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rendit le soldat plus libre dans ses mouvements, en le débarrassant d'une armure pesante, et lui en donna une plus légère qui le protégeait également.

II. Il fit la guerre aux Thraces, et remit sur le trône Seuthès, allié des Athéniens. A Corinthe il introduisit une discipline si sévère dans son armée, qu'il n'y eut jamais en Grèce de troupes mieux exercées, ni plus obéissantes aux ordres de leur chef. Il accoutuma si bien les soldats à se ranger d'eux-mêmes en bataille au premier signal qu'ils semblaient avoir été postés par le plus habile capitaine. C'est avec cette armée qu'il enleva le fameux corps d'infanterie lacédémonienne appelé Mora; exploit qui fut si vanté par toute la Grèce. Il mit leur armée en fuite dans la même campagne, et s'acquit une grande réputation par cette victoire. Lorsque Artaxerxès voulut faire la guerre à l'Égypte, il demanda Iphicrate aux Athéniens, pour le mettre à la tête des troupes étrangères qu'il avait à sa solde, et qui formaient un corps de deux mille hommes. Celui-ci établit une telle discipline parmi eux, qu'ils eurent la réputation qu'ont eue depuis à Rome les soldats de Fabius; on les appelait les Iphicratiens, comme les autres les Fabiens. Envoyé au secours des Spartiates, il arrêta la marche victorieuse d'Epaminondas, qui, sans lui, n'aurait quitté Sparte qu'après l'avoir prise et détruite.

III. Iphicrate joignait à une grande valeur les avantages d'un extérieur imposant. Sa taille était haute, et on l'admirait en le voyant. Mais il était mou au travail et peu patient. Je parle

gladios longiores fecit : idem genus loricarum mutavit, et pro ferreis atque æneis linteas dedit. Quo facto expeditiores milites reddidit; nam, pondere detracto, quod æque corpus tegeret, et leve esset, curavit.

II. Bellum cum Thracibus gessit Seuthen, socium Atheniensium, in regnum restituit. Apud Corinthum tanta severitate exercitui præfuit, ut nullæ unquam in Græcia neque exercitatiores copiæ, neque magis dicto audientes fuerint duci; in eamque consuetudinem adduxit, ut, quum prælii signum ab imperatore esset datum, sine ducis opera sic ordinatæ consisterent, ut singuli ab peritissimo imperatore dispositi viderentur. Hoc exercitu Moram Lacedæmoniorum intercepit: quod maxime tota celebra. tum est Græcia. Iterum eodem bello omnes copias eorum fagavit; quo facto magnam adeptus est gloriam. Quum Artaxerxes Ægyptio regi bellum inferre voluit, Iphicratem ab Atheniensibus petivit ducem, quem præficeret exercitui conductitio, cujus numerus duodecim millium fuit; quem quidem sic omni disciplina militari erudivit, ut, quemadmodum quondam Fabiani milites romani ap. pellati sunt, sic Iphicratenses apud Græcos in summa laude fuerint. Idem, subsidio Lacedæmoniis profectus, Epaminondæ retardavit impetus; nam, nisi ejus adventus appropinquasset, non prius Thebani Sparta abscessissent, quam captam incendio delessent.

III. Fuit autem et animo magno et corpore, imperatoriaque forma, ut ipso aspectu cuivis injiceret admiratioCORNELIUS NÉPOs.

d'après le témoignage de Théopompe. Bon citoyen d'ailleurs et plein de loyauté, comme il le montra en plusieurs circonstances, entre autres lorsqu'il accorda son appui aux enfants d'Amyntas, roi de Macédoine. Eurydice, veuve d'Amyntas, étant venue se mettre sous sa protection après la mort de son époux, trouva en lui un défenseur et un soutien, ainsi que ses deux enfants, Philippe et Perdiccas. Il parvint à la vieillesse sans avoir perdu l'affection de ses concitoyens. Une seule fois, pendant la guerre sociale, il eut à se défendre d'une accusation capitale, en même temps que Timothée ; mais il fut absous. Il laissa un fils nommé Ménesthée, qu'il avait eu d'une Thrace, fille du roi Cotys. On demandait un jour à ce jeune homme qui il estimait le plus, de son père ou de sa mère. «Ma mère, » répondit-il; et comme on s'étonnait de cette réponse, « N'ai-je pas raison? ajouta-t-il; car mon père, autant qu'il était en lui, m'a fait Thrace, et ma mère Athénien. »

