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de triomphe qu'en équipage de guerre, s'enfuyait à travers les campagnes qu'il avait couvertes d'une multitude innombrable de troupes, mais qui n'avaient plus alors que la face d'un désert et d'une vaste solitude. Il courut toute la nuit avec peu de suite, car tous n'avaient pas pris la même route, et la plupart de ceux qui l'accom

Grecs font présent à Alexandre d'une couronne d'or. Il réduit beaucoup de provinces sous son obéissance par le moyen de ses capitaines. VI. Tandis que Darius se prépare pour la guerre, Alexandre prend la ville de Gaza, et fait souffrir de grands supplices à Bétis qui en était gouverneur. VII. Voyage d'Alexandre à l'oracle de Jupiter Hammon. Les diverses demandes qu'il fait à l'oracle. VIII. L'on båtit en Égypte la ville d'Alexandrie. Diverses expéditions d'Alexandre. — IX. Darius arrive à Arbelles, et malgré lui Alexandre passe le Granique.-pagnaient n'avaient pu le suivre, à cause qu'il X. Les soldats d'Alexandre s'étonnent et se troublent à cause d'une éclipse de lune; mais il les rassure par l'entremise des devins d'Égypte. Il met en fuite les Perses, qui

faisaient des dégâts de tous côtés. La femme de Darius est prise; elle meurt de tristesse, et Alexandre la pleure. Les soupçons, le deuil et les vœux de Darius. XI. Darius demande la paix pour la troisième fois, et ne l'obtient pas : au contraire, Alexandre l'invite à se rendre, ou bien à faire la guerre. XII. Les Macédoniens sont saisis d'une terreur panique tandis qu'on met en bataille l'armée des Perses; et enfin étant revenus à soi, ils prennent les armes avec allégresse. XIII. Alexandre condamne les conseils de Parménion et de Polyperchon, qui étaient d'avís que l'on combattît de nuit : et après avoir un peu dormi, il anime les siens au combat. XIV. Harangue d'Alexandre aux Grecs et de Darius aux Perses avant le combat. XV. Description de la sanglante bataille qui fut donnée auprès d'Arbelles. Alexandre victorieux poursuit Darius défait et vaincu.

XVI. Alexan

dre est en péril et s'en délivre par son grand courage. Enfin les Macédoniens, ayant remporté une entière victoire, contraignent le reste des Perses de se sauver par la fuite, après avoir perdu beaucoup de leurs gens.

I. Darius, qui s'était vu naguère une si nombreuse et si florissante armée, et qui était venu à la bataille élevé sur un char plutôt en appareil

ille per præfectos multas provincias in potestatem snam
redigit. VI. Ad bellum sese accingit Darius. Alexander,
Gaza expugnata, ejus præfectum Betim crudeli afficit sup-
plicio. VII. Ægypto in potestatem redacta, Alexander
ad Jovis Hammonis oraculum proficiscitur. Varia quærit.
VIII. Alexandria in Egypto condita, Egyptum et Afri-
cam Egypto junctam præfectis tradit regendas, atque in
Syriam redit. Hectoris mors. Samarita deficientes puniti.
Variis rebus in Syria peractis, Alexander ad Euphratem
contendit. IX. Darius, copiis Babylone contractis, Ti-
grique superato, per Assyriam progressus ad Bumadum
castra locat; Alexander Euphratem et Tigrim superat.
Præmissi quidam equites Persarum fugantur.-X. Mili-
tes, ob lunæ defectum turbatos, per Ægyptios vates confir-
mat Alexander. Persas vastatores conjicit in fugam. Dari
uxor captiva, moerore confecta, supremum diem obit.
Unde Alexandri lacrimæ, Darii suspiciones, luctus et ira.
-XI. Pacem Darius tertio quærens ad deditionem bel-
lumve ab Alexandro provocatur. XII. Ad prælium dum
Persarum ingens exercitus paratur, Macedones, panico
quodam terrore defuncti, arma alacriter capessunt.
XIII. Consilia de nocturno prælio Parmenionis et Poly-
perchontis Alexander damnat; somnoque refectus interrito
vultu suos ad pugnam accendit. Acies macedonica.
Alexandri ad Græcorum, Dariique ad Persarum exercitum
ante pugnam orationes. XV. Cruenti ad Arbela prælii
descriptio. Victor Alexander Darium victum persequitur.
-XVI. Parmenio in discrimine constitutus, Alexandrum
retrabit. Tandem integra victoria potiti Macedones, reli-
quos Persas fuga sibi quærere salutem cogunt.

