere vellet, illum persequeretur. His Laco rebus commotus statuit, accuratius sibi agendum cum Pharnabazo. Huic ergo renuntiat, quæ regi cum Lacedæmoniis essent, irrita futura, nisi Alcibiadem vivum aut mortuum tradidisset. Non tulit hoc satrapes, et violare clementiam, quam regis opes minui, maluit. Itaque misit Sysamithren et Bagoam ad Alcibiadem interficiendum, quum ille esset in Phrygia, iterque ad regem compararet. Missi clam vicinitati, in qua tum Alcibiades erat, dant negotium, ut eum interficiant. Illi, quum eum ferro aggredi non auderent, noctu ligna

qui lui servait de compagnon et s'était attaché à sa fortune. Il lui ordonne de le suivre, prend tous les vêtements qui lui tombent sous la main, les jette sur la flamme, et s'ouvre ainsi un passage à travers l'incendie. Les barbares le voyant échappé, lui lancent de loin une grêle de traits, le tuent, et portent sa tête à Pharnabaze. Une femme qui vivait avec lui fit un linceul de sa propre tunique, et livra son corps aux flammes, préparées pour le faire périr. Ainsi mourut Alcibiade, à l'âge d'environ quarante ans.

XI. Trois célèbres historiens ont parlé avec admiration de cet homme, que la plupart des écrivains ont voulu flétrir. Ces trois historiens sont Thucydide, son contemporain; Théopompe, qui naquit peu de temps après, et Timée. Les deux derniers, qui aiment tant à blâmer, ont fait, je ne sais comment, une exception en sa faveur. Ce sont eux qui m'ont fourni le passage que j'ai rapporté plus haut et celui que je vais citer : « Né dans la première ville de la Grèce, Al<«< cibiade efface tous les Athéniens par la gran« deur de son nom et l'éclat de sa vie. Exilé de son « pays, il vint à Thèbes, et sut si bien se confor« mer aux mœurs des habitants, que nul ne pou«vait lui être comparé dans les travaux du corps qui exigent de la force. On sait que les Béotiens « tiennent plus à la vigueur du corps qu'aux qualités de l'esprit. A Lacédémone, où la pre«< mière vertu est de savoir tout souffrir, il vainquit les Spartiates par son austérité. Chez les

«

contulerunt circa casam eam, in qua quiescebat; eamque succenderunt, ut incendio conficerent, quem manu superari posse diffidebant. Ille autem, ut sonitu flammæ est excitatus, quod gladius ei erat subductus, familiaris sui subalare telum eripuit. Namque erat cum eo quidam ex Arcadia hospes, qui nunquam discedere voluerat. Hunc sequi se jubet, et id, quod in præsentia vestimentorum fuit, arripuit. His in ignem ejectis, flammæ vim transiit. Quem ut barbari incendium effugisse eminus viderunt, telis missis interfecerunt, caputque ejus ad Pharnabazum retulerunt. At mulier, quæ cum eo vivere consuerat, muliebri sua veste contectum, ædificii incendio mortuum cremavit, quod ad vivum interimendum erat comparatum. Sic Alcibiades, annos circiter quadraginta natus, diem obiit supremum.

XI. Hunc, infamatum a plerisque, tres gravissimi historici summis laudibus extulerunt: Thucydides, qui ejusdem ætatis fuit; Theopompus, qui fuit post aliquanto natus; et Timæus: qui quidem duo maledicentissimi, nescio quo modo, in illo uno laudando consenserunt. Nam ea, quæ supra diximus, de eo prædicarunt, atque hoc amplius, « quum Athenis, splendidissima civitate, natus esset, omnes Athenienses splendore ac dignitate vitæ superasse; postquam inde expulsus Thebas venerit, adeo studiis eorum inservisse, ut nemo eum labore corporisque viribus posset æquiparare. Omnes enim Boeotii magis firmitati corporis, quam ingenii acumini, inserviunt. Eumdem apud Lacedæmonios, quorum moribus summa virtus in patientia ponebatur, sic duritiæ se dedisse, ut parcimonia victus atque cultus omnes Lacedæmonios vinceret. Fuisse

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CHAP. J. Mérite éclatant de Thrasybule; il délivre sa patrie des trente tyrans. - II. Il se réfugie à Phylé; il s'empare de Munychie; sa clémence envers les vaincus. III. II porte une loi d'oubli. — IV. Il se contente d'une couronne d'olivier, à l'exemple de Pittacus, qui ne voulut accepter qu'un modeste coin de terre. Il est tué en Cilicie par les barbares.

