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duroi. Il se rend, à l'insu de tout le monde, à l'endroit où se trouvait le roi, et le lendemain il fait revêtir son captif d'une robe magnifique, telle que les satrapes ont coutume d'en porter, et le décore d'un collier, des bracelets d'or et des autres ornements royaux. Thyus était d'une taille colossale; son teint noir, sa longue barbe et son épaisse chevelure lui donnaient un air terrible. Quant à Datame, couvert d'un manteau grossier, d'une tunique hérissée de poils, ayant sur sa tête un casque de chasseur, il tenait dans sa main droite une massue, et de la gauche conduisait Thyus attaché à une laisse, comme une bête prise à la chasse. Ce spectacle étrange et nouveau, cette figure inconnue frappant tous les regards, et attirant la foule, quelques personnes reconnurent Thyus, et allèrent en avertir le roi. Artaxerxès refusa d'abord de les croire, et envoya Pharnabaze pour s'assurer de la vérité. Pharnabaze lui ayant dit qu'en effet c'étaient Thyus et Datame qui arrivaient, il ordonna de les introduire sur-le-champ, et ne parut pas moins charmé de cet appareil singulier que de la capture faite par son général. Ce qui le flattait surtout, c'était qu'un roi célèbre fût tombé en son pouvoir sans qu'il s'y attendît. Il récompensa magnifiquement Datame, et l'envoya rejoindre l'armée qui se rassemblait sous les ordres de Pharnabaze et de Tithraustès pour la guerre d'Égypte, voulant qu'il partageât avec eux l'autorité. Après le rappel de Pharnabaze, il lui donna le commandement en chef.

IV. Datame poussait avec activité tous les préparatifs et se disposait à partir pour l'Egypte, lorsqu'il reçut un ordre du roi qui lui enjoignait d'attaquer Aspis. Cet Aspis occupait la Cataonie,

erat rex, venit; posteroque die Thyum, hominem maximi corporis, terribilique facie, quod et niger, et capillo longo, barbaque erat promissa, optima veste texit, quam satrapæ regii gerere consueverant; ornavitque etiam torque, et ar millis aureis, ceteroque regio cultu. Ipse agresti duplici amiculo circumdatus, hirtaque tunica, gerens in capite galeam venatoriam, dextra manu clavam, sinistra copu lam, qua vinctum ante se Thyum agebat, ut si ferain bestiam captam duceret. Quem omnes quum prospicerent propter novitatem ornatus, ignotamque formam, ob eamque rem magnus esset concursus, fuit non nemo, qui agnosceret Thyum, regique nuntiaret. Primo non accredidit. Itaque Pharnabazum misit exploratum; a quo ut rem gestam comperit, statim admitti jussit, magnopere delectatus quum facto, tum ornatu; in primis quod nobilis rex in potestatem inopinanti venerat. Itaque magnifice Datamem donatum ad exercitum misit, qui tum contrahebatur, duce Pharnabazo et Tithrauste, ad bellum Ægyptium; parique eum, atque illos, imperio esse jussit. Postea vero quam Pharnabazum rex revocavit, illi summa imperii tradita est.

IV. Hic quum maximo studio compararet exercitum, Egyptumque proficisci pararet, subito a rege litteræ sunt ei missæ, ut Aspim aggrederetur, qui Cataoniam tenebat, quæ gens jacet supra Ciliciam, confinis Cappadocia. Nam

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province située au-dessus de la Cilicie et limitrophe de la Cappadoce. Maître d'un pays couvert de bois et hérissé de forteresses, il en profitait pour se soustraire à l'autorité du roi, désoler les provinces voisines, et enlever les tributs qu'on envoyait à la cour de Perse. Quoique fort éloigné de ce pays et arraché par cet ordre à une expédition importante, Datame crut devoir se conformer aux volontés du roi. Il s'embarqua avec un petit nombre de soldats choisis, pensant (ce qui arriva en effet) que l'ennemi n'étant pas sur ses gardes, il en viendrait à bout bien plus aisément avec une poignée d'hommes qu'avec une armée, s'il lui laissait le temps de se préparer. Il aborde en Cilicie, traverse la province, marche jour et nuit, franchit le Taurus, arrive au bout de sa course, et s'informe du lieu où peut être Aspis. Il apprend qu'il n'est pas éloigné, et qu'il est parti pour la chasse. Pendant qu'il l'épie, on est instruit du sujet de sa venue. Aspis se prépare à résister, et joint quelques Pisidiens aux gens qui l'accompagnaient. Aussitôt Datame prend ses armes, ordonne aux siens de le suivre, et pousse à toute bride vers l'ennemi. Aspis, le voyant venir, est saisi de frayeur; il ne songe plus à se défendre et se rend. Datame le fait enchaîner, et charge Mithridate de le conduire au roi.

