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nue à Carthage, on rappela Annibal et Magon. Le premier fut nommé préteur à son retour: il avait été roi vingt-deux ans auparavant. Les Carthaginois avaient deux rois annuels, comme les Romains deux consuls. Annibal se montra aussi habile dans cette nouvelle charge que dans le commandement des armées. Il créa de nouveaux impôts, dont il consacra une partie au payement des sommes dues aux Romains par suite des traités. Il fit verser le reste dans le trésor public. Mais un an après sa préture, sous le consulat de M. Claudius et de L. Furius, Rome envoya des députés à Carthage. Persuadé que les Romain's en voulaient à sa personne et envoyaient pour qu'on la leur livrât, il n'attendit pas que les députés fussent reçus par le sénat. Il s'embarqua secrètement et se réfugia en Syrie, à la cour d'Antiochus. Le bruit de sa fuite s'étant répandu, on mit deux vaisseaux à sa poursuite. Ses biens furent vendus publiquement, on rasa sa maison et on le condamna à l'exil.

VIII. Trois ans après, sous le consulat de L. Cornélius et de Q. Minucius, il revint en Afrique avec cinq vaisseaux, et débarqua sur les côtes de Cyrène. Il voulait exciter les Carthaginois à recommencer la guerre, leur faisant espérer d'être secourus par Antiochus, qu'il avait déjà décidé à marcher sur l'Italie à la tête de ses troupes. Il avait, disait-il, la certitude que ce roi ne manquerait pas à ses promesses. Il manda près de lui son frère Magon; mais dès qu'on sut à Carthage le départ de celui-ci, on le condamna aux mêmes peines qu'on avait prononcées contre Annibal. N'ayant plus rien à espérer, les deux frères levè

rent l'ancre, mirent à la voile, et Annibal revint près d'Antiochus. Magon périt dans le trajet. Les historiens sont partagés sur son genre de mort les uns disent qu'il fit naufrage, les autres qu'il fut tué par ses esclaves. Quant à Antiochus, s'il eût suivi les conseils d'Annibal comme il les suivit en se déclarant l'ennemi des Romains, c'est sur les bords du Tibre qu'il aurait disputé l'empire aux Romains, et non aux Thermopyles. Malgré l'extravagance de sa conduite pendant cette guerre, Annibal ne l'abandonna jamais. Chargé du commandement de quelques vaisseaux qu'il devait faire passer de Syrie en Asie, il combattit la flotte des Rhodiens sur la mer de Pamphylie. Les siens furent accablés par le nombre; mais du côté où il était il remporta l'avantage.

IX. Après la défaite d'Antiochus, Annibal craignit d'être livré aux Romains, ce qui serait arrivé s'il était resté auprès du roi. Il se rendit dans l'île de Crète, chez les Gortyniens, pour y aviser au choix d'une retraite. Il avait emporté avec lui des sommes considérables, et le bruit s'en était répandu. Connaissant la cupidité des Crétois, il comprit qu'il avait tout à craindre de leur part. Voici par quelle ruse il sauva ses richesses. Il remplit de plomb plusieurs amphores qu'il couvrit d'or et d'argent à la surface, et les déposa, en présence des premiers de la ville, dans le temple de Diane, comme s'il eût confié sa fortune à leur bonne foi. Les ayant trompés de la sorte, il cacha son argent dans des statues d'airain qu'il avait avec lui, et qu'il laissa négligemment dans le vestibule de sa maison. Pendant ce temps-là, les Gortyniens gardaient avec soin l'en

haberent, itemque fratrem ejus Magonem. Hoc responso Carthaginienses cognito, Annibalem domum Magonemque revocarunt. Huc ut rediit, prætor factus est, postquam rex fuerat, anno secundo et vicesimo. Ut enim Romæ consules, sic Carthagine quotannis annui bini reges creabantur. In eo magistratu pari diligentia se Annibal præbuit, ac fuerat in bello: namque effecit, ex novis vectigalibus non solum ut esset pecunia, quæ Romanis ex fœdere penderetur, sed etiam superesset, quæ in ærario reponeretur. Deinde, anno post præturam, Marco Claudio, Lucio Furio Coss., Romani legati Carthaginem venerunt. Hos Annibal sui exposcendi gratia missos ratus, priusquam his senatus daretur, navem conscendit clam, atque in Syriam ad Antiochum profugit. Hac re palam facta, Pœni naves duas, quæ eum comprehenderent, si pos. sent consequi, miserunt, bona ejus publicarunt, domum a fundamentis disjecerunt, ipsum exsulem judicarunt.

