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Les charges que la province eft tenue d'acquitter, font ordinaires ou extraordinaires. Les ordinaires confiftent dans l'acquit des appointemens du gouverneur, & des officiers généraux de la province, dans le payement d'une partie des gages des officiers du parlement; dans les gages des officiers des états & de la maréchauffée, daus les frais des députations, dans ceux de la tenue des états, dans les intérêts des fommes qui font dues à contrat de conftitution par la province, & dans la folde d'un régiment de dragons que la province entretient depuis la guerre.

Les charges extraordinaires augmentent ou diminuent fuivant les dépenfes qui furviennent, & qui font toujours très-considérable pendant la guerre. Le premier article de ces charges eft le don gratuit; le fecond eft la dépenfe des étapes, dont la province eft chargée; le troifiéme eft celui des ponts, chauffées & grands chemins, qui pendant la guerre n'eft pas confidérable, & ne palle guères trente mille livres; le quatrième & der nier article eft le plus fort; c'eft celui des taxations & droits de recette du tréforier général de la province, & des intérêts des avances qu'il fait pour elle.

Toutes ces dépenfes ordinaires & extraordinaires mifes enfemble, ont toujours monté pendant la guerre à plus de fept millions tous les deux ans; & comme elles excédoient de beaucoup les revenus de la province, le roi lui a permis, pour lui donner le moyen de faire ces fonds, d'adjuger fes fermes par avance, d'emprunter à contrats de conftitution, d'augmenter les droits de devoirs, &c.

Comme c'eft l'affemblée des états qui établit & conferve la forme du gouvernement de la Bretagne, & que c'eft elle qui regle le don gratuit qu'on accorde au roi, comme auffi toutes les dépenfes de la province, il paroît à propos de parler ici des perfonnes qui compofent cette affemblée, & de la maniere dont elle fe

tient.

Les états de la Bretagne fe tenoient autrefois tous les ans; mais depuis l'année 1630, on ne les affemble plus que de deux ans en deux ans. La convocation s'en fait par des lettres de cachet du roi, adreffées premierement aux évêques, abbés & chapitres de la province, enfuite aux barons, à un certains nombre de gentilshommes, enfin à toutes les communautés de Bretagne; & c'eft ce qui compofe les trois corps des états, l'églife, la nobleffe & le tiers état. Les lettres du roi font ordinairement accompagnées de celle du gouverneur, qui invite de fe trouver au lieu & jour défignés pour la tenue & l'ouverture des états. Le corps de l'églife eft compofé des neuf évêques de la province, des députés des neuf chapitres des cathédrales, & de quarante-deux abbés. Les évêques & les abbés entrent dans l'affemblée en rochet & en camail; & les capitulaires en bonnet & en foutane. Le corps de la nobleffe eft compofé de neuf barons, & de tous les gentilshommes appellés par les lettres du roi, ou non appellés, pourvû qu'ils foient originaires de la province, ou qu'ils y poflédent des biens. Les neuf barons de Bretagne étoient anciennement ceux d'Avaugour, de Léon, de Fougeres, de Vitré, de Rets, de la Rochebernard, de Châteaubriant, de Lanvaux, de Pont & d'Ancenis: mais les baronnies d'Avaugour, de Fougeres & de Lanvaux, ayant été réunies au domaine ducal, on en a fubftitué trois autres, qui font Maleftroit, Derval & Quintin.

Les baronnies de Bretagne font donc aujourd'hui Vitré & Léon, (qui font tellement les deux premieres que la préfidence des états & du corps de la nobleffe, leur appartient alternativement, ) Châteaubriant, la Rochebernard, Ancenis, Pont-Château & Pont-l'Abbé; les barons de ces deux dernieres ne jouiffent alternativement que d'une place,parce qu'on ne peut pas décider lequel des deux eft le véritable baron de Pont; Derval, Malestroit & Quintin.

