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roi de Perse. De là le roi passa dans le pays des Sidètes, qui habitent sur le fleuve Mélas, et qui tirent leur origine des Cuméens de l'Éolide; mais ils parlaient comme les Barbares, et avaient perdu la langue grecque, non pas par le temps, comme il arrive d'ordinaire, car ils disaient que leurs ancêtres ne furent pas sitôt arrivés en ce pays, qu'ils oublièrent inopinément leur langue naturelle, et qu'ils parlèrent un langage nouveau et auparavant inouï.

Lorsqu'il eut pris Side, qui était la capitale de la Pamphylie, il prit le chemin de Syllium, qui était fort par son assiette et par une bonne garnison de soldats étrangers. Cela fut cause qu'il s'en détourna; et parce qu'il avait reçu nouvelle que les Aspendiens se révoltaient, il amena son armée à Aspende, dont les habitants, épouvantés de la soudaine arrivée des Macédoniens, abandonnèrent leurs maisons, et se retirèrent dans la citadelle. Alexandre s'étant rendu maître de la ville, qu'il trouva déserte, se logea au pied de la citadelle; et, comme il avait avec lui d'excellents ingénieurs, il obligea les assiégés de demander la paix aux mêmes conditions que devant, par le seul appareil d'un siége. Il ne pouvait rien arriver de plus souhaitable à ce prince, qui avait hâte de passer à de plus grandes choses, que de n'être pas retenu par le long siége d'une place qui était forte et considérable. Mais, afin que les révoltés ne demeurassent pas impunis, il voulut qu'on lui donnât pour otage les principaux habitants de la ville, et qu'on lui fournît le double de l'argent à quoi elle avait été taxée, et que l'on n'avait pas payé. On ajouta qu'ils obéiraient au gouverneur qu'Alexandre y avait établi, qu'ils payeraient tous les ans un tribut aux Macédoniens, et qu'ils se défendraient en jugement touchant la terre d'où ils étaient accusés d'avoir chassé leurs voisins force. par Ensuite il reprit la route qui menait à Perges, de là il continua son chemin dans la Phrygie. Mais en allant par ces contrées, il fallait qu'il passât par des détroits entre deux montagnes qui sont presque jointes l'une à l'autre, auprès de Telmisse, ville des Pisides. Les entrées même en sont si étroites qu'elles ressemblent à des portes; et outre cela un grand nombre de Barbares en armes s'en étaient emparés, et les gardaient de part et d'autre.

et

Or, Alexandre fit camper ses troupes à l'entrée même de ce pas, se doutant bien de ce qui devait arriver que les Telmissiens qui verraient qu'on avait campé, s'imaginant que l'on craignait le péril et qu'on différerait de passer, ne demeureraient pas longtemps dans ces détroits, mais qu'ils y laisseraient quelques forces, et que tous les autres retourneraient dans la ville. C'est pourquoi, se servant de l'occasion, il fit aussitôt marcher les archers et les frondeurs, et ce qu'il y avait de plus léger parmi les gens pesamment armés; et, après avoir chassé les Barbares, il alla camper devant la ville même de Telmisse. Là il donna audience aux ambassadeurs des Selgiens, qui vinrent lui offrir et leurs

1 Arrian. 1, 28.

secours et leur alliance, à cause de la vieille haine qu'ils portaient aux Thelmissiens leurs voisins, bien qu'ils fussent d'un même peuple. Il les reçut favorablement, et leur fit de bonnes réponses. Mais afin de ne pas perdre le temps dans le siége d'une seule place, il amena son armée à Sallagasse, qui était une ville forte, et remplie d'une jeunesse qui la fortifiait encore; car bien que tous les Pisides soient vaillants et belliqueux, les Sallagassiens sont estimés par-dessus les autres. Or, comme ils avaient reçu des troupes de Telmisse qui leur était alliée, et qu'ils avaient plus de confiance en leurs hommes qu'en leurs murailles, ils mirent leurs gens en bataille sur une montagne prochaine; et d'autant qu'ils étaient favorisés de l'avantage du lieu, ils repoussèrent les gens armés à la légère qu'Alexandre avait envoyés devant. Néanmoins les Agrianiens tinrent ferme, parce que la phalange macédonienne était déjà proche, et que le roi, qu'ils aperçurent devant les enseignes, leur augmenta le courage. Véritablement les soldats eurent beaucoup de peine à monter sur cette montagne; mais quand ils eurent gagné des lieux un peu plus plats et plus unis, ils en chassèrent facilement la multitude qui l'occupait.