V. Pendant que ces choses se passent, Artaxerxès, réfléchissant, regrette d'avoir détourné son meilleur général d'une guerre importante, pour l'employer à une expédition secondaire. Ne le croyant pas encore parti, il lui envoie un exprès au camp d'Acé pour lui ordonner de rester. Avant d'arriver à sa destination, le courrier rencontre l'escorte qui ramenait Aspis. Cette activité, en

que Aspis, saltuosam regionem, castellisque munitam incolens, non solum imperio regis non parebat, sed etiam finitimas res vexabat, et, quæ regi portarentur, abripiebat. Datames, etsi longe aberat ab his regionibus, et a majore re abstrahebatur, tamen regis voluntati morem gerendum putavit. Itaque cum paucis, sed viris fortibus, navem conscendit, existimans, id quod accidit, facilius se impru dentem parva manu oppressurum, quam paratum, quamvis magno exercitu. Hac delatus in Ciliciam, egressus inde, dies noctesque iter faciens, Taurum transit, eoque, quo studuerat, venit: quærit, quibus locis sit Aspis: cognoscit haud longe abesse, profectumque eum venatum; quem dum speculatur, adventus ejus causa cognoscitur. Pisidas cum iis, quos secum habebat, ad resistendum Aspis comparat. Id Datames ubi audivit, arma sumit, suosque sequi jubet : ipse equo concitato ad hostem vehitur. Quem procul Aspis conspiciens ad se ferentem, pertimescit, atque a conatu resistendi deterritus, sese dedit. Hunc Datames vinctum ad regem ducendum tradit Mithridati.

V. Hæc dum geruntur, Artaxerxes reminiscens, a quanto bello ad quam parvam rem principem ducum misisset, se ipse reprehendit, et nuntium ad exercitum Acen misit, quod nondum Datamem profectum putabat, qui diceret, ne ab exercitu discederet. Hic, priusquam perveniret, quo

acquérant à Datame la bienveillance du roi, lui attira la haine des courtisans, qui voyaient qu'on faisait plus de cas de lui seul que d'eux tous. Ils se réunirent pour le perdre. Pandate, son ami, trésorier du roi, lui écrivit à ce sujet une lettre dans laquelle il lui disait « que le moindre << revers qui lui arriverait dans son comman⚫ dement d'Égypte l'exposerait à de grands dangers, la coutume des rois étant d'attribuer les bons succès à leur fortune et les mauvais à l'inhabileté de leurs généraux ; qu'il devait savoir « qu'on avait peu de peine à leur faire décider la ⚫perte de ceux qui ont éprouvé des échecs, et que pour lui, sa position était d'autant plus critique que les hommes qui s'étaient faits ses ennemis « étaient ceux qui avaient le plus d'empire sur « l'esprit du roi. » Datame était arrivé au camp, lorsqu'il reçut cette lettre. Il y avait trop de vérité dans les avertissements de son ami pour qu'il les négligeât. Il résolut d'abandonner le roi, mais sans rien faire qui pût passer pour de la trahison. Il remit le commandement à Mandrocle de Magnésie, et passa avec les siens en Cappadoce. Il occupa aussi la Paphlagonie, province contiguë à la Cappadoce, et, sans faire connaître ses dispositions à l'égard du Roi, il se lia secrètement avec Ariobarzane, leva une petite armée, et donna la garde des places fortes à ses amis.

