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avec Épaminondas. A Leuctres, où celui-ci commandait en chef, il conduisait le bataillon sacré, qui le premier culbuta la phalange lacédémonienne. Il prit part à toutes les expéditions de ce grand capitaine. Au siége de Sparte, il commandait une aile de l'armée; il fut député chez les Perses pour hâter le rétablissement de Messène. C'était enfin l'un des deux plus grands citoyens de Thèbes; mais il n'en était que le second, et venait immédiatement après Épaminondas.

AGÉSILAS.

SOMMAIRE.

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CHAP. I. Agésilas dispute la royauté à son neveu. - II. Il observe religieusement la trève conclue avec Tissapherne. III. Il ravage la Phrygie, prend ses quartiers d'hiver à Éphèse, et y exerce ses troupes. Il trompe l'ennemi par une fausse marche; il est toujours vainqueur en Asie. - IV. Il est rappelé dans sa patrie; il défait les Béotiens et les épargne. - V. Vainqueur dans la guerre de Corinthe, il regrette le sang qu'elle a coûté à la Grèce. VI. Il refuse d'aller à la bataille de Lenctres; stratagème unique par lequel il fait lever aux Thé bains le siége de Sparte. VII. I aide sa patrie de l'argent qui lui appartient. VIII. La difformité d'Agésilas et son extérieur commun le font mépriser des barbares. Il meurt dans le port de Ménélas.

I. Tous les historiens ont fait un grand éloge d'Agésilas, particulièrement Xénophon, son ami, disciple de Socrate. Il commença par disputer la royauté à Léotychide, son neveu. Par suite d'une ancienne coutume, les Spartiates étaient toujours gouvernés par deux rois, qui en avaient le titre plutôt que l'autorité. Ces deux rois appartenaient aux familles de Proclès et d'Eurysthènes, des

V. Il eut à lutter contre la mauvaise fortune. Nous avons vu qu'il fut d'abord exilé. Plus tard, il voulut soumettre la Thessalie aux Thébains, et se croyait suffisamment protégé par son titre d'ambassadeur, titre sacré aux yeux de toutes les nations, lorsqu'il fut arrêté avec Isménias, et mis en prison par Alexandre, tyran de Phères. Épaminondas le délivra en portant la guerre chez ce prince. Pélopidas ne put oublier l'outrage qu'il avait reçu. Il persuada à ses concitoyens de marcher au secours des Thessaliens et de les délivrer de leurs tyrans. Chargé de la conduite de cette guerre, il partit avec une armée, et n'hésita pas à en venir aux mains, dès qu'il aperçut l'ennemi. Ayant reconnu Alexandre dans la mêlée, em-cendants d'Hercule, premiers rois de Sparte. porté par la colère, il lança son cheval contre lui; mais il s'était trop éloigné des siens, et tomba percé de coups. C'était mourir au milieu de la victoire, car l'armée des tyrans avait déjà fléchi. Toutes les villes de la Thessalie reconnurent les services de Pélopidas, en lui décernant, quoique mort, des couronnes d'or et des statues d'airain. On donna aussi à ses enfants des domaines considérables.

laus est Pelopida: ceteræ fere omnes communes cum Epaminonda. Namque Leuctrica pugna, imperatore Epami nonda, hic fuit dux delectæ manus, quæ prima phalangem prostravit Laconum. Omnibus præterea periculis affuit; sicut, Spartam quum oppugnavit, alterum tenuit cornu; quoque Messena celerius restitueretur, legatus in Persas est profectus. Denique hæc fuit altera persona Thebis, sed tamen secunda, ita ut proxima esset Epaminondæ.