CHABRIAS.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Chabrias s'illustre par une nouvelle tactique de son invention. II. Il secourt Nectanabis en Égypte, et Évagoras dans l'ile de Chypre; il commande la flotte égyptienne. III. On le rappelle dans sa patrie; il s'en tient habituellement éloigné, pour ne pas porter ombrage à ses concitoyens. IV. Dans la guerre sociale, il est abandonné des siens et périt.

I. Chabrias naquit à Athènes. Il fut aussi compté

nem sui. Sed in labore remissus nimis, parumque patiens, ut Theopompus memoriæ prodidit; bonus vero civis, fideque magna: quod quum in aliis rebus declaravit, tum maxime in Amynta Macedonis liberis tuendis. Namque Eurydice, mater Perdiccæ et Philippi, cum his duobus pueris, Amynta mortuo, ad Iphicratem confugit, ejusque opibus defensa est. Vixit ad senectutem, placatis in se suorum civium animis. Causam capitis semel dixit, bello sociali, simul cum Timotheo; eoque judicio est absolutus. Menesthea filium reliquit ex Thressa natum, Cotyis regis filia. Is quum interrogaretur, utrum pluris patrem, matremne faceret : Matrem, inquit. Id quum omnibus mirum videretur, at ille: Merito, inquit, facio; nam pater, quantum in se fuit, Thracem me genuit; contra ea mater, Atheniensem.

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parmi les grands généraux, et se signala par ses | exploits. Mais son plus beau titre à la gloire, c'est d'avoir inventé une manœuvre qu'il employa pour la première fois en combattant sous les murs de Thèbes, comme auxiliaire des Béotiens. Déjà son redoutable adversaire, Agésilas, qui commandait l'armée ennemie, avait mis en fuite les troupes soudoyées, et se croyait sûr de la victoire, lorsque Chabrias défendit à la phalange qui tenait encore, de quitter son poste; puis mettant le genou en terre et se couvrant de son bouclier, il attendit l'ennemi la lance en arrêt. C'est cette nouvelle manière de soutenir une attaque qu'il apprit à ses soldats. Surpris de cette manœuvre inusitée, Agésilas n'osa point s'avancer, et fit sonner la retraite au moment où on allait charger. Cet événement fit tant d'honneur à Chabrias par toute la Grèce, que les Athéniens lui ayant fait élever une statue, il voulut qu'on le représentât dans l'attitude qu'il avait imaginée. C'est de là qu'est venu cet usage de donner aux athlètes et aux autres concurrents des jeux publics, lorsqu'on leur dressait des statues, la pose qu'ils avaient au moment de la victoire.

II. Chabrias eut la conduite de plusieurs guerres en Europe, comme général des troupes athéniennes. Il fit aussi, mais sans caractère public, une expédition en Égypte, pour secourir Nectanabis, dont il affermit la couronne. Il fit la même chose à Chypre pour Évagoras, mais cette fois il avait été envoyé par les Athéniens. Il ne sortit de l'île qu'après l'avoir soumise, et ajouta ainsi à la gloire de ses concitoyens. Dans cet intervalle, la guerre s'alluma entre les Égyp

tiens et les Perses. Les Athéniens s'étaient unis avec Artaxerxès, et Sparte avec les Égyptiens, à qui

fu

tus est ducibus, resque multas memoria dignas gessit. Sed ex his elucet maxime inventum ejus in prælio, quod apud Thebas fecit, quum Bootiis subsidio venisset : namque in eo, victoria fidente summo duce Agesilao, gatis jam ab eo conductitiis catervis, reliquam phalangem loco vetuit cedere, obnixoque genu scuto, projectaque hasta impetum excipere hostium docuit. Id novum Agesilaus contuens, progredi non est ausus, suosque jam incurrentes tuba revocavit. Hoc usque eo tota Græcia fama celebratum est, ut illo statu Chabrias sibi statuam fieri voluerit, quæ publice ei ab Atheniensibus in foro constituta est. Ex quo factum est, ut postea athletæ, ceterique artifices, his statibus in statuis ponendis uterentur, in quibus victoriam essent adepti.

