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leurs députés revinssent à Sparte, ils n'avaient qu'à le laisser partir; autrement ils devaient s'attendre à ne les revoir jamais.

instruit de ses intentions, s'embarqua secrètement sur un vaisseau, sans être connu de l'équipage. Mais poussé par une tempête vers l'île de Naxos, qui était alors occupée par les Athéniens, il comprit qu'il était perdu s'il abordait. Dans cette extrémité, il se découvrit au maître du vaisseau, lui faisant les plus brillantes promesses, s'il voulait le sauver. Celui-ci, touché des malheurs d'un homme si illustre, tint tout un jour son navire à l'ancre en face de l'île, ne permettant à personne de descendre. De là il fit voile pour Éphèse, et y débarqua Thémistocle, qui dans la suite reconnut généreusement ce service.

VIII. De si grands services ne protégèrent pas Thémistocle contre l'envie. En butte aux mêmes défiances qui avaient fait condamner Miltiade, il fut banni par l'ostracisme et se retira à Argos. Il y vivait entouré de la considération que sa renommée lui avait acquise, lorsque les Lacédémoniens envoyèrent des députés à Athènes, pour l'accuser d'avoir fait alliance avec le roi de Perse pour opprimer la Grèce. On le condamna comme traître, sans l'avoir entendu. A cette nouvelle, il ne se crut plus en sûreté à Argos, et se retira à Corcyre. Mais s'étant aperçu que les principaux habitants craignaient que son séjour dans leur ile n'armât contre eux les Athéniens et les Lacédémoniens, il se réfugia chez Admète, roi des Molosses, et son ancien hôte. Admete était absent lorsqu'il arriva. Voulant s'assurer un accueil favorable à l'abri de la religion, il prit dans ses bras la petite fille du roi,« encore enfant, et se jeta avec elle dans un lieu consacré et qui était l'objet d'une vénération particulière. Il n'en sortit que lorsque le roi lui eut tendu la main en signe de protection. Admète fut fidèle à sa parole. Il ne trahit pas celui qui s'était confié à sa foi, et refusa de le livrer aux ambassadeurs d'Athènes et de Sparte qui étaient venus le réclamer. Il l'avertit seulement de pourvoir à son salut, et de ne pas se croire en sûreté si près de ses ennemis. Il voulait le faire conduire à Pydna avec une escorte. Thémistocle,

Quare, si suos legatos recipere vellent, quos Athenas miserant, se remitterent, aliter illos nunquam in patriam recepturi. »

VIII. Tamen non effugit civium suorum invidiam ; namque ob eumdem timorem, quo damnatus erat Miltiades, testarum suffragiis e civitate ejectus, Argos habitatum concessit. Hic quum propter multas ejus virtutes magna eum dignitate viveret, Lacedæmonii legatos Athenas miserunt, qui eum absentem accusarent, quod societatem cum rege Persarum ad Græciam opprimendam fecisset. Hoc crimine absens proditionis est damnatus. Id ut audivit, quod non satis tutum se Argis videbat, Corcyram demigravit. Ibi quum ejus principes civitatis animadvertisset timere, ne propter se bellum his Lacedæmonii et Athenienses indicerent, ad Admetum, Molossorum regem, cum quo ei hospitium fuerat, confugit. Huc quum venisset, et in præsentia rex abesset, quo majore religione se receptum tueretur, filiam ejus parvulam arripuit, et cum ea se in sacrarium, quod summa colebatur cærimonia, conjecit. Inde non prius egressus est, quam rex eum, data dextra, in fidem reciperet; quam præstitit. Nam, quum ab Atheniensibus et Lacedæmoniis exposceretur publice, supplicem non prodidit; monuitque, ut consuleret sibi: difficile enim esse, in tam propinquo loco tuto eum versari. Itaque Pydnam eum deduci jussit, et quod satis esset præsidii dedit. Hac re audita, hic in navem oumibus ignotus nautis ascendit. Quæ quum tempestate