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VI. L'hiver l'empêchait d'agir. Toutefois, apprenant que les Pisidiens levaient des troupes contre lui, il y envoie son fils Arsidée avec une armée. Ce jeune homme est tué dans un combat. Le malheureux père, cachant le coup qui vient de le frapper, marche de ce côté avec une petite

erat profectus, in itinere convenit, qui Aspim ducebant. Qua celeritate quum magnam benevolentiam regis Data mes consecutus esset, non minorem invidiam aulicorum excepit, qui illum unum pluris, quam se omnes, fieri videbant: quo facto cuncti ad eum opprimendum consenserunt. Hæc Pandates, gazæ custos regiæ, amicus Datami, perscripta ei mittit, in quibus docet, « eum magno fore periculo, si quid, illo imperante, in Ægypto adversi accidisset namque eam esse consuetudinem regiam, ut casus adversos hominibus tribuant, secundos fortunæ suæ; quo fieri, ut facile impellantur ad eorum perniciem, quorum ductu res male gestæ nuntientur : illum hoc majore fore in discrimine, quod, quibus rex maxime obediat, eos habeat inimicissimos. » Talibus ille litteris cognitis, quum jam ad exercitum Acen venisset, quod non ignorabat, ea vere scripta, desciscere a rege constituit. Neque tamen quidquam fecit, quod fide sua esset indignum : nam Androclem Magnetem exercitui præfecit; ipse cum suis in Cappadociam discedit, conjunctamque huic Paphlagoniam occupat, celans, qua voluntate esset in regem; clam cum Ariobarzane facit amicitiam, manum comparat, urbes munitas suis tuendas tradit.

VI. Sed hæc, propter hiemale tempus, minus prospere procedebant. Audit Pisidas quasdam copias adversus se parare. Filium eo Arsidæum cum exercitu mittit : cadit in prælio adolescens. Proficiscitur eo pater, non ita cum

troupe; il voulait atteindre l'ennemi avant que les siens ne fussent instruits de ce revers, et de peur que la nouvelle de la mort de son fils ne portât le découragement parmi eux. Arrivé sur les lieux, il établit son camp de manière à ne pouvoir ni être enveloppé par l'ennemi, ni gêné dans ses mouvements. Mithrobarzane, son beau-père, commandant de la cavalerie, était avec lui : désespérant des affaires de son gendre, il passe du côté des Pisidiens. Datame sentit que si les soldats apprenaient cette défection, en le voyant abandonné d'un homme qui le touchait de si près, ils pourraient bien l'abandonner aussi. Il publie que c'est par son ordre que Mithrobarzane est parti, que cette prétendue désertion n'est qu'une ruse dont il s'est servi pour s'introduire chez l'ennemi et le massacrer quand le moment sera venu; qu'ils ne devaient donc pas abandonner leur général, mais le suivre à l'instant; que s'ils se conduisaient avec courage, les ennemis ne pourraient leur résister, attaqués à la fois au dedans et au dehors. L'armée se met en marche. Mithrobarzane venait à peine de se joindre aux Pisidiens, que Datame ordonne l'attaque. Dans le premier trouble, les Pisidiens s'imaginent que ces transfuges sont des traîtres qui voulaient pénétrer dans leur camp pour les accabler plus aisément. Ils commencent par les assaillir. Ceux-ci, ne sachant ce qui se passait ni pourquoi on les attaquait, sont forcés de combattre ceux qu'ils venaient servir, au profit de celui qu'ils abandonnaient. Mais n'étant épargnés ni d'un côté ni de l'autre, ils sont bientôt massacrés. Datame fond sur le reste des Pisidiens, les culbute du premier choc, poursuit les