VIII. At Annibal anno tertio, postquam domo profugerat, L. Cornelio, Quinto Minucio Coss., cum quinque navibus Africam accessit, in finibus Cyrenæorum, si forte Carthaginienses ad bellum, Antiochi spe fiduciaque, inducere posset: cui jam persuaserat, ut cum exercitibus in Italiam proficisceretur. Huc Magonem fratrem excivit. Id ubi Pœni resciverunt, Magonem eadem, qua fratrem, absentem pœna affecerunt. Illi, desperatis rebus, quum sol

vissent naves, ac vela ventis dedissent, Annibal ad Antio chum pervenit. De Magonis interitu duplex memoria prodita est. Namque alii naufragio, alii a servis ipsius interfectum eum, scriptum reliquerunt. Antiochus autem, si tam in agendo bello parere voluisset consiliis ejus, quam in suscipiendo instituerat, propius Tiberi, quam Thermopylis, de summa imperii dimicasset. Quem etsi multa stulte conari videbat, tamen nulla deseruit in re. Præfuit paucis navibus, quas ex Syria jussus erat in Asiam ducere, hisque adversus Rhodiorum classem in Pamphylio mari conflixit. Quo quum multitudine adversariorum sui superarentur, ipse, quo cornu rem gessit, fuit superior.

IX. Antiocho fugato, verens, ne dederetur, quod sine dubio accidisset, si sui fecisset potestatem, Cretam ad Gortynios venit, ut ibi quo se conferret, consideraret. Vidit autem vir omnium callidissimus, magno se fore periculo, nisi quid providisset, propter avaritiam Creten sium magnam enim secum pecuniam portabat, de qua sciebat exisse famam. Itaque capit tale consilium : amphoras complures complet plumbo; summas operit auro et argento. Has, præsentibus principibus, deponit in templo Dianæ, simulans, se suas fortunas illorum fidei credere. His in errorem inductis, statuas æneas, quas secum portabat, omnes sua pecunia complet, easque in propatulo domi abjicit. Gortynii templum magna cura custodiunt,

trée du temple, moins pour en écarter les voleurs XI. Après cette harangue, les deux flottes s'aque pour empêcher Annibal de reprendre et d'em-vancent l'une contre l'autre. Au moment d'engager porter avec lui le trésor qui leur avait été commis. la bataille, Annibal, pour désigner aux siens le X. Ayant ainsi joué les Crétois et conservé sa vaisseau d'Eumène, envoie un messager dans un fortune, le rusé Carthaginois se rendit à la cour esquif avec le caducée. Celui-ci, arrivé auprès de de Prusias, roi de Pont. Toujours fidèle à sa haine la flotte ennemie, montre une lettre et dit qu'il contre les Romains, il fit tous ses efforts pour veut parler au roi. On le conduit devant Eumène, armer ce prince contre eux et leur susciter un croyant qu'il s'agit de propositions de paix. Pour nouvel ennemi. Prusias n'étant pas très-puis- lui, ayant fait connaître le vaisseau royal, il se resant par lui-même, il lui faisait contracter des tire. Eumène ouvre la lettre, et n'y trouve que des alliances avec d'autres rois et l'associait à des na- railleries sur sa personne. Surpris de cette démar tions belliqueuses. Ce prince était alors en guerre che dont il ne devine pas la cause, il ne laisse pas avec Eumène, roi de Pergame, entièrement dévoué d'engager le combat. Les Bythiniens, suivant l'oraux Romains, ce qui excitait encore Annibal à sa dre d'Annibal, fondent tous sur le vaisseau du roi, perte. Ils combattaient sur terre et sur mer; mais qui, ne pouvant résister, prend la fuite et se réful'alliance avec Rome donnait la supériorité à gie au milieu de sa réserve mouillée auprès du riEumène. Sa mort seule pouvait permettre à An-vage. Il n'aurait pas échappé sans cela. Cependant nibal d'exécuter ses projets. Voici le moyen qu'il imagina pour s'en défaire. Les deux rois devaient se livrer incessamment un combat naval: Annibal avait moins de vaisseaux; il fallait suppléer par la ruse à l'inégalité des forces. Il donna ordre de prendre et d'enfermer dans des vases d'argile tout ce qu'on pourrait trouver de serpents veni-à meux. Lorsqu'il en eut une grande quantité, il rassembla les officiers le jour même de la bataille, et leur commanda de courir tous ensemble au vaisseau du roi. « Le reste de la flotte, leur « dit-il, sera assez occupé à se défendre des ser«pents. Quant au vaisseau royal, je me charge de « vous le faire connaître, et je promets une ma• gnifique récompense à celui qui prendra Eu• mène, mort ou vif.