IX. Je sais que la plupart des historiens ont avancé que Thémistocle passa en Asie, sous le règne de Xerxès. Mais je préfère à leur témoignage celui de Thucydide, plus rapproché des auteurs contemporains, et de la même ville. Il dit que Thémistocle s'étant réfugié auprès d'Artaxerxès, lui écrivit cette lettre : « Je suis Thémistocle, et je m'adresse à toi. C'est moi qui de tous les Grecs ai fait le plus de mal à ta fa«mille; mais je défendais ma patrie, et la nécessité me forçait de combattre ton père. Depuis, « je lui ai fait plus de bien que je ne lui avais « fait de mal, lorsque le péril qui s'éloignait de « moi commença à le menacer. Lorsqu'il retour<«< nait en Asie, après la bataille de Salamine, je le fis avertir que les Grecs se proposaient de dé«truire le pont qu'il avait jeté sur le détroit, et « qu'il allait être enveloppé avec ses troupes. Cet avis le sauva. Chassé aujourd'hui de toute la « Grèce, je me réfugie auprès de toi et je te

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maxima Naxum ferretur, ubi tum Atheniensium erat exercitus, sensit Themistocles, si eo pervenisset, sibi esse pereundum. Hac necessitate coactus, domino navis, quis sit, aperit, multa pollicens, si se conservasset. At ille, clarissimi viri captus misericordia, diem noctemque procul ab insula in salo navem tenuit in anchoris, neque quemquam ex ea exire passus est. Inde Ephesum pervenit, ibique Themistoclem exponit: cui ille pro meritis gratiam postea retulit.

IX. Scio plerosque ita scripsisse, Themistoclem, Xerxe regnante, in Asiam transiisse. Sed ego potissimum Thucydidi credo, quod ætate proximus erat his, qui illorum temporum historiam reliquerunt, et ejusdem civitatis fuit. Is autem ait, ad Artaxerxem eum venisse, atque his ver bis epistolam misisse : « Themistocles veni ad te, qui plurima mala omnium Graiorum in domum tuam intuli, quum mihi necesse fuit adversus patrem tuum bellare, patriamque meam defendere. Idem multo plura bona feci, postquam in tuto ipse, et ille in periculo esse cœpit. Nanı, quum in Asiam reverti vellet, prælio apud Salamina facto, litteris eum certiorem feci, id agi, ut pons, quem in Hellesponto fecerat, dissolveretur, atque ab hostibus circumiretur : quo nuntio ille periculo est liberatus. Nunc autem ad te confugi, exagitatus a cuncta Græcia, tuam petens amicitiam quam si ero adeptus, non minus me bonum amicum habebis, quam fortem inimicum ille ex pertus est. Ea autem rogo, ut de his rebus, de quibus te

« demande ton amitié. Si tu me l'accordes, tu « trouveras en moi un ami aussi fidèle, que j'ai

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été pour ton père un ennemi redoutable. Je te «< demande une année pour songer à toutes les «< choses dont je veux t'entretenir. Après ce terme, « permets-moi de paraître devant toi. >>

X. Le roi fut frappé de cette grandeur d'âme. Jaloux de s'attacher un si grand homme, il lui accorda ce qu'il demandait. Thémistocle employa toute cette année à étudier la langue et les lettres persanes. Il y était devenu si habile, qu'il parla au roi avec plus de facilité, dit-on, que n'auraient pu le faire des Persans. Il lui fit de grandes promesses, entre autres celle qui devait flatter davantage un roi de Perse. Il s'engageait à lui soumettre la Grèce, s'il voulait suivre ses conseils. Il revint en Asie, comblé des présents d'Artaxerxès, et se fixa dans la ville de Magnésie. Le roi lui avait donné cette ville en lui disant qu'elle lui fournirait le pain, Lampsaque le vin, et Myunte la table. Magnésie lui rendait cinquante talents par an. Il existe encore deux monuments qui rappellent Thémistocle: son tombeau, situé près de la ville où il fut enseveli, et ses statues dans la place publique de Magnésie. Les historiens varient sur sa mort. Mais ici encore je m'en rapporte à Thucydide qui le fait mourir à Magnésie, sans laisser ignorer le bruit qui courut que Thémistocle s'était empoisonné de douleur de ne pouvoir soumettre la Grèce au roi, suivant sa promesse. Il ajoute que ses amis recueillirent ses restes et vinrent les déposer dans l'Attique, mais secrètement; car les lois refusaient la sépulture aux citoyens condamnés pour crime de trahison.