V. Conflictatus autem est cum adversa fortuna: nam et initio, sicut ostendimus, exsul patria caruit ; et quum Thessaliam in potestatem Thebanorum cuperet redigere, legationisque jure satis tectum se arbitraretur, quod apud omnes gentes sanctum esse consuesset, a tyranno Alexandro Pheræo simul cum Ismenia comprehensus, in vincula conjectus est. Hunc Epaminondas recuperavit, bello persequens Alexandrum. Post id factum, nunquam is animo placari potuit in eum, a quo erat violatus. Itaque persuasit Thebanis, ut subsidio Thessaliæ proficiscerentur, tyrannosque ejus expellerent. Cujus belli quum ei summa esset data, coque cum exercitu profectus esset, non dubitavit, simul ac conspexit hostem, confligere. In quo prælio, Alexandrum ut animadvertit, incensus ira, equum in eum concitavit, proculque digressus a suis, conjectu telorum confossus concidit. Atque hoc secunda victoria accidit: nam jam inclinatæ erant ty rannorum copiæ. Quo facto, omnes Thessalix civitates interfectum Pelopidam coronis aureis, et statuis aeneis, liberosque ejus multo agro donarunt.

L'une de ces deux familles ne pouvait être mise à la place de l'autre ; chacune conservait ses droits à part. Le roi qui mourait était remplacé par le plus âgé de ses fils, et s'il ne laissait point d'enfants mâles, on choisissait le plus proche parent. Le roi Agis avait laissé, en mourant, un fils nommé Léotychide, qu'il n'avait pas reconnu de son vivant, mais qu'il avait avoué à ses derniers moments. Léotychide voulut soutenir ses droits

AGESILAUS.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Cum fratris filio de honore regni contendit Agesilaus. - II. Pactas cum Tissapherne inducias reiigiose servat. - III. Phrygiam depopulatur. Ephesi hiemat, et militem exercet. Alio it, alio se iturum simulat. Semper in Asia victor. IV. Domum revocatur. Bæotios vincit, iisque parcit. V. Belio circa Corinthum victor, miseratur cædem Græcorum. VI. Ad pugnam Leuctricam ire recusat. Spartam a Thebanis oppugnatam singulari servat commento. VII. Patriam sublevat pecunia. - VIII. Corpore deformis, apparatuque utens vulgari, contemnitur a barbaris. In portu Menelai moritur.

I. Agesilaus, Lacedæmonius, quum a ceteris scriptoribus, tum eximie a Xenophonte Socratico collaudatus est: eo enim usus est familiarissime. Hic primum de regno cum Leotychide, fratris filio, habuit contentionem. Mos est enim a majoribus Lacedæmoniis traditus, ut duos ba berent semper reges, nomine magis quam imperio, ex duabus familiis Proclis et Eurysthenis, qui principes ex progenie Herculis Sparta reges fuerunt. Harum ex altera in alterius familia locum fieri non licebat. Itaque utraque suum retinebat ordinem. Primum ratio habebatur, qui maximus natu esset ex liberis ejus, qui regnans decessisset. Sin is virilem sexum non reliquisset, tum deligebatur, qui

contre Agésilas, mais il ne réussit pas. Agésilas fut préféré, grâce à l'appui de Lysandre, dont nous avons déjà parlé, et qui était un homme remuant, jouissant alors d'une grande influence.

II. Dès qu'Agésilas fut en possession du gouvernement, il persuada aux Lacédémoniens d'euvoyer une armée en Asie et de faire la guerre an roi de Perse, leur démontrant qu'ils avaient plus d'avantage à combattre en Asie qu'en Europe. Le bruit s'était répandu qu'Artaxerxès équipait une flotte et rassemblait une armée pour envahir la Grèce. Agésilas ayant été autorisé à agir, déploya tant d'activité, qu'il était en Asie avec son armée avant que les satrapes eussent connaissance de son départ. Aucun n'était préparé et en état de se défendre. A la nouvelle de son arrivée, Tissapherne, le premier des généraux persans, lui demanda une trève, sous prétexte de travailler à un accommodement, mais en effet pour rassembler des troupes. Il obtint une suspension d'armes de trois mois. L'un et l'autre jurèrent de l'observer. Agésilas tint fidèlement sa promesse, mais Tissapherne n'employa ce temps qu'à se préparer à la guerre. Agésilas s'apercevait bien de cette perfidie; mais il ne voulut pas commencer les hostilités, disant qu'il acquerrait par là un grand avantage sur Tissapherne, qui, par son parjure, irritait les dieux et indisposait les hommes; tandis que lui, en gardant sa foi, augmentait la confiance de son armée, qui se verrait assurée de la protection des dieux, et se conciliait la faveur des hommes, toujours portés pour ceux qui remplissent fidèlement leurs promesses.

proximus esset propinquitate. Mortuus erat Agis rex, frater Agesilai; filium reliquerat Leotychidem, quem ille natum non agnorat, eumdem moriens snum esse dixerat. Is de honore regni cum Agesilao, suo patruo, contendit; neque id, quod petivit, consecutus est. Nam Lysandro suffragante, homine, ut ostendimus supra, factioso, et his temporibus potente, Agesilaus antelatus est.