II. Chabrias autem multa in Europa bella administravit, quum dux Atheniensium esset; in Egypto sua sponte gessit nam Nectanabin adjutum profectus, regnum ei constituit. Fecit idem Cypri, sed publice ab Atheniensibus Evagoræ adjutor datus neque prius inde discessit, quam totam insulam bello devinceret; qua ex re Athenienses magnam gloriam sunt adepti. Interim bellum inter Ægyptios et Persas conflatum est. Athenienses cum Artaxerxe societatem habebant, Lacedæmonii cum Ægyp tiis quibus magnas prædas Agesilaus, rex eorum,

Agésilas faisait payer cher ses services. Chabrias, qui ne le cédait en rien à ce prince, alla offrir les siens au roi d'Égypte, qui le mit à la tête de sa flotte, ayant donné le commandement de l'armée de terre à Agésilas.

III. A cette nouvelle, les généraux du roi de Perse envoyèrent des députés à Athènes pour se plaindre de ce que Chabrias avait pris du service dans l'armée égyptienne. Les Athéniens assignèrent Chabrias, le menaçant de le condamner à mort, s'il ne revenait au jour marqué. Il obéit, mais ne resta à Athènes que le temps nécessaire; car il n'aimait pas demeurer trop longtemps sous les yeux de ses concitoyens, vivant avec luxe et s'abandonnant volontiers à ses goûts. Il sentait qu'il ne pourrait échapper à l'envie qui est, comme on le sait, le vice des gouvernements libres. En effet, l'envie est toujours la compagne de la gloire dans les grandes républiques, et l'on s'y plaît à rabaisser ceux qui s'élèvent trop audessus des autres. Le pauvre n'y voit pas sans murmurer une opulence à laquelle il ne participe pas. C'est ce qui empêchait Chabrias de vivre à Athènes. Il s'en absentait le plus souvent possible, et il n'était pas le seul : presque tous les citoyens distingués en faisaient autant, persuadés que le seul moyen d'éviter l'envie était de se dérober aux regards de leurs compatriotes. Conon habita presque toujours l'île de Chypre; Iphicrate, la Thrace; Timothée, Lesbos; et Charès, Sigée. Il est vrai que, par ses mœurs et ses actions, celui-ci ne ressemblait guère aux grands hommes que je viens de citer, mais il ne laissa pas d'être puissant et considéré dans sa patrie.

IV. Chabrias périt dans la guerre sociale; voici comment. Les Athéniens assiégeaient Chio, et

faciebat. Id intuens Chabrias, quum in re nulla Agesilao cederet, sua sponte eos adjutum profectus, Egyptia classi præfuit; pedestribus copiis Agesilaus.

III. Tum præfecti regis Persiæ legatos miserunt Athenas questum, quod Chabrias adversum regem bellum gereret cum Ægyptiis. Athenienses diem certam Chabriæ præstituerunt, quam ante domum nisi redisset, capitis se illum damnaturos denuntiarunt. Hoc ille nuntio Athenas rediit, neque ibi diutius est moratus, quam fuit necesse. Non enim libenter erat ante oculos civium suorum : quod et vivebat laute, et indulgebat sibi liberalius, quam ut invidiam vulgi posset effugere. Est enim hoc commune vitium in magnis liberisque civitatibus, ut invidia gloriæ comes sit, et libenter de his detrahant, quos eminere vi deant altius neque animo æquo pauperes alienam opu. lentium intuentur fortunam. Itaque Chabrias, quoad ei licebat, plurimum aberat. Neque vero solus ille aberat Athenis libenter; sed omnes fere principes fecerunt idem, quod tantum se ab invidia putabant futuros, quantum a conspectu suorum recessissent. Itaque Conon plurimúm Cypri vixit, Iphicrates in Thracia, Timotheus Lesbi, Chares in Sigao. Dissimilis quidem Chares horum et fac. tis et moribus, sed tamen Athenis et honoratus et potens. IV. Chabrias autem periit bello sociali, tali modo : op