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X. Sic, conservatis suis rebus, Pœnus, illusis Creten. sibus omnibus, ad Prusiam in Pontum pervenit. Apud quem eodem animo fuit erga Italiam, neque aliud quidquam egit, quam regem armavit et exercuit adversus Romanos. Quem quum videret domesticis rebus minus esse robustum, conciliabat ceteros reges, adjungebatque bellicosas nationes. Dissidebat ab eo Pergamenus rex Eumenes, Romanis amicissimus, bellumque inter eos gerebatur et mari et terra: quo magis cupiebat eum Annibal opprimi. Sed utrobique Eumenes plus valebat propter Romanorum societatem quem si removisset, faciliora sibi cetera fore arbitrabatur. Ad hunc interficiendum talem iniit rationem. Classe paucis diebus erant decreturi : superabatur navium multitudine dolo erat pugnandum, quum par non esset armis. Imperavit quam plurimas venenatas serpentes vivas colligi, easque in vasa fictilia conjici. Harum quum confecisset magnam multitudinem, die ipso, quo facturus erat navale prælium, classiarios convocat, hisque præcipit omnes ut in unam Eumenis regis concurrant navem, a ceteris tantum satis habeant se defendere; id facile illos serpentium multitudine consecuturos. Rex autem in qua nave veheretur, ut scirent, se facturum, quem si aut cepissent, aut interfecissent, magno his pollicetur præmio fore.

XI. Tali cohortatione militum facta, classis ab utrisque in prælium deducitur. Quarum acie constituta, priusquam

les autres vaisseaux pressaient ceux de Prusias et d'Annibal. On leur lance les vases d'argile dont je viens de parler. Cette manœuvre d'un nouveau genre excite le rire des ennemis, qui n'en comprennent pas le motif. Mais, en voyant leurs vaisseaux remplis de serpents, épouvantés et ne sachant quel péril ils doivent se soustraire de préférence, ils virent de bord et regagnent leur mouillage. C'est ainsi qu'Annibal triompha par la ruse des forces du roi de Pergame. Ce n'est pas la seule fois qu'il eut recours à de pareils stratagèmes. Il s'en servit souvent sur terre pour détruire ses ennemis.

XII. Tandis que ces choses se passaient en Asie, le hasard voulut que les ambassadeurs de Prusias étant un jour à souper à Rome chez Lucius

signum pugnæ daretur, Annibal, ut palam faceret suis, quo loco Eumenes esset, tabellarium in scapha cum caduceo mittit: qui ubi ad naves adversariorum pervenit, epistolam ostendens, se regem professus est quærere. Statim ad Eumenem deductus est, quod nemo dubitabat aliquid de pace esse scriptum. Tabellarius, ducis pave declarata suis, eodem, unde ierat, se recepit. At Eumenes, soluta epistola, nihil in ea reperit, nisi quod ad irridendum eum pertineret. Cujus etsi causam mirabatur, neque reperiebatur, tamen prælium statim committere non dubitavit. Horum in concursu Bithyni, Annibalis præcepto, universi navem Eumenis adoriuntur : quorum vim quum rex sustinere non posset, fuga salutem petiit; quam consecutus non esset, nisi intra sua præsidia se recepisset, quæ in proximo littore erant collocata. Reliquæ Pergamenæ naves quum adversarios premerent acrius, repente in eas vasa fictilia, de quibus supra mentionem fecimus, conjici cœpta sunt: quæ jacta initio risum pugnantibus excitarunt, nec, quare id fieret, poterat intelligi; postquam autem naves completas conspexerunt serpentibus, nova re perterriti, quum, quid potissimum vitarent, non viderent, puppes averterunt, seque ad sua castra nautica retulerunt. Sic Annibal consilio arma Pergamenorum superavit : neque tum solum, sed sæpe alias pedestribus copiis pari prudentia pepulit adversarios.