C'étoit autrefois le plus ancien évêque qui préfidoit à l'affemblée; mais c'eft aujourd'hui l'évêque dans le diocèfe duquel les états font affemblés, & en fon abfence le plus ancien des évêques ou des abbés. Pareil'lement en l'abfence des barons de Vitré ou de Léon', c'est le plus ancien des autres barons qui préfide de

droit & fans étre nommé, & à leur défaut celui que la nobleffe choifit. Les fénéchaux ou préfidens des quatre grandes fénéchauffées président aux députés du tiers états, chacun dans leur canton, quand ils font euxmêmes députés, fans quoi ils n'auroient point d'entrée

aux états.

Le roi de fon côté a fes commiffaires en grand nombre, qui font le gouverneur, les deux lieutenans généraux, & les trois Lieutenans de roi de la province, deux commiffaires du confeil; le premier, le fecond, & le troifiéme préfidens du parlement de Bretagne; le premier & le fecond préfidens de la chambre des comptes; les gens du roi du parlement, & le procureur général de la chambre des comptes, les deux préfidens & le procureur du roi du bureau des finances, le grand-maître des eaux & forêts, le receveur général du domaine, & les controlleurs généraux des finances de la Province.

Les commiffaires s'étant rendus au lieu défigné pour l'affemblée, le gouverneur en fait proclamer l'ouverture pour le lendemain, que les différens membres des états s'affemblent dans une grande fale, où l'on a bâti un théâtre élevé de fept ou huit marches, qui tient la moitié de la falle. Au fond du théâtre & contre la muraille fous un dais qui avance beaucoup, font placées deux chaifes à bras égales, & qui fe joignent, pour les préfidens de l'églife & de la nobleffe, & à côté de l'un & de l'autre des bancs pour les évêques & les barons; les premiers tiennent la droite & les autres la gauche. Le reste du théâtre eft partagé en trois espaces, l'un au milieu, qui demeurent vuide', l'autre ad retour & à la fuite du banc des évêques, qui eft féparé par une fimple cloifon de bois à hauteur d'appui, eft rempli dans la tie d'en-haut par les abbés & députés des chapitres, & dans l'autre par ceux du tiers état, dont le préfident occupe la premiere place. L'autre côté du théâtre, au retour du banc des barons, eft entierement rempli par la nobleffe, fi ce n'eft à l'extrémité d'en bas où l'on met le bureau des officiers des états.

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Le jour de l'ouverture étant arrivé, les trois corps fe rendent à la falle, & y occupent leurs places; après quoi le procureur-fyndic propose de députer aux commiffaires du roi, ce qui s'exécute auffi-tôt par une députation de fix perfonnes de chaque ordre, à la tête desquelles il y a toujours un évêque. Les commiflaires font reçus à la porte de la falle par les mêmes députés; & étant montés fur le théâtre, ils y prennent leurs places, fçavoir, le gouverneur dans une chaise à bras, couverte d'un tapis de velours miparti des armes de France & de Bretagne, laquelle eft placée fur une plate-forme élevée, & fous le dais, ayant le dos tourné vers les deux préfidens. Les deux lieutenans généraux ont leurs chaifes à bras à droite & à gauche du gouverneur, & dans le même afpect; mais elle n'ont pas de tapis, & font fur une eftrade plus baffe. Celles des trois lieutenans de roi font à la gauche du gouverneur fur le plancher du théâtre. A la droite & hors da haut dais, le premier préfident du parlement a une chaife à bras qui tourne le dos à l'églife. Enfuite fur la même ligne doivent être les fecond & troifiéme préfidens, & le procureur général en des chaifes fans bras; mais les préfidens ne s'y trouvent point à caufe de cette diftinction. A gauche, & vis-à-vis le premier préfident, eft le premier commiflaire du confeil, dans une chaife à bras, ayant le dos tourné à la nobleffe. Après lui eft le fecond commiffaire, dans une chaise fans bras, & enfuite les deux préfidens du bureau, avec le procureur du roi, le receveur général des finances de la province, le grand maître des eaux & forêts, le receveur du domaine, & les controlleurs. En face du gouverneur doivent être le premier & le fecond préfident de la chambre des comptes fur un banc à dos, couvert d'un tapis verd; mais ils ne s'y trouvent point, parce que la place ne leur paroît point honorable. Le procureur général de ladite chambre fe met à la fuite de celui du parlement, & cela eft toléré.