cum colloqui volo, annum mihi temporis des, eoque transacto, me ad te venire patiaris. »

X. Hujus rex animi magnitudinem admirans, cupiens. que talem virum sibi conciliari, veniam dedit. Ille omne illud tempus litteris sermonique Persarum dedit: quibus adeo eruditus est, ut multo commodius dicatur apud regem verba fecisse, quam hi poterant, qui in Perside erant nati. Hic quum multa regi esset pollicitus, gratissimumque illud, si suis uti consiliis vellet, illum Græciam bello oppressurum, magnis muneribus ab Artaxerxe donatus, in Asiam rediit, domiciliumque Magnesiæ sibi constituit. Namque hanc urbem ei rex donarat, his usus verbis, quæ panem præberet (ex qua regione quinquaginta ei talenta quotannis redibant); Lampsacum, unde vinum sumeret; Myuntem, ex qua obsonium haberet. Hujus ad nostram memoriam monumenta manserunt duo sepulcrum prope oppidum, in quo est sepultus; statuæ in foro Magnesiæ. De cujus morte multimodis apud plerosque scriptum est; sed nos eumdem potissimum Thucydidem auctorem probamus ; qui illum ait Magnesia morbo mortuum; neque negat, fuisse famam, venenum sua sponte sumpsisse, quum se, quæ regi de Græcia opprimenda pollicitus esset, præstare posse desperaret. Idem, ossa ejus clam in Attica ab amicis esse sepulta, quoniam legibus non concederetur, quod proditionis esset damnatus, memoriæ prodidit.

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ARISTIDE.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Rival de Thémistocle, Aristide est condamné à l'exil, à cause de sa vertu. II. Il est rappelé avant l'expiration de la peine; nommé préteur contre Mardonius, il assure aux Athéniens l'empire de la mer. — III. Il est à la tête du trésor public, et meurt pauvre.

I. Aristide, fils de Lysimaque, naquit à Athènes. Il était à peu près du même âge que Thémistocle, et lui disputa le premier rang. On vit par cette lutte quel est l'avantage de l'éloquence sur la vertu; car la réputation qu'Aristide avait acquise, et qui lui avait mérité le surnom de Juste, qui ne fut donné qu'à lui seul, si je ne me trompe, ne le soutint pas contre Thémistocle. Il succomba, et fut condamné à dix ans d'exil par l'ostracisme. Voyant que la multitude était soulevée et qu'on ne pouvait pas l'apaiser, il se retirait de l'asserblée,lorsqu'il aperçut un citoyen qui écrivait sa sentence de bannissement. On dit qu'il lui demanda le motif de son jugement, et quel était le crime d'Aristide pour être condamné à une peine si rigoureuse. Cet homme lui répondit qu'il ne connaissait pas Aristide; mais qu'il était blessé de ce qu'il avait fait pour se distinguer des autres, et être appelé le Juste. Aristide n'acheva pas les dix années fixées par la loi. Il fut rappelé au bout de six ans par un décret du peuple, à l'époque où Xerxès envahit la Grèce. Il s'était même trouvé à la bataille de Salamine, qui eut lieu avant son rappel.