II. Hic, simul atque imperii potitus est, persuasit Lacedemoniis, ut exercitum emitterent in Asiam, bellumque regi facerent, docens satius esse in Asia, quam in Europa dimicare. Namque fama exierat Artaxerxem comparare classes, pedestresque exercitus, quos in Græciam mitteret. Data potestate, tanta celeritate usus est, ut prius in Asiam cum copiis pervenerit, quam regii satrapæ eum scirent profectum. Quo factum est, ut omnes imparatos imprudentesque offenderet. Id ut cognovit Tissaphernes, qui summum imperium tum inter præfectos habebat regios, inducias a Lacone petivit, simulans se dare operam, ut Lacedæmoniis cum rege conveniret; re autem vera, ad copias comparandas: easque impetravit trimestres. Juravit autem uterque, se sine dolo inducias conservaturum; in qua pactione summa fide mansit Agesilaus : contra ea Tissaphernes nihil aliud, quam bellum comparavit. Id etsi sentiebat Laco, tamen jusjurandum servabat, multumque in eo se consequi dicebat, quod Tissaphernes perjurio suo et homines suis rebus abalienaret, et deos sibi iratos redderet; se autem, servata religione, confirmare exercitum, quum animadverteret deorum numen facere CORNELIUS NÉPOs.

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III. Cependant la trève étant expirée, Tissapherne, qui avait la plus grande partie de ses possessions dans la Carie, considérée alors comme la plus riche province de l'Asie, y concentra toutes ses forces, ne doutant point que l'ennemi ne débutât par l'envahir. Mais Agésilas marcha d'abord sur la Phrygie et la dévasta, avant que Tissapherne eût fait un mouvement. Après quoi il ramena ses soldats, chargés de butin, à Éphèse, pour passer l'hiver. Il y établit des ateliers d'armes et s'occupa activement de ses préparatifs de guerre ; et, pour que les soins de l'armement et de l'équipage fussent un objet d'émulation pour le soldat, il institua des prix pour ceux qui se distingueraient dans cette partie du service. Il fit la même chose pour tous les genres d'exercices, accordant de grandes récompenses aux plus habiles. Il parvint ainsi à se créer une armée brillante et exercée. Lorsqu'il crut le moment venu de faire sortir ses troupes de leurs quartiers, il comprit que s'il annonçait de quel côté il voulait se diriger, l'ennemi ne le croirait pas, et lui soupçonnant d'autres projets, porterait ses forces sur d'autres points. C'est ce qui arriva. Il avait dit qu'il irait à Sardes, mais Tissapherne crut devoir protéger la Carie; puis se voyant trompé et vaincu en habileté, il courut au secours des siens : il était trop tard. Lorsqu'il arriva, Agésilas avait déjà forcé plusieurs places et enlevé un grand butin. Reconnaissant la supériorité de la cavalerie ennemie, il ne s'exposa jamais en rase campagne, et n'en vint aux mains que dans les lieux où l'infanterie avait l'avantage; ce qui lui donna la

secum; hominesque sibi conciliari amiciores, quod his studere consuessent, quos conservare fidem viderent.