L'assemblée étant ainfi formée, les gardes du gouvernement occupent la montée du théâtre, & le grand-prévôt de la province garde la porte de la fale, pour empê

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cher l'entrée à ceux qui n'en ont pas le droit. Le gou verneur prend enfuite la commiffion générale du roi de la main de fon fecrétaire, & la fait donner au greffier des états, qui en fait une lecture publique. On lit enfuite les commiffions particulieres, après quoi le gouverneur & le premier préfident font chacun un petit discours, auquel le fyndic de la province répond, & la premiere journée le paffe en ces fortes de cérémonies. Avant que d'enregistrer les commiffions, les états les font examiner pour voir fi elles font conformes à celle de l'année 1626, qui fervent de regle,

Le lendemain, après une meffe pontificale du S. Esprit, les commiffaires s'étant rendus aux états, le gouverneur remet au greffier les commiffions des deux commiffaires du confeil, & après qu'elles ont été lues, le premier d'entr'eux fait au nom du roi la demande du don gratuit. Le procureur général de la province répond à fon discours pour repréfenter l'état où elle fe trouve, & le befoin qu'elle a des bontés du roi. Les commiffaires fe retirent auffi-tôt, pour donner lieu à la délibération, qui étoit autrefois aflez longue, puisque avant que de la faire il étoit d'ufage d'examiner les contraventions aux précédens contrats, d'en former une plainte aux commiflaires, & enfin de négocier longtemps fur la cotité de la fomme demandée; mais à préfent les états l'accordent toujours unanimement, fans les que corps faffent même aucune délibération particuliere ou générale. Ainfi l'on ne tarde pas à faire fçavoir aux commiffaires par fix députés de chaque ordre, à la tête desquels font toujours les préfidens de l'églife & de la noblefle, que la demande du roi a été accordée; & le gouverneur en donne auffi tôt part à la

cour.

Le troifiéme jour les états commencent à donner les commiffions pour vuider les différentes affaires qui fe préfentent; mais quoiqu'elles ne regardent que les intérêts des états, il eft d'ufage d'en informer les commisfaires du roi, ainfi que des réfolutions qui font prifes, lesquelles n'ont de force, qu'au moyen de leur approbation & fignatures. Il en eft néanmoins de telle nature, qu'elles ne peuvent être vuidées fans des conférences avec ces mêmes commiflaires, & telle eft particulierement celle des contraventions, ou griefs, qui eft ordinairement la plus considérable, & la plus longue à dé

cider.

Il y a une députation particuliere des états, à la tête de laquelle est toujours un évêque, qui eft commife pour s'inftruire des atteintes données aux priviléges de la province, & des contraventions faites aux contrats précédens, paffés par les commiffaires du roi, & en fon nom. Après une exacte recherche cette députation fait fon rapport public, fur lequel chaque ordre délibere féparément, après quoi l'on arrête les articles publiquement; & ayant demandé audience aux commillaires du roi, la même députation fe rend au lieu & à l'heure marqué, pour ouvrir la conférence. Elle fe tient ordinairement dans une grand'falle, dont le milieu eft rempli par une table fort longue, de deux pieds & demi de large : le gouverneur eft affis au bout d'en-haut, & à droite & à gauche les autres commiffaires, dans le rang qu'ils tiennent aux états. La députation étant introduite, les chefs de l'églife & de la nobleffe y prennent leur place à l'autre bout de la table, en face du gouverneur, & le reste de la députation en occupe les côtés jusqu'aux commiffaires. Les députés du tiers état demeu rent derriere les préfidens. Alors l'évêque (car la préfidence de l'églife eft toujours remplie par l'un de ce corps) prend la parole, & remontre les griefs. Le gouverneur y répond, & quelquefois le premier préfident & le premier commiffaire du confeil; mais cette affaire dure toujours au moins deux journées.