magna manu, celans quantum vulnus accepisset: quod prius ad hostem pervenire cupiebat, quam de re male gesta fama ad suos perveniret, ne, cognita filii morte, animi debilitarentur militum. Quo contenderat, pervenit, hisque locis castra ponit, ut neque circumiri multitudine adversariorum posset, neque impediri, quominus ad dimicandum manum haberet expeditam. Erat cum eo Mithrobarzanes, socer ejus, præfectus equitum: is, desperatis generi rebus, ad hostes transfugit. Id Datames ut audivit, sensit, si in turbam exisset, ab homine tam necessario se relictum, futurum, ut ceteri consilium sequerentur. In vulgus edit, « szo jussu Mithrobarzanem profectum pro perfuga, quo facilius receptus interficeret hostes : quare relinqui eum non par esse, sed omnes confestim sequi. Quod si animo strenuo fecissent, futurum, ut adversarii non possent resistere, quum et intra vallum et foris cæderentur. » Hac re probata, exercitum educit; Mithrobarzanem persequitur : qui tantum quod ad hostes pervenerat, Datames signa inferri jubet. Pisidæ, nova re commoti, in opinionem adducuntur, perfugas mala fide compositoque fecisse, ut, recepti, essent majori calamitati : primum eos adoriuntur. Illi, quum quid ageretur, aut quare fieret, ignorarent, coacti sunt cum eis pugnare, ad quos transierant; ab hisque stare, quos reliquerant. Quibus quum neutri parcerent, celeriter sunt concisi. Reliquos Pisidas resistentes Datames invadit, primo impetu pellit, fugientes

fuyards, en tue un grand nombre, et se rend maître du camp. C'est ainsi qu'il punit la trahison, battit l'ennemi, et fit servir à son salut ce qui devait assurer sa perte. L'histoire n'offre aucun exemple d'un dessein aussi habilement conçu et plus rapidement exécuté.

VII. Ce grand homme fut pourtant trahi par Scismas, son fils aîné, qui passa du côté du roi, et lui dénonça la défection de son père. Artaxerxès fut extrêmement ému de cette nouvelle. Il connaissait Datame; il savait qu'il avait affaire à un homme actif et courageux, qui pensait avant d'agir, et exécutait avec audace ce qu'il avait médité avec prudence. Il envoya Autophradate en Cappadoce. Datame, pour empêcher le satrape de pénétrer dans le défilé qui forme l'entrée de la Cilicie, voulait s'en emparer; mais il n'eut pas le temps de lever les troupes nécessaires. Forcé de renoncer à son projet, il choisit avec sa petite armée une position telle que les ennemis ne pouvaient ni l'entourer ni passer outre sans être eux-mêmes pressés des deux côtés, et qu'il n'avait pas à redouter la supériorité du nombre dans le cas où il viendrait à accepter le combat. VIII. Autophradate voyait bien le désavantage de la position; mais il aima mieux livrer le combat que de reculer ou de rester là avec une armée si considérable. Cette armée se composait de vingt mille cavaliers barbares, cent mille de ces fantassins que les Perses nomment Cardaces, trois mille frondeurs du même corps, huit mille Cappadociens, dix mille Arméniens, cinq mille Paphlagoniens, dix mille Phrygiens, cinq mille Lydiens, environ trois mille Aspen

persequitur, multos interficit, castra hostium capit. Tali consilio uno tempore et proditores perculit, et hostes profligavit; et, quod ad perniciem fuerat cogitatum, id ad salutem convertit: quo neque acutius ullius imperatoris cogitatum, neque celerius factum usquam legimus.

VII. Ab hoc tamen viro Scismas, maximo natu filius, desciit, ad regemque transiit, et de defectione patris detulit. Quo nuntio Artaxerxes commotus, quod intelligebat, sibi cum viro forti ac strenuo negotium esse, qui, quum cogitasset, facere auderet, et prius cogitare, quam conari, consuesset, Autophradatem in Cappadociam mittit. Hic ne intrare posset saltum, in quo Cilicia portæ sunt sitæ, Datames præoccupare studuit. Sed tam subito copias contrahere non potuit. A qua re depulsus, cum ea manu, quam contraxerat, locum delegit talem, ut neque circumiretur ab hostibus, neque præteriret adversarius, quin ancipitibus locis premeretur, et, si dimicare cum eo vellet, non multum obesse multitudo hostium suæ paucitati posset.

