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qu'un Etat ne peut être bien gouverné par plusieurs maîtres. Ce mot excita contre lui une haine violente, car il semblait trahir l'ambition du pouvoir absolu. Mais, au lieu de désarmer la haine par sa modération, il voulut l'étouffer par des rigueurs; et lorsque Héraclide vint à Syracuse, il le fit assassiner.

VII. Cet attentat jeta l'effroi dans tous les esprits personne, après le meurtre d'Héraclide, ne se crut en sûreté. Dion, débarrassé de son rival, ne crut pas devoir ménager ceux dont l'opinion lui était contraire, et distribua leurs biens à ses soldats. Mais quand tout fut partagé, les dépenses excessives qui se renouvelèrent chaque jour épuisèrent son trésor, et ne lui laissèrent d'autre ressource que de dépouiller ses amis; c'était le moyen d'aliéner les grands, en voulant gagner les soldats. Les embarras de sa position l'accablaient. Il n'avait jamais éprouvé la haine du peuple, et ne pouvait s'accoutumer à ce changement d'opinion de la part de ceux qui naguère l'élevaient au ciel. Le peuple, de son côté, voyant qu'il était devenu désagréable aux soldats, s'écriait qu'on ne pouvait plus supporter sa tyrannie.

VIII. Dion redoutait les suites de cette animosité générale, et ne savait comment la calmer, lorsqu'un Athénien, nommé Callicrate, qui l'avait accompagné du Péloponnèse en Sicile, vint le trouver. C'était un homme sans honneur et sans foi, plein de ruse et d'artifice : il représente à Dion le danger où il est, à cause de l'indignation du peuple et de la haine des soldats, ajoutant que le seul parti à prendre pour conjurer le péril

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tulit hoc animo æquo Dion, et versum illum Homeri retulit ex secunda rhapsodia, in quo hæc sententia est : «Non posse bene geri rempublicam multorum imperiis. Quod dictum magna invidia consecuta est. Namque aperuisse videbatur, se omnia in sua potestate esse velle. Hanc ille non lenire obsequio, sed acerbitate opprimere studuit, Heraclidemque, quum Syracusas venisset, interfi. ciendum curavit.

VII. Quod factum omnibus maximum timorem injecit: nemo enim, illo interfecto, se tutum putabat. Ille autem, adversario remoto, licentius eorum bona, quos sciebat adversus se sensisse, militibus dispertivit. Quibus divisis, quum quotidiani maximi fierent sumptus, celeriter pecunia deesse cœpit ; neque, quo manus porrigeret, suppetebat, nisi in amicorum possessiones. Id hujusmodi erat, ut, quum milites reconciliasset, amitteret optimates. Quarum rerum cura frangebatur, et, insuetus male audiendi, non æquo animo ferebat, de se ab iis male existimari, quorum paulo ante in cœlum fuerat elatus laudibus. Vulgus autem, offensa in eum militum voluntate, liberius loquebatur, et tyrannum non ferendum dictitabat.

VIII. Hæc ille intuens, quum, quemadmodum sedaret, nesciret, et quorsum evaderent, timeret, Callicrates quidam, civis Atheniensis, qui simul cum eo ex Peloponneso in Siciliam, venerat, homo et callidus et ad fraudem acutus

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est de charger quelqu'un des siens de se déclarer contre lui comme s'il était son ennemi. Que s'il trouve un homme capable de jouer ce rôle, il pourra facilement, parson moyen, connaître les dispositions de chacun, et se défaire des mécontents, lesquels ne manqueront pas de découvrir leurs projets à qui semblera en être complice. Dion approuve ce conseil, et Callicrate se charge du rôle convenu. Fort de l'imprudence de Dion, il cherche des conjurés pour le tuer, se rend chez ses ennemis, et organise la conspiration; mais le secret, confié à beaucoup de monde, est ébruité. Aristomaque, sœur de Dion, et son épouse Arété en sont instruites, et, dans leur frayeur, courent le prévenir; mais Dion refuse de croire à la perfidie de Callicrate, et leur dit qu'il n'agit que par son ordre; ce qui ne les empêche pas de conduire Callicrate dans le temple de Proserpine, et de lui faire jurer que Dion n'a rien à craindre de lui. Ce serment, loin de le retenir, lui fait hâter davantage l'exécution de son dessein, de peur d'être découvert avant que tout ne fût prêt.