Après qu'elle eft terminée, les états demandent ordinairement deux autres conférences, l'une pour régler les conditions des baux qui font à faire, & l'autre pour convenir des conditions du contrat qui eft à faire avec le roi, & qui eft le terme & le réfultat de toutes les délibérations. Toutes ces chofes étant réglées, on dreffe le contrat, duquel on fait deux expéditions égales, qui

font fignées du procureur général & des lieutenans généraux. Après quoi le gouverneur les prend en fes deux mains, & par une cérémonie affez bizarre, mais qui a été introduite pour égaler le premier préfident & le premier commiffaire du confeil, il les croife, & les préfente en même temps à l'un & à l'autre. Cependant l'expédition fignée par le commiffaire ne l'eft que par honneur, celle du premier préfident étant regardée comme l'original & véritable minute, qui demeure aux notaires ou fecrétaires des états, lesquels en font une expédition qu'ils envoyent au confeil, pour obtenir les lettres patentes néceffaires à l'enregistrement. Les fignatures de cette minute font fur trois colonnes, celle de la droite eft pour le gouverneur, les lieutenans généraux, le premier préfident, & les autres préfidens, le procureur & l'avocat général. Celle de la gauche eft remplie par les députés des états, & celle du milieu par les commiflaires du confeil, & les officiers des fi

nances.

Cette fignature étant consommée, les états prient les commiffaires de fe transporter en leur affemblée, pour y faire l'adjudication des baux en leur présence ce qui s'exécute auffi-tôt, l'un des préfidens du burcau tenant la bougie, & le gouverneur prononçant l'adjudication. Cette adjudication finie, les députés nommés pour le réglement des fonds, qui eft l'état de la dépense, font leur rapport public, l'arrêtent & le portent enfuite au gouverneur & autres commiffaires pour le figner. Ce qui étant confommé, les mêmes commillaires viennent terminer l'affemblée, dont le gouverneur fait la clôture par un petit discours fur la fatisfaction que le roi a reçue de la conduite des états, & la fienne particuliere; à quoi le fyndic de la province fait fa réponfe.

L'on n'a pas cru devoir entrer ici dans le détail de toutes les commiffions & délibérations particulieres qui font données & faites qui font données & faites par les états pour leurs affai res on s'eft abfolument reftraint à donner une idée générale de ce qui fe paffe dans cette illuftre affemblée, & d'ajouter à ce qui vient d'être dit, que pendant la tenue des états, toutes les actions civiles cellent contre les gentilshommes, & qu'on ne peut pas même agir contre eux quinze jours avant la tenue de cette affemblée, ni pendant les quinze jours d'après qu'elle est

finie.

On doit encore remarquer qu'avant que l'affemblée des états finiffe, on élit un député de chaque ordre pour porter les cahiers au roi, & c'eft ce qu'on appelle la grande députation. Le député du clerge celui de la nobleffe ont chacun douze mille livres pour leur voyage, & celui du tiers état huit mille livres.

L'on élit auffi en même temps d'autres députés pour porter ces cahiers à la chambre des comptes de Nantes, & y examiner le compte du tréforier, dont on fait le rapport aux états qui fe tiennent deux ans après ceux de la nomination. C'eft ce qu'on nomme la petite députation, dont le député du clergé & de la nobleffe ont chacun fix mille livres, & celui du tiers états quatre mille livres.

Les Bretons, quoique plus occupés de la profeffion des armes & du commerce, que de toute autre chofe, ne laiffent pas d'avoir des fecours & des moyens pour devenir fçavans. L'univerfité de Nantes fut fondée par le pape Pie II, à la priere de François II, dernier duc de Bretagne, vers l'an 1460. Il y a auffi des colleges dans toutes les bonnes villes de la province. Les peres de l'oratoire ont un college fameux dans la ville de Nantes, où ils ont toujours des profefleurs diftingués par leur fçavoir. Le célébre pere Prefter y a enfeigné pendant long-temps les mathématiques, avec tout le fuccès qu'on pouvoit attendre d'un auffi habile.

maître.

Le commerce qui fe fait en Bretagne, eft un des plus grands du royaume;mais pour en avoir une connoiffance plus parfaite, on peut voir à l'article de chaque évêché le commerce particulier qui s'y fait. On a trouvé dans cette province, des mines d'étain, de plomb, de fer & de cuivre, qui font affez abondantes pour qu'on puiffe fe paffer du plomb d'Angleterre, & du cuivre du nord.