Des capitaines macédoniens, Cléandre demeura sur la place avec environ vingt soldats; mais, du côté des Barbares, il mourut plus de cinq cents hommes, et le reste se sauva par la fuite. Néanmoins le roi les suivit d'aussi près qu'il était possible avec des troupes pesamment armées, et prit leur ville du même pas et du même effort. Ensuite il alla déclarer la guerre à toutes les places fortes de la Pisidie. Il en prit quelques-unes par force, et les autres se rendirent à composition. Mais, après qu'il eut pris Telmisse, il la fit aussitôt raser, à cause de l'opiniâtreté de ses habitants; il ôta la liberté au peuple, et quelque temps après il la donna à Célène et à quelques autres villes de la Pisidie. Ainsi, ayant réduit et pacifié ces nations rudes et barbares, il prit le chemin de la Phrygie le long du lac d'Ascagne, dont l'eau a la vertu de se congeler d'elle-même en sel, et délivre ceux du pays de la nécessité d'en aller chercher plus loin.

2

Memnon, ayant ramassé de tous côtés le reste de ses forces, songea à porter la guerre dans la Macédoine et dans la Grèce, pour divertir Alexandre, qui s'attachait à l'Asie 3. En effet, comme Darius mettait toutes ses espérances en ce capitaine, qui avait si longtemps arrêté devant Halicarnasse les efforts du victorieux par sa force et par sa prudence, il lui avait aussi donné le commandement général, et lui avait envoyé de grandes sommes d'argent. De sorte qu'ayant levé tout autant de gens de guerre qu'il lui fut possible, il se promena sur la mer avec une armée de trois cents vaisseaux 4, et considéra avec soin tout ce qui était contraire ou favorable à une si grande entreprise.

Ainsi il s'empara des lieux qui n'étaient pas

bien

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gardés, entre lesquels était Lampsico, et attaqua les îles que les Macédoniens ne pouvaient secourir, parce qu'ils avaient faute de vaisseaux, bien que de part et d'autre ils fussent maîtres de la terre ferme. La division qui y était de tous côtés favorisa beaucoup le dessein de ce capitaine. Car encore que la plupart soutinssent le parti d'Alexandre, comme de l'auteur de leur liberté, néanmoins il y en avait beaucoup qui, s'étant agrandis sous la domination des Perses, aimaient mieux leur propre puissance, et se conserver leurs anciens maîtres, que de voir tout le monde égal et la république en liberté. C'est pourquoi Athénagoras et Apollonide, qui étaient des premiers de l'île de Chio, y reçurent Memnon, après avoir communiqué leurs desseins à Phisine et à Mégare, qui étaient de leur parti. Ainsi Chio fut prise, l'on y mit une garnison; et le gouvernement de la ville fut donné à Apollonide et à ceux de sa faction.

De là, en allant à Lesbos, il prit sans peine Antisse, Pyrrhe et Eresse. Il établit Aristomène dans Métymne, et réduisit toute l'île, excepté la ville de Mitylène, qui soutint longtemps un siége, et que pourtant il ne prit pas. Car après avoir enfermé la

1 Arrian. 11, 1; m, 2; Q. Curl. IV, 5.

|

ville de tous côtés, bouché le port, et mis des vasiseaux en tous les endroits commodes pour empêcher qu'il n'y entrât du secours, il mourut de la peste au désavantage des Perses, et au milieu des espérances que Darius en avait conçues. Mais comme il se vit proche de la mort, il donna le commandement à Pharnabaze, fils de sa sœur et d'Artabaze, jusqu'à ce que Darius en eût autrement disposé.