Chabrias servait sur leur flotte comme simple | cipalement par ses victoires sur les Olynthiens et volontaire, mais, dans le fait, avec plus d'autorité les Bysantins, et par la prise de Samos. Le siége que ceux qui commandaient. Les soldats le con- de cette ville avait coûté douze cents talents aux sidéraient plus que leurs chefs. C'est ce qui hâta Athéniens dans la guerre précédente. Timosa mort. Comme il voulait entrer le premier dans thée la fit rentrer sans dépense sous leur domile port, il ordonna au pilote de faire avancer le nation. Il fit la guerre à Cotys, et en retira vaisseau, et se perdit ainsi par trop d'ardeur. Car douze cents talents, qu'il versa dans le trésor pula flotte ne le suivit pas, et, dès qu'il eut franchi blic. Il fit lever le siége de Cysique, et marcha l'entrée du port, il fut enveloppé. Il combat- avec Agésilas au secours d'Ariobarzane. Agésilas tait avec son courage accoutumé, lorsque le vais reçut de l'argent du satrape; mais Timothée, au seau, frappé d'un coup d'éperon, commença à lieu d'accepter ces présents dont il aurait pu garcouler bas. Il aurait pu en nageant gagner la flotte der une partie, aima mieux agrandir le territoire des Athéniens; mais il aima mieux mourir que de ses concitoyens. Il se fit donner les villes d'abandonner le vaisseau qui l'avait porté. Les d'Érichthon et de Sestos. autres se sauvèrent à la nage. Quant à lui, préférant une mort glorieuse à une vie déshonorée, il tomba percé de coups en combattant de près.

TIMOTHÉE.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Qualités et exploits de Timothée. II. Vain-
queur des Lacédémoniens, on lui élève une statue.
UI. Dans sa vieillesse, on le donne pour conseil au
préteur Ménesthée. Accusé par Charès, il est condamné. —
IV. Conon, son fils, est contraint de relever à ses frais
les murs d'Athènes. Fidélité de Jason envers Timothée.
1. Timothée, fils de Conon, naquit à Athènes.
Il ajouta par ses talents à la gloire du nom
paternel. Il était éloquent, actif, laborieux, éga-
lement habile dans la guerre et dans le gouver-
nement. Il se rendit célèbre par ses exploits, prin-

pugnabant Athenienses Chium; erat in classe Chabrias
privatus, sed omnes, qui in magistratu erant, auctoritate
anteibat; eumque magis milites, quam qui præerant, aspi-
ciebant. Quæ res ei maturavit mortem : nam dum primus
studet portum intrare, et gubernatorem jubet eo dirigere
navem, ipse sibi perniciei fuit. Quum enim eo penetras-
set, ceteræ non sunt secutæ. Quo facto circumfusus hos-
tium concursu, quum fortissime pugnaret, navis, rostro
percussa, cœpit sidere : hinc refugere quum posset, si
se in mare dejecisset, quod suberat classis Atheniensium,
quæ exciperet natantem; perire maluit, quam, armis ab-
jectis, navem relinquere in qua fuerat vectus. Id ceteri
facere noluerunt, qui nando in tutum pervenerunt; at ille
præstare honestam mortem existimans turpi vitæ, comi-
nus pugnans telis hostium interfectus est.

TIMOTHEUS.

-

ARGUMENTUM.