III. Postquam induciarum præteriit dies, barbarus, non dubitans, quod ipsius erant plurima domicilia in Caria, et ea regio his temporibus multo putabatur locupletissima, eo potissimum hostes impetum facturos, omnes suas copias eo contraxerat. At Agesilaus in Phrygiam se convertit, eamque prius depopulatus est, quam Tissaphernes usquam se moveret. Magna præda militibus locupletatis, Ephesum hiematum exercitum reduxit; atque ibi, officinis armorum institutis, magna industria bellum apparavit; et, quo studiosius armarentur, insigniusque ornarentur, præmia proposuit, quibus donarentur, quorum egregia in ea re fuisset industria. Fecit idem in exercitationum generibus, ut, qui ceteris præstitissent, eos magnis afficeret muneribus. His igitur rebus effecit, ut et or natissimum et exercitatissimum haberet exercitum. Huic quum tempus esset visum, copias extrahere ex hibernaculis, vidit, si, quo esset iter facturus, palam pronuntiasset, hostes non credituros, aliasque regiones præsidiis occupaturos, nec dubitaturos aliud esse facturum, ac pronuntiasset. Itaque, quum ille Sardis iturum se dixisset, Tissaphernes eamdem Cariam defendendam putavit. In quo quum eum opinio fefellisset, victumque se vidisset consilio, sero suis præsidio profectus est: nam quum illo venisset, jam Agesilaus, multis locis expugnatis, magna erat præda potitus. Laco autem, quum videret hostes equitatu superare, nunquam in campo sui fecit potestatem, et

victoire dans toutes les rencontres, quoique ses
ennemis fussent beaucoup plus nombreux. Enfin
il se conduisit avec tant d'habileté en Asie, qu'il
en fut généralement regardé comme le vainqueur.
. IV. Il allait pénétrer en Perse, et attaquer le
roi lui-même, lorsque les éphores fui envoyèrent
un courrier pour lui annoncer que Thèbes et Athè-reusement que la spoliation des temples.
nes avaient déclaré la guerre aux Lacédémoniens.
On lui ordonna de revenir sur-le-champ. C'est ici
qu'on doit admirer sa vertu comme citoyen, après
avoir admiré ses talents comme général. Chef
d'une armée victorieuse, à la veille de conquérir
le royaume de Perse, et loin des magistrats qui lui
commandaient de revenir, il obéit comme un
simple particulier dans l'assemblée du peuple à
Lacédémone. Plût aux dieux que nos généraux
eussent suivi cet exemple! Mais je reviens à mon
récit. Agésilas préféra l'estime de ses concitoyens
à un puissant empire, et trouva qu'il était plus
glorieux de se soumettre aux lois de sa patrie que
de conquérir l'Asie. Il fit repasser l'Hellespont à
ses troupes, et marcha si rapidement, qu'il fit en
un mois le chemin que Xerxès n'avait fait qu'en un
an. Comme il approchait du Péloponnèse, les Athé-
niens et les Béotiens essayèrent de l'arrêter à
Coronée il les défit dans la célèbre bataille de ce
nom. Voici le trait qui honora le plus sa victoire.
La plupart des fuyards s'étaient réfugiés dans un
temple de Minerve on vient lui demander ce
qu'il voulait qu'on en fit. Quoiqu'il eût reçu plu-
sieurs blessures dans le combat, et qu'il parût fort
irrité contre les ennemis, il sacrifia son ressenti-
ment à la religion, et défendit de les maltraiter.
Ce ne fut pas seulement dans la Grèce qu'il fit res-

pecter les temples des dieux, 11 protegeait aussi
les autels et les idoles chez les barbares. Il disait
souvent qu'il s'étonnait qu'on ne mît pas au nombre
des sacriléges quiconque n'épargnait pas celui qui
l'invoquait au nom des dieux, et qu'on ne punît
pas les atteintes portées à la religion aussi rigou-

:

his locis manum conseruit, quibus plus pedestres copiæ valerent. Pepulit ergo, quotiescunque congressus est, multo majores adversariorum copias, et sic in Asia versatus est, ut omnium opinione victor duceretur.