XII. Quæ dum in Asia geruntur, accidit casu, ut legati Prusiæ Romæ apud L. Quintium Flaminium consularem cœnarent, atque ibi, de Annibale mentione facta, ex his

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Quintus Flamininus, personne consulaire, on vint à parler d'Annibal. L'un de ces ambassadeurs dit qu'il était dans les Etats du roi de Bythinie. Dès le lendemain Flamininus fit part de cette nouvelle au sénat, et les sénateurs, persuadés que Rome aurait toujours quelque chose à craindre tant qu'Annibal vivrait, envoyèrent des députés à Prusias, entre autres Flamininus, pour le prier de ne point garder à sa cour le plus cruel ennemi de Rome, et de le remettre entre leurs mains. Prusias n'osa s'y refuser; il demanda seulement qu'on ne l'obligeât pas à violer les droits de l'hospitalité. « Prenez-le si vous le pouvez, dit-il aux ambassadeurs; vous trouverez aisément le lieu « de sa retraite.» Annibal demeurait dans un château que le roi lui avait donné; et comme il avait toujours prévu ce qui arrivait alors, il s'était ménagé des issues de tous les côtés. Les ambassadeurs romains se rendirent à sa demeure et la firent investir. Un esclave, qui se tenait à la porte, ayant aperçu les soldats, courut avertir son maître. Annibal lui ordonna d'aller voir si les autres portes étaient investies. L'esclave étant venu lui dire, au bout de quelques instants, que le château était cerné de tous côtés, il vit bien que ce n'était pas l'effet du hasard, mais qu'on en voulait à sa personne, et qu'il était temps de mettre fin à ses jours, s'il ne voulait pas tomber vivant au pou

tinuelle de fatigues et de travaux. On ne sait pas positivement sous quel consulat il mourut. Atticus dit, dans ses Mémoires, que ce fut sous le consulat de M. C. Marcellus et de Q. Fab. Labéon; Polybe, sous celui de L. Émilius Paulus et Cn. Bébius Tamphilus; et enfin Sulpicius, sous le consulat de C. Céthégus et de M. Bébius Tamphilus. Ce grand homme, quoique toujours occupé par la guerre, ne laissa pas de donner quelque temps aux lettres; il nous reste de lui plusieurs ouvrages en grec, notamment une histoire de la campagne de Cn. Manlius Vulson en Asie. Cette histoire est dédiée aux Rhodiens. Plusieurs historiens nous ont donné le récit des campagnes d'Annibal. Les deux principaux sont Silénus et Sosilus de Sparte, qui l'accompagnèrent dans ses expéditions, et vécurent avec lui tant que la fortune le leur permit. Ce fut Sosilus qui lui apprit le grec. Mais il est temps de terminer cette première partie de mon ouvrage et de commencer l'histoire des capitaines romains, afin qu'on puisse juger par la comparaison du mérite de chacun d'eux.

M. PORCIUS CATON.

SECONDE PARTIE

voir de ses ennemis. C'est alors que ce grand DE L'OUVRAGE DE CORNELIUS NÉPOS.

homme, plein du souvenir de ses anciens exploits, avala du poison qu'il portait habituellement sur lui.

XIII. Il se reposa ainsi dans la mort, à l'âge de soixante-dix ans. Sa vie avait été une suite con

unus diceret, eum in Prusiæ regno esse. Id postero die Flamininus senatui detulit. Patres conscripti, qui Annibale vivo nunquam se sine insidiis futuros existimabant, legatos in Bithyniam miserunt, in his Flamininum, qui a rege peterent, ne inimicissimum suum secum haberet, sibique dederet. His Prusias negare ausus non est illud recusavit, ne id a se fieri postularent, quod adversus jus hospitii esset ipsi, si possent, comprehenderent; locum, ubiesset, facile inventuros. Annibal enim uno loco se tenebat in castello, quod ei ab rege datum erat muneri; idque sic ædificarat, ut in omnibus partibus ædificii exitum sibi haberet, semper verens, ne usu eveniret, quod accidit. Huc quum legati Romanorum venissent, ac multitudine domum ejus circumdedissent, puer ab janua prospiciens Annibali dixit, plures præter consuetudinem armatos apparere. Qui imperavit ei, ut omnes fores ædificii circumiret, ac propere sibi renuntiaret, num eodem modo undique obsideretur. Puer quum celeriter, quid esset, renuntiasset, omnesque exitus occupatos ostendisset, sensit, id non fortuito factum, sed se peti, neque sibi diutius vitam esse retinendam. Quam ne alieno arbitrio dimitteret, memor pristinarum virtutum, venenum, quod semper secum habere consueverat, sumpsit.