VIII. Hæc etsi Autophradates videbat, tamen statuit congredi, quam cum tantis copiis refugere, aut tam diu uno loco sedere. Habebat barbarorum equitum viginti, peditum centum millia, quos illi Cardaces appellant; ejusdemque generis tria funditorum; præterea Cappadocum octo, Armeniorum decem, Paphlagonum quinque, Phry gum decem, Lydorum quinque, Aspendiorum et Pisidarum circiter tria, Cilicum duo, Captianorum totidem, ex Græ.

diens et Pisidiens, deux mille Ciliciens, autant de Captiens, trois mille Grecs soudoyés, et un grand nombre de troupes légères. Attaqué par des forces si supérieures, Datame n'avait d'espoir qu'en lui et dans la position qu'il occupait. Il n'avait pas la vingtième partie de ces troupes. Toutefois il livra bataille et tua plusieurs milliers d'hommes à l'ennemi, sans avoir perdu lui-même plus de mille soldats. Il dressa le lendemain un trophéc sur le lieu du combat, et s'éloigna de ce poste. Il eut l'avantage dans toutes les affaires qui suivirent, quoique inférieur en nombre; mais il n'en venait jamais aux mains qu'après avoir enfermé l'ennemi dans quelques défilés, ce qui arrivait souvent, grâce à son habileté et à la parfaite connaissance qu'il avait du pays. Autophradate, voyant que plus la guerre se prolongeait, plus elle devenait désastreuse pour le roi, fit à Datame des propositions de paix et d'amitié. Il l'invita à rentrer en grâce auprès du roi. Sans croire à la sincérité de ces propositions, Datame ne les repoussa pas; il promit d'envoyer des députés au Roi. La guerre se termina ainsi. Autophradate se retira en Égypte.

IX. La haine du roi contre Datame était implacable. N'ayant pu le réduire par les armes, il lui dressa des embûches. Mais Datame sut presque toujours s'y soustraire. Une fois on l'avertit que quelques-uns de ses amis lui tendaient un piége. Comme cet avis lui était donné par des ennemis, il ne crut pas devoir y ajouter trop de foi; mais il ne voulut pas non plus le négliger, et, pour s'assurer si on lui avait dit la vérité, il se rendit à l'endroit où devait être l'embuscade. Il choisit un homme qui lui ressemblait parfaite

cia conductorum tria millia, levis armaturæ maximum numerum. Has adversus copias spes omnis consistebat Datami in se locique natura: namque hujus partem non habebat vicesimam militum. Quibus fretus conflixit, adversariorumque multa millia concidit, quum de ipsius exercitu non amplius hominum mille cecidisset: quam ob causam postero die tropæum posuit, quo loco pridie pugnatum erat. Hinc quum castra movisset, semperque inferior copiis, superior omnibus præliis discederet, quod nunquam manum consereret, nisi quum adversarios locorum angustiis clausisset, quod perito regionum callideque cogitanti sæpe accidebat. Autophradates, quum bellum duci majore regis calamitate, quam adversariorum, videret, ad pacem amicitiamque hortatus est, ut cum rege in gratiam rediret. Quam ille etsi fidam non fore putabat, tamen conditionein accepit, seque ad Artaxerxem legatos missurum dixit. Sic bellum, quod rex adversus Datamem susceperat, sedatum: Autophradates in Phrygiam se recepit.

IX. At rex, quod implacabile odium in Datamem susceperat, postquam bello eum opprimi non posse animadvertit, insidiis interficere studuit: quas ille plerasque vitavit. Sicut quum nuntiatum esset, quosdam sibi insidiari, qui in amicorum erant numero (de quibus, quod inimici detulerant, neque credendum, neque negligendum putavit), experiri voluit, verum falsumne esset relatum.

ment de taille et de visage, le revêtit de ses habits, et le fit marcher au rang où il avait coutume d'être. Pour lui, vêtu en simple soldat, il se mit dans le rang de ses gardes. Dès qu'on fut arrivé à l'endroit désigné, ceux qui étaient embusqués, trompés par le rang et le costume, fondent sur le faux Datame. Mais Datame avait recommandé aux siens de faire ce qu'ils lui verraient faire lui-même. Voyant accourir les assassins, il leur lança des traits. Ses soldats l'imitant, les traîtres tombèrent percés de coups avant d'avoir atteint celui qu'ils voulaient tuer.