IV. Hic quum jam animo meditaretur proficisci in Persas, et ipsum regem adoriri, nuntius ei domo venit ephororum jussu, bellum Athenienses et Bootios indixisse Lacedæmoniis; quare venire ne dubitaret. In hoc non minus ejus pietas suspicienda est, quam virtus bellica: qui, quum victori præesset exercitui, maximamque haberet fiduciam regni Persarum potiundi, tanta modestia dicto audiens fuit jussis absentium magistratuum, ut si privatus in comitio esset Sparta. Cujus exemplum utinam imperatores nostri sequi voluissent! Sed illuc redeamus. Agesilaus opulentissimo regno præposuit bonam existimationem, multoque gloriosius duxit, si institutis patriæ paruisset, quam si bello superasset Asiam. Hac igitur mente Hellespontum copias trajecit, tantaque usus est celeritate, ut, quod iter Xerxes anno vertente confecerat, nic transierit triginta diebus. Quum jam haud ita longe abesset a Peloponneso, obsistere ei conati sunt Athenienses et Bœotii, ceterique eorum socii, apud Coroneam : quos omnes gravi prælio vicit. Hujus victoriæ vel maxima fuit laus, quod, quum plerique ex fuga se in templum Minervæ conjecissent, quærereturque ab eo, quid his fieri vellet, etsi aliquot vulnera acceperat eo prælio, et

V. Après la bataille de Coronée, la guerre se concentra autour de Corinthe; c'est pour cela qu'on la nomma la guerre de Corinthe. Agésilas attaqua les ennemis et leur tua dix mille hommes dans un seul combat, ce qui les affaiblit considérablement. Loin de s'enorgueillir de sa victoire, Agésilas gémit sur la perte de tant de soldats enlevés à la Grèce par la faute de ses adversaires. « Sans notre aveuglement, disait-il, «< ces dix mille hommes auraient pu nous venger « des Perses.» Ayant forcé l'ennemi de se renfermer dans ses murailles, on le pressait d'assiéger la ville. Il s'y refusa, en disant « que ce serait << une action indigne de lui; que sa mission était « de ramener à leur devoir ceux qui s'en étaient « écartés, et non pas d'emporter d'assaut les villes « les plus illustres de la Grèce. Anéantir ceux qui « nous ont aidés à combattre les barbares, ajou tait-il, c'est nous détruire nous-mêmes sous les yeux de nos ennemis, qui, paisibles specta<< teurs de la lutte, viendront ensuite nous anéan« tir à notre tour. »

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VI. La journée de Leuctres, si fatale aux Lacédémoniens, vint mettre un terme à leurs prospérités. Agésilas n'assistait point à la bataille, quoique ses amis l'en eussent pressé; il semblait qu'il devinât l'issue de la guerre : mais il se mon

iratus videbatur omnibus, qui adversus arma tulerant, tamen antetulit iræ religionem, et eos vetuit violari. Neque vero hoc solum in Græcia fecit, ut templa deorum sancta haberet; sed etiam apud barbaros summa religione omnia simulacra arasque conservavit. Itaque prædicabat mirari se, non sacrilegorum numero haberi qui supplicibus eorum nocuissent, aut non gravioribus pœnis affici, qui religionem minuerent, quam qui fana spoliarent.

V. Post prælium, collatum est omne bellum circa Corinthum, ideoque Corinthium est appellatum. Hic quum una pugna decem millia hostium, Agesilao duce, cecidissent, eoque facto opes adversariorum debilitatæ viderentur, tantum abfuit ab insolentia gloriæ, ut commiseratus sit fortunam Græciæ, quod tam multi a se victi vitio adversariorum concidissent: namque illa multitudine, si sana mens esset Græciæ, supplicium Persas dare potuisse. Idem quum adversarios intra moenia compulisset, et, ut Corinthum oppugnaret, multi hortarentur, negavit id suæ virtuti convenire; se enim eum esse dixit, qui ad officium peccantes redire cogeret, non qui urbes nobilissimas expugnaret Græciæ. « Nam si, inquit, eos exstinguere voluerimus, qui nobiscum adversus barbaros steterunt, nosmetipsi nos expugnaverimus, illis quiescentibus : quo facto, sine negotio, quum voluerint, nos oppriment. »