II. Il commandait comme préteur à la bataille de Platée, où Mardonius fut défait et l'armée

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I. Aristides, Lysimachi filius, Atheniensis, æqualis fere fuit Themistocli: itaque cum eo de principatu contendit; namque obtrectarunt inter se. In his autem cognitum est, quanto antistaret eloquentia innocentiæ : quanquam enim adeo excellebat Aristides abstinentia, ut unus post hominum memoriam, quod quidem nos audierimus, cognomine Justus sit appellatus, tamen, a Themistocle collabefactus, testula illa, exsilio decem annorum multatus est. Qui quidem quum intelligeret, reprimi concitatam multitudinem non posse, cedensque animadverteret quemdam scribentem, ut patria pelleretur, quæsisse ab eo dicitur, quare id faceret, aut quid Aristides commisisset, cur tanta pœna dignus duceretur. Cui ille respondit, se ignorare Aristidem; sed sibi non placere quod tam cupide elaborasset, ut præter ceteros Justus appellaretur. Hic decem annorum legitimam pœnam non pertulit: nam postquam Xerxes 1 in Græciam descendit, sexto fere anno, quam erat expul

des barbares taillée en pièces. C'est le seul fait de sa vie militaire qui soit connu; mais on cite de Jui beaucoup de traits de justice, de désintéresBement et d'équité. C'est à cet esprit de justice que les Athéniens durent la supériorité maritime qu'ils obtinrent sur les Lacédémoniens. Aristide se trouvait sur une flotte équipée en commun par les États de Grèce. Il y était avec Pausanias, le même qui commandait lorsque Mardonius fut battu. Jusque-là les Lacédémoniens avaient été les premiers sur terre et sur mer. Mais les Grecs, lassés de la hauteur et de l'emportement de Pausanias, et séduits par la modération d'Aristide, s'attacherent aux Athéniens, et les choisirentpour chefs, afin de repousser plus aisément les barbares, s'ils étaient tentés de recommencer la guerre.

III. Aristide fut chargé de régler la somme que chaque ville devait fournir pour la construction des flottes et la levée des troupes. D'après son avis, on déposa tous les ans une somme de quatre cent soixante talents dans le temple de Délos. Ce dépôt était regardé comme le trésor public de la Grèce. Plus tard on le transporta à Athènes. Il n'y a pas de preuve plus certaine du désintéressement d'Aristide que l'état de pauvreté dans lequel il mourut. Après avoir dirigé des opérations si importantes, il laissa à peine de quoi subvenir aux frais de ses funérailles. Les Athéniens décidèrent que ses filles seraient nourries et dotées aux dépens de l'État. Il mourut environ quatre ans après le bannissement de Thémistocle.

sus, populiscito in patriam restitutus est. Interfuit autem pugnæ navali apud Salamina, quæ facta est prius quam porna liberaretur.

II. Idem prætor fuit Atheniensium apud Platæas, in prælio, quo Mardonius fusus, barbarorumque exercitus interfectus est. Neque aliud est ullum hujus in re militari illustre factum, quam hujus imperii memoria: justitiæ vero et æquitatis et innocentia multa; in primis, quod ejus æquitate factum est, quum in communi classe esset Græciæ simul cum Pausania, quo duce Mardonius erat fugatus, ut summa imperii maritimi a Lacedæmoniis transferretur ad Athenienses: namque, ante id tempus, et mari et terra duces erant Lacedæmonii; tum autem et intemperantia Pausaniæ, et justitia factum est Aristidis, ut omnes fere civitates Græciæ ad Atheniensium societatem se applicarent, et adversus barbaros hos duces deligerent sibi, quo facilius repellerent, si forte bellum renovare conarentur.

III. Ad classes ædificandas, exercitusque comparandos, quantum pecuniæ quæque civitas daret, Aristides delectus est qui constitueret. Ejus arbitrio quadringena et sexagena talenta quotannis Delum sunt collata. Id enim commune ærarium esse voluerunt. Quæ omnis pecunia postero tempore Athenas translata est. Hic qua fuerit abstinentia, nullum est certius indicium quam quod, quum tantis rebus præfuisset, in tanta paupertate decessit, ut, qui efferretur, | vix reliquerit. Quo factum est, ut filiæ ejus publice alerentur, et de communi ærario dotibus datis collocarentur. Decessit autem fere post annum quartum quam Themis. tocles Athenis erat expulsus.