X. Cet homme si adroit fut enfin surpris par la ruse de Mithridate, fils d'Ariobarzane. Mithridate avait promis de le tuer, si on lui permettait de faire impunément tout ce qu'il voudrait, demandant au roi de lui présenter la main droite pour gage de sa foi, suivant la coutume des Perses. Cette garantie obtenue, il lève des troupes, fait de loin alliance avec Datame, ravage les provinces d'Artaxerxès, prend les forteresses, s'empare d'un butin immense, en distribue une partie à ses soldats, et envoie l'autre à Datame. Il lui li- | vre également plusieurs châteaux forts. Cette conduite, qui ne se démentait pas, persuade enfin à Datame que son allié était résolu à faire au roi une guerre à outrance. De son côté, Mithridate, pour ne pas se rendre suspect de trahison, a soin de ne demander aucune conférence à Datame, et ne paraît pas chercher à le voir, entretenant ainsi son amitié malgré l'absence; de sorte qu'ils paraissaient liés bien moins par des services mutuels que par la haine qu'ils avaient vouée au roi.

XI. Quand Mithridate jugea Datame bien convaincu de sa bonne foi, il lui fit dire qu'il etait temps de lever de plus grandes forces et de faire directement la guerre au roi; et qu'il l'invitait à en venir conférer avec lui s'il le jugeait convenable; qu'il n'avait qu'à désigner le lieu. Datame y consent, et fixe l'époque et le lieu du rendez-vous. Mithridate s'y rend quelques jours auparavant, avec un homme de sa plus étroite confidence, et fait cacher des épées dans plusieurs endroits qu'il a soin de marquer. Le jour de l'entrevue, les deux chefs envoient de part et d'autre des gens chargés de reconnaître le lieu et de les fouiller eux-mêmes. Ils s'abordent après s'être entretenus quelque temps, ils s'étaient retirés chacun de leur côté, et Datame était déjà loin, lorsque Mithridate, qui n'avait pas encore rejoint ses gens, de peur de soupçon, revient au même endroit, s'assied comme pour se reposer un instant à la place où se trouvait une des épées, et rappelle Datame, feignant d'avoir oublié quelque chose dans leur entretien. En attendant il déterre l'épée, la tire du fourreau et la cache sous sa robe: Datame s'étant approché, il lui dit qu'en le quittant il avait remarqué à portée de la vue un emplacement très-favorable pour un camp. Il le lui montre du doigt, et pendant que Datame se retourne pour examiner les lieux, il le frappe par derrière et le tue avant que personne puisse venir à son secours. C'est ainsi que ce grand homme, qui avait tant de fois triomphé de ses ennemis par sa prudence et son habileté, sans employer jamais la perfidie, finit victime de sa confiance dans l'amitié d'un traître.

mutuis, sed odio communi, quod erga regem susceperant, contineri viderentur.

XI. Id quum satis se confirmasse arbitratus est, certiorem facit Datamem, tempus esse majores exercitus

Itaque eo profectus est, quo itinere futuras insidias dixe· rant. Sed elegit corpore et statura simillimum sui, eique vestitum suum dedit, atque eo loco ire, quo ipse consueverat, jussit : ipse autem ornatu vestituque militari inter corporis custodes iter facere cœpit. At insidiatores, post-parari, bellum cum ipso rege suscipi; deque ea re, si ei quam in eum locum agmen pervenit, decepti ordine atque vestita, in eum faciunt impetum, qui suppositus erat. Prædixerat autem his Datames, cum quibus iter faciebat, ut parati essent facere, quod ipsum vidissent. Ipse, ut concurrentes insidiatores animadvertit, tela in eos con. jecit. Hoc idem quum universi fecissent, priusquam pervenirent ad eum quem aggredi volebant, confixi ceciderunt.