VI. Interim accidit illa calamitas apud Leuctra Lacedæmoniis quo ne proficisceretur, quum a plerisque ad

tra si grand capitaine lorsque Épaminondas vint, admirer en lui, c'est qu'il ne garda jamais rien assiéger Sparte, qui était sans murailles, qu'il des dons magnifiques que lui faisaient les rois, fut évident pour tout le monde que sans lui les dynastes et les villes, ayant toujours conservé Sparte eût cessé d'exister. Dans ce moment si la simplicité lacédémonienne dans sa toilette et critique, sa présence d'esprit sauva l'État. Quel- dans ses vêtements. Il se contentait de la maison ques jeunes gens, effrayés de l'approche des qu'avait habitée Eurysthènes, le premier de ses ennemis, voulurent passer aux Thébains, et ancêtres. On ne voyait, en entrant dans cette mais'emparèrent d'une hauteur située près la ville. son, aucune trace de déréglement ou de luxe; Agésilas, sentant combien il serait dangereux tout y annonçait le travail et la frugalité; elle ne qu'on s'aperçût de cette désertion, se rendit sur différait en rien, pour l'ameublement, de la dela hauteur avec ses troupes, et feignit de croire meure du plus simple particulier. que ces jeunes gens avaient agi dans de bonnes intentions. Il les loua d'être venus se poster dans cette position, qui était excellente, disant qu'il avait déjà songé à le faire. Par ces louanges qu'ils ne méritaient pas, il regagna ces jeunes gens et les ramena au sentiment de leur devoir. Il leur adjoignit une partie de ses compagnons, et laissa le poste en sûreté. Les transfuges se voyant réunis à un grand nombre de gens qui n'avaient pas pris part à leur complot, n'osèrent rien entreprendre; ce qu'ils firent d'autant plus volontiers qu'ils croyaient que leur projet n'était pas connu.

VII. Lacédémone ne put jamais se relever du coup que lui avait porté la bataille de Leuctres, ni recouvrer son ancienne domination. Agésilas chercha toujours à lui faire oublier ce malheur par tous les moyens qui étaient en son pouvoir. Comme on manquait surtout d'argent, il aida les satrapes qui se révoltaient contre le roi de Perse, et versa au trésor public toutes les sommes qu'il reçut à titre de présents: et ce qu'on doit le plus

exeundum premeretur, ut si de exitu divinaret, exire noluit. Idem, quum Epaminondas Sparlam oppugnaret, essetque sine muris oppidum, talem se imperatorem præbuit, ut eo tempore omnibus apparuerit, nisi ille fuisset, Spartam futuram non fuisse. In quo quidem discrimine celeritas ejus consilii saluti fuit universis. Nam quum quidam adolescentuli, hostium adventu perterriti, ad Thebanos transfugere vellent, et locum extra urbem editum cepissent, Agesilaus, qui perniciosissimum fore videret, si animadversum esset, quemquam ad hostes transfugere conari, cum suis eo venit, atque, ut si bono animo fecisaent, laudavit consilium eorum, quod eum locum occupassent, et se id quoque fieri debere animadvertisse. Sic adolescentulos simulata laudatione recuperavit, et, adjunctis de suis comitibus, locum tutum reliquit : namque illi, aucto numero eorum, qui expertes erant consilii, commovere se non sunt ausi, eoque libentius, quod lalere arbitrabantur, quæ cogitarant.

VII. Sine dubio post Leuctricam pugnam Lacedæmonii se nunquam refecerunt, neque pristinum imperium recu perarunt: quum interim Agesilaus non destitit, quibus cunque rebus posset, patriam juvare. Nam quum præcipue Lacedæmonii indigerent pecunia, ille omnibus, qui a rege defecerant, præsidio fuit: a quibus magna donatus pecunia, patriam sublevavit. Atque in hoc illud in primis fuit admirabile, quum maxima munera ei a regibus, et dynastis, civitatibusque conferrentur, nihil unquam in domum suam contulit, nihil de victu, nihil de vestitu