PAUSANIAS.

SOMMAIRE.

13

CHAP. I. Orgueil insolent de Pausanias, après sa victoire sur Mardonius. II. Il prend Byzance, sert les intérêts de Xerxès et se prépare à trahir la Grèce. --- III. Il adopte des mœurs étrangères; son emprisonnement. Il cherche à soulever les Ilotes. IV. Il correspond avec l'ennemi; son trouble le découvre. V. Il est enfermé dans le temple de Minerve, et y meurt bientôt.

I. Pausanias était un grand homme, mais il manqua toujours de constance dans sa conduite. Il joignit à de brillantes qualités des défauts qui les obscurcirent. La bataille de Platée fut son plus beau titre de gloire. Il commandait en chef à cette bataille où le satrape Mardonius, Mède de nation et gendre du roi, le plus courageux et le plus habile de tous les Perses, fut défait par une poignée de Grecs, à la tête de deux cent mille fantassins, tous hommes d'élite, et de vingt mille cavaliers : il fut même tué dans le combat. Pausanias, enorgueilli de sa victoire, commença à troubler la république par ses intrigues. Son ambition ne connut plus de bornes. Il mécontenta d'abord ses concitoyens, en faisant graver sur un trépied d'or qui lui revenait comme part du butin, et qu'il avait fait placer dans le temple de Delphes, une inscription où il était dit qu'ayant vaincu les Perses à la bataille de Platée, il avait offert ce trépied à Apollon en re

PAUSANIAS.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Pausanias, Mardonii victor, fit insolens. -II. Byzantium expugnat, Xerxi favet, Græciæ futurus proditor. III. Peregre absentis mores et carcer. Helotes sollicitat. IV. Litterarum commercium cum hoste; perturbatus se ipse indicat.-V. In æde Minervæ obstruitur, et mox interit.

I. Pausanias, Lacedæmonius, magnus homo, sed varius in omni genere vitæ fuit: nam, ut virtutibus eluxit, sic vitiis est obrutus. Hujus illustrissimum est prælium apud Platæas. Namque illo duce Mardonius, satrapes regius, natione Medus, regis gener, in primis omnium Persarum et manu fortis et consilii plenus, cum ducentis mil. libus peditum, quos viritim legerat, et viginti millibus equitum, haud ita magna manu Græcia fugatus est; eoque ipse dux cecidit prælio. Qua victoria elatus, plurima miscere cœpit, et majora concupiscere. Sed primum in eo est reprehensus, quod ex præda tripodem aureum Delphis posuisset, epigrammate scripto, in quo erat hæc sententia, SUO DUCTU BARBAROS APUD PLATÆAS ESSE DELETOS, EJUSQUE VICTORIÆ Ergo Apollini DONUM DEDISSE. Hos versus Lacedæmonii exsculpserunt, neque aliud scripserunt, quam nomina earum civitatum, quarum auxilio Persæ erant victi.

II. Post id prælium eumdem Pausaniam cum classe communi Cyprum atque Hellespontum miserunt, ut ex his

connaissance de la victoire. Les Lacédémoniens firent effacer cette inscription, à laquelle on substitua, sans plus de détail, le nom des villes qui avaient concouru à la défaite des Perses.

II. Après la bataille de Platée, Pausanias fut envoyé à la tête de la flotte commune, dans l'île de Cypre et sur l'Hellespont, pour chasser les garnisons barbares établies dans ces contrées. Il ne fut pas moins heureux dans cette expédition qu'à la bataille de Platée, ce qui augmenta encore son orgueil et son ambition. Ayant fait prisonniers à Bysance quelques Perses de distinction, parmi lesquels se trouvaient des parents de Xerxès, il les lui renvoya secrètement, en faisant courir le bruit qu'ils s'étaient échappés de leur prison. Il avait fait partir avec eux un certain Gongyle d'Éretrie, en le chargeant d'une lettre pour le roi de Perse. Voici, d'après Thucydide, quel était le contenu de cette lettre : « Pausanias, «< chef des Spartiates, ayant appris que ces Per<< ses qu'il a faits prisonniers à Bysance sont tes parents, te les renvoie comme présent. Il dési«< rerait s'unir à ta famille et te demander ta fille