II. Ayant été mis à la tête de l'armée navale, il longea les côtes du Péloponnèse, ravagea la Laconie et dispersa la flotte des Spartiates. Il soumit Corcyre aux Athéniens, et fit rentrer dans leur alliance les Épirotes, les Athamanes, les Chaoniens, et tous les peuples qui avoisinent cette mer. Cette expédition mit fin à la rivalité qui existait depuis longtemps entre les deux Etats pour la supériorité maritime. Les Spartiates la cédèrent d'eux-mêmes aux Athéniens, qui firent la paix à cette condition qu'ils seraient désormais les maîtres de la mer. Cette victoire causa une si grande joie dans l'Attique, qu'on éleva pour la première fois des autels à la Paix, et qu'il y eut un pulvinar pour la statue de la déesse. On érigea aussi une statue a Timothée, pour perpétuer la mémoire de ce glorieux événement. Il était sans exemple jusqu'alors que le fils d'un citoyen à qui on avait élevé une statue obtînt pour lui le même honneur. L'image du fils placée

acceptam gloriam multis auxit virtutibus. Fuit enim disertus, impiger, laboriosus, rei militaris peritus, neque minus civitatis regendæ. Multa hujus sunt præclare facta, sed hæc maxime illustria. Olynthios et Byzantios bello su. begit. Samum cepit, in qua oppugnanda, superiore bello, Athenienses mille et ducenta talenta consumpserant. Id ille sine ulla publica impensa populo restituit. Adversum Cotym bella gessit, ab eoque mille et ducenta talenta prædæ in publicum retulit. Cyzicum obsidione liberavit. Ariobarzani simul cum Agesilao auxilio profectus est. A quo quum Laco pecuniam numeratam accepisset, ille cives suos agro atque urbibus augeri maluit, quam id sumere, cujus partem domum suam ferre posset. Itaque accepit Erichthonem et Sestum.

II. Idem, classi præfectus, circumvehens Peloponnesum, Laconiam populatus, classem eorum fugavit. Corcyram sub imperium Atheniensium redegit, sociosque idem adjunxit Epirotas, Athamanas, Chaonas, omnesque eas gentes, quæ mare illud adjacent. Quo facto Lacedæ monii de diutina contentione destiterunt, et sua sponte Atheniensibus imperii maritimi principatum concesserunt, pacemque his legibus constituerunt, ut Athenienses mari duces essent. Quæ victoria tantæ fuit Atticis lætitiæ, ut tum primum aræ Paci publice sint factæ, eique deæ pulvinar sit institutum. Cujus laudis ut memoria maneret, Timotheo publice statuam in foro posuerunt: qui honos 1. Timotheus, Cononis filius, Atheniensis. Hic a patre huic uni ante id tempus contigit, ut, quum patri populus

CAP. I. Timothei virtutes et res gestæ. II. Ipsi, Lacedæmoniorum victori, statua ponitur. III. Senex Menestheo prætori in consilium datur. A Charete prætore accusatus damnatur. IV. Filius ejus Conon muros reficere cogitur. Jasonis erga Timotheum fides.

auprès de celle du père donna un nouvel éclat à la, accusés de trahison, et Timothée est condamné gloire de ce dernier.

à une amende de cent talents. Victime de la haine de son ingrate patrie, il se retire à Chalcis.

IV. Après sa mort, le peuple se repentit de l'avoir condamné. Il retrancha les neuf dixièmes de l'amende, et ordonna que son fils Conon donnerait dix talents pour relever une partie des murs de la ville. Ce fut un exemple remarquable des jeux de la fortune, que le petit-fils fut obligé de rétablir à ses frais, et au grand déshonneur de sa famille, ces murailles que l'aïeul avait élevées aux dépens de l'ennemi. Nous pourrions citer plusieurs preuves de la sagesse et de la modération de Timothée, mais nous nous bornerons à une seule, qui fera connaître jusqu'à quel point il était chéri des siens. Ayant été forcé de paraître en justice dans sa première jeunesse, non-seulement ses amis et ses hôtes, simples particuliers, se réunirent pour le défendre; mais le tyran Jason, le plus puissant prince de cette époque, vint se joindre à eux. Ce prince, qui, dans ses États, ne se croyait en sûreté qu'au milieu de ses satellites, vint à Athènes sans escorte, et se montra si atta