X. Hic tamen tam callidus vir extremo tempore captus est Mithridatis, Ariobarzanis filii, dolo. Namque is pollicitus est regi, se eum interfecturum, si ei rex permitteret, ut, quodcunque vellet, liceret impune facere, fidemque de ea re, more Persarum, dextra dedisset. Hanc ut recepit a rege missam, copias parat, et absens amicitiam cum Datame facit, regis provincias vexat, castella expug. nat, magnas prædas capit : quarum partem suis dispertit, partem ad Datamem mittit; pari modo complura castella ei tradit. Hæc diu faciendo persuasit homini, se infinitum adversus regem suscepisse bellum : quum nihilo magis, ne quam suspicionem illi præberet insidiarum, neque colloquium ejus petivit, neque in conspectum venire studait. Sic absens amicitiam gerebat, ut non beneficiis

videretur, quo loco vellet, in colloquium veniret. Probata re, colloquendi tempus sumitur, locusque, quo conveniretur. Huc Mithridates cum uno, cui maximam habebat fidem, ante aliquot dies venit, compluribusque locis separatim gladios obruit, eaque loca diligenter notat. Ipso autem colloquendi die, utrique, locum qui explorarent, atque ipsos scrutarentur, mittunt. Deinde ipsi sunt congressi. Hic quum aliquandiu in colloquio fuissent, et diversi discessissent, jamque procul Datames abesset, Mithridates, priusquam ad suos perveniret, ne quam suspicionem pareret, ia eumdem locum revertitur, atque ibi, ubi telum erat impositum, resedit, ut si a lassitudine cuperet acquiescere; Datamemque revocavit, simulans se quiddam in colloquio esse oblitum. Interim telum, quod latebat, protulit, nudatumque vagina veste texit, ac Da. tami venienti ait, digredientem se animadvertisse locum quemdam, qui erat in conspectu, ad castra ponenda esse idoneum. Quem quum digito demonstraret, et ille conspi ceret, aversum ferro transfixit, priusque, quam quisquam posset succurrere, interfecit. Ita vir, qui multos consilio, neminem perfidia ceperat, simulata captus est amicitia.

ÉPAMINONDAS.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Remarque sur les mœurs grecques. — II. Enfance et jeunesse d'Epaminondas. III. Ses vertus. - IV. Trait de désintéressement. V. Ses piquantes répliques à Ménéclide. — VI. Paroles remarquables d'Epaminondas contre Callistrate, et surtout contre les Lacédémoniens. VII. Oubliant les injures de ses concitoyens, il ramène sans perte leur armée à Thèbes. Il fait la guerre dans le Péloponnèse. - VIII. Accusé, il se défend.IX. Il meurt à Mantinée, sans avoir jamais été vaincu. — X. Il répond au reproche qu'on lui faisait de garder le célibat. Son horreur pour la guerre civile. Il fait la gloire de Thèbes.

I. Épaminondas, fils de Polymnus, naquit à Thèbes. Avant d'écrire, sa vie, je dois recommander à mes lecteurs de ne pas juger des mœurs des étrangers par celles de leur patrie, et croire que ce qui leur paraît frivole le soit aux yeux des autres nations. La musique chez nous n'est pas considérée comme un art digne d'un personnage distingué, et nous plaçons la danse au rang des vices. En Grèce, au contraire, on aime et on honore ces deux arts. Voulant donc tracer un tableau exact de la vie et des habitudes d'Epaminondas, je crois ne devoir omettre aucun des traits qui sont propres à le faire bien connaître. Je parlerai d'abord de sa naissance, ensuite de ses études et des maîtres qui l'instruisirent; puis de ses mœurs, de ses talents et de tout ce qui me paraîtra digne d'être cité; enfin de ses actions, qui le placent audessus de tous les grands hommes dans l'opinion de la plupart des historiens.

EPAMINONDAS.

ARGUMENTUM.

Mantineam invictus moritur.