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à soumettre la ville de Sparte et toute la Grèce. « Dans ce cas, envoie-lui un homme sûr avec lequel il puisse s'entendre. » Le roi fut ravi de revoir tant de personnes qui lui étaient chères. Il dépêcha immédiatement Artabaze avec une lettre pour Pausanias. Il le louait beaucoup et l'invitait à poursuivre ses projets, promettant de ne lui rien refuser, s'il réussissait. Cette lettre accrut l'ardeur de Pausanias; mais il devint suspect à ses concitoyens. On le rappela à Lacédémone et on l'accusa de trahison : il fut absous. On le condamna toutefois à une amende

regionibus barbarorum præsidia depellerct. Pari felicitate in ea re usus, elatius se gerere cœpit, majoresque appetere res. Nam, quum, Byzantio expugnato, cepisset complures Persarum nobiles, atque in his nonnullos regis propinquos, hos clam Xerxi remisit, simulans, ex vincu lis publicis effugisse; et cum his Gongylum Eretriensem, qui litteras regi redderet, in quibus hæc fuisse scripta Thucydides memoriæ prodidit : « Pausanias, dux Sparta, quos Byzantii ceperat, postquam propinquos tuos cognovit, tibi muneri misit; seque tecum affinitate conjungi cu. pit. Quare, si tibi videtur, des ei filiam tuam nuptum. Id si feceris, et Spartam, et ceteram Græciam sub tuam potestatem, se adjuvante, redacturum pollicetur. His de rebus si quid geri volueris, certum hominem ad eum mittas face, cum quo colloquatur. » Rex, tot hominum salute tam sibi necessariorum magnopere gavisus, confestim cum epistola Artabazum ad Pausaniam mittit : in qua eum collaudat, ac petit, ne cui rei parcat ad ea perficienda, quæ pollicetur si fecerit, nullius rei a se repulsam laturum. Hujus Pausanias voluntate cognita, alacrior ad rem gerendam factus, in suspicionem cecidit Lacedæmoniorum. In quo facto domum revocatus, accusatus capitis, absolvitur; multatur tamen pecunia. Quam ob causam ad classem remissus non est.

et on ne voulut plus le renvoyer sur la flotte.

III. Malgré ce jugement, Pausanias prit sur lui de retourner à l'armée; mais, au lieu de s'y conduire avec prudence pour déguiser ses projets, il les trahit par son extravagance. Non content de renoncer aux mœurs de sa patrie, il changea de costume et de manière de vivre. Il affichait un luxe royal, portait la robe persane, et se faisait suivre par une garde composée d'Égyptiens et de Mèdes. Sa table, servie comme celle de Perse, était d'une somptuosité qui indignait jusqu'à ses convives. Personne ne pouvait l'approcher; il était orgueilleux dans ses réponses et dur dans son commandement. Comme il ne voulait pas retourner à Sparte, il s'était retiré à Colone, dans la Troade, nourrissant des projets aussi funestes à sa patrie qu'à lui-même. Les Lacédémoniens, instruits de ses menées, lui envoyèrent des députés avec la scytale, pour lui commander, suivant l'usage, de revenir à Sparte sous peine de mort. Ce message ne laissa pas de l'inquiéter; mais il comptait sur ses richesses et sur son crédit pour conjurer le péril, et il revint à Lacédémone. A peine arrivé, les éphores le firent jeter en prison. La loi leur donnait le droit d'en agir ainsi même avec le roi. Il s'en tira cependant, mais sans pouvoir dissiper les soupçons qui existaient contre lui. On le supposait toujours d'intelligence avec le roi. On croyait qu'il voulait soulever les Ilotes par l'espoir de la liberté. C'est cette classe d'hommes qui cultive les terres à Lacédémone; elle est fort nombreuse. Ce sont, à proprement parler, des esclaves. Mais comme on n'avait pas de preuves contre Pausanias, on pensa qu'on ne pouvait pas accuser un homme aussi considérable sur de simples soupçons, et