III. Timothée, étant parvenu à une grande vieillesse, s'était retiré des affaires publiques, lorsque les Athéniens se virent attaqués de tcutes parts. Samos avait quitté leur parti, l'Hellespont s'était révolté; Philippe de Macédoine, déjà puissant, méditait ses entreprises, et l'on comptait peu sur les talents de Charès qui lui était opposé. Ménesthée, fils d'Iphicrate et gendre de Thimothée, fut créé préteur et reçut l'ordre de partir. On lui donna pour conseils deux hommes d'une sagesse et d'une expérience consommées, son père et son beau-père. Ils inspiraient tant de confiance aux Athéniens, qu'on espérait se relever par leur secours. Ils partirent pour Samos. A cette nouvelle, Charès, ne voulant pas qu'on parût agir sans lui, prit la même direction. On approchait de l'île, lorsqu'il s'éleva une violente tempête. Les deux vieux généraux, qui ne voulaient point exposer leur flotte, suspendirent leur marche; mais Charès, n'écoutant que sa témérité, méprisa leurs avis, et, comme si la fortune eût été à ses ordres, il arriva où il voulait, et fit dire à Iphi-ché à son hôte, qu'il aima mieux exposer sa vie crate et à Timothée de venir le joindre. Mais l'attaque ne réussit pas, et il fut obligé de se retirer après avoir perdu plusieurs vaisseaux. Dans une lettre qu'il écrivit aux magistrats d'Athènes, il attribua sa défaite à ses deux collègues, disant qu'il aurait pris Samos s'il eût été secondé. L'opinion se déclara contre Iphicrate et Timothée.phicrate, de Chabrias et de Timothée, cette ville Le peuple, violent, soupçonneux, léger, envieux de la puissance, les rappelle à Athènes. Ils sont

statuam posuisset, filio quoque daret. Sic juxta posita recens filii veterem patris renovavit memoriam.

III. Hic quum esset magno natu, et magistratus gerere desisset, bello Athenienses undique premi sunt cœpti. Defecerat Samus: deseierat Hellespontus : Philippus jam tum valens Macedo multa moliebatur; cui oppositus Chares quum esset, non satis in eo præsidii putabatur. Fit Menestheus prætor, filius Iphicratis, gener Timothei, et, ut ad bellum proficiscatur, decernitur. Huic in consilium dantur duo usu et sapientia præstantes, quorum consilio uteretur, pater et socer: quod in his tanta erat auctoritas, nt magna spes esset, per eos amissa posse recuperari. Hi❘ quum Samum profecti essent, et eodem Chares, adventu eorum cognito, cum suis copiis proficisceretur, ne quid absente se gestum videretur, accidit, quum ad insulam appropinquarent, ut magna tempestas oriretur. Quam evitare duo veteres imperatores utile arbitrati, suam classem suppresserunt. At ille, temeraria usus ratione, non cessit majorum natu auctoritati, et, ut in sua navi esset fortuna, quo contenderat, pervenit; eodemque ut sequerentur, ad Timotheum et Iphicratem nuntium misit. Hinc, male re gesta, compluribus amissis navibus, codem, unde erat profectus, se recepit, litterasque Athenas publice misit, sibi proclive fuisse Samum capere, nisi a Timotheo et Iphicrate desertus esset. Ob cam rem in crimen voca bantur; populus acer, suspicax, mobilis, adversarius, invidus etiam potentiæ, domum revocat: accusantur pro

que d'abandonner Timothée dans une affaire où il y allait de son honneur. Cependant Timothée lui fit la guerre dans la suite, sur l'ordre du peuple, jugeant les droits de la patrie plus sacrés que ceux de l'hospitalité. Ce fut le dernier âge des grands généraux d'Athènes. Après la mort d'I

ne produisit aucun capitaine digne de mémoire.

ditionis. Hoc judicio damnatur Timotheus, lisque ejus æstimatur centum talentis. Ille, odio ingratæ civitatis coactus, Chalcidem se contulit.