I. Thrasybule, fils de Lycus, naquit à Athènes. Si l'on ne s'attache qu'au mérite sans avoir égard à la fortune, ce général est peut-être le premier de tous ceux dont j'écris la vie. Pour moi, je n'en vois aucun qui l'ait surpassé en grandeur d'âme, en loyauté, en courage, en patriotisme. Beaucoup de citoyens ont tenté de délivrer leur patrie d'un seul tyran: Thrasybule lui seul a affranchi son pays de trente oppresseurs. Mais comment se faitil que tant d'autres l'aient éclipsé en renommée, quand personne ne l'a égalé en vertu? Dans la

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guerre da Péloponnèse, par exemple, il fit beau-,
coup de choses sans Alcibiade, qui ne fit jamais
rien sans lui. Mais ce dernier, né heureux, cut la
gloire de tous les succès. Du reste, lorsqu'une ar-
mée est victorieuse, la gloire en appartient à tout
le monde, aussi bien aux soldatset à la fortune
qu'aux généraux. Le tumulte de la mêlée laisse
si peu de place aux combinaisons des chefs, que
tout dépend du courage et du nombre des com-
hattants. Le soldat peut donc réclamer quelque
chose de l'honneur de la victoire. La fortune sur
tout peut en revendiquer sa part, et se vanter
d'y avoir fait plus que l'habileté de ceux qui com-
mandaient. Il n'en est pas de même de Thrasy-
bule: sa gloire lui appartient tout entière. En ef-
fet, lorsque les trente tyrans imposés par les Lacé-
démoniens opprimaient les Athéniens; lorsqu'ils
eurent fait périr ou exilé une foule de citoyens
que le sort des armes avait épargnés, qu'ils eu-
rent confisqué leurs biens pour se les partager,
Thrasybule fut non-seulement le premier qui leur
déclara la guerre, mais le seul qui la leur fit dans
le commencement.

II. Lorsqu'il se réfugia dans Phylé, l'une des plus fortes places de l'Attique, il n'avait avec lui que trente partisans. Tel fut le principe du salut d'Athènes, et la force qui rendit la liberté à cette illustre république. Les tyrans méprisèrent d'abord Thrasybule à cause de sa faiblesse; mais ce mépris causa leur perte, car il sauva celui qui en était l'objet. En négligeant de poursuivre Thrasybule, ils lui donnèrent le temps de grossir son parti; ce qui est une nouvelle preuve de cette vérité qu'on ne devrait jamais oublier, que dans la guerre il ne faut rien négliger. Cela prouva |

multa hic sine Alcibiade gessit; ille nullam rem sine hoc : quæ ille universa naturali quodam bono fecit lucri. Sed illa tamen omnia communia imperatoribus cum militibus et fortuna: quod in prælii concursu abit res a consilio ad vires vimque pugnantium. Itaque jure suo nonnulla ab imperatore miles, plurima vero fortuna vindicat, seque hic plus valuisse, quam ducis prudentiam, vere potest prædicare. Quare illud magnificentissimum factum proprium est Thrasybuli. Nam quum triginta tyranni, præpositi a Lacedæmo. niis, servitute oppressas tenerent Athenas, plurimos cives, quibus in bello pepercerat fortuna, partim patria expulissent, partim interfecissent, plurimorum bona publicata inter se divisissent, non solum princeps, sed et solus initio, bellum bis indixit.