Le gouvernement de Bretagne a toujours paffé pour un des plus confidérables du royaume, & cela avec beaucoup de raifon; car outre l'étendue & la richelle de cette province, l'amirauté de Bretagne eft jointe au gouvernement & c'eft à caufe de cette union que le gouverneur a le dixième de toutes les prifes qu'on amene dans les ports de cette province. Mais dans la derniere guerre, le roi abolit cette dixme, en faveur des arma

teurs.

Le gouvernement général de Bretagne, renferme deux lieutenances générales & plufieurs gouvernemens particuliers. L'une de ces lieutenances s'étend fur huit évêchés de la province, & l'autre eft renfermée dans le comté & évêché de Nantes. Les gouvernemens particuliers, qui font compris dans la premiere font ceux de Rennes, de Vitré, de Fougeres, de la ville & château de faint Malo, de Carhaix, de Lannion, du fort & isles des Ebeyens, de Ploermel, de la ville & château de Dinan, d'Hennebond, de Vannes, de Redon, du port Louis, de la presqu'ile de Rhuis & château de Sucinio, de la Citadelle de Belle-Ifle, de Quimper, de Concarneau, de Quimperlé, de la ville & château de Breft, de Morlaix, du fort & château de Torro, de faint Brieu, de Guingamp, &c.

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Dans cette lieutenance générale, il y a deux lieutenans de roi, dont l'un a dans fon département les diocèfes de Rennes, de Dol, de faint Malo & de Vannes. L'autre lieutenant de roi a dans fa lieutenance les diocèfes de faint Brieuc, de Treguier, de faint Paul de Léon & de Quimper.

La lieutenance générale du pays & comté Nantois, ne s'étend pas au-delà du diocèfe de Nantes, & il n'y a que deux gouvernemens particuliers; celui de la ville & château de Nantes, qui eft jointe à la lieutenance générale, & celui de Guerande & du Croific. Dans cette lieutenance générale, il n'y a qu'un lieutenant de roi, & fa charge eft héréditaire par l'édit de création, qui eft de l'an 1692.

Comme la Bretagne eft une presqu'ifle, entourée de la mer, presque de tous côtés, il y a plufieurs châteaux où le roi entretient des garnifons ordinaires. La plus forte de ces garnifons, eft celle de la citadelle de BelleIfle, où il y a eu jusqu'à vingt-cinq compagnies d'infanrerie en garnifon. Le roi y entretient un état major. Il y a auffi une affez forte garnifon & un état-major au château de Breft, de même que dans la citadelle de Port-Louis. Dans le château de Saint Malo, il y a garnifon, un gouverneur, un lieutenant de roi, mais point de major. Dans le château de Nantes, il y a garnison, un gouverneur, un lieutenant de roi & un major. Au château de Torro, qui défend l'entrée de la riviere de Morlaix, il y a une garnifon, compofée de deux compagnies, dont l'une eft entretenue aux dépens du gouverneur, au moyen des droits d'impôts & billots de la ville de Morlaix, dont il jouit. La garnifon de Concarneau, n'eft que d'une compagnie. Piganiol de la Force, descr. de la France, t. 4, p. 287, 289, 309, 333

& 392.

*

Outre tous ces gouvernemens particuliers dont il vient d'être parlé, il y en a encore un grand nombre d'autres qui ont été créés & vendus pendant la guerre qui a précédé la paix d'Utrecht. On s'eft trouvé obligé pendant cette guerre de bâtir des tours & des fortins en quelques ifles de la côte, pour empêcher les corfaires de s'y tenir à l'abri, pour prendre le temps de la fortie des bâtimens. Ces forts font gardés par des détache mens des garnisons voilines, ou par des milices. Telle eft la tour de l'ifle du Pilier, à l'embouchure de la riviere de Loire. Telles font celles des ifles Doua & de Hoëdic, fur la côte de Vannes. Tel eft auffi le fort de l'ifle de Bats, qui défend la rade de Roscof, fur la côte de Léon. Tels font enfin les forts qui défendent le havre de S. Malo, la Conchie, l'Hiflere, le petit Bay, l'ifle

Herbon & Roteneuf, avec la tour de Zebiens & le château de la Latte. Ces derniers font gardés par des milices.