IV. Hujus post mortem quum populum judicii sui pœniteret, mulctæ novem partes detraxit, et decem talenta Cononem, filium ejus, ad muri quamdam partem reficiendam jussit dare. In quo fortunæ varietas est animadversa. Nam quos avus Conon muros ex hostium præda patriæ restituerat, eosdem nepos, cum summa ignominia familiæ, ex sua re familiari reficere coactus est. Timothei autem moderatæ sapientisque vitæ, quum pleraque possimus proferre testimonia, uno erimus contenti; quod ex eo facile conjici poterit, quam carus suis fuerit. Quum Athenis adolescentulus causam diceret, non solum amici privatique hospites ad cum defendendum convenerunt; sed etiam in eis Jason tyrannus, qui illo tempore fuit omnium potentissimus. Hic quum in patria sine satellitibus se tutum non arbitraretur, Athenas sine ullo præsidio venit; tantique hospitem fecit, ut mallet se capitis periculum adire, quam Timotheo, de fama dimicanti, deesse. Hunc adversus tamen Timotheus postea, populi jussu, bellum gessit; patriæque sanctiora jura, quam hospitii, esse duxit. Hæc extrema fuit ætas imperatorum Atheniensium, Iphicratis, Chabriæ, Timothei: reque, post illorum obitum, quisquam dux in illa urbe fuit dignus memoria.

DATAME.

SOMMAIRE.

-

CHAP. I. Datame, le plus illustre des généraux barbares. Il fait ses premières armes dans la guerre d'Artaxerxès contre les Cadusiens, peuple de Cilicie. — II. Il prend Thyus vivant. III. 11 amène au roi son captif. Il est mis à la tête des troupes envoyées contre les Égyptiens. IV. Il est rappelé. Il fait prisonnier Aspis de Cappadoce. V. Instruit des piéges que lui tendent les courtisans, il occupe en son nom la Cappadoce et la Paphlagonie. — VI. Il perd son fils dans une guerre contre les

Pisidiens; il accable et ses soldats transfuges et ses ennemis. — VII. Son fils ainé le trahit. — VIII. Il défait Autophradate envoyé contre lui. IX. Il évite avec adresse les embûches d'Artaxerxès.-X. Il se laisse surprendre aux artifices de Mithridate. XI. II périt par trahison dans une entrevue.

I. Je vais m'occuper maintenant du plus vaillant et du plus habile des généraux barbares, à l'exception des deux Carthaginois Amilcar et Annibal. J'en parlerai avec d'autant plus de détails que ses actions sont peu connues, et qu'il dut ses succès non pas à de grandes armées, mais à une habileté presque sans égale. Ma narration manquerait de clarté sans ces développements. Datame, fils de Camissare, Carien de nation et d'une femme scythe, fit d'abord partie de la garde du palais d'Artaxerxès. Son père ayant donné des preuves de fidélité au roi, de bravoure et de capacité dans la guerre, eut le gouvernement de la Cilicie, province voisine de la Cappadoce, et habitée par les Leucosyriens. Datame, d'abord simple soldat, montra ce qu'il était dans la guerre que

DATAMES.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Datames, barbarorum clarissimus. Bello Artaxerxis contra Cadusios, Ciliciæ partem, meretur. — II. Thyum vivum capit. - III. Captum ad regem adducit. Copiis contra Egyptios præficitur. IV. Revocatur. Aspim Cappadocem capit.-V. Aulicorum insidias edoctus, Cappadociam sibi et Paphlagoniam occupat. VI. In bello adversum Pisidas amittit filium. Proditores et hostes Pisidas superat. -- VII. A filio natu maximo proditur. - VIII. Autophradalem, contra se missum, vincit. - IX. Regis insidias callide declinat. X. Mithridatis dolo capitur. - XI. In colloquio per fraudem occiditur.