Pharnabaze ayant partagé les divers emplois de ce siége avec Autophradate, qui commandait l'armée navale, réduisit les assiégés à une si grande extrémité, qu'ils se rendirent aux conditions que la garnison en sortirait bagues sauves; qu'ils abattraient les colonnes où étaient gravés les articles de l'alliance qu'ils avaient faite avec Alexandre; et qu'après avoir fait serment de fidélité à Darius, ils recevraient dans leur ville la moitié de ceux qui en avaient été bannis. Mais les Perses ne leur tinrent pas entièrement leur foi, et ne s'arrêtèrent pas dans les termes du traité; car ils firent entrer dans la ville une garnison, dont ils donnèrent le commandement à Lycomède Rhodien, et mirent la domination entre les mains de Diogène, qui en avait été banni, parce qu'il soutenait le parti des Perses. Ensuite l'on ôta par force aux particuliers qui étaient riches tout leur or et leur argent, et l'on ne laissa pas d'imposer un tribut sur toute la ville en général.

QUINTE-CURCE.

VIE D'ALEXANDRE.

LIVRE TROISIÈME.

SOMMAIRE.

1. Alexandre, ayant pris la ville de Célènes et la citadelle, entre dans la capitale de Phrygie, où il coupa le nœud gordien; et ensuite il résout d'aller au devant de Darius. II. On fait la revue de l'armée des Perses, et Charidémus, Athénien, est puni de mort pour avoir dit trop librement son avis, bien que ce fût par le commandement de Darius. III. La pompe des rois de Perse quand ils marchent, et la description des troupes d'Alexandre. IV. Alexandre s'empare à propos du pas de la Cilicie, qui avait été abandonné par Arsane,

-

capitaine de Darius.

--

V. Alexandre tombe dans une

grande maladie, pour s'être baigné hors de temps dans le fleuve du Cydne. VI. Il recouvre sa santé par le moyen de Philippe, savant et fidèle médecin, à qui toute l'armée en fait de grands remerciements.

- VII.

Alexandre se voyant guéri se propose d'aller attaquer

Darius, et fait tuer un Persan appelé Sisinès, qui avait failli par imprudence. VIII. Les conseils et les résolutions de Darius avant la bataille. Consternation de l'armée des Perses. Présage de sa défaite. IX. Ses forces, et la comparaison de l'une et de l'autre armée. X. Harangue d'Alexandre à ses gens de guerre. XI. Bataille sanglante où il demeure sur la place du côté

Q. CURTII RUFI

DE REBUS GESTIS

ALEXANDRI MAGNI

REGIS MACEDONUM.

LIBER TERTIUS.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Celænarum urbe et arce recepta, Gordium Phrygiæ caput Alexander ingreditur, fatalique nodo Gordii soluto, obviam Dario ire statuit. II. Exercitus persici lustratio; de quo quum Darii jussu Charidemus Atheniensis verum liberumque protulisset judicium, capite multatus est. III. Pharnabazus Memnoni, oræ maritimæ præfecto, succedit. Darii somnium; ejusque varia interpretatio. Ordo Persarum agminis, orto sole demum procedentis: tum copiarum Alexandri descriptio. IV. Desertas ab Arsane, Darii præfecto, Cilicia fauces Alexander opportune occupat. V. Quum in Cydnum Alexander abluendi corporis gratia intempestive descendisset, gravissimo morbo corripitur. - VI. Philippus medicus, quum Alexandrum in pristinam valetudinem mox restituisset, divinis fere honoribus ab