XIII. Sic vir fortissimus, multis variisque perfunctus laboribus, anno acquievit septuagesimo. Quibus consulibus interierit, non convenit: namque Atticus, Marco

SOMMAIRE.

CHAP. I. Origine de Calon; sa jeunesse; ses emplois. II. Consul, il obtient le gouvernement de l'Espagne Claudio Marcello, Q. Fabio Labeone Coss., mortuum in annali suo scriptum reliquit; at Polybius, L. Æmilio Paulo et Cn. Bæbio Tamphilo; Sulpicius autem, P. Cornelio Cethego, M. Babio Tamphilo. Atque hic tantus vir, tantisque bellis districtus, nonnihil temporis tribuit litte ris namque aliquot ejus libri sunt, græco sermone confecti; in his ad Rhodios de Cn. Manlii Vulsonis in Asia rebus gestis. Hujus bella gesta multi memoriæ prodiderunt : sed ex his duo, qui cum eo in castris fuerunt, simulque vixerunt, quandiu fortuna passa est, Silenus, et Sosilus Lacedæmonius. Atque hoc Sosilo Annibal litterarum grae carum usus est doctore. Sed nos tempus est hujus libri facere finem, et Romanorum explicare imperatores; quo facilius, collatis utrorumque factis, qui viri præferendi sint, possit judicari.

M. PORCIUS CATO.

EX LIBRO POSTERIORE

CORNELII NEPOTIS.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Catonis ortus, adolescentia et officia. II. Consul,
Hispaniam citeriorem sortitus est. Censor gravissimus,
III. Ejus elogium, studia, scripta.

citérieure. Sévérité de sa censure. - III. Son éloge, ses études, ses écrits.

I. Caton naquit dans la ville municipale de Tusculum. Dans sa première jeunesse, avant de briguer les honneurs, il habitait le pays des Sabins, où son père lui avait laissé un petit domaine. Mais, sur les exhortations de Valérius, qui fut depuis son collègue au consulat et dans la censure, il vint se fixer à Rome et débuta au barreau. M. Perperna Censorius rappelait souvent cette circonstance. Caton fit sa première campagne à l'âge de dix-sept ans. Il fut tribun militaire en Sicile, sous le consulat de Q. Fabius Maximus et de M. Claudius Marcellus. A son retour, il fut employé à l'armée de C. Claudius Néron, et se distingua à la bataille de Séna, où périt Asdrubal, frère d'Annibal. Le sort le donna pour questeur au consul P. Cornélius Scipion l'Africain; mais il ne vécut pas avec lui en bonne intelligence, et comme l'aurait exigé sa position. On sait qu'il se montra toujours son adversaire dans la suite. Il exerça l'édilité avec C. Helvius. Nommé préteur, il obtint le gouvernement de la Sardaigne. L'année précédente, il en avait ramené le poëte Ennius, étant questeur, et revenant d'Afrique; et cette conquête ne le cède en rien, à notre avis, à tous les triomphes qu'il aurait pu remporter sur les Sardes.

II. Caton fut nommé consul avec L. Valérius Flaccus. Il eut en partage le gouvernement de l'Espagne citérieure, et s'y conduisit de manière à mériter le triomphe. Scipion l'Africain, qui l'avait eu pour questeur, trouvant qu'il y restait trop longtemps, résolut de l'en déposséder et de s'y faire nommer à sa place. Mais, quoique con