II. Hic enim quum Phylen confugisset, quod est castellum in Attica munitissimum, non plus habuit secum quam triginta de suis. Hoc initium fuit salutis Atticorum; hoc robur libertatis clarissimæ civitatis. Neque vero hic non contemptus est primo a tyrannis, atque ejus solitudo. Quæ quidem res et illis contemnentibus perniciei, et huic despecto saluti fuit. Hæc enim illos ad persequendum segnes, hos antem, tempore ad comparandum dato, fecit robustiores. Quo magis præceptum illud omnium in animis esse debet, «Nihil in bello oportere contemni; » nec sine causa dici, « Matrem timidi flere non solere, » Neque tamen pro

encore la vérité du proverbe : On voit rare ment pleurer la mère d'un homme prudent. Cependant les forces de Thrasybule ne devinrent pas aussi considérables qu'il le pensait; car à cette époque les bons citoyens montraient déjà plus d'éloquence que de courage pour la défense de la liberté. Il passa de Phylé au Pirée, et fortifia Munychie. Les tyrans l'y attaquèrent deux fɔis et furent deux fois repoussés. Ils se réfugièrent dans la ville, après avoir perdu leurs armes et leurs bagages. Dans cette circonstance, Thrasybule fit preuve d'une modération égale à son courage. Il défendit de maltraiter ceux qui se rendaient, pensant qu'il était juste que des citoyens épargnassent des citoyens. Il n'y eut de blessés que ceux qui attaquèrent les premiers. On ne dépouilla aucun mort; on ne prit que les armes et les vivres dont on avait besoin. Critias, le chef des trente tyrans, fut tué dans la seconde affaire, en combattant avec valeur contre Thrasybule.

III. Après la chute des tyrans, Pausanias, roi de Lacédémone, vint au secours des Athéniens. Il fit conclure la paix entre Thrasybule et le parti qui occupait la ville. Il fut convenu que personne ne serait exilé, à l'exception des trente tyrans et des dix citoyens qui, ayant été préteurs, s'étaient montrés aussi cruels qu'eux; que l'on ne confisquerait pas les biens, et que le gouvernement serait rendu au peuple. Après la paix, Thrasybule, qui était tout-puissant sur le peuple, donua une nouvelle preuve de sa magnanimité. Il fit porter une loi qui défendait d'accuser ou de punir personne pour les faits passés. On la nomma loi d'oubli. Mais il ne se contenta pas de la faire décréter; il veilla encore à son exécution. Quel

opinione Thrasybuli auctæ sunt opes. Nam jam tum illis temporibus fortius boni pro libertate loquebantur, quam pugnabant. Hinc in Piræum transiit, Munychiamque munivit. Hanc bis tyranni oppugnare sunt adorti; ab eaque turpiter repulsi, protinus in urbem, armis impedi mentisque amissis, refugerunt. Usus est Thrasybulus non minus prudentia, quam fortitudine: nam cedentes violari vetuit; cives enim civibus parcere æquum censebat. Neque quisquam est vulneratus, nisi qui prior impugnare voluit. Neminem jacentem veste spoliavit: nil attigit, nisi arma, quorum indigebat, et quæ ad victum pertinebant. In secundo prælio cecidit Critias, dux tyrannorum, quum quidem adversus Thrasybulum fortissime pugnaret.

III. Hoc dejecto, Pausanias venit Atticis auxilio, rex Lacedæmoniorum. Is inter Thrasybulum, et eos, qui urbem tenebant, fecit pacem his conditionibus: « Ne qui, præter triginta tyrannos, et decem, qui postea prætores creati, superioris more crudelitatis erant usi, afficerentur exsilio, neve bona publicarentur; reipublicæ procuratio populo redderetur. Præclarum hoc quoque Thrasybuli, quod, reconciliata pace, quum plurimum in civitate posset, legem tulit, ne quis anteactarum rerum accusaretur, neve mulctaretur: eamque illi legem oblivionis appellarunt. Neque vero hanc tantum ferendam curavit; sed etiam, ut valeret, effecit. Nam quum quidam ex his, qui simul cum

ques-uns de ceux qui avaient partagé son exil voulaient faire périr ceux avec qui on s'était réconcilié. Il opposa l'autorité publique à ces violences, et assura l'effet de ses promesses.