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XIV.

changeait souvent de cheval. Enfin il arriva à Onches, où quatre mille Grecs le reçurent, avec lesquels il s'avança vers l'Euphrate, croyant demeurer le maître de tout ce qu'il occuperait le premier. Cependant le roi ayant commandé à Parménion de garder soigneusement le butin et les prisonniers qu'on lui avait livrés à Damas, le pourvut du gouvernement de la Syrie, qu'ils appellent Celé.

Les Syriens, qui n'étaient pas encore assez domptés par les misères de la guerre, portaient impatiemment le joug de cette nouvelle domination; mais quand on les eut un peu châtiés, ils se rangèrent à leur devoir. L'île d'Arade se soumit aussi : Straton, qui en était roi, tint encore dans toutes les villes maritimes et dans plusieurs places en terre ferme. Il se rendit toutefois, et Alexandre lui ayant fait prêter le serment, marcha vers la ville de Marathon. Là il reçut des lettres de Darius conçues en termes si superbes qu'il s'en offensa extrêmement. Mais ce qui le piqua davantage fut que Darius prenait le titre de roi, et ne le lui donnait pas. Avec cela, il le som-mait plutôt qu'il ne le priait qu'en recevant

magis quam dimicantis more, curru sublimis inierat prælium, per loca, quæ prope immensis agminibus compleverat, jam inania et ingenti solitudine vasta fugiebat. Pauci regem sequebantur; nam nec eodem omnes fugam intenderant; et, deficientibus equis, cursum eorum, quos rex subinde mutabat, æquare non poterant. Unchas deinde pervenit, ubi excepere eum Græcorum quatuor millia, cum quibus ad Euphraten contendit; id demum credens fore ipsius, quod celeritate præcipere potuisset. At Alexander Parmenionem, per quem apud Damascum recepta erat præda, jussum eam ipsam et captivos diligenti asser. vare custodia, Syriæ, quam Colen vocant, præfecit. Novum imperium Syri, nondum belli cladibus satis domiti, aspernabantur: sed celeriter subacti obedienter imperata fecerunt. Aradus quoque insula deditur regi. Maritimam tum oram et pleraque longius etiam a mari recedentia, rex ejus insula Strato possidebat : quo in fidem accepto, castra movit ad urbem Marathon. Ibi illi litteræ a Dario redduntur; quibus ut superbe scriptis vehementer offensus est; præcipue eum movit, quod Darius sibi regis titulum, nec eumdem Alexandri nomini adscripserat. Postulabat autem magis quam petebat; ut, accepta pecunia, quantamcumque tota Macedonia caperet, matrem sibi ac conjugem liberosque restitueret de regno, æquo, si vellet, Marte contenderet. Si saniora consilia tandem pati potuisset, contentus patrio, cederet alieni imperii finibus; socius amicusque esset; in ea se fidem et dare paratum et accipere. Contra Alexander in hunc maxime modum res.

I. Darius tanti modo exercitus rex, qui, triumphantis cripsit : « Rex Alexander Dario. Ille, cujus nomen sump

néan

vous ne m'avez pas fait bonne guerre,
moins, si vous venez en qualité de suppliant, je
vous donne ma parole que je vous rendrai votre
mère, votre femme et vos enfants sans rançon.
Je veux vous montrer que je sais vaincre et obli-
ger les vaincus. Que si vous craignez de vous
mettre entre mes mains, je vous donnerai ma
foi, sur laquelle vous pouvez venir en toute as-
surance. Du reste, quand vous m'écrirez désor-
mais, qu'il vous souvienne que vous écrivez non-
seulement à un roi, mais à votre roi. » Thersippe
eut charge de porter cette lettre.