IX. Profitant donc d'un jour de fête où Dion se tenait chez lui éloigné de la foule, et reposait dans un appartement supérieur, il distribue à ses complices les principaux postes de la ville, investit la demeure de Dion, place aux portes des gens affidés, avec ordre de ne pas s'en écarter, garnit de soldats une galère et en donne le commandement à Philostrate, son frère, lui ordonnant de la faire manoeuvrer dans le port comme pour exercer les rameurs, mais dans le fait pour se ménager une retraite, en cas de revers. Enfin il choisit parmi les siens quelques jeunes

sine ulla religione ac fide, adit ad Dionem, et ait eum in magno periculo esse propter offensionem populi et odium militum; quod nullo modo evitare posset, nisi alicui suorum negotium daret, qui se simularet illi inimicum; quem si invenisset idoneum, facile omnium animos cogniturum, adversariosque sublaturum, quod inimici ejus dissidenti suos sensus aperturi forent. Tali consilio probato, excipit has partes ipse Callicrates, et se armat imprudentia Dionis: ad eum interficiendum socios conquirit: adversarios ejus convenit, conjurationem confirmat. Res, multis consciis quæ gereretur, elata defertur ad Aristomachen, sororem Dionis, uxoremque Areten. Illæ, timore perterritæ, conveniunt, cujus de periculo timebant. At ille negat a Callicrate fieri sibi insidias, sed illa, quæ agerentur, fieri præcepto suo. Mulieres nihilo secius Callicratem in ædem Proserpinæ deducunt', ac jurare cogunt, nihil ab illo periculi fore Dioni. Ille hac religione non mo. do ab incepto non deterritus, sed ad maturandum concitatus est, verens, ne prius consilium suum aperiretur, quam conata perfecisset.

IX. Hac mente, proximo die festo, quum a conventu remotum se Dion domi teneret, atque in conclavi edito recubuisset, consciis loca munitiora oppidi tradit, domum custodibus sepsit, a foribus qui non discedant, certos præficit; navem triremem armatis ornat, Philostratoque, fratri suo, tradiț, eamque in portu agitari jubet, ut si exer

IPHICRATE.

SOMMAIRE.

Zacynthiens, vigoureux et résolus, et les charge frais du trésor, un mausolée dans le lieu le plus de se présenter sans armes chez Dion, sous pré-fréquenté de la ville. Il fut tué à l'âge d'environ texte de lui faire leur cour. Comme ils étaient cinquante-cinq ans, la quatrième année après connus, on les introduisit; mais, à peine étaient- son retour du Péloponnèse en Sicile. ils entrés, qu'ils ferment les portes avec soin, se précipitent sur lui, le saisissent et le garottent. Le bruit s'entendit au dehors. On put juger en cette occasion de la haine qu'inspire la puissance d'un seul, ainsi que nous l'avons dit plus haut, et du triste sort des souverains qui aiment mieux se faire craindre que se faire aimer. Pour peu que les gardes de Dion eussent été bien disposés, ils auraient pu le sauver en brisant sa porte; car les conjurés n'ayant point d'armes, en demandaient une au dehors, et ne faisaient que le tenir vivant. Personne ne venant à son secours, le Syracusain Lycon passa par la fenêtre une épée, avec laquelle on le tua.