IV. Pour prix de tant de services, le peuple lui décerna une couronne d'honneur formée de deux rameaux d'olivier; et comme cette récompense n'était pas arrachée par la force, mais qu'elle lui était offerte par l'amour de ses concitoyens, elle le couvrit de gloire sans exciter l'envie. Pittacus, que l'on met au nombre des sept sages de la Grèce, avait donc raison de répondre aux Mityléniens qui lui offraient plusieurs milliers d'arpents de terre : « Ne me donnez pas, je vous prie, « ce que plusieurs m'envieraient et ce qui serait « convoité du plus grand nombre. Je n'accepte « que cent arpents. C'est assez pour témoigner de << ma modération et de votre bienveillance. Un " petit présent se conserve, un trop grand nous « est bientôt enlevé. » Content de cette couronne, Thrasybule ne prétendit rien de plus; il se crut aussi honoré qu'un citoyen pouvait l'être. Quelque temps après il fut nommé préteur, et aborda en Cilicie avec une flotte; mais son camp étant gardé avec négligence, les barbares en profitèrent pour faire une sortie pendant la nuit, et le tuèrent dans sa tente.

CONON.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Conon rend de grands services à sa patrie, dans

eo in exsilio fuerant, cædem facere eorum vellent, cum quibus in gratiam reditum erat; publice prohibuit, et id, quod pollicitus erat, præstitit.

IV. Huic, pro tantis meritis, honoris corona a populo data est, facta duabus virgulis oleaginis: quæ, quod amor civium, non vis, expresserat, nullam habuit invidiam, magnaque fuit gloria. Bene ergo Pittacus ille, qui septem sapientum numero est habitus, quum ei Mitylenæ multa millia jugerum agri muneri darent, « Nolite, oro vos, inquit, id mihi dare, quod multi invideant, plures etiam concupiscant: quare ex istis nolo amplius quam centum jugera, quæ et meam animi æquitatem, et vestram voluntatem indicent. Nam parva munera, diutina; locupletia, non propria esse consueverunt. » Illa igitur corona conten. tus Thrasybulus, neque amplius requisivit, neque quemquam honore se antecessisse existimavit. Hic, sequenti tempore, quum prætor classem ad Ciliciam appulisset, neque satis diligenter in castris ejus agerentur vigiliæ, a barbaris, ex oppido noctu eruptione facta, in tabernaculo interfectus est.

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I. Conon entra dans les affaires pendant la guerre du Péloponnèse, dans laquelle il rendit de grands services. Il commanda les armées de terre en qualité de préteur, et se distingua sur mer comme chef de la flotte. On l'en récompensa par un honneur particulier, qui fut d'être nommé seul gouverneur de toutes les îles. Pendant son gouvernement il prit Phères, colonie des Lacédémoniens. Il était préteur sur la fin de la guerre du Péloponnèse, lorsque les Athéniens furent défaits par Lysandre, près du fleuve Ægos. Mais il était absent lorsqu'on livra bataille; et son absence fut un grand malheur, car c'était un général habile et diligent, et personne ne doutait que les Athéniens eussent évité ce désastre, s'il se fût trouvé au combat.

II. Après cette bataille, Conon apprenant qu'Athènes était assiégée, ne chercha pas un asile où il fût en sûreté, mais un lieu d'où il pût servir sa patrie. Il se retira auprès de Pharnabaze, parent et gendre du roi de Perse, et sut gagner ses bonnes grâces par les travaux et les périls auxquels il s'exposa. Après la défaite des Athéniens, les Spartiates renoncèrent à l'alliance d'Artaxerxès, poussés par Tissapherne, qui, d'ami intime du roi de Perse, était devenu son ennemi.

usui fuit. III. Tissaphernem accusaturus, per litteras agit cum Artaxerxe. — IV. Spartanos vincit apud Cnidum Græcia liberatur et muri. Atheniensium reficiuntur. V. Ioniam et Æoliam Atheniensibus restiturus, a Tiribazo in vincula conjicitur.