I. Venio nunc ad fortissimum virum, maximique consilii omnium barbarorum, exceptis duobus Carthaginiensibus, Hamilcare et Hannibale. De quo hoc plura referemus, quod et obscuriora sunt ejus gesta pleraque; et ea, quæ prospere ei cesserunt, non magnitudine copiarum, sed consilii, quo tantum non omnes superabat, acciderunt. Quorum nisi ratio explicata fuerit, res apparere non poterunt. Datames, patre Camissare, natione Care, matre Scythissa natus, primum militum numero fuit apud Artaxerxem eorum qui regiam tuebantur. Pater ejus Camissares, quod et manu fortis, et bello strenuus, et regi mul. Lis locis fidelis erat repertus, habuit provinciam partem Cilici juxta Cappadociam, quam incolunt Leucosyri.

le roi fit contre les Cadusiens, où l'armée royale fit de grandes pertes. On n'en apprécia que mieux sa valeur; et Camissare étant mort dans cette guerre, Datame eut le gouvernement de la province.

II. Il ne montra pas moins de courage à l'époque où Autophradate poursuivait par l'ordre du roi les peuples qui s'étaient révoltés. Il mit en fuite les enne.nis qui avaient déjà pénétré dans le camp, et le reste de l'armée lui dut son salut. Après cet exploit, on lui confia de plus grandes entreprises. Thyus, issu de cet antique Pylémène qu'Homère dit avoir été tué par Patrocle dans la guerre de Troie, était alors dynaste de la Paphlagonie. Il refusait d'obéir au roi, qui résolut de le punir, et qui chargea de cette expédition Datame, proche parent du Paphlagonien; car ils étaient nés l'un du frère, l'autre de la sœur. Avant de recourir aux armes, Datame voulut tenter de le faire rentrer dans le devoir. Il alla le trouver sans se faire accompagner, croyant n'avoir rien à craindre d'un parent. Mais sa confiance faillit le perdre. Thyus voulut le faire assassiner secrètement. La mère de Datame, tante de Thyus, était avec son fils: elle fut instruite du complot, et l'en avertit. Datame crut sa tante. Il déclara la guerre à Thyus, et, malgré la défection d'Ariobarzane, gouverneur de la Lydie, de l'Ionie et de toute la Phrygie, il poursuivit son expédition avec vigueur, et finit par le prendre vivant avec sa femme et ses enfants.

III. Il eut soin de partir de suite, pour que la nouvelle de sa victoire ne le précédât pas auprès

Datames militare munus fungens, primum, qualis esset, apparuit in bello, quod rex adversus Cadusios gessit. Namque hic multis millibus regiorum interfectis, magni fuit ejus opera. Quo factum est, ut, quum in eo hello ceci. disset Camissares, paterna ei traderetur provincia.

II. Pari se virtute postea præbuit, quum Autophradates jussu regis bello persequeretur eos qui defecerant. Namque hujus opera hostes, quum castra jam intrassent, profligati sunt, exercitusque reliquus conservatus regis est : qua ex re majoribus rebus præesse cœpit. Erat eo tempore Thyus, dynastes Paphlagonia, antiquo genere natus a Pylamene illo, quem Homerus Troico bello a Patrocio interfectum ait. Is regi dicto audiens non erat. Quam ob causam bello eum persequi constituit, eique rei præfecit Datamem, propinquum Paphlagonis; namque ex fratre et sorore erant nati. Quam ob causam Datames omnia primum experiri voluit, ut sine armis propinquum ad officium reduceret. Ad quem quum venisset sine præsidio, quod ab amico nullas vereretur insidias, pæne interiit: nam Thyus eum clam interficere voluit. Erat mater cum Datame, amita Paphlagonis: ea, quid ageretur, resciit, filiumque monuit ille fuga periculum evitavit, bellumque indixit Thyo. In quo quum ab Ariobarzane, præfecto Lydia et Ioniæ totiusque Phrygiæ, desertus esset; nihilo segnius perseveravit, vivumque Thyum cepit cum uxore et libe

ris.

III. Cujus facti ne prius fama ad regem, quam ipse, perveniret, dedit operam. Itaque omnibus insciis, eo, ubi

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