X. Après ce meurtre, le peuple se précipita dans la chambre pour voir ce qui s'était passé, et quelques citoyens furent massacrés par méprise. Car le bruit s'étant répandu que Dion venait d'être assassiné, ceux qui n'approuvaient pas ce crime accoururent en foule, et, trompés par leurs soupçons, ils tuèrent comme coupables des gens innocents qui se trouvaient là. Dès que la mort de Dion fut connue, il s'opéra dans les esprits une singulière révolution. Ce peuple qui le traitait de tyran pendant sa vie, se mit à le pleurer après sa mort, en lui prodiguant les noms de sauveur de la patrie, de destructeur des tyrans. La compassion avait si vite succédé à la haine, qu'ils auraient voulu, s'il eût été possible, le rappeler à la vie au prix de leur sang. On lui éleva, aux

cere remiges vellet; cogitans, si forte consiliis obstitisset fortuna, ut baberet, quo fugeret ad salutem. Suorum autem e numero Zacynthios adolescentes quosdam eligit, quum audacissimos, tum viribus maximis, hisque dat negotium, ut ad Dionem eant inermes, sic uti conveniendi ejus gratia viderentur venire. Hi propter notitiam sunt intromissi. At illi, ut limen ejus intrarunt, foribus obseratis, in lecto cubantem invadunt, colligant : fit strepitus, adeo ut exaudiri posset foris. Hic, sicut ante dictum est, quam invisa sit singularis potentia, et miseranda vita, qui se metui, quam amari malunt, cuivis facile intellectu fuit. Namque illi ipsi custodes, si propitia fuissent voluntate, foribus effractis, servare eum potuissent, quod illi inermes, telum foris flagitantes, vivum tenebant. Cui quum succurreret nemo, Lyco quidam Syracusanus per fenestras gladium dedit, quo Dion interfectus est.

X. Confecta cæde, quum multitudo visendi gratia introisset, nonnulli ab insciis pro noxiis conciduntur. Nam, celeri rumore dilato, Dioni vim allatam, multi concurrerant, quibus tale facinus displicebat. Hi, falsa suspicione ducti, immerentes, ut sceleratos, occidunt. Hujus de morte ut palam factum est, mirabiliter vutgi mutata est voluntas. Nam qui vivum eum tyrannuru vocitarant, iidem liberatorem patriæ, tyrannique expusorem prædicabant. Sic subito misericordia odio successerat, ut eum suo sanguine, si possent, ab Acheronte cuperent redimere. Itaque in urbe, celeberrimo loco, elatus publice, sepulcri

CHAP. I. Iphicrate, célèbre par ses talents militaires.
II. Il fait la guerre aux Thraces; met en fuite les Lace-
démoniens; commande les troupes soldées des Perses;
arrête les progrès d'Épaminondas. III. Caractère et
qualités d'Iphicrate : son fils lui reproche d'avoir pris
une épouse étrangère.

I. Iphicrate doit sa réputation à ses talents militaires plutôt qu'à ses exploits comme soldat. Il était si habile dans l'art de la guerre qu'on l'égalait aux plus illustres capitaines de son temps, et qu'on ne lui en préférait aucun parmi ceux des temps passés. Il passa presque toute sa vie dans les camps, n'ayant jamais essuyé de revers par sa faute, et devant à son habileté tous ses succès. L'art militaire lui doit même beaucoup d'améliorations. C'est lui qui changea les armes de l'infanterie. Avant lui on se servait d'énormes boucliers, et au contraire de javelines très-courtes et de petites épées. Iphicrate substitua la pelle à la parme, pour rendre les fantassins plus légers dans les manœuvres et dans les attaques. C'est ce qui les fit appeler pellates dans la suite. Il doubla la mesure de la pique et allongea les épées. Il supprima aussi les cuirasses de fer, et les remplaça par celles de lin. Par là il monumento donatus est. Diem obiit circiter annos quinquaginta quinque natus, quartum post annum, quam ex Peloponneso in Siciliam redierat.

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I. Iphicrates, Atheniensis, non tam magnitudine rerum gestarum, quam disciplina militari nobilitatus est. Fuit enim talis dux, ut non solum ætatis suæ cum primis com. pararetur, sed ne de majoribus natu quidem quisquam anteponeretur. Multum vero in bello est versatus; sæpe exercitibus præfuit; nusquam culpa sua male rem gessit; semper consilio vicit, tantumque eo valuit, ut multa in re militari partim nova attulerit, partim meliora fecerit : namque ille pedestria arma mutavit, quum, ante illum imperatorem, maximis clypeis, brevibus hastis, minutis gladiis uterentur. Ille e contrario peltam pro parma fecit (a quo postea peltastæ pedites appellantur), ut ad motus concursusque essent leviores; hasta modum duplicavit :

rendit le soldat plus libre dans ses mouvements, en le débarrassant d'une armure pesante, et lui en donna une plus légère qui le protégeait également.

II. Il fit la guerre aux Thraces, et remit sur le trône Seuthès, allié des Athéniens. A Corinthe il introduisit une discipline si sévère dans son armée, qu'il n'y eut jamais en Grèce de troupes mieux exercées, ni plus obéissantes aux ordres de leur chef. Il accoutuma si bien les soldats à se ranger d'eux-mêmes en bataille au premier signal qu'ils semblaient avoir été postés par le plus habile capitaine. C'est avec cette armée qu'il enleva le fameux corps d'infanterie lacédémonienne appelé Mora; exploit qui fut si vanté par toute la Grèce. It mit leur armée en fuite dans la même campagne, et s'acquit une grande réputation par cette victoire. Lorsque Artaxerxès voulut faire la guerre à l'Égypte, il demanda Iphicrate aux Athéniens, pour le mettre à la tête des troupes étrangères qu'il avait à sa solde, et qui formaient un corps de deux mille hommes. Celui-ci établit une telle discipline parmi eux, qu'ils eurent la réputation qu'ont eue depuis à Rome les soldats de Fabius; on les appelait les Iphicratiens, comme les autres les Fabiens. Envoyé au secours des Spartiates, il arrêta la marche victorieuse d'Epaminondas, qui, sans !ui, n'aurait quitté Sparte qu'après l'avoir prise et détruite.

III. Iphicrate joignait à une grande valeur les avantages d'un extérieur imposant. Sa taille était haute, et on l'admirait en le voyant. Mais il était mou au travail et peu patient. Je parle

gladios longiores fecit: idem genus loricarum mutavit, et pro ferreis atque æneis linteas dedit. Quo facto expeditio. res milites reddidit; nam, pondere detracto, quod æque corpus tegeret, et leve esset, curavit.

II. Bellum cum Thracibus gessit Seuthen, socium Atheniensium, in regnum restituit. Apud Corinthium tanta severitate exercitui præfuit, ut nullæ unquam in Græcia neque exercitatiores copiæ, neque magis dicto audientes fuerint duci; in eamque consuetudinem adduxit, ut, quum prælii signum ab imperatore esset datum, sine ducis opera sic ordinatæ consisterent, ut singuli ab peritissimo imperatore dispositi viderentur. Hoc exercitu Moram Lacedæmoniorum intercepit: quod maxime tota celcbratum est Græcia. Iterum eodem bello omnes copias eorum fugavit; quo facto magnam adeptus est gloriam. Quum Artaxerxes Egyptio regi bellum inferre voluit, Iphicratem ab Atheniensibus petivit ducem, quem præficeret exercitui conductitio, cujus numerus duodecim millium fuit ; quem quidem sic omni disciplina militari erudivit, ut, quemadmodum quondam Fabiani milites romani ap pellati sunt, sic Iphicratenses apud Græcos in summa laude fuerint. Idem, subsidio Lacedæmoniis profectus, Epaminonda retardavit impetus; nam, nisi ejus adventus appropinquasset, non prius Thebani Sparta abscessissent, quam captam incendio delessent.

III. Fuit autem et animo magno et corpore, imperatoriaque forma, ut ipso aspectu cuivis injiceret admiratio

CORNELIUS NÉPos.

d'après le témoignage de Théopompe. Bon citoyen d'ailleurs et plein de loyauté, comme il le montra en plusieurs circonstances, entre autres lorsqu'il accorda son appui aux enfants d'Amyntas, roi de Macédoine. Eurydice, veuve d'Amyntas, étant venue se mettre sous sa protection après la mort de son époux, trouva en lui un défenseur et un soutien, ainsi que ses deux enfants, Philippe et Perdiccas. Il parvint à la vieillesse sans avoir perdu l'affection de ses concitoyens. Une seule fois, pendant la guerre sociale, il eut à se défendre d'une accusation capitale, en même temps que Timothée; mais il fut absous. Il laissa un fils nommé Ménesthée, qu'il avait eu d'une Thrace, fille du roi Cotys. On demandait un jour à ce jeune homme qui if estimait le plus, de son père ou de sa mère. « Ma mère, » répondit-il; et comme on s'étonnait de cette réponse, « N'ai-je pas raison? ajouta-t-il; car mon père, autant qu'il était en lui, m'a fait Thrace, et ma mère Athénien. »>

CHABRIAS.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Chabrias s'illustre par une nouvelle tactique de son invention. II. Il secourt Nectanabis en Égypte, et Évagoras dans l'ile de Chypre; il commande la flotte égyptienne. III. On le rappelle dans sa patrie; il s'en tient habituellement éloigné, pour ne pas porter ombrage à ses concitoyens. IV. Dans la guerre sociale, il est abandonné des siens et périt.

I. Chabrias naquit à Athènes. Il fut aussi compté

nem sui. Sed in labore remissus nimis, parumque patiens, ut Theopompus memoriæ prodidit; bonus vero civis, fideque magna: quod quum in aliis rebus declaravit, tum maxime in Amynta Macedonis liberis tuendis. Namque Eurydice, mater Perdiccæ et Philippi, cum his duobus pueris, Amynta mortuo, ad Iphicratem confugit, ejusque opibus defensa est. Vixit ad senectutem, placatis in se suorum civium animis. Causam capitis semel dixit, bello sociali, simul cum Timotheo; eoque judicio est absolutus. Menesthea filium reliquit ex Thressa natum, Cotyis regis filia. Is quum interrogaretur, utrum pluris patrem, matremne faceret : Matrem, inquit. Id quum omnibus mirum videretur, at ille: Merito, inquit, facio; nam pater, quantum in se fuit, Thracem me genuit; contra ea mater, Atheniensem.

CHABRIAS.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Chabrias, novo pugnandi modo invento, clarus. II. Res ejus cum Nectanabi Ægyptio, et Evagora Cyprio. Classi Ægyptiæ præest. · III. Domum revocatur; propter invidiam plerumque abest. IV. In bello sociali, a suis de sertus, interficitur.

I. Chabrias, Atheniensis. Hic quoque in summis habi

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parmi les grands généraux, et se signala par ses exploits. Mais son plus beau titre à la gloire, c'est d'avoir inventé une manœuvre qu'il employa pour la première fois en combattant sous les murs de Thèbes, comme auxiliaire des Béotiens. Déjà son redoutable adversaire, Agésilas, qui commandait l'armée ennemie, avait mis en fuite les troupes soudoyées, et se croyait sûr de la victoire, lorsque Chabrias défendit à la phalange qui tenait encore, de quitter son poste; puis mettant le genou en terre et se couvrant de son bouclier, il attendit l'ennemi la lance en arrêt. C'est cette nouvelle manière de soutenir une attaque qu'il apprit à ses soldats. Surpris de cette manœuvre inusitée, Agésilas n'osa point s'avancer, et fit sonner la retraite au moment où on allait charger. Cet événement fit tant d'honneur à Chabrias par toute la Grèce, que les Athéniens lui ayant fait élever une statue, il voulut qu'on le représentât dans l'attitude qu'il avait imaginée. C'est de là qu'est venu cet usage de donner aux athlètes et aux autres concurrents des jeux publics, lorsqu'on leur dressait des statues, la pose qu'ils avaient au moment de la victoire.

II. Chabrias eut la conduite de plusieurs guerres en Europe, comme général des troupes athéniennes. Il fit aussi, mais sans caractère public, une expédition en Égypte, pour secourir Nectanabis, dont il affermit la couronne. Il fit la même chose à Chypre pour Évagoras, mais cette fois il avait été envoyé par les Athéniens. Il ne sortit de l'île qu'après l'avoir soumise, et ajouta ainsi à la gloire de ses concitoyens. Dans cet intervalle, la guerre s'alluma entre les Égyptiens et les Perses. Les Athéniens s'étaient unis avec Artaxerxès, et Sparte avec les Égyptiens, à qui

Agésilas faisait payer cher ses services. Chabrias, qui ne le cédait en rien à ce prince, alla offrir les siens au roi d'Égypte, qui le mit à la tête de sa flotte, ayant donné le commandement de l'armée de terre à Agésilas.

III. A cette nouvelle, les généraux du roi de Perse envoyèrent des députés à Athènes pour se plaindre de ce que Chabrias avait pris du service dans l'armée égyptienne. Les Athéniens assignèrent Chabrias, le menaçant de le condamner à mort, s'il ne revenait au jour marqué. Il obéit, mais ne resta à Athènes que le temps nécessaire; car il n'aimait pas demeurer trop longtemps sous les yeux de ses concitoyens, vivant avec luxe et s'abandonnant volontiers à ses goûts. Il sentait qu'il ne pourrait échapper à l'envie qui est, comme on le sait, le vice des gouvernements libres. En effet, l'envie est toujours la compagne de la gloire dans les grandes républiques, et l'on s'y plaît à rabaisser ceux qui s'élèvent trop audessus des autres. Le pauvre n'y voit pas sans murmurer une opulence à laquelle il ne participe pas. C'est ce qui empêchait Chabrias de vivre à Athènes. Il s'en absentait le plus souvent possible, et il n'était pas le seul : presque tous les citoyens distingués en faisaient autant, persuadés que le seul moyen d'éviter l'envie était de se dérober aux regards de leurs compatriotes. Conon habita presque toujours l'île de Chypre; Iphicrate, la Thrace; Timothée, Lesbos; et Charès, Sigée. Il est vrai que, par ses mœurs et ses actions, celui-ci ne ressemblait guère aux grands hommes que je viens de citer, mais il ne laissa pas d'être puissant et considéré dans sa patrie.

tus est ducibus, resque multas memoria dignas gessit. Sed ex his elucet maxime inventum ejus in prælio, quod apud Thebas fecit, quum Bootiis subsidio venisset : namque in eo, victoria fidente summo duce Agesilao, fugatis jam ab eo conductitiis catervis, reliquam phalangem loco vetuit cedere, obnixoque genu scuto, projectaque hasta impetum excipere hostium docuit. Id novum Agesilaus contuens, progredi non est ausus, suosque jam incurrentes tuba revocavit. Hoc usque eo tota Græcia fama celebratum est, ut illo statu Chabrias sibi statuam fieri voluerit, quæ publice ei ab Atheniensibus in foro constituta est. Ex quo factum est, ut postea athletæ, ceterique artifices, his statibus in statuis ponendis uterentur, in quibus victoriam essent adepti.

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IV. Chabrias périt dans la guerre sociale; voici comment. Les Athéniens assiégeaient Chio, et

faciebat. Id intuens Chabrias, quum in re nulla Agesilao cederet, sua sponte eos adjutum profectus, Ægyptiæ classi præfuit; pedestribus copiis Agesilaus.

III. Tum præfecti regis Persiæ legatos miserunt Athenas questum, quod Chabrias adversum regem bellum gereret cum Ægyptiis. Athenienses diem certam Chabria præstituerunt, quam ante domum nisi redisset, capitis se illum damnaturos denuntiarunt. Hoc ille nuntio Athenas rediit, neque ibi diutius est moratus, quam fuit necesse. Non enim libenter erat ante oculos civium suorum: quod et vivebat laute, et indulgebat sibi liberalius, quam ut invidiam vulgi posset effugere. Est enim hoc commune vitium in magnis liberisque civitatibus, ut invidia gloriæ comes sit, et libenter de his detrahant, quos eminere vi. deant altius neque animo æquo pauperes alienam opulentium intuentur fortunam. Itaque Chabrias, quoad ei licebat, plurimum aberat. Neque vero solus ille aberat Athenis libenter; sed omnes fere principes fecerunt idem, quod tantum se ab invidia putabant futuros, quantum a conspectu suorum recessissent. Itaque Conon plurimum Cypri vixit, Iphicrates in Thracia, Timotheus Lesbi, Chares in Sigao. Dissimilis quidem Chares horum et fac· tis et moribus, sed tamen Athenis et honoratus et potens. IV. Chabrias autem periit bello sociali, tali modo : op.

Chabrias servait sur leur flotte comme simple volontaire, mais, dans le fait, avec plus d'autorité que ceux qui commandaient. Les soldats le considéraient plus que leurs chefs. C'est ce qui hâta sa mort. Comme il voulait entrer le premier dans le port, il ordonna au pilote de faire avancer le vaisseau, et se perdit ainsi par trop d'ardeur. Car la flotte ne le suivit pas, et, dès qu'il eut franchi l'entrée du port, il fut enveloppé. Il combattait avec son courage accoutumé, lorsque le vais seau, frappé d'un coup d'éperon, commença à couler bas. Il aurait pu en nageant gagner la flotte des Athéniens; mais il aima mieux mourir que d'abandonner le vaisseau qui l'avait porté. Les autres se sauvèrent à la nage. Quant à lui, préférant une mort glorieuse à une vie déshonorée, il tomba percé de coups en combattant de près.

TIMOTHÉE.

SOMMAIRE.

II. Vain

CHAP. I. Qualités et exploits de Timothée.
queur des Lacédémoniens, on lui élève une statue.
UJI. Dans sa vieillesse, on le donne pour conseil au
préleur Ménesthée. Accusé par Charès, il est condamné. —
IV. Conon, son fils, est contraint de relever à ses frais

les murs d'Athènes. Fidélité de Jason envers Timothée.
I. Timothée, fils de Conon, naquit à Athènes.
Il ajouta par ses talents à la gloire du nom
paternel. Il était éloquent, actif, laborieux, éga- |
lement habile dans la guerre et dans le gouver-
nement. Il se rendit célèbre par ses exploits, prin-

pugnabant Athenienses Chium; erat in classe Chabrias privatus, sed omnes, qui in magistratu erant, auctoritate anteibat; eumque magis milites, quam qui præerant, aspi ciebant. Quæ res ei maturavit mortem : nam dum primus studet portum intrare, et gubernatorem jubet eo dirigere navem, ipse sibi perniciei fuit. Quum enim eo penetrasset, ceteræ non sunt secutæ. Quo facto circumfusus hostium concursu, quum fortissime pugnaret, navis, rostro percussa, cœpit sidere : hinc refugere quum posset, si se in mare dejecisset, quod suberat classis Atheniensium, quæ exciperet natantem; perire maluit, quam, arm is abjectis, navem relinquere in qua fuerat vectus. Id ceteri facere noluerunt, qui nando in tutum pervenerunt; at ille præstare honestam mortem existimans turpi vitæ, cominus pugnans felis hostium interfectus est.

TIMOTHEUS.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Timothei virtutes et res gestæ. - II. Ipsi, Lacedæmoniorum victori, statua ponitur. III. Senex Menestheo prætori in consilium datur. A Charete prætore accusatus damnatur. - IV. Filius ejus Conon muros reficere cogitur. Jasonis erga Timotheum fides.

I. Timotheus, Cononis filius, Atheniensis. Hic a patre

cipalement par ses victoires sur les Olynthiens et les Bysantins, et par la prise de Samos. Le siége de cette ville avait coûté douze cents talents aux Athéniens dans la guerre précédente. Timothée la fit rentrer sans dépense sous leur domination. Il fit la guerre à Cotys, et en retira douze cents talents, qu'il versa dans le trésor public. Il fit lever le siége de Cysique, et marcha avec Agésilas au secours d'Ariobarzane. Agésilas reçut de l'argent du satrape; mais Timothée, au lieu d'accepter ces présents dont il aurait pu garder une partie, aima mieux agrandir le territoire de ses concitoyens. Il se fit donner les villes d'Érichthon et de Sestos.

II. Ayant été mis à la tête de l'armée navale, il longea les côtes du Péloponnèse, ravagea la Laconie et dispersa la flotte des Spartiates. Il soumit Corcyre aux Athéniens, et fit rentrer dans leur alliance les Épirotes, les Athamanes, les Chaoniens, et tous les peuples qui avoisinent cette mer. Cette expédition mit fin à la rivalité qui existait depuis longtemps entre les deux Etats pour la supériorité maritime. Les Spartiates la cédèrent d'eux-mêmes aux Athéniens, qui firent la paix à cette condition qu'ils seraient désormais les maîtres de la mer. Cette victoire causa une si grande joie dans l'Attique, qu'on qu'il y eut un pulvinar pour la statue de la déesse. éleva pour la première fois des autels à la Paix, et On érigea aussi une statue a Timothée, pour perpétuer la mémoire de ce glorieux événement. Il était sans exemple jusqu'alors que le fils d'un citoyen à qui on avait élevé une statue obtint pour lui le même honneur. L'image du fils placée

acceptam gloriam multis auxit virtutibus. Fuit enim disertus, impiger, laboriosus, rei militaris peritus, neque minus civitatis regendæ. Multa hujus sunt præclare facta, sed hæc maxime illustria. Olynthios et Byzantios bello subegit. Samum cepit, in qua oppugnanda, superiore bello, Athenienses mille et ducenta talenta consumpserant. Id ille sine ulla publica impensa populo restituit. Adversum Cotym bella gessit, ab eoque mille et ducenta talenta prædæ in publicum retulit. Cyzicum obsidione liberavit. Ariobarzani simul cum Agesilao auxilio profectus est. A quo quum Laco pecuniam numeratam accepisset, ille cives suos agro atque urbibus augeri maluit, quam id sumere, cujus partem domum suam ferre posset. Itaque accepit Erichthonem et Sestum.

II. Idem, classi præfectus, circumvehens Peloponnesum, Laconiam populatus, classem eorum fugavit. Cor. cyram sub imperium Atheniensium redegit, sociosque idem adjunxit Epirotas, Athamanas, Chaonas, omnesque eas gentes, quæ mare illud adjacent. Quo facto Lacedæmonii de diutina contentione destiterunt, et sua sponte Atheniensibus imperii maritimi principatum concesserunt, pacemque his legibus constituerunt, ut Athenienses mari duces essent. Quæ victoria tantæ fuit Atticis lætitiæ, ut tum primum aræ Paci publice sint factæ, eique deæ pulvinar sit institutum. Cujus laudis ut memoria maneret, Timotheo publice statuam in foro posuerunt: qui honos huic uni ante id tempus contigit, ut, quum patri populus

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