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la Bourgogne, au nord- eft la Franche-Comté, au levant la Savoie, au midi le Viennois, au couchant la principauté de Dombes, & la Sône qui fépare la Breffe du Maconnois. * Longuerue, Desc. de la France, part. I, p. 296 & 199. Piganjol de la Force, Desc. de la France,

1. 3, p. 219.

LA BRESSE PROPRE eft auffi nommée Savoyarde, parce qu'elle a été poffédée par les ducs de Savoie à titre de comté. Cependant les ducs de Savoie n'en ont guères joui paisiblement, car toutes les fois qu'ils fe brouilloient avec la France, la Brefle étoit la premiere chofe que les rois de France leur enlevoient. CharlesEmanuel, duc de Savoie, fut enfin contraint de la céder à perpétuité à la France, par le traité de Lyon en 1601, en échange du marquifar de Saluces, dont il s'étoit emparé durant les troubles de France.

La province de Brefle a fes états particuliers. Le tiers état, le clergé & la nobleffe tiennent leurs aflemblées générales, où l'on discute les intérêts de la province. Le tiers état s'affemble dans l'auditoire du palais au jour marqué par le gouverneur de Bourgogne, ce qui fe fait toujours avant la tenue des états de Bourgogne. Les fyndics du tiers état, après avoir reçu l'ordre du gouverneur, en donnent avis aux communautés, qui font au nombre de vingt. Elles noniment des députés qui fe rendent à Bourg. La veille de l'aflemblée géné rale on en tient une particuliere chez le bailli, pour examiner les propofitions que l'on doit faire le lende main. Ces propofitions font arrêtées & rédigées en écrit par le fecrétaire de la province. Le jour de l'affemblée générale du tiers état étant venu, le bailli fe rend au palais,accompagné des fyndics généraux. Le plus ancien des fyndics fait l'ouverture des états par un discours qui tend à demander la lecture des cahiers, & le fecrétaire les lit. Il fait enfuite lecture des lettres du gouverneur, qui marquent fes intentions fur les fujets qui lui paroiffent les plus propres pour remplir les fonctions de fyndics, de confeiller de province & de fecrétaire, puis on procéde à leur élection. * Piganiol de la Force, Defc. de la France, t. 3, p. 181.

On traite enfuite des affaires de la province, & l'on examine la gestion & le maniment des anciens fyndics. Leurs cahiers arrêtés font portés au gouverneur de la province & à l'intendant, par le plus ancien des fyndics dans le temps qu'on tient les états généraux de la province de Bourgogne. Ce même fyndic fe rend enfuite à la cour pour préfenter les cahiers au roi, & folliciter des lettres d'affiete pour l'impofition des fommes qui ont été arrêtées dans l'affemblée générale. L'intendant donne fon ordonnance fur ces lettres d'affiete pour l'impofition. Les fyndics rendent compte des deniers qui leur ont été remis à la chambre des comptes de Dijon.

Il fe tient de deux fortes d'affemblées particulieres. Les unes ne font compofées que de trois fyndics qui conferent entre eux fur les affaires qui fe préfentent, & qui rendent compte des plus importantes au confeil de la province, Ce confeil eft la feconde espece d'affemblée particuliere: il eft compofé de trois fyndics, de fix confeillers & d'un fecrétaire nommés dans l'affemblée. Ce font les fyndics qui convoquent le confeil de la province. Il fe tient chez le bailli qui y préfide.

Quant à l'affemblée générale des trois ordres, elle fe tient pour des affaires communes aux trois ordres, & qui regardent l'intérêt général de la province. Louis XIV a ordonné, par arrêt du confeil du 23 avril 1697, que pour régler les fommes, dont la levée avoit été ordon

des états de Bourgogne. Alors il s'approche du roi, & lui préfente ceux de fa province.

La noblefle de Breffe tient de trois en trois ans des affemblées pour délibérer fur les affaires qui regardent ce corps en particulier. Les fyndics préfentent requête au gouverneur, pour obtenir permiffion de convoquer l'affemblée; & lorsqu'ils l'ont obtenue, ils en donnent avis au bailli, qui, par des lettres circulaires, convoque les gentilshomines à un certain jour, pour délibérer fur les affaires qui concernent le corps de la noblesse. Cette affemblée fe tient chez le bailli, & on n'y fait autre chofe que nommer les fyndics, & examiner les titres de ceux qui fe préfentent pour être aggrégés au corps. La nomination des fyndics, qui ne font ordinairement que trois, & la réception des gentilshommes fe font à la pluralité des voix, & les actes de délibération font inférés dans les regiftres par le fecrétaire, qui eft auffi choifi par l'affemblée. Les fyndics de la nobleffe font pendant trois ans les affaires de ce corps, & lorsqu'ils ont fait quelque recette, ils en rendent compte à l'asfemblée générale.