III. At ille, post non multo, sua sponte ad exercitum rediit, et ibi non callida, sed dementi ratione, cogitata patefecit. Non enim mores patrios solum, sed etiam cultum, vestitumque mutavit. Apparatu regio utebatur, veste Medica satellites Medi et Ægyptii sequebantur : epulabatur more Persarum luxuriosius, quam, qui aderant, perpeti possent: aditum petentibus conveniendi non dabat : superbe respondebat, et crudeliter imperabat. Spartam redire nolebat: Colonas, qui locus in agro Troadis est, se contulerat; ibi consilia, quum patriæ, tum sibi inimica, capiebat. Id postquam Lacedæmonii resciverunt, legatos ad eum cum scytala miserunt: in qua more illorum erat scriptum, nisi domum reverteretur, se capitis eum damnaturos. Hoc nuntio commotus, sperans se etiam tum pecunia et potentia instans periculum posse depellere, domum rediit. Huc ut venit, ab ephoris in vincula publica conjectus est: licet enim legibus eorum cuivis ephoro hoc facere regi. Hinc tamen se expedivit : neque eo magis carebat suspicione; nam opinio manebat, eum cum rege habere societatem. Est genus quoddam hominum, quod Helotes vocatur, quorum magna multitudo agros Lacedæ. moniorum colit, servorumque munere fungitur : hos quo. que sollicitare spe libertatis existimabatur. Sed, quod harum rerum nullum erat apertum crimen, quo argui

qu'il valait mieux attendre qu'il se découvrît luimême.

IV. Cependant Pausanias chargea d'une lettre pour Artabaze un jeune homme nommé Argilius, qu'il avait aimé autrefois. Argilius, réfléchissant qu'aucun de ceux qui avaient été chargés de semblables missions n'était revenu, pensa qu'il pouvait être question de lui dans cette lettre. Il l'ouvrit, et vit que c'était fait de lui s'il la portait. Elle contenait d'ailleurs de grands détails sur les projets de Pausanias et du roi de Perse. Argilius la remit aux éphores. Remarquons ici la sage réserve des Lacédémoniens. Cette pièce ne parut pas aux éphores un témoignage suffisant pour s'assurer de Pausanias. Ils ne crurent pas devoir employer la force avant que le coupable se fût trahi lui-même. Ils indiquèrent à Argilius ce qu'il avait à faire. Il existe à Ténare un temple consacré à Neptune, et regardé comme inviolable par tous les Grecs. Argilius s'y réfugia et alla s'asseoir sur l'autel. On pratiqua auprès un souterrain d'où l'on pouvait entendre ceux qui viendraient lui parler. Quelques-uns des éphores s'y cachèrent. Pausanias apprenant qu'Argilius s'était réfugié dans ce temple, y accourt tout troublé; il voit ce jeune homme sur l'autel, dans l'attitude d'un suppliant, et lui demande la cause d'une résolution si soudaine. Argilius lui répond qu'il a lu sa lettre. Cet aveu redouble l'effroi de Pausanias, qui le supplie de ne rien révéler, de ne pas trahir un homme qui l'a comblé de bienfaits, et lui promet de magnifiques présents s'il consent à le sauver par son silence.

posset, non putabant de tali tamque claro viro suspicionibus oportere judicari, sed exspectandum, dum se ipsa res aperiret.