1. Cato, ortus municipio Tusculo. Adolescentulus, priusquam honoribus operam daret, versatus est in Sabinis, quod ibi in heredium a patre relictum habebat. Hortatu L. Valerii Flacci, quem in consulatu censuraque ha buit collegam, ut M. Perpernna. Censorius narrare solitus est, Romam demigravit, in foroque esse cœpit. Primum stipendium meruit annorum decem septemque. Q. Fabio Maximo, M. Claudio Marcello Coss, tribunus militum in Sicilia fuit. Inde ut rediit, castra secutus est C. Claudii Neronis, magnique ejus opera existimata est in prælio apud Senam, quo cecidit Asdrubal, frater Annibalis. Quæstor obtigit P. Cornelio Scipioni Africano, consuli: cum quo non pro sortis necessitudine vixit; namque ab eo perpetua dissensit vita. Edilis plebis factus est cum C. Helvio. Prætor provinciam obtinuit Sardiniam, ex qua quæstor superiore tempore ex Africa decedens, Q. Ennium poetam deduxerat: quod non minoris existimamus, quam quemlibet amplissimum Sardiniensem triumphum.

II. Consulatum gessit cum L. Valerio Flacco: sorte provinciam nactus Hispaniam citeriorem, exque ea triumphum deportavit. Ibi quum diutius moraretur, P. Scipio Africanus consul iterum, cujus in priore consulatu quæstor fuerat, voluit eum de provincia depellere, et ipse ei succedere. Neque hoc per senatum efficere potuit, quum

sul pour la seconde fois, et au premier rang dans la république, il n'y put amener le sénat à une époque où la république était gouvernée, non par le pouvoir arbitraire, mais par les lois. Scipion en fut si irrité contre le sénat, qu'à l'expiration de sa charge, il vécut à Rome en simple particulier. Cependant Caton fut nommé censeur avec V. Flaccus, son collègue au consulat. Il déploya une grande sévérité dans l'exercice de cette charge, et ne craignit pas de sévir contre des citoyens appartenant aux premières familles de la république. Il porta beaucoup d'édits pour réprimer le luxe qui déjà commençait à s'introduire dans Rome. Enfin, depuis sa première jeunesse jusqu'à la plus extrême vieillesse, c'està-dire jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, il ne cessa de se faire des ennemis en servant la république; mais sa considération personnelle, loin d'en souffrir, ne fit que s'accroître de jour en jour jusqu'au moment de sa mort.

III. Caton se distingua en tous genres par une grande supériorité d'intelligence. C'était à la fois un cultivateur habile, un profond jurisconsulte, un bon orateur et un grand général. II aimait les lettres avec passion, et quoiqu'il ne s'en fût occupé qu'assez tard, il y fit de si grands progrès qu'on eût trouvé difficilement dans la littérature grecque ou latine quelque chose qu'il ignorât. Dans sa jeunesse, il composa des harangues; dans sa vieillesse, il écrivit une histoire dont il nous reste sept livres. Le premier renferme la vie des rois de Rome, le second et le troisième la fondation des différentes cités de l'Italie : c'est sans doute ce qui a fait donner à cette histoire le nom d'Origines. Le quatrième livre

quidem Scipio in civitate principatum obtineret, quod tum non potentia, sed jure, respublica administrabatur. Qua ex re iratus senatui, consulatu peracto, privatus in urbe mansit. At Cato, censor cum eodem Flacco factus, severe præfuit ei potestati. Nam et in complures nobiles animadvertit, et multas res novas in edictum addidit, qua re luxuria reprimeretur, quæ jam tum incipiebat pullulare. Circiter annos octoginta usque ad extremam ætatem ab adolescentia, reipublicæ causa, suscipere inimicitias non destitit. A multis tentatus, non modo nullum detrimentum existimationis fecit, sed quoad vixit, virtutum laude crevit.

III. In omnibus rebus singulari fuit prudentia et industria. Nam et agricola solers, et reipublicæ peritus, et ju risconsultus, et magnus imperator, et probabilis orator, et cupidissimus litterarum fuit. Quarum studium etsi senior arripuerat, tamen tantum in eis progressum fecit, ut non facile reperire possis, neque de Græcis, neque de Italicis rebus, quod ei fuerit incognitum. Ab adolescentia confecit orationes. Senex scribere historias instituit, quarum sunt libri septem. Primus continet res gestas regum populi Romani: secundus et tertius, unde quæque civitas orta sit Italica; ob quam rem omnes Origines videtur appellasse : in quarto autem bellum Penicum primum : in quinto secundum atque hæc omnia capitulatim sunt dicta; reli