De là passant dans la Phénicie, il reçut la ville de Biblos en son obéissance, puis vint à Sidon, ville fameuse pour son antiquité, et pour la renommée de ses fondateurs. Le roi qu'elle avait alors, nommé aussi Straton, étant attaché aux intérêts de Darius, ne se rendit pas tant de son bon gré, que forcé par les habitants de sorte qu'il lui en coûta le royaume, et il fut permis à

autant d'argent qu'il en pourrait tenir dans toute la Macédoine, il lui rendît sa mère, sa femme et ses enfants; et que pour ce qui était de l'empire, il ne tiendrait qu'à lui que le différend ne se vidât par une bataille; mais s'il était encore capable de conseil, qu'il se contentât du royaume de ses ancêtres, sans envahir celui d'autrui; qu'à l'avenir ils vécussent en bons amis et fidèles alliés, et qu'il était prêt à lui en donner sa foi et à recevoir la sienne. Sur quoi Alexandre lui répondit en ces termes : « Le roi Alexandre à Darius. Il n'y a sorte de maux imaginables que cet ancien Darius dont vous avez pris le nom n'ait fait autrefois aux Grecs qui tiennent la côte de l'Hellespont et aux Ioniens, nos anciennes colonies. Depuis, ayant traversé la mer avec une puissante fiotte, il porta la guerre jusque dans le sein de la Grèce et de la Macédoine. Après lui, Xerxès, de la même nation, descendit encore avec une multitude effroyable de Barbares pour nous exterminer; et ayant été défait en une ba-Ephestion d'établir en sa place celui d'entre les taille navale, il nous laissa Mardonius en Grèce, afin que, même en son absence, il saccageât nos villes et désolât nos campagnes. Mais qui ne sait que le roi Philippe mon père a été assassiné par ceux que les vôtres ont pratiqué avec des promesses immenses? car il est vrai que vous autres Perses entreprenez des guerres impies et détestables; et ayant les armes a la main, vous mettez la tête de vos ennemis à prix, comme il s'est vu naguère que vous-même, quoique chef d'une si grande armée, avez voulu acheter un meurtrier mille talents pour m'ôter la vie. Ce n'est donc pas moi qui fais la guerre, je me défends. Aussi les dieux, qui sont toujours pour la bonne cause, ont favorisé mes armes, avec lesquelles j'ai rangé sous mes lois une grande partie de l'Asie, et vous ai vaincu vous-même en bataille rangée; et, bien que je ne vous dusse rien accorder de tout ce que vous me demandez, parce que

sisti, Darius Græcos, qui oram Hellesponti tenent, coloniasque Græcorum Jonias omni clade vastavit: cum magno deinde exercitu mare trajecit, inlato Macedoniæ et Græciæ bello. Rursus Xerxes, gentis ejusdem, ad oppugnandos nos cum immanium Barbarorum copiis venit; qui, navali | prælio victus, Mardonium tamen reliquit in Græcia; ut

Sidoniens qui serait le plus digne d'une si grande fortune. Ce favori, qui était logé chez deux jeunes frères des plus qualifiés du pays, leur offrit la couronne; mais ils la refusèrent, alléguant « que par les lois de l'État nul ne pouvait monter à la souveraine puissance, qui ne fût du sang royal. » Éphestion, admirant cette grandeur de courage qui méprisait ce que les autres poursuivent à travers le fer et les flammes, s'écria : « O âmes héroïques! qui avez su comprendre les premiers combien c'est une chose plus glorieuse de refuser un royaume que de le recevoir, les dieux vous veuillent combler de toutes sortes de biens, et à jamais puissiez-vous jouir de la gloire que mérite une si haute vertu! Mais au moins, leur dit-il, donnez-moi quelqu'un de votre main, qui se souvienne, quand il sera roi, que c'est vous qui lui avez mis la couronne sur la tête.

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Ces généreux frères voyant les brigues qui s'é