IV. Interim Argilius quidam adolescentulus, quem puerum Pausanias amore venereo dilexerat, quum epistolam ab eo ad Artabazum accepisset, eique in suspicionem venisset, aliquid in ea de se esse scriptum, quod nemo eorum rediisset, qui super tali causa eodem missi erant, vincula epistolæ laxavit, signoque detracto cognovit, si pertulisset, sibi esse pereundum. Erant in eadem epistola, quæ ad ea pertinebant, quæ inter regem Pausaniamque convenerant. Has ille litteras ephoris tradidit. Non est prætereunda gravitas Lacedæmoniorum hoc loco: nam ne hujus quidem indicio impulsi sunt, ut Pausaniam comprehenderent; neque prius vim adhibendam putaverunt, quam se ipse indicasset. Itaque huic indici, quid fieri vellent, præceperunt. Fanum Neptuni est Tænari, quod violari nefas putant Græci. Eo ille index confugit : in ara consedit. Hanc juxta locum fecerunt sub terra, ex quo posset audiri, si quis quid loqueretur cum Argilio; huc ex ephoris quidam descenderunt. Pausanias, ut audivit Argilium confugisse in aram, perturbatus eo venit: quem quum supplicem dei videret in ara sedentem, quærit, causæ quid sit tam repentino consilio: huic ille, quid ex litteris comperisset, aperit. Tanto magis Pausanias perturbatus orare cœpit, « ne enuntiaret, nec se, meritum de illo optime, proderet. Quod si eam veniam sibi dedisset, tantisque implicitum rebus sublevasset, magno esse ei præmio futurum. »>

V. Les éphores, désormais convaincus, jugèrent qu'il valait mieux se saisir de Pausanias dans la ville, et partirent. De son côté, Pausanias, qui croyait avoir gagné Argilius, retourne à Lacédémone. On allait l'arrêter sur le chemin, lorsqu'un des éphores, voulant l'avertir, lui fit comprendre par les signes de son visage qu'on lui tendait un piége. Aussitôt Pausanias profite de quelques pas d'avance qu'il avait sur ceux qui le poursuivaient, et se réfugie dans un temple dédié à Minerve, qu'on appelle Chalciccus. Les éphores firent sur-le-champ murer les portes, pour l'empêcher de sortir. On démolit aussi le toit pour qu'il mourût plus promptement, exposé aux injures de l'air. Sa mère vivait encore à cette époque. On dit que cette femme, alors très-âgée, ayant appris le crime de son fils, fut la première à apporter des pierres pour l'y enfermer. C'est ainsi que Pausanias ternit par une fin honteuse la gloire qu'il avait acquise. Retiré à demi-mort du temple, il expira presque aussitôt. Quelquesuns étaient d'avis qu'on jetât son cadavre avec ceux des suppliciés; mais le plus grand nombre s'y opposa, et on l'enterra loin du lieu où il était mort. Exhumé dans la suite, sur une réponse de l'oracle de Delphes, il fut enseveli à l'endroit même où il avait expiré.

V. Ilis rebus ephori cognitis, satius putaverunt in urbe eum comprehendi. Quo quum essent profecti, et Pausanias, placato Argilio, ut putabat, Lacedæmonem reverte. retur, in itinere, quum jam in eo esset, ut comprehenderetur, e vultu cujusdam ephori, qui eum admonere cupiebat, insidias sibi fieri intellexit. Itaque paucis ante gradibus, quam qui sequebantur, in ædem Minervæ, quæ Chalciocus vocatur, confugit. Hinc ne exire posset, statim ephori valvas ejus ædis obstruxerunt, tectumque sunt demoliti, quo facilius sub divo interiret. Dicitur, eo tempore matrem Pausaniæ vixisse, eamque jam magno natu, postquam de scelere filii comperit, in primis, ad filium claudendum, lapidem ad introitum ædis attulisse. Sic Pausanias magnam belli gloriam turpi morte maculavit. Hic quum semianimis de templo elatus esset, confestim animam efilavit. Cujus mortui corpus quum eodem nonnulli dicerent inferri oportere, quo hi, qui ad supplicium essent dati, displicuit pluribus; et procul ab eo loco infoderunt, quo erat mortuus. Inde posterius, dei Delphici responso, erutus, atque eodem loco sepultus, ubi vitam posuerat.

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