VIII. La nature, qui avait si bien traité Agésilas du côté de l'âme, ne l'avait pas favorisé du côté du corps. Il était petit et boiteux, ce qui le faisait mépriser de ceux qui ne voyaient que l'extérieur; mais ceux qui connaissaient son mérite ne pouvaient assez l'admirer. Il eut une preuve de ce mépris qu'on attachait à la difformité du corps, lorsqu'il alla en Égypte au secours de Tachos. Il avait alors quatre-vingts ans. En débarquant, il se coucha sur le rivage avec ses soldats, n'ayant pour tapis que de la paille, et pour couverture qu'une peau de bête. Ses soldats étaient autour de lui, revêtus d'habits si grossiers et si usés, que leur extérieur, loin de faire soupçonner qu'un roi fût parmi eux, n'annonçait que l'indigence. A la nouvelle de son arrivée, Tachos lui envoya des présents. Les officiers du prince, demandant Agésilas, ne pouvaient pas croire que ce fût un de ceux qui étaient assis sur le rivage. Ils lui offrirent les présents qu'ils avaient apportés, mais il n'accepta que des quartiers de veaux et d'autres provisions du même genre, dont il avait besoin pour le moLaconum mutavit. Domo eadem fuit contentus, qua Eurysthenes, progenitor majorum suorum, fuerat usus : quam qui intrarat, nullum signum libidinis, nullum luxuriæ videre poterat; contra ea, plurima patientiæ atque ab. stinentiæ. Sic enim erat instructa, ut nulla in re differret a cujusvis inopis atque privati.

VIII. Atque hic tantus vir, ut naturam fautricem habuerat in tribuendis animi virtutibus, sic maleficam nactus est in corpore fingendo: nam et statura fuit humili, et corpore exiguo, et claudus altero pede. Quæ res etiam nonnullam afferebat deformitatem : atque ignoti faciem ejus quum intuerentur, contemnebant; qui autem virtutes noverant, non poterant admirari satis. Quod ei usu venit, quum annorum octoginta subsidio Tacho in Ægyptum isset, et in acta cum suis accubuisset, sine ullo tecto, stratumque haberet tale, ut terra tecta esset stramentis, neque huc amplius quam pellis esset injecta, eodemque comites omnes accubuissent, vestitu humili atque obso leto, ut eorum ornatus non modo in his regem neminem significaret, sed hominis non beatissimi suspicionem præ. beret. Hujus de adventu fama quum ad regios esset perlata, celeriter munera eo cujusque generis sunt allata. His quærentibus Agesilaum vix fides facta est, unum esse ex his, qui tum accubabant. Qui quum regis verbis, quæ attulerant, dedissent, ille, præter vitulina, et hujusmodi genera obsonii, quæ præsens tempus desiderabat, nihil accepit; unguenta, coronas, secundamque mensam servis dispertiit; cetera referri jussit. Quo facto eum barbari ma

ment. Il distribua aux esclaves les parfums, les couronnes et les mets du second service, et fit remporter le reste; ce qui augmenta le mépris des barbares, en leur faisant croire qu'il n'avait choisi les choses grossières que parce qu'il ignorait le prix des choses précieuses. Comme il revenait d'Egypte ayant reçu du roi Nectanèbe deux cents vingt talents pour en faire présent à sa république, il aborda au port de Ménélas, entre Cyrène et l'Égypte, y tomba malade et mourut. Ses amis, pour pouvoir transporter plus facilement son corps, l'enduisirent de cire, faute de miel, et le rapportèrent à Sparte en cet état.

EUMÈNE.

SOMMAIRE.

II. On

CHAP. I. Eumène, d'abord secrétaire de Philippe et d'Alexandre, devient commandant de cavalerie. lui donne le gouvernement de la Cappadoce; il gagne l'affection de Perdiccas et lui est fidèle. III. Perdiccas l'oppose à ses ennemis d'Europe. IV. Il est vainqueur de Neoptolème dans un combat singulier; il fait à Cratère des obsèques magnifiques. V. Il est condamné à mort en son absence. Assiégé dans le fort de Nora, il échappe avec les siens par stratagème. Il prend le parti d'Olympias et des enfants d'Alexandre. VII. Il se prépare à faire la guerre à Antigone au nom d'Alexandre. VIII. Il défait Antigone: l'indiscipline des vétérans l'empêche de poursuivre ses succès. IX. Ruse qu'il emploie pour arrêter la marche rapide d'Antigone. X. Il est trahi par les siens. Vainqueur, il devient prisonnier du vaincu. XI. Dans son impatience, il demande la mort. - XII. Épuisé par la faim,

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-

VI.

gis etiam contempserunt, quod eum ignorantia bonarum rerum illa potissimum sumpsisse arbitrabantur. Hic quum ex Ægypto reverteretur, donatus a rege Nectananebe ducentis viginti talentis, quæ ille muneri populo suo daret, venissetque in portum, qui Menelai vocatur, jacens inter Cyrenas et Ægyptum, in morbum implicitus decessit. Ibi eum amici, quo Spartam facilius perferre possent, quod mel non habebant, cera circumfuderunt, atque ita domum retulerunt.