née
par fa majesté, les fyndics des trois ordres s'affem-
bleront pour convenir à l'amiable de la fomme que
chaque ordre doit payer ; & qu'au cas qu'ils ne puiffent
convenir, lesdites fommes feront réparties entre les
trois ordres par l'intendant. L'impofition des fommes
qui doivent être levées fur le tiers état fe fait par l'in-
tendant feul, ou conjointement avec les officiers de
l'élection, ou enfin par lesdits officiers feuls, lorsque
l'intendant eft abfent, & qu'il l'a ainfi ordonné. Le
député de Breffe fe joint aux élus des états de Bourgo-
gne pour préfenter les cahiers au roi, & il eft à genoux
pendant le discours que l'élu de l'églife fait à fa majefté;
& ne fe leve qu'après que cet élu a préfenté les cahiers

Plufieurs arrêts ayant déclaré le clergé de Breffe & de Bugey féparé de celui de France, il tient les affemblées à Bourg, en vertu du pouvoir que lui accorde l'archevêque de Lyon. On élit dans ces affemblées quatre députés ; un pour les hauts bénéficiers; un pour les chapitres, un pour les Curés; & le quatrième pour les Chartreux. Ces députés font la répartition des décimes & des autres impofitions qui font payées entre les mains d'un receveur qui eft nommé par l'affemblée.

Le clergé de Breffe & de Bugey ayant été déclaré faire corps à part du clergé du royaume de France, les eccléfiaftiques de ces deux provinces, payent la taille de tout ce qui dépend de leurs bénéfices, à moins qu'ils n'ayent d'ailleurs des charges qui les exemptent.

Pour ce qui eft des affaires qui font communes aux trois ordres, elles fe décident dans les affemblées générales du clergé, de la noblesse, & du tiers états, dont je viens de parler.

La Breffe étoit autrefois féparée de l'archevêché de Lyon. Elle en fut détachée par le pape Léon X, qui établit un évêché à Bourg, & le cardinal de Gorrevod en fut le premier évêque. Jean Philibert de Loriol fut le fecond & le dernier; car Paul III, à la follicitation de François I, fupprima l'évêché de Bourg, & foumit de nouveau la Breffe à l'archevêché de Lyon. L'abbaye de la CHASSAGNE eft la feule abbaye qu'il y ait en cette province. Il y a fix chapitres, fçavoir à Bourg, à Montluel, à Pont de Vaux, à Châtillon, Varambon, & à Maiximieux.

Les principales villes de la Brefle, font,

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Les rivieres qui arrofent la Breffe font la Sône à l'oc cident, laquelle reçoit la Chalarine, qui fort auprès de Birieu, paffe au marquifat de Villars, traverfe la principauté de Dombes, rentre dans la Breffe, où elle arrofe Châtillon, & rentre dans la principauté de Dombes le Remon, l'Yvrance, & le Viougon, qui groffit la Vefle; la Refouffe, qui coule à Bourg, à Saint-Julien & à Pont de Vaux; le Chevron a fa fource près de Meillona, paffe à Marbos, & fe va perdre dans la Seille, qui tombe enfuite dans la Sône. Le Saran tombe dans l'Ain, qui, comme j'ai dit ci-deffus, borne la Bresse à l'orient. Tome I. Part. 3.

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La Breffe fe divife en 25 mandemens, fçavoir:

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La BRESSE CHALONOISE, pays de France, en Bourgogne. Elle comprend tout ce qui eft du diocèfe de Châlons, entre la Sône & la Franche-Comté. Ce pays faifoit autrefois partie du pays des Sequaniens, ce que l'hiftorien Fredegaire, qui vivoit fous Dagobert I, & Clovis II, affure, & dit que l'églife de faint Marcel, encore qu'elle foit dans un fauxbourg de Châlons, eft néanmoins dans le territoire des Sequaniens. Il n'y a dans la Brefle Châlonoife aucune place confidérable. Elle a la Breffe propre ou Savoyarde au midi. On n'y voit que quelques bourgs, comme

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La Breffele, riviere de France, en Normandie. Voyez

la BRESLE 2.

BRESSELLO, mot corrompu pour BERSELLO. Voyez

ce mot.

BRESSENON, ville épiscopale du Tirol. Voyez

BRIXEN.

BRESSUIRE. Voyez BERSUIRE.

BRESSUS, ou BREPUS, felon les différens exemplaires de Ptolomée, 1.5, c. 13, ville ancienne de la grande Arménie, près de l'Euphrate.

BREST, ville de France, en baffe Bretagne, au diocèfe de Léon, avec un port de mer, l'un des plus beaux & des plus fürs de tout le royaume, dans une grande baye: quelques-uns la prennent pour le Brivates Portus des anciens; mais de Longuerue, Desc. de la France, part. 1, p. 94, croit qu'elle n'eft pas ancienne, & dit qu'elle n'eft bien connue que depuis la réunion de la Bretagne à la couronne de France.

La vine eft petite & les rues étroites: le château eft fur un rocher escarpé du côté de la mer, & qui du côté de terre eft défendu pur un large foffé & par quelques fortifications. Les Jéfuites avoient dans cette ville une belle maifon, elle fert de féminaire aux aumoniers de la marine. Les Carmes déchauffés y ont auffi un couvent qui eft fort près du château. Le port eft entre la ville & le fauxbourg de Recouvrance, qui eft auffi grand que la moitié de la ville. Une tour qui eft à l'oppofite du château, défend de ce côté l'entrée du port. L'églife de Notre-Dame de Recouvrance eft belle & fort fréquentée. Piganiol de la Force, t. 4', p. 345.