I. Conon, Atheniensis, Peloponnesio bello accessit ad rempublicam, in eoque ejus opera magni fuit. Nam et prætor pedestribus exercitibus præfuit, et præfectus classis res magnas mari gessit. Quas ob causas præcipuus ei honos habitus est. Namque omnibus unus insulis præfuit. In qua potestate Pheras cepit, coloniam Lacedæmoniorum. Fuit etiam extremo Peloponnesio bello prætor, quum apud Ægos flumen copiæ Atheniensium a Lysandro sunt devictæ. Sed tum abfuit, eoque pejus res administrala est. Nam et prudens rei militaris, et diligens erat imperii. Itaque nemini erat his temporibus dubium, si affuisset, illam Athenienses calamitatem accepturos non fuisse.

II. Rebus autem afflictis, quum patriam obsideri audisset, non quæsivit, ubi ipse tuto viveret, sed unde præsidio posset esse civibus suis. Itaque contulit se ad Pharnabazum, satrapem Ioniæ et Lydiæ, eumdemque generum regis et propinquum : apud quem ut multum gratia valeret, multo labore multisque effecit periculis. Nam, quum Lacedæmonii, Atheniensibus devictis, in societate non manerent, quam cum Artaxerxe fecerant, Agesilaumque bellatum misissent in Asiam, maxime impulsi a Tissapherne, qui ex intimis regis ab amicitia ejus defecerat, et cum Lacedæ

Ils avaient envoyé Agésilas porter la guerre en Asie. Pharnabaze lui fut opposé comme général, mais, en réalité, c'était Conon qui commandait l'armée et dont la volonté dirigeait tout. Il embarrassa beaucoup Agésilas, et traversa souvent les desseins de cet habile capitaine, qui sans lui aurait infailliblement enlevé au roi de Perse l'Asie jusqu'au mont Taurus. Agésilas ayant été rappelé par ses concitoyens pour marcher contre les Béotiens et les Athéniens qui venaient de leur déclarer la guerre, Conon n'en resta pas moins auprès des lieutenants du roi, et continua à leur rendre les plus grands services.

III. La défection de Tissapherne était manifeste, que le roi en doutait encore. Les services qu'il avait rendus parlaient en sa faveur après la trahison. Du reste, il n'était pas 'surprenant que le roi hésitât à croire coupable celui qui avait été l'instrument de sa victoire sur son frère Cyrus. Pharnabaze chargea Conon d'aller accuser Tissapherne auprès d'Artaxerxès. A son arrivée, il s'adressa, suivant l'usage des Perses, au chiliarque, nommé Tithrausthès, officier qui occupait la seconde place de l'empire, et lui dit qu'il désirait parler au roi; car on n'a point audience sans le chiliarque. « Je suis prêt à vous introduire, « répondit Tithrausthès; mais réfléchissez si, au « lieu de lui parler, vous n'aimeriez pas mieux « lui écrire ce que vous avez à lui communiquer. « Si vous paraissez en sa présence, il faudra l'a« dorer (c'est-à-dire, en grec, se prosterner); et < peut-être vous en coûterait-il de vous confor« mer à cet usage. Donnez-moi vos instructions, « et votre but n'en sera pas moins rempli. « n'ai aucune répugnance, dit Conon, à rendre

Je

moniis coierat societatem, hunc adversus Pharnabazus habitus est imperator; re quidem vera exercitui præfuit Conon, ejusque omnia arbitrio gesta sunt. Hic multum ducem summum Agesilaum impedivit, sæpeque ejus consiliis obstitit. Neque vero non fuit apertum, si ille non fuisset, Agesilaum Asiam, Tauro tenus, regi fuisse erepturum. Qui posteaquam domum a suis civibus revocatus est, quod Brolii et Athenienses Lacedæmoniis bellum indixerant, Conon nihilo secius apud præfectos regis versabatur, hisque omnibus maximo erat usui.