Les duchés-pairies de ce gouvernement, font Penthiévre, Rohan, Coiflin & Quintin.

Voyez les articles particuliers de chaque évêché.

2. BRETAGNE, (LA GRANDE) grande ifle de l'O. céan, laquelle comprend les royaumes d'Ecolle & d'Angleterre. On la furnomme la grande, pour la distinguer de la Bretagne, province de France. Les anciens l'ont aufli connue fous le nom d'ALBION. Voyez ce mot, fous lequel j'ai mis les divifions qu'ils en ont faites. Ce n'eft pas qu'ils n'ayent auffi ufé du nom Britannia. Mais le nom d'ifles Britanniques étant commun à plufieurs ifles, on diftinguoit les deux plus grandes par les nom particuliers d'Albion, la grande Bretagne, & d'Hibernie qui eft l'Irlande. Agathemer, l. 1, C. 4, dit : les ifles les plus remarquables dans la mer extérieure, font les deux Britanniques, l'Hibernie & Albion. Pline, l. 4, c. 16, dit, que vis-à vis des embouchures de Rhin eft l'ifle de Bretagne, fameuse par les écrits des Grecs & des Latins, entre le feptentrion & l'occident (par rapport à la Gaule.) Elle eft, dit-il, à l'oppofite des plus grandes parties de l'Europe, la Germanie, la Gaule & l'Espagne. On la nommoit Albion', lorsque toutes les ifles s'appelloient les Bretagnes. Prolomée voulant décrire la plus grande de ces illes, intitule ainfi le troifiéme chapitre du fecond livre, Situation d'Albion, ifle Britannique. De-là vient que dans la fuite le nom général de ces ifles fut donné à la plus grande, & celui d'Albion qui lui étoit affecté, ceffa peu-à-peu d'être en ufage. Cet ufage étoit déja aboli du temps de Pline. Albion ipfi nomen fuit. Céfar la nomme fimplement Britannia, & l'oppofe à l'Irlande, qu'il nomme Hibernie. Les Grecs ont écrit ce nom de Britannia, par un E dans la premiere fyllabe: BRETANNIA & BRETTANNIA. On peut voir la preuve dans Strabon, l.4, dans Diodore de Sicile, l. 5, c. 21, dans Dion Caffius, & dans quelques médailles grecques. Dans le moyen âge, au lieu de Britannus, on commença de dire BRITO & BRITTO. Ausone dit :

Silvius hic bonus eft. Quis Silvius? ifte Britannus Aut Britto hic non eft Silvius, aut malus eft. Juvenal avoit déja dit :

Qua nec terribiles Cimbri, nec Brittones unquam!

Et cela dans un temps où les Bretons n'étoient point encore entrés dans l'Armorique.

On peut voir au mot ALBION, quels étoient les peuples qui occupoient anciennement cette ifle. Elle est préfentement divifée en deux royaumes réunis fous un même roi & fous un même parlement. C'eft, pour ainsi dire, le tronc d'une monarchie très-puiffante, qui a autrefois étendue affez loin fes branches en Europe, furtout dans la France, où elle poffédoit de belles provinces qu'elle a perdues avec le temps, comme la Normandie, Guienne, &c. comme on le peut voir aux articles de ces provinces. En échange elle a acquis le royaume d'Ecos fe, qui lui eft uni après avoir fubfifté féparément jusqu'au regne de Jacques Stuard VI du nom, en Ecoffe, & premier Roi de la Grande-Bretagne, unie sous un même fouverain. Il faut diftinguer les ISLES BRITANNIQUES, & la monarchie de la Grande-Bretagne dont elles ne font qu'une partie, quoiqu'elles en foient le centre & le corps.

Voici une table géographique de ces ifles, compofée par les Sanfon. Je la donne telle qu'ils l'ont publiée eux-mêmes, & m'abftiens d'y faire aucun changement par les raifons que j'explique ailleurs,

Tables

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