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I. Alexandre, sur ces entrefaites, ayant envoyé Cléandre au Péloponnèse avec de l'argent, pour lever des troupes et donner ordre aux affaires de la Lycie et de la Pamphylie, vint mettre le siége devant Célènes. Le fleuve Marsyas, que les fables des Grecs ont rendu célèbre, passait alors par le milieu de la ville. Sa source est au sommet d'une montagne, d'où il tombe sur un roc avec grand bruit, et, venant à s'épandre dans la plaine, arrose les campagnes voisines, gardant ses eaux toujours claires et belles, sans les mêler avec des eaux étrangères. Et parce qu'il ressemble en couleur à la mer quand elle est calme, les poëtes ont pris de là occasion de feindre que les nymphes, éprises de son amour, faisaient leur demeure en

exercitu afficitur. VII. Rex vegetior factus, Cilicia omni subacta, Darium, Euphraten transgressum, aggredi cogitat, Sisinemque Persam imprudentia delinquentem, occidi jubet. VIII. Darii ante pugnam consilia et ingres sus in Ciliciam; tum exercitus persici consternatio, proximæ internecionis præsagium. Propius uterque exercitus ad alterum progreditur. · IX. Utriusque exercitus membra præcipua, eorumque collocatio. X. Alexandri oratio ad milites.- XI. Pugna cruenta, in qua centum millia peditum ac decem millia equitum Persarum cecidisse parrantur, reliquis fusis fugatisque. XII. Castra Persarum cum ingenti præda capta. Matris et uxoris Darii nec non aliarum captivarum luctum levat Alexander. - XIII. Darii gazam immensam cum ingenti nobilium numero Parmenioni perfidus Damasci profectus tradit.

I. Inter hæc Alexander, ad conducendum ex Pelopon. ueso militem Cleandro cum pecunia misso, Lycia Pamphyliæque rebus compositis, ad urbem Celænas exercitum admovit. Mediam illa tempestate interfluebat Marsyas amnis, fabulosis Græcorum carminibus inclytus. Fons ejus, ex summo montis cacumine excurrens, in subjectam petram magno strepitu aquarum cadit : inde diffusus, circumjectos rigat campos, liquidus et suas duntaxat undas trahens. Itaque color ejus, placido mari similis, locum poetarum mendacio fecit: quippe traditum est, Nymphas, amore

LIVRE III.

ce rocher. Au reste, dans l'enceinte des murailles il conserva son nom; mais comme il en sort, et qu'il enfle son cours, il devient plus impétueux, et on l'appelle Lycus.

Le roi trouvant la ville abandonnée, entra dedans, et allant attaquer la forteresse, où les habitants s'étaient retirés, envoya un héraut devant pour les sommer de se rendre; sinon, qu'ils ne devaient point espérer de grâce. Ils mènent le héraut sur une terre fort élevée et de situation et de structure, lui en font considérer la hauteur, et le chargent de dire à Alexandre qu'ils ne faisaient pas le même jugement que lui de la place; que pour eux ils l'estimaient imprenable, et qu'à toute extrémité ils étaient résolus de mourir fidèles à leur maître. Mais comme ils se virent investis de toutes parts et que de jour en jour ils se trouvaient plus pressés, ils demandèrent soixante jours de trève, au bout desquels ils promirent de se rendre, s'il ne leur venait du secours; et n'ayant point de nouvelles de Darius, ils se rangèrent au jour préfix sous l'obéissance du roi.

Presque en même temps il arriva des ambassadeurs d'Athènes, qui demandaient « qu'on leur rendît leurs citoyens pris à la bataille du Granique. >> Il leur fit réponse que la guerre de Perse étant finie, ils leur seraient rendus, et aux autres Grecs les leurs. Cependant il brûlait d'impatience de joindre Darius; et ayant avis qu'il n'avait pas encore passé l'Euphrate, il assemblait ses troupes de tous côtés, résolu de tențer la fortune du combat avec toutes ses forces. Il prenait la route de la Phrygie, qui est plus remplie de villages que de villes, dont la capitale s'appelait Gordion, ancien et fameux séjour du roi Midas, située sur la rivière de Sangare, et également distante de la