committere times, dabimus fidem impune venturum. De cetero quum mihi scribes, memento non solum regi te, sed etiam tuo scribere. » Ad hanc perferendam Thersippus missus. Ipse in Phoenicen deinde descendit et oppidum Byblon traditum recepit. Inde ad Sidona ventum est, urbem vetustate famaque conditorum inclytam. Regnabat absens quoque popularetur urbes, agros ureret. Philip-in ea Strato, Darii opibus adjutus; sed quia deditionem pum vero parentem meum quis ignorat ab iis interfectum magis popularium, quam sua sponte fecerat, regno visus esse, quos ingentis pecuniæ spe sollicitaverant vestri ? Im | indignus, Hephæstionique permissum, ut, quem eo fastipia enim bella suscipitis, et quum habeatis arma, licitamini hostium capita: sicut tu proxime talentis mille, tanti exercitus rex, percussorem in me emere voluisti. Repello igitur bellum, non infero; et diis quoque pro meliore stantibus causa, magnam partem Asia in ditionem redegi meam : te ipsum acie vici. Quem etsi nihil a me impetrare oportebat, utpote qui ne belli quidem in me jura servaveris, tamen, si veneris supplex, et matrem, et conjugem, et liberos sine pretio recepturum te esse pro mitto: et vincere et consulere victis scio. Quod si te nobis

gio e Sidoniis dignissimum arbitraretur, constitueret regem. Erant Hephæstioni hospites, clari inter suos juvenes, qui, facta ipsis potestate regnandi, negaverunt, quemquam patrio more in id fastigium recipi, nisi regia stirpe ortum. Admiratus Hephæstio magnitudinem animi spernentis, quod alii per ignes ferrumque peterent: « Vos quidem macti virtute, inquit, estote, qui primi intellexistis quanto majus esset regnum fastidire, quam accipere. Ceterum date aliquem regiæ stirpis, qui meminerit a vobis acceptum habere se regnum. » At illi, quum multos imminere tantæ

tout. Les uns en témoignaient de la joie, et les autres du dépit. Les riches ne cessaient à ravaler ce prince dans la cour d'Alexandre, à cause de sa bassesse et de sa pauvreté. Le roi commanda incontinent qu'on le fît venir; et, après l'avoir longtemps considéré, « Je regarde, dit-il, que ta mine ne dément point le lieu d'où j'apprends que tu es sorti; mais je te demanderais volontiers avec quelle patience tu as supporté ta misère? »

"

aussi bien supporter la grandeur où je me vois élevé. Ces bras ont fourni à tous mes désirs, et tant que je n'ai rien eu, rien ne m'a manqué. » Cette réponse fit concevoir au roi une grande opinion de la vertu de cet homme; si bien qu'il lui fit donner non-seulement les précieux meubles que possédait Straton, mais encore une partie du butin qu'il avait fait sur les Perses, ajoutant même à son État une des contrées voisines.

chauffaient, et que, par une trop grande avidité de régner, plusieurs faisaient servilement la cour aux favoris d'Alexandre, déclarèrent qu'ils ne connaissaient personne plus capable de cette dignité qu'un certain Abdalonyme, descendu de la tige royale, quoique d'une branche un peu éloignée; mais qui était tombé dans une si excessive pauvreté, qu'il était contraint pour vivre de travailler à la journée en un jardin des fau- | bourgs. Şa grande probité l'avait réduit, comme-Je prie les dieux, lui répondit-il, que je puisse plusieurs autres, à cette extrême misère, dans laquelle ce bon homme, attentif à son travail, n'avait point entendu le bruit des armes qui avait alors ébranlé toute l'Asie. Voici donc venir avec les ornements royaux les deux frères dont nous avons parlé, qui trouvent Abdalonyme arrachant les mauvaises herbes de son jardin. D'abord l'ayant salué roi, « Il faut, lui dit l'un des deux, que tu quittes tout à cette heure ces vieux haillons, pour prendre ces riches habits que je t'apporte. Ote cette crasse, et lave cette poussière amassée depuis si longtemps sur ton visage, et prends un cœur de roi: mets en vue ta vertu, et porte-la à ce haut degré de fortune dont elle t'a rendu digne; mais, après que tu seras assis sur le trône royal, et devenu souverain arbitre de la vie et de la mort de tous tes citoyens, garde bien d'oublier l'état où nous te trouvons, car sache que c'est ta vertueuse pauvreté que l'on couronne aujourd'hui. »