EUMENES.

ARGUMENTUM.

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CAP. I. Eumenes primum Philippi et Alexandri scriba, postea præfectus equitum. II. Cappadociam sortitur provinciam. Carus Perdiccæ est et fidus. - III. A Perdicca opponitur Europæis adversariis. IV. Vincit Neoptolemum singulari pugna. Craterum amplo funere effert. V. Absens capitis damnatur. Obsessus in castello Nora, callide se suosque liberat. VI. Olympiadi consulit ac liberis Alexandri. VII. Bellum adversus Antigonum parat nomine Alexandri. VIII. Antigoni victor, veteranorum licentia impeditur. - IX. Consilio callido Antigoni refrenat impetum. X. A suis proditur. Victor victo in custodiam

il est étranglé par ses gardes. XIII. Après la mort d'Eumène, les lieutenants d'Alexandre prennent le titre de rois. On lui fait d'honorables funérailles.

I. Eumène était de Cardie. Je ne dirai pas qu'il eût été plus grand si sa fortune eût égalé son mérite; car ce n'est pas la fortune qui fait les grands hommes, c'est la vertu. Mais il eût été plus illustre et plus honoré. Jeté par le sort en Macédoine, au temps des prospérités de ce royaume, son titre d'étranger lui fut très-nuisible. Il ne lui manqua que d'être né d'une famille distinguée dans la Macédoine. Il est vrai qu'il était d'une des premières familles de son pays; mais les Macédoniens n'en voyaient pas moins avec envie les distinctions dont il était l'objet. Ils le souffraient néanmoins, parce qu'il les surpassait tous en activité, en vigilance, en fermeté, en adresse et en vivacité d'esprit. Très-jeune encore, il s'acquit la faveur de Philippe, fils d'Amyntas, et devint son plus intime confident. Il se faisait déjà remarquer par ses grandes qualités. Philippe en fit son secrétaire particulier, place beaucoup plus honorable chez les Grecs que chez les Romains. Nous regardons ceux qui exercent ces fonctions comme des mercenaires, et ce n'est pas autre chose; mais en Grèce, où les secrétaires prennent part à toutes les résolutions de leur maître, on ne confie cet emploi qu'à des hommes bien nés, d'un talent reconnu et d'une discrétion auprès de Philippe en cette qualité; et après le à toute épreuve. Eumène resta pendant sept ans meurtre de Philippe, Alexandre le continua pendant treize ans dans la même charge. Sur la fin,

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I. Eumenes, Cardianus. Hujus si virtuti par data esset fortuna, non ille quidem major, sed multo illustrior, atque etiam honoratior; quod magnos homines virtute metimur, non fortuna. Nam quum ætas ejus incidisset in ea tempora, quibus Macedones florerent; multum ei detraxit inter hos viventi, quod alienæ erat civitatis; neque aliud huic defuit, quam generosa strips. Etsi ille domestico summo genere erat, tamen Macedones eum sibi aliquando anteponi indi gne ferebant, neque tamen non patiebantur: vincebat enim omnes cura, vigilantia, patientia, calliditate, et celeritate ingenii. Hic peradolescentulus ad amicitiam accessit Philippi, Amyntæ filii, brevique tempore in intimam pervenit familiaritatem. Fulgebat enim jam in adolescentulo indoles virtutis. Itaque eum habuit ad manum scribæ loco; quod multo apud Graios honorificentius est, quam apud Romanos. Nam apud nos re vera, sicut sunt, mercenarii scriba existimantur at apud illos contrario nemo ad id officium admittitur, nisi honesto loco, et fide et industria cognita, quod necesse est, omnium consiliorum eum esse participem. Hunc locum tenuit amicitiæ apud Philippum annos septem. Illo interfecto, eodem gradu fuit apud Alexandrum annos tredecim. Novissimo tempore præfuit etiam alteri equitum

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