amnis retentas, in illa rupe considere. Ceterum, quamdiu
intra muros fluit, nomen suum retinet: at, quum extra
munimenta se evolvit, majore vi ac mole agentem undas
Lycum appellant. Alexander quidem urbem destitutam
a suis intrat arcem vero, in quam confugerant, oppug-
nare adortus, caduceatorem præmisit, qui denunciaret, ni
dederent, ipsos ultima esse passuros. Illi caduceatorem
in turrim, et situ et opere multum editam, perductum,
quanta esset altitudo, intueri jubent, ac nunciare Ale-
xandro, non eadem ipsum et incolas æstimatione muni-
menta metiri se scire inexpugnabiles esse, ad ultimum,
pro fide morituros. Ceterum, ut circumsideri arcem, et
omnia sibi in dies arctiora viderunt esse; sexaginta dierum
inducias pacti, ut, nisi intra eos auxilium Darius ipsis
misisset, dederent urbem: postquam nihil inde præsidii
mittebatur, ad præstitutam diem permisere se regi. Super-
veniunt deinde legati Atheniensium, petentes ut capti
apud Granicum amnem redderentur sibi. Ille non hos modo,
sed etiam ceteros Græcos restitui suis jussurum respondit,
finito persico bello. Ceterum Dario imminens, quem non-
dum Euphratem superasse cognoverat, undique omnes
totis viribus tanti belli discrimen aditu-
copias contrahit;
rus. Phrygia erat, per quam ducebatur exercitus, pluribus
vicis, quam urbibus frequens. Tunc habebat quondam

mer Pontique et de celle de Cilicie. On a remarque
que c'est l'endroit où l'Asie se rétrécit le plus, à
cause que ces deux mers, venant à serrer la terre
des deux côtés, font une langue qui attache à la
terre ferme cette province, laquelle étant presque
tout environnée d'eau, a comme la forme d'une
île; et il n'y a que ce petit espace à dire que les
deux mers qui sont séparées ne se joignent.

Alexandre ayant réduit cette ville en son obéis-
sance, fut visiter le temple de Jupiter, où il vit
le chariot dans lequel autrefois Gordius, père de
Midas, se faisait porter: il n'était en rien plus ma-
gnifique ni plus riche que les chariots ordinaires;
tout ce qu'il y avait de remarquable était le joug,
dont le lien était composé de plusieurs nœuds tel-
lement mêlés, entrelacés les uns dans les autres,
qu'on n'en voyait point le bout. Et comme les ha-
bitants assuraient qu'il avait été prédit par l'ora-
cle que celui qui le pourrait dénouer aurait l'em-
pire de l'Asie, il lui prit envie à l'heure même
d'achever cette aventure. Il s'était amassé autour
de lui un grand nombre de Phrygiens et de Ma-
cédoniens qui étaient tous en inquiétude, les
uns craignant qu'il ne dénouât ce fatal lien,
les autres qu'il n'eût trop hasardé ; car ces nœuds
étaient cachés avec tant d'industrie et d'artifice,
qu'on n'eût su découvrir ni des yeux ni de l'esprit
où en était le commencement et la fin. Cependant,
le roi se trouvant engagé à cette entreprise, eut
peur que, s'il n'en venait à bout, on n'en fit un
mauvais présage; de sorte qu'après avoir fait
plusieurs efforts inutiles pour défaire ces nœuds,
comme il vit qu'il lui était impossible, «N'importe,
dit-il, comment on les démêle; » et en coupant
d'un coup d'épée toutes les courroies, ou il éluda
l'oracle, ou il l'accomplit.