Il semblait à Abdalonyme que c'était un songe, et de fois à autre il leur demandait s'ils étaient bien sages de se moquer ainsi de lui? Mais, comme il tardait trop à leur gré, ils le lavent, ils le nettoient, et lui jettent sur les épaules une robe de pourpre brochée d'or, et, après lui avoir fait mille serments qu'ils ne se moquaient point, ils le conduisent au palais comme roi en cet équipage. Aussitôt la renommée porta cette nouvelle par

spei cernerent, singulis amicorum Alexandri, ob nimiam regni cupiditatem, adulantes ; statuunt neminem esse potiorem quam Abdalonymum quemdam, longa quidem cognatione stirpi regiæ annexum, sed ob inopiam suburbanum hortum exigua colentem stirpe. Causa ei paupertatis, sicut plerisque, probitas erat : intentusque operi diurno, strepitum armorum, qui totam Asiam concusserat, non exaudiebat. Subito deinde, de quibus ante dictum est, cum regiæ vestis insignibus hortum intrant, quem forte steriles herbas eligens Abdalonymus repurgabat. Tunc rege eo salutato, alter ex his : « Habitus, inquit, hic, quem cernis in meis manibus, cum isto squalore permutandus tibi est. Ablue corpus inluvie æternisque sordibus squalidum cape regis animum, et in eam fortunam, qua dig. nus es, istam continentiam profer. Et quum in regali solio residebis, vitæ necisque omnium civium dominus, cave obliviscaris hujus status, in quo accipis regnum; imino hercule, propter quem. » Somnio similis res Abdalonymo videbatur interdum, satisne sani essent qui tam proterve sibi illuderent, percontabatur. Sed ut cunctanti squalor ablutus est, et injecta vestis purpura auroque distincta,

Cependant Amyntas, qui avait quitté le parti d'Alexandre, comme nous avons dit, pour prendre celui de Darius, était arrivé à Tripoli avec quatre mille Grecs, qui l'avaient suivi après la perte de la bataille. De là, ayant embarqué ses gens, il fit voile en Chypre ; et se figurant qu'en l'état où étaient les choses, tout était de bonne prise, il résolut d'aller en Égypte, également ennemi des deux rois, et toujours prêt de s'accommoder au temps pour le bien de ses affaires. Et pour encourager ses soldats à une si riche conquête, il leur représenta « que Sabacès, gouverneur d'Égypte, avait été tué à la journée d'Issus; que les garnisons des Perses étaient faibles et sans chefs, et que les Égyptiens, portant une haine enracinée à leurs gouverneurs, les recevraient non comme ennemis, mais comme alliés et partisans de leur liberté. » La nécessité les contraignait de tenter toutes sortes de voies: car, lors

et fides a jurantibus facta, serio jam rex, iisdem comitantibus, in regiam pervenit. Fama, ut solet, strenue tota urbe discurrit: aliorum studium, aliorum indignatio eminebat ditissimus quisque humilitatem inopiamque ejus apud amicos Alexandri criminabatur. Admitti eum rex protinus jussit, diuque contemplatus : « Corporis, inquit, habitus famæ generis non repugnat; sed libet scire, inopiam qua patientia tuleris? » Tum ille : « Utinam, inquit, eodem animo regnum pati possim! hæ manus suffecere desiderio meo; nihil habenti nihil defuit. » Magnæ indolis specimen ex hoc sermone Abdalonymi cepit, itaque non Stratonis modo regiam supellectilem attribui ei jussit; sed pleraque etiam ex persica præda : regionem quoque urbi appositam ditioni ejus adjecit. Interea Amyntas, quem ad Persas ab Alexandro transfugisse diximus, cum quatuor millibus Græcorum, ipsum ex acie persequutis, fuga Tripolin pervenit; inde, in naves militibus impositis, Cyprum transmisit; et quum in illo statu rerum id quemque, quod occupasset, habiturum arbitraretur, velut certo jure possessum, Ægyptum petere decrevit; utrique regi hostis, et semper ex ancipiti mutatione temporum pen

sauvé avec eux, et levé encore quelque jeunesse dans la Paphlagonie et la Cappadoce, pensaient à reconquérir la Lydie, dont Antigonus, lieutenant d'Alexandre, était gouverneur; et, bien qu'il lui eût envoyé force troupes tirées de ses garnisons, il fit néanmoins si peu de cas des Barbares, qu'il ne laissa pas de se mettre en campagne et de leur livrer bataille. Encore ici la fortune ne changea point de parti; et trois combats s'étant donnés en divers endroits, les Perses furent battus partout.

que la fortune a ruiné nos premières espérances