III. Defecerat a rege Tissaphernes, neque id tam Artaxerxi, quam ceteris, erat apertum. Multis enim magnisque meritis apud regem, etiam quum in officio non maneret, valehat. Neque id mirandum, si non facile ad credendum adducebatur, reminiscens ejus se opera Cyrum fratrem superasse. Hujus accusandi gratia Conon a Pharnabazo ad regem missus, posteaquam venit, primum, ex more Persarum, ad chiliarchum, qui secundum gradum imperii tenebat', Tithrausten, accessit, seque ostendit cum rege colloqui velle. Nemo enim sine hoc admittitur. Huic ille inquit: « Nulla mora est; sed tu delibera utrum colloqui malis, an per litteras agere, quæ cogitas. Necesse est enim, si in conspectum veneris, venerari te regem (quod aроσxʊvery illi vocant). Hoc si tibi grave est, per me nihilo secius editis mandatis conficies, quod studes. » Tum Conon :

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IV. Le roi ayant lu la lettre de Conon, en fut si ému qu'il ne douta plus de la trahison de Tissapherne. Il donna ordre de faire la guerre aux Lacédémoniens et dit à Conon de choisir un trésorier. Conon s'y refusa, prétendant que ce soin appartenait au monarque, plus capable que personne de juger du mérite de ses sujets. Il lui con- • seilla cependant de nommer Pharnabaze. Artaxerxès le combla de présents, et l'envoya sur les côtes pour exiger des habitants de Chypre, de Phénicie et des autres villes maritimes, un certain nombre de galères destinées à former une flotte pour l'été suivant. Pharnabaze lui fut adjoint, comme il l'avait demandé. Les Lacédémoniens, apprenant ces nouvelles, se préparent de leur côté; non sans inquiétude, car cette guerre leur paraissait plus grave que s'ils n'eussent eu affaire qu'aux barbares. Ils voyaient à la tête des armées royales un général courageux et habile, qui aurait sur eux l'avantage du talent et du nombre. Ils équipèrent une grande flotte, et partirent sous la conduite de Pisandre. Conon, les ayant attaqués près de Cnide, les mit en fuite après un combat sanglant, prit plusieurs vaisseaux et en coula à fond un plus grand nombre. Cette victoire rendit la liberté, non-seulement à Athènes, mais à toute la Grèce, opprimée par les Spartiates. Conon revint dans sa patrie avec une partie des vaisseaux, fit relever à la fois les

<«< Enimvero, inquit, non est grave quemvis honorem habere regi; sed vereor, ne civitati meæ sit opprobrio, si, quum ex ea sim profectus, quæ ceteris gentibus imperare consueverit, potius barbarorum, quam illius more fun-gar. » Itaque huic, quæ volebat, scripta tradidit.

IV. Quibus cognitis, rex tantum auctoritate ejus motus est, ut et Tissaphernem hostem judicaverit, et Lacedæmonios bello persequi jusserit, et ei permiserit, quem vellet, eligere ad dispensandam pecuniam. Id arbitrium Conon negavit sui esse consilii, sed ipsius, qui optime suos nosse deberet: sed se suadere, Pharnabazo id negotii daret. Hinc, magnis muneribus donatus, ad mare est missus, ut Cypriis et Phonicibus, ceterisque maritimis civi tatibus naves longas imperaret, classemque, qua proxima æstate mare tueri posset, compararet, dato adjutore Pharnabazo, sicut ipse voluerat. Id ut Lacedæmoniis est nuntiatum, non sine cura rem administrarunt, quod majus bellum imminere arbitrabantur, quam si cum barbaro solum contenderent. Nam ducem fortem et prudentem regiis opibus præfuturum, ac secum dimicatarum videbant: quem neque consilio, neque copiis superare possent. Hac mente magnam contrahunt classem; proficiscuntur, Pisandro duce. Hos Conon apud Cnidum adortus magno prælio fugat, multas naves capit, complures deprimit. Qua victoria non solum Athenæ, sed etiam cunta Græcia,

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