et

nobilem Midæ regiam; Gordium nomen est urbi, quam
Sangarius amnis interfluit, pari intervallo Pontico et Cili-
cio mari distantem. Inter hæc maria angustissimum Asia
spatium esse comperimus, utroque in arctas fauces com-
pellente terram. Quæ, quia continenti adhæret, sed ma-
gna ex parte cingitur fluctibus, speciem insulæ præbet;
ac, nisi tenue discrimen objiceret, maria, quæ nunc divi-
dit, committeret. Alexander, urbe in suam ditionem re-
dacta, Jovis templum intrat. Vehiculum, quo Gordium
Midæ patrem vectum esse constabat, adspexit, cultu haud
sane a vilioribus vulgatisque usu abhorrens. Notabile erat
jugum adstrictum compluribus nodis in semetipsos impli-
catis et celantibus nexus. Incolis deinde affirmantibus
editam esse oraculo sortem, Asiæ potiturum, qui inexpli-
cabile vinculum solvisset, cupido incessit animo sortis ejus
implenda. Circa regem erat et Phrygum turba et Macedo-
num illa exspectatione suspensa, hæc sollicita ex teme-
raria regis fiducia. Quippe serie vinculorum ita adstricta,
ut, unde nexus inciperet, quove se conderet, nec ratione
nec visu percipi posset, solvere aggressus injecerat curam,
ne in omen verteretur irritum inceptum. Ille nequaquam
diu luctatus cum latentibus nodis: « Nihil, inquit, interest
quomodo solvantur; » gladioque ruptis omnibus loris,
oraculi sortem vel elusit vel implevit. Quum deinde Da-

Après, comme il avait résolu d'aller chercher | résolut de commander lui-même son armée et de Darius partout où il serait, et de l'engager à une combattre en personne son ennemi; car il était bataille, voulant s'assurer de ce qu'il laissait der- mal satisfait de tous ses lieutenants, voyant que rière, il donna à Amphotère la conduite de la plupart avaient été négligents et que tous l'armée navale qui était à la côte de l'Helles avaient été malheureux. Après avoir donc campé pont, et à Égéloque le commandement des autres dans la plaine de Babylone, pour animer davantroupes, avec ordre de chasser des îles de Lesbos, tage ses gens à la guerre, il voulut faire revue de Chio et de Cos, les garnisons des ennemis. Il leur de toutes ses forces; et ayant tiré, à l'exemple de fit délivrer cinq cents talents pour les nécessités de Xerxès, une tranchée en rond dont l'enceinte poucette guerre, et en envoya six cents autres à An- vait tenir dix mille hommes en bataille, il reconnut tipater, et à ceux qu'il avait laissés pour la défense le véritable nombre de ses troupes : depuis le ledes villes de la Grèce. Il somma aussi ses alliés, ver du soleil jusqu'à la nuit elles ne cessèrent de suivant leur traité, de lui fournir certain nom- filer par cet espace, selon qu'elles étaient enrôlées. bre de vaisseaux pour tenir l'Hellespont et se De là elles vinrent à se répandre dans les camrendre maître de la mer; car il ne savait rien en- pagnes de la Mésopotamie, où l'on vit une mulcore de la mort de Memnon, qui était le seul de titude innombrable de gens de pied et de cheval, tous les capitaines de Darius sur qui il avait prin- qui paraissait encore plus grande qu'elle n'était. cipalement les yeux; sachant bien que si celuilà ne lui donnait des affaires, tout le reste n'était pas capable de l'arrêter. Déjà il s'était avancé jusqu'à la ville d'Ancyre, où, après avoir fait la revue de son armée, il entra dans la Paphlagonie, frontière des Hénétiens, dont quelques-uns croient que les Vénétiens tirent leur origine. Ces peuples se soumirent volontairement au roi, et, ayant donné des otages, obtinrent qu'ils seraient exempts de tribut, n'en ayant pas même payé aux Perses. Il établit Calas gouverneur de cette province, et, prenant avec lui les recrues nouvellement arrivées de la Macédoine, s'achemina vers la Cappadoce.