*

Le port eft revêtu de deux fort beaux quais, & entouré de magasins, où l'on trouve tout ce qui eft né

ceffaire pour les armemens. La rade eft magnifique &
pourroit contenir cinq cents vaiffeaux de guerre; mais.
l'entrée en eft difficile, à caufe des roches cachées fous
l'eau, & que d'ailleurs elle eft fort étroite, ce qui lui
a fait donner le nom de Goulet. Il y a toujours une forte
garnifon & un état major au château de Breft. Selon
Baudrand, Breft eft à quatre lieues de Saint Mahé, à
onze de Morlaix, & à douze de Quimper. Louis XIV
y a fait bâtir un arsenal, pour lequel Santeuil a fair
cette inscription:

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Que Pelago fefe arx aperit metuenda Britanno,

Claffibus armandis, omnique accommoda bello,
Pradonum terror, Francis tutela Carinis,
Eterna regni excubia, domus hospita Martis,
MAGNI opus eft LODOICI. Hunc omnes omnibus undis
Agnoscant Venti Dominum, & Maria alta tremiscant.

BRESTE. Voyez BRZESTIE.

BRETAGNA, village d'Espagne, dans la Galice.
C'étoit autrefois une ville nommée BRITONIA. Elle
étoit épiscopale, & le fiége en a été transféré ailleurs.
Baudrand dit que Mondenego, qui en eft à huit mille
pas, lui a fuccédé. Cela peut s'entendre de la dignité
de fiége épiscopal, & c'est ainsi que l'entend Mary, &
Corneille l'a copié. Cependant la notice d'Espagne,
faite d'après le réglement du concile de Tolede, tenu
fous le roi Wamba, met fous Bracara, métropole, Ove-
tum vel Britonia, ce qui marque qu'Oviedo & Britonia
étoient un même évêché. Une autre notice tirée d'un

manuscrit de Séville de l'an 962, met Britona, & omet
Oviedo. Une autre notice tirée d'un maust de l'églife
d'Oviedo, met auffi Britonia, mais fans Oviedo ; ce
d'Oviedo,
qui me perfuade qu'Oviedo a fuccédé pour l'épiscopat à
Bretagna.

BRETAGNE, province de France, fur l'Océan, dans fa partie la plus occidentale. Longuerue, dans fa description de la France, part. 1, p. 84, dit que c'est une presqu'ifle environnée de tous côtés de l'Océan, excepté vers l'orient, où elle confine avec l'Anjou & le Maine : elle touche auffi à la Normandie, du côté de l'orient d'été, & au Poitou vers l'orient d'hiver. La Bretage a pris fon nom des Bretons qui furent contraints d'abandonner l'ifle de la Grande Bretagne, vers le milieu du V fiécle, à caufe de l'invafion des Anglois & des Saxons. Les Bretons ayant palé la mer, après avoir été quelque temps vagabonds dans les Gaules, ils s'établirent dans le territoire des Curiofolites & des Ofifismes, qui étoient des Armoriques, & même ils occuperent presque tout le territoire de Vannes, excepté la ville, dont les anciens habitans demeurerent en poffeffion. C'est à caufe de ces nouveaux habitans que cette extrémité occidentale des Gaules fut nommée Bretagne, Britannia; néanmoins ce nom ne se trouve point avant Grégoire de Tours, qui l'emploie au cinquiéme livre; à l'égard des Bretons ils jouirent alors d'une pleine liberté, comme conquérans; mais les François, fous Childeric, pere de Clovis, s'étant emparés des villes romaines du voifinage des Bretons, les Bretons, dans la fuite furent contraints de recevoir la loi des plus forts, quoiqu'ils fe foumiflent avec beaucoup de peine, & fe révoltaffent très-fouvent, comme on peut voir dans l'hiftoire de Grégoire de Tours, qui dit que ces peuples & leurs feigneurs qui portoient le titre de contes, étoient vaffaux & même tributaires des rois de France, puisque Varoc promit au roi Gontrand de lui payer tous les tributs, & tout ce qui lui feroit dû tous les ans: Tributa, vel omnia que exindè debebantur nullo admonente diffolveret, com. me dit cet hiftorien, l. 5, c. 26, & les habitans de la ville de Vannes affuroient qu'ils avoient toujours été fidéles fujets des rois de France, mais que les Bretons ufurpateurs de leur ville, les avoient tyrannifés; Nibil nos Dominis noftris Regibus culpabiles fumus, nec unquam