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CAP. 1. De moribus Græcorum animadversio. II. Epaminondæ pueritia et adolescentia. — III. Ejus animi virtutes. IV. Ejus abstinentiæ exemplum. V. Arguta ejus contra Meneclidem dicta. VI. Ejus dicta contra Callistratum, maxime contra Spartanos. — VII. Injuriarum immemor, exercitum incolumem domum reducit. In Peloponneso bellum gerit. VIII. Accusati defensio. IX. Apud X. Cœlibatus criminatio diluta. Horror a civili victoria. Thebarum gloria. I. Epaminondas, Polymni filius, Thebanus. De hoc prius quam scribamus, hæc præcipienda videntur lectoribus, ne alienos mores ad suos referant; neve ea, quæ ipsis leviora sunt, pari modo apud ceteros fuisse arbitrentur. Scimus enim, musicen nostris moribus abesse a principis persona; saltare vero etiam in vitiis poni : quæ omnia apud Græcos et grata et laude digna ducuntur. Quum autem exprimere imaginem consuetudinis atque vitæ velimus Epaminondæ, nihil videmur debere prætermittere, quod pertineat ad eam declarandam. Quare dicemus primum de genere ejus; deinde quibus disciplinis, et a quibus, sit eruditus; tum de moribus, ingeniique facultatibus; et si qua alia digna memoria erunt; postremo de rebus gestis, que a plurimis omnium anteponuntur virtutibus.

II. Je viens de dire quel fut son père. Sa famille était distinguée, mais depuis longtemps sans fortune. Quoi qu'il en soit, aucun Thébain ne reçut une meilleure éducation. Il eut pour maître de harpe et de chant Denys, musicien aussi célèbre que Damon et Lamprus, dont la renommée est si grande. Olympiodore lui enseigna la flûte, et Calliphron la danse. Il étudia la philosophie sous Lysis de Tarente, pythagoricien, et s'attacha tellement à ce maître, que, tout jeune encore,

il

préférait le commerce de ce vieillard triste et sévère à la société des jeunes gens. Il ne voulut même pas le quitter avant d'avoir acquis sur ses condisciples une supériorité qui fit prévoir aisément qu'il les surpasserait en toutes choses. Nous regardons ces talents comme des futilités, et même nous les méprisons; mais en Grèce c'étaient autant de titres de gloire. Quand Epaminondas eut atteint l'âge de puberté, il se livra aux exercices de la gymnastique, moins pour augmenter la force du corps que pour acquérir l'agilité. L'une lui paraissait la qualité d'un athlète, l'autre celle d'un guerrier. Il s'exerçait à la course, à la lutte, afin de s'habituer à saisir son adversaire et à le combattre sans se laisser renverser. Il s'appliquait aussi beaucoup au maniement des armes.

III. A cette vigueur du corps se joignaient les plus belles qualités de l'âme. Il était modeste, prudent, grave, habile à profiter des circonstances, expérimenté dans la guerre, courageux, magnanime, si grand ami de la vérité qu'il ne mentait pas, même en riant; tempérant, doux, admirablement patient: il supportait non-seulement les injus

II. Natus igitur patre, quo diximus, honesto genere, pauper jam a majoribus relictus. Eruditus autem sic, ut nemo Thebanus magis: nam et citharizare, et cantare ad chordarum sonum doctus est a Dionysio, qui non minore fuit in musicis gloria, quam Damon, aut Lamprus, quorum pervulgata sunt nomina; carmina cantare tibiis ah Olympiodoro; saltare a Calliphrone. At philosophiæ præceptorem habuit Lysim Tarentinum, pythagoreum : cui quidem sic fuit deditus, ut adolescens tristem et severum senem omnibus æqualibus suis in familiaritate anteposuerit; neque prius eum a se dimiserit, quam in doctrinis tanto antecesserit condiscipulos, ut facile intelligi posset, pari modo superaturum omnes in ceteris artibus. Atque hæc ad nostram consuetudinem sunt levia, et potius contemnenda; at in Græcia utique olim magnæ laudi erant. Postquam ephebus factus est, et palæstræ dare operam cœpit, non tam magnitudini virium servivit, quam ve locitati. Illam enim ad athletarum usum, hanc ad belli existimabat utilitatem pertinere. Itaque exercebatur plurimum currendo et luctando, ad eum finem, quoad stans complecti posset, atque contendere. In armis plurimum studii consumebat.

III. Ad hanc corporis firmitatem plura etiam animi bona accesserant. Erat enim modestus, prudens, gravis, temporibus sapienter utens, peritus belli, fortis mazu, animo maximo; adeo veritatis diligens, ut ne joco quidem mentiretur. Idem continens, clemens, patiensque admirandum in

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