II. Cependant Darius ayant eu nouvelles de la mort de Memnon, et en étant affligé autant que le méritait une perte si importante, sans fonder désormais ses espérances sur autrui,

rium, ubicumque esset, occupare statuisset; ut a tergo tuta relinqueret, Amphoterum classi ad oram Hellesponti, copiis autem præfecit Hegelochum, Lesbum et Chium et Con præsidiis hostium liberaturos. His talenta ad belli usum quingenta attributa ad Antipatrum et eos, qui Græcas urbes tuebantur, sexcenta missa: ex fœdere naves sociis imperatæ, quæ Hellesponto præsiderent. Nondum enim Memnona vita excessisse cognoverat, in quem omnes intenderat curas, satis gnarus cuncta in expedito fore, si nihil ab eo moveretur. Jamque ad urbem Ancyram ventum erat, ubi numero copiarum inito, Paphlagoniam intrat : huic juncti erant Eneti, unde quidam Venetos trahere ori. ginem credunt: omnisque hæc regio paruit regi; datisque obsidibus, tributum, quod ne Persis quidem tulissent, pendere ne cogerentur, impetraverunt. Calas huic regioni præpositus est: ipse, assumptis qui ex Macedonia nuper advenerant, Cappadociam petiit,

II. At Darius, nunciata Memnonis morte haud secus quam par erat motus, omissa omni alia spe, statuit ipse decernere quippe quæ per duces suos acta erant, cuncta damnabat; ratus, pluribus curam, omnibus abfuisse fortunam. Igitur castris ad Babylonem positis, quo majore animo capesserent bellum, universas vires in conspec tum dedit et circumdato vallo, quod decem millium armatorum multitudinem caperet, Xerxis exemplo numerum

L'infanterie était composée de deux cent cinquante mille hommes, dont il y avait soixantedix mille Perses, cinquante mille Mèdes, dix mille Barcaniens armés de haches à deux tranchants, et de légers boucliers faits à peu près comme des rondaches; quarante mille Arméniens, autant de Derbices armés de piques ou de bâtons durcis au feu, outre huit mille hommes de la mer Caspienne et deux mille autres des contrées d'Asie les moins belliqueuses, avec trente mille Grecs, toute brave jeunesse que Darius avait à sa solde; car, pour les Bactriens, Sogdiens, Indiens, et tous ces autres peuples qui habitent le long de la mer Rouge, dont les noms même lui étaient inconnus, il fut si pressé qu'il n'eut pas le temps de les assembler. Pour sa cavalerie, elle était de trente mille chevaux perses, dix mille Mèdes, deux mille Barcaniens armés de même que leur infanterie, sept mille

copiarum iniit. Orto sole ad noctem agmina, sicut descripta erant, intravere vallum : inde occupaverunt emissa Mesopotamiæ campos equitum peditumque propemodum innumerabilis turba, majorem quam pro numero speciem gerens. Persarum erant centum millia in quibus eques triginta millia implebat. Medi decem equitum, quinqua ginta millia peditum habebant. Barcanorum equitum duo millia fuere; armati bipennibus levibusque scutis cetræ maxime speciem reddentibus: peditum decem millia pari armatu sequebantur. Armenii quadraginta millia miserant peditum; additis septem millibus equitum. Hyrcani egre. gii, ut inter illas gentes, sex millia expleverant, equis militatura. Derbices quadraginta millia peditum armaverant; pluribus hærebant ferro præfixæ hastæ, quidam lignum igni duraverant : hos quoque duo millia equitum ex eadem gente comitata sunt. A Caspio mari octo mil. lium pedester exercitus venerat, ducenti equites. Cum his erant ignobiles aliæ gentes : duo millia peditum, equitum duplicem paraverant numerum. His copiis triginta millia Græcorum mercede conducta, egregia juventutis, adjecta sunt. Nam Bactrianos et Sogdianos et Indos ceterosque Rubri maris accolas, ignota etiam ipsi gentium nomina, festinatio prohibebat acciri. Nec quidquam illi minus, quam multitudo militum defuit; cujus tum universæ aspectu admodum lætus, purpuratis solita vanitate spem ejus

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