contient la première guerre Punique, le cinquième la seconde. Du reste, l'auteur ne s'arrête pas sur les faits, il se contente de les indiquer. Il a écrit ainsi l'histoire des autres guerres jusqu'à la préture de Servius Galba, qui ruina la Lusitanie. Il ne nomme ni les généraux qui commandaient, ni les auteurs dans lesquels il a puisé. Il fait encore mention de ce que l'Italie et l'Espagne renferment de plus remarquable. On reconnaît partout dans cet ouvrage un écrivain plein d'exactitude, de talent et d'érudition. Au surplus, je suis entré dans de grands détails sur la vie et les mœurs de Caton, dans le livre que je lui ai spécialement consacré à la prière de Titus Pomponius Atticus. J'y renvoie les admirateurs de ce grand homme.

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proscrits. XII. Il n'emploie le crédit de Vipsanins at d'Antoine que pour éloigner le danger de ses amis. -XIII. Vie privée d'Atticus; il se montre bon père de famille et bon citoyen. XIV. La lecture assaisonne tous ses repas. Sage emploi qu'il fait de son argent. XV. Son aversion pour le mensonge; son amour pour le travail. XVI. Il sait plaire également aux vieillards quand il est jeune, aux jeunes gens quand il est vieux. XVII. Son attachement pour sa mère. XVIII. Son goût pour l'antiquité.-XIX. La politesse de ses manières lui vaut l'alliance d'Octave. XX. Son amitié avec César et Antoine. - XXI. Sa dernière maladie. — XXII. Sa mort et ses funérailles.

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I. T. Pomponius Atticus descendait d'une des plus nobles et des plus anciennes familles de Rome. Il se contenta, pendant toute sa vie, du titre de chevalier qu'il avait reçu de ses ancêtres. Son père, qui passait pour riche à l'époque où il vivait, le traita toujours avec indulgence et bonté. Il était passionné pour les belles-lettres, et fit donner à son fils toute l'instruction qu'on peut recevoir dans la jeunesse. De son côté, le jeune Atticus joignait à une grande facilité d'intelligence une physionomie douce et un organe agréable. Il saisissait aisément ce qu'on lui enseignait, et le répétait avec beaucoup de justesse et de grâce, ce qui le faisait remarquer parmi ses condisciples. Ses succès étaient déjà trop éclatants pour ne pas éveiller l'émulation des plus généreux. Il les excitait par son exemple : de ce nombre étaient L. Torquatus, le fils de C. Marius, et M. Cicéron, qui se prirent pour lui de la plus tendre affection, et le regardèrent toute leur vie comme leur meilleur ami.

II. Atticus perdit son père de bonne heure. Il ne laissa pas de courir des dangers dans sa jeu

et Antonio tantum utitur in deprecandis amicorum periculis. XIII. De vita Attici privata. Bonus paterfamilias et civis. XIV. Ejus cœna semper lectione condita. Prudens pecuniæ usus. XV. Mendacii osor et laboris amans. XVI. Senibus adolescens et adolescentibus senex pariter jucundus. XVII. Ejus pietas in matrem. - XVIII. Antiquitatis amor. - - XIX. Morum elegantia pervenit in affinitatem Octavii. XX. Cæsaris et Antonii cum Attico familiaritas. - XXI. Extremus ejus morbus. XXII. Ejus mors et sepultura.

I.T. Pomponius Atticus, ab origine ultima stirpis Romanæ generatus, perpetuo a majoribus acceptam equestrem obtinuit dignitatem. Patre usus est diligente, indulgente, et, ut tum erant tempora, diti, in primisque studioso litterarum. Hic, prout ipse amabat litteras, omnibus doctrinis, quibus puerilis ætas impertiri debet, filium erudivit. Erat autem in puero, præter docilitatem ingenii, summa suavitas oris ac vocis, ut non solum celeriter acciperet, quæ tradebantur, sed etiam excellenter pronuntiaret. Qua ex re in pueritia nobilis inter æquales ferebatur, clariusque explendescebat, quam generosi condiscipuli animo æquo ferre possent. Itaque incitabat omnes studio suo : quo in numero fuerunt L. Torquatus, C. Marius filius, M. Cicero, quos consuetudine sua sic sibi devinxit, ut nemo iis perpetuo fuerit carior.

II. Pater mature decessit. Ipse adolescentulus, propter affinitatem P. Sulpicii, qui tribunus plebis interfectus est,

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