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pour fa fucceffion. Jeanne de Bretagne avec fon mari
Charles de Blois, prétendirent recucilia la fucceflion du
duc Jean, comme héritiere de fon pere, le comte Gui,
aîné de Jean, comte de Montfort: & au contraire,
Jean de Montfort prétendoit que ce duché lui apparte-
noit comme étant frere du défunt duc. Son fils Jean, dit
le Vaillant & le Conquérant, ayant vaincu fon enne-
mi Charle de Blois, demeura paifible pofftfeur de la
Bretagne, quoique les héritiers de Charles foutinflent
toujours leurs prétentions, & priffent même le nom de
Bretagne. Son petit fils Charles, comte de Ponthiévre,
baron d'Avaugour, n'eut qu'une fille, nommée Nicolle;
qui époula Jean de Broffe, feigneur de Boutfac, dont le
petit-fils René de Broffe, mari de Jeanne de Comi-
nes, eut pour héritiere Charlotte de Broffe, qui épousa
François de Luxembourg, Vicomte de Martigues:
leur fils Sébastien de Luxembourg n'eut qu'une fille
unique, Marie de Luxembourg, qui époufa Philippe-
Emanuel de Lorraine, duc de Mercœur, qui à caufe
d'elle prétendoit le faire duc de Bretagne pendant les
troubles de la ligue; mais il échoua dans fes des-
feins, & depuis lui cette prétention eft anéantie. A l'é-
gard des descendans mâles de Jean le Vaillant, ils ont
joui paifiblement du duché de Bretagne jusqu'à la mort
de François II, duc de Bretagne, qui lailla pour héritie
re fa fille Anne, qui époufa fucceffivement les deux
rois Charles VIII & Louis XII. Cette reine Anne lailla
de fon fecond mari deux filles, Claude, & Rénée ; l'aî-
née époufa François premier, qui unit la Bretagne à la
couronne du confentement & à la priere des états de la
province, l'an 1532. François I étant mort l'an 1547,
fon fils & fucceffeur Henri II, quitta le nom de duc
de Bretagne qu'il avoit porté aufli bien que fon frere le
Dauphin François, & le nom de duc fut aboli dans
cette province, dont les rois de la maifon de Valois ont
joui comme de toutes les autres provinces du royaume
jusqu'à la mort d'Henri III, l'an 1589: néanmoins no-
nobitant une union fi folemnelle, Philippe II, roi d'Es-
pagne, prétendit que ce duché appartenoit à fa fille
l'infante Ifabelle Claire Eugenie, comme repréfentant
fa mere Ifabelle, & étant héritiere d'Henri III,
dont Ifabelle étoit la fœur aînée, encore que cette
reine eut par fon contrat de mariage renoncé à toute
fucceffion des biens de fon pere & de fa mere. Mais
cette prétention, quoiqu'injufte, fervit à traverfer celle
du duc & de la duchelle de Mercœur, qui avoient con-
tre eux les deux grands rois Henti IV & Philippe II.
Ce dernier n'affifta pas fortement le duc de Mercœur
qu'il fçavoit avoir des intérêts oppofés aux fiens; ainfi
Henri IV força ce duc à fe foumettre, en lui rendant
Nantes l'an 1598 au temps de la conclufion de la paix
de Vervins.

contra utilitatem eorum fuperbi extitimus; fed in captivi
tate Britannorum pofiti gravi jugo fubditi fumus. Ces
paroles de Regalis, évêque de Vannes, font rapportées
par Grégoire de Tours fon contemporain, l. 10, 6. 9.
Judicaël, feigneur ou chef de ces Bretons, fut obligé de
reconnoître Dagobert I pour fon fouverain, & de lui
faire hommage dans le palais de Clichi. Dans la fuite
ce qui s'eft paflé dans ce pays-là eft presqu'inconnu, l'his-
toire de France étant elle-même très-obfcure. Ce qui
eft certain, c'eft que Charlemagne étoit maître ablolu
dans ce pays-là, & y avoit une flotte qu'il oppofoit aux
pirates Normands ou Danois, & il n'y avoit aucun fei-
gneur Breton qui osât tenir tête à ce puillant empe-
reur : les chofes changerent fous fon fils Louis le De-
bonnaire. Les Normands ayant fait plufieurs descentes
en France, où ils firent de grands ravages, les fils de
Louis le Debonnaire, par leur guerres civiles, ruinerent
entierement leur patrie, & les barbarent faccagerent la
ville de Nantes qui appartenoit à la France depuis Chil-
deric & Clovis, autli bien que Rennes. Ces divifions &
ces malheurs donnerent occafion à Neomene ou Na-
menoius, chef des Bretons, de s'emparer de Nantes, &
de tout le pays qu'on nomme aujourd'hui la haute Bre
tagne dont les habitans font Gaulois d'origine, & non
pas Bretons. Enfin ce Numenoius eut la hardieffe de
fe faire proclamer roi ; il chafla enfuite de ces pays-
là les anciens évêques, fous prétexte qu'ils étoient fi-
moniaques, ce qui étoit une pure calomnie, & non-feu-
lement il créa de fon autorité des évêques & de nouveaux
fiéges épiscopaux dans les monafteres de Treguier, de
Saint-Brieul & de Dol; mais il entreprit de fouftraire
tout ce pays à la jurisdiction du métropolitain de Tours:
on verra plus bas la fuite de ce procédé extraordinaire.
Numenoius fe maintint par les armes contre le roi Char-
armes contre le roi Char-
les le Chauve, à qui il fit la guerre, s'étant joint avec
les Normands. Il eut pour fucceffeur Herispée ou He-
rispoius, qui jouit de la fouveraineté, & porta le titre
de roi, qu'il lailla à fon fucceffeur Salomon. Celui-ci
ayant été tué par des conjurés qui conspirerent contre
lui, ces mêmes conjurés demeurerent les maîtres de la
Bretagne,& fe contenterent de porter le titre de comtes,
fans qu'il paroille que ces feigneurs ayent reconnu les
rois de France qui étoient alors très foibles, les ducs &
les comtes commençant à fe rendre propriétaires & abfo-
lus. C'eft ce qui obligea Charles le Simple qui vouloit
fatisfaire Rollo, chef des Normands, à lui céder outre
le pays qu'on nomme Normandie, la Bretagne, c'est-
à-dire, qu'il la lui donna à conquérir, ce qui fut exécu-
té par Guillaume longue épée, fils & fuccefleur de
Rollo, chef des Normands. Ce fait eft rapporté par
Dudon, doyen de Saint Quentin, qui écrivoit fur la
fin du dixiéme fiécle, par Guillaume de Poitiers, con-
temporain de Guillaume le conquerant, & par Guillau-
me de Jumiéges qui vivoit fous les enfans de ce roi.
Les Normands ne jouirent pas paisiblement de leur con-
quête; car les Bretons portant impatiemment le joug,
reprirent de temps en temps les armes. La fuite de tous
ces évenemens appartient plutôt à l'hiftoire générale
qu'à cet ouvrage. Tous ces différends finirent, parce que
Conan, comte de Bretagne, maria (a fille unique Con-
ftance, avec Geoffroi comte d'Anjou, fils d'Henri II,
roi d'Angleterre & duc de Normandie. Ce prince
Geoffroi laiffa un fils nommé Artus, que Jean fans Ter-
re fon oncle fit mourir l'an 1200, pour affurer la cou-
ronne d'Angleterre, & les autres états du roi Richard,
Cœur de Lion, qu'il avoit ufurpés. Après la mort du
jeune Artus, la Bretagne vint à la four uterine Alix de
Thouars, fille de la princeffe Conftance, qui avoit époufé
en feconde noces Gui de Thouars. Alix époufa Pierre
de Dreux, fils puiné de Robert II, comte de Dreux,
prince du fang de France. Et c'eft par ce mariage que
la Bretagne entra dans la maifon royale de Dreux.
Son petit-fils Jean II, fut créé duc & pair de France
par Philippe le Bel, l'an 1297, fon fils Artus II fut
marié deux fois. Il époufa premierement Alix de Limo.
ges, dont il eut deux fils, Jean III, duc de Bretagne, &
Gui, comte de Ponthiévre; & de la feconde Yoland de
Dreux, comtefle, de Montfort-l'Amauri, il eut Jean
comte de Montfort. Le duc Jean I mourut fans en-
fans, l'an 1341, après quoi il y eut une grande guerre

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La Bretagne est une des plus confidérables provinces du Royaume, tant par fon étendue que par fes Horisfante villes, par le nombre de fes habitans, & par fa richeffe. Sa fituation la met d'ailleurs à portée de participer,par le moyen du commerce, aux richeffes des autres pays. On compte environ foixante lieues dans fa plus plus grande longueur du levant au couchant; mais pour fa largeur, les différentes pointes qu'elle jette dans la mer, & les golfes qui font fur les côtes la rendent affez inégale. Sa plus grande largeur eft depuis Nantes jusqu'à S. Malo, & cette diftance eft d'environ 45 lieues.

On y compte jusqu'à cent vingt-deux ports; mais cette province n'a presque point de rivieres navigables, fi ce n'eft la Loire qui y termine fon cours, & la Vilaine qui pafle à Rennes. Les autres rivieres qui ont leur fource dans le pays & fe perdent dans l'Océan, font presque toutes navigables dans l'espace où le flot remonte; mais cela ne s'étend pas bien loin.

Le pays en général est mêlé de plaines & de montagnes. Il y a plus de montagne dans la baffe Bretagne, qui en eft traverfée par une chaine que l'on nomme LE MONT ARRÉ. Il y a des cantons de pays fort couverts, & d'autres qui ont de grandes landes ou terres incultes. Le bois des forêts eft ordinairement le hêtre, le chêne, le châtaigner, & le bois blanc. L'air eft par-tout affez temperé; mais plus gras & plus humide au voifinage de la

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ce mot. Les plus anciens Armoricains que nous connois églifes de Bretagne ont toujours été soumises à la jurisLions avec certitude, font

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On parle françois dans la haute, & bas-breton dans la baffe. Cette derniere langue eft conftamment une langue matrice, & l'une des plus anciennes qui foient au monde. Si l'on en croit les plus fçavans antiquaires, c'eft celle qu'ont parlé les Gaulois qui ont été les premiers & les plus anciens peuples de ce pays-ci, & qui doivent même s'y être établis immédiatement après le déluge. Voyez l'article CELTES.

La feconde divifion de la Bretagne eft celle qui la partage en neuf évêchés : c'eft celle qui eft en ufage dans l'allemblée des états, & dans les impofitions que l'on met fur cette province.

On croit que S. Clair eft le premier qui ait annoncé l'évangile en Bretagne. Il fut envoyé à Nantes, dont il fut premier évêque, par S. Gatien, premier évêque de Tours, vers l'an 277. La religion chrétienne ne fit pas d'abord de grands progrès dans cette province; & lors. que les Bretons y pafferent, les peuples de l'Armorique, fi on en excepte ceux de Nantes, & quelques-uns de leurs voifins, étoient encore plongés dans l'idolatrie. Les Bretons diffiperent les ténébres du paganisme, & communiquerent aux Armoricains les lumieres de l'évangile. En 468 il fe tint un concile à Vannes, où affifterent Nunnechius, évêque de Nantes, Paterne évêque de Vannes, Athénius évêque de Rennes, &c. Ce fut Perpetuus, archevêque de Tours, qui préfida à ce concile, qui fut aflemblé pour l'ordination d'un évêque de Vannes qu'on croit être Paterne. Lorsque les Bretons fe furent affermis, ils ordonnerent, ainfi qu'il a déja été dit, des évêques à Leon, à Dol, à Treguier, & à Quimper, fans la participation de l'archevêque de Tours; ce qui obligea Euphronius qui occupoit alors ce fiége, de convoquer à Tours en $66, une affemblée d'évêques François, dans laquelle il fut défendu d'ordonner aucun évêque, foit Breton, foit Romain, fans la participation du métropolitain, fous peine d'excommunication. Depuis ce temps là l'archevêque de Tours continua d'exercer en Bretagne fon droit de métropolitain jusqu'à ce qu'en 847, Nominoë voulant fe faire déclarer roi, en treprit de faire dépofer les évêques qui avoient reçu l'ordination de l'archevêque de Tours, & y réutlit dans le fynode qu'il convoqua à Coitlou au commencement de l'an 848. Il donna en même temps la qualité d'ac chevêque & de métropolitain à l'évêque de Dol. Depuis cette érection il n'y eut presque point de pape auquel le différend de l'archevêque de Tours & de l'évêque de Dol ne fut porté. Ils déciderent tantôt pour l'un, & tantôt pour l'autre. Enfin, Innocent III qui étoit grand jurisconfulte, donna une fentence définitive le premier de juin de l'an 1199, par laquelle il décida que l'évêque de Dol reconnoîtroit l'archevêque de Tours pour fon métropolitain, & lui rendroit la même obéis fance que les autres fuffragans. Le duc Artus confentit à l'exécution de cette fentence, & depuis ce temps-là les

diction de l'archevêque de Tours. Les papes ont cepen-dant accordé aux évêques de Dol quelques prérogatives. Boniface VIII ordonna l'an 1299 que quand l'archevêque de Tours convoquera fes tuffragans, il écrira féparément à l'évêque de Dol, ou tout au moins mettra fon nom à la tête des autres, s'il lui écrit dans la même lettre. Alexandre Vl permit aux évêques de Dol, l'an 1492, de faire porter devant eux dans leur diocèfe la croix archiepiscopale.

Il eft à remarquer que comme cette province n'étoit pas encore unie à la couronne de France, lorsque le pape Leon X, & le roi François I, firent le concordat, les rois de France ne nomment aux bénéfices confiftoriaux de cette province, qu'en vertu d'un indult. Celui de Louis XIV étoit du pape Urbain VIII, & de l'année 1644. A l'égard des autres bénéfices, par un concordat fait entre le pape Eugene IV, & le clergé de Bretagne, le pape confere les bénéfices qui vaquent pendant huit mois de l'année; & les évêques, les abbés & les autres collateurs ne jouiffent de leurs droits que pendant les autres quatre mois. Mais Innocent VIII fit en 1484, une regle de chancellerie par laquelle il confent que les évêques réfidans conferent alternativement avec lui pendant fix mois.

Pendant que la Bretagne a été gouvernée par fes ducs, elle releva à foi & hommage de la couronne, & les appellations des juges de ce duché étoient portées au parlement de Paris. Par un traité fait entre le roi Charles VIII & la Bretagne, l'an 1492, il eft porté que les grands jours fubfifteront comme par le paflé, & que de ce tribunal il y aura appel au parlement de Paris. François I ordonna que ces grands jours jugeroient en dernier reffort jusqu'à la fomme de trois cents livres de rente; ainfi c'étoit une espece de jurisdiction prefidiale. Le roi Henri II, voulant épargner aux Bretons la peine & la dépenfe de venir demander la juftice à Paris, érigea

les grands jours en parlement, avec pouvoir de juger fans appel. Cette érection eft de l'an 1553, & le roi y établit deux femeftres, qui fubfiftent encore aujourd'hui, c'eft-à-dire que la moitié des préfidens & confeillers fervent fix mois, & l'autre moitie les fix autres mois de l'année. Cette cour fe tint d'abord alternativement à Rennes & à Nantes; mais par édit du 4 mars 1560, elle fut rendue fedentaire à Rennes où elle eft actuellement. Ce parlement eft aujourd'hui compofé d'une grand'chambre, d'une chambre des enquêtes, d'une chambre de tournelle & d'une chambre des requêtes. Outre les affaires, dont la connoiffan çe eft attribuée aux parlemens, celui de Bretagne a la jurisdiction, qui dans les autres provinces eft attribuée aux cours des aides, c'eft-à-dire, celle qui regarde les gabelles, & les droits fur les boiffons, qui font comme les droits d'aides dans les autres provinces.

Toutes les jurisdictions de la province de Bretagne reffortiffent à ce parlement. Les plus confidérables font les quatre fénéchauffées de Vannes, de Rennes, de Nantes & de Quimpercorentin, qui ont chacune un préfi dial, auquel reffortiffent dans les cas préfidiaux toutes les autres jurisdictions royales, qui font connues fous le nom de Barres, fénéchauffées ou prévôtés royales. Dans les autres cas, les appellations de ces jurisdictions font portées au parlement. Ce quatre préfidiaux ont été créés par le roi Henri II, en 1551.

La chambre des comptes établie à Nantes tient le fecond rang entre les cours fupérieures de cette province, Sa création eft ancienne, puisqu'elle eft du temps des ducs de Bretagne; fes officiers fervent par femeftre, de même que ceux du parlement, & cette cour a en Bretagne les mêmes attributions qu'ont les chambres des comptes dans les autres provinces.

Le bureau des finances tient le troifiéme rang, & a été créé par édit du mois d'avril de l'an 1694. Ses attribu tions font les mêmes que celles des autres bureaux des finances.

Le roi Louis XIV, par fon édit du mois de juin 1691, créa fept fiéges d'amirauté pour la Bretagne, & les établit par le même édit à S. Malo, à Nantes, à S. Brieu, à Morlaix, à Brest, à Vannes & à Quimper,

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Leurs attributions font réglées par l'ordonnance de
la marine du mois de novembre 1684, & les appella-
tions des jugemens de ces fiéges font directement portées
au parlement.

Il y a dans la Bretagne huit maîtrifes particulieres des
eaux & forêts établies à Rennes, à Nantes, à Vannes, à
Karais, à Ville-Cartier, à Fougeres, au Gasvre & à Ju-
gon. Leurs attributions font réglées par l'ordonnance
des eaux & forêts de l'an 1669, & les appellations doi
vent être relevées à la table de marbre qui fe tient à Ren-
nes; mais ordinairement elles font portées au parlement.
On a établi des jurisdictions confulaires à Nantes, à
S. Malo, & à Morlaix.

L'édit du mois de mai de l'an 1691, a établi une jurisdiction des traites qui connoît en premiere inftance de tous les différends civils & criminels qui furviennent pour la perception des droits de traite, entrées, forties & impofitions foraines & domaniales.

Il y a eu de tout temps deux hôtels des monnoies dans la Bretagne, l'un à Rennes, l'autre à Nantes. La monnoie de Rennes a toujours été celle du royaume, après celle de Paris, où il s'eft fabriqué une plus grande quantité d'especes.

La Bretagne a fa coutume particuliere, conformément à laquelle on rend la juftice. Elle fut rédigée par écrit en 1330, mais elle a été réformée deux fois depuis par des commiffaires nommés par le roi, & par des députés des états de la province La premiere réformation fut faite en 1539, & la feconde en 1580. La derniere eft la feule qui foit fuivie dans les jurisdictions.

La maréchauffée de Bretagne n'eft pas affez confidérable pour l'étendue de cette province, n'étant compofée que d'un grand prévôt, de trois lieutenans & de vingt huit archers. Le grands prévôt & un de fes lieute nans réfident à Rennes : des deux autres lieutenans, l'un eft pour le comté Nantois, l'autre pour la baffe Bretagne.

Les droits & les revenus dont le Roi jouit dans cette province font différens de ceux dont la majesté jouit dans les autres provinces du royaume; car comme cette province n'est point fujette aux tailles, aux aides, ni aux gabelles, le roi y jouit de certains revenus particuliers qui ne font pas fi confidérables à proportion que dans les autres provinces.

Le don gratuit eft le premier de ces revenus. Le roi le demande tous les deux ans à la province dans l'asfemblée des états qui fe tient à ce fujet : ce don gratuit n'eft pas fixe, & le roi demande tantôt plus, tantôt moins, fuivant les fecours qu'il juge lui être néceffaires. Le fecond article des revenus eft celui du domaine du roi qu'on peut évaluer année commune à la fomme de trois cents cinquante mille livres. Le troifiéme confifte en cinq ou fix parties différentes, dont la premiere eft l'im pofition des Fouages, ou espece de taille réelle, qui fe leve fur tous les biens roturiers de la province, poffédés par des perfonnes de condition commune. Cette impofition eft toujours de la même fomme. La feconde impofition eft celle du Taillon; la troifiéme porte le nom de Garnifons; la quatrième eft le fond que les fermiers du petit devoir de la province font tenus de remettre au receveur général, pour le payement d'une partie des gages des officiers du parlement; la cinquiéme eft celle qui fe fait pour la crue des prévôts des maréchaux; la fixiéme eft le fond qui provient des aides des villes non contribuables aux fouages d'une part, & de celle qui eft payée par quelques paroiffes des marchés communs de Bretagne & de Poitou, & de celle qui provient du droit d'ancrage au port de Croific. Le quatrième article des revenus du roi eft celui du prix de la ferme du droit d'impôts & billots, & de la diftribution du papier & parchemin timbrés. Ces droits font joints à la ferme générale des gabelles, & font regis par des foufermiers qui en payent le prix aux fermiers généraux. Le droit d'Impôt ell un ancien droit des duc de Bretagne; il eft de quarante-cinq fols fur chaque pipe de vin cru hors de la province, & de moitié moins fur celui qui eft cru dans la province. On leve le même droit fur les eauxde-vie. Le droit de Billot confifte dans celui de douze pots par chaque pipe, foit de vin, foit de cidre,

ou de bierre, de quelque cru qu'ils foient. Il fe paye à raifon de ce que chaque pot eft vendu par le cabaretier, en forte qu'ils augmente ou diminue à proportion que ces boiffons font plus ou moins cheres. Le cinquième article eft le droit du tabac. On ne peut pas marquer précisément ce qu'il produit dans cette province; on fçait feulement que cela va à plus de cinq cents mille livres. Le fixiéme eft le produit des coupes des forêts. que le roi a en Bretagne, & qui monte, année commune, toutes charges payées, à la fomme de trente deux ou trente trois mille livres. Le feptiéme eft celui des droits de la prévôté de Nantes, qui eft préfentement uni à la ferme générale, avec les nouveaux droits établis par arrêt du confeil fur les fucres étrangers & autres marchandifes. Le produit en augmente & diminue fuivant le commerce; mais on peut le mettre année commune, fur le pied de quatre-vingt mille livres, & les nouveaux droits fur le pied de cent mille livres. Le huitiéme revenu eft celui des droits de ports & de havres; il fe perçoit fur les marchaudifes qui entrent dans les différens ports de la province, & ce produit monte par an à foixante & dix mille liv. ou environ. Le neuviéme eft celui du droit annuel qui fe paye par les officiers de la province, & qui monte année commune, à quatre vingt-fix mille liv.

La province de Bretagne a fes revenus particuliers, dont l'emploi eft deftiné en partie au payement du don gratuit qu'on fait au Roi, & en partie aux dépenfes auxquelles elle eft tenue. Ces revenus ne font com. pofés que de deux parties La premiere eft celle des droits qui fe levent fur les vins, cidres, bierres & eauxde vie qui fe confument en détail dans toutes les villes, bourgs & paroifles de la province. Le grand devoir confifte en 4 fols par pot fur le vin de la province, ce qui fait 40 liv. par pipe à deux cents pots: en 2 fols 8 deniers par por fur le vin cru dans le pays, mais transporté d'un évêché dans l'autre, ce qui fait par pipe 26 liv. 13 f. 4 d. En un fol 4 den. par pot fur le vin confumé dans l'évêché où il eft cru; ce qui rapporte par pipe 13 liv. 6 fols 8 den. En 8 den, par pot de cidre & bierre, ce qui revient par pipe à fix liv. 18 fols 4 d. En 25 fols par pot d'eau de vie, & des liqueurs qui en font compofées, ce qui rapporte 250 liv. par pipe. Le petit devoir confifte en s livres 10 fols par barrique de vin hors du cru, ce qui produit 11 livres par pipe. En 2 liv. 15 fols par barrique de vin du cru du pays, cidre & bierre, ce qui revient à livres 10 fols par pipe. Le revenu que la province tire de ces deux fortes de droits, monte à environ deux millions par an, fans y comprendre cinquante & un mille cinq cents livres que les adjudicataires font obligés de payer, & dont le gouverneur de province en diftribue trente mille par forme de gratification ou penfion aux gentilshommes de la province: neuf mille livres d'aumônes qui fe donnent aux évêques, à raifon de mille livres chacun, pour les diftribuer aux pauvres de leurs diocèfes: fix mille livres d'aumônes, que le gouverneur diftribue: quatre mille cinq cents livres qui fe payent aux deux préfidens & au procureur du roi du bureau des finances, pour la réception qu'ils font des cautions du bail, & deux mille livres qui fe donnent au procureur général fyndic de la province.

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La feconde partie des revenus de la province provient d'une impofition qualifiée du nom d'emprunt, que les états levent fur les contribuables aux fouages, & elle eft ordinairement par an de deux cents vingthuit mille livres; ce qui fait dans les deux années quatre cents cinquante-fix mille livres.

Voilà les revenus ordinaires de la province: mais comme ils ne fuffifent pas pour les dépenfes dont elle eft chargée en temps de guerre, le roi lui permet fouvent de lever un redoublement fur les fouages, ce qui les augmente de deux cents vingt huit milie livres par an, & lui procure un fond extraordinaire de quatre cents cinquante fix mille livres en deux ans : ainfi on peut compter que la province par ce moyen reçoit deux millions quatre cents cinquante-fix mille livres par an, & dans les deux années quatre millions neuf cents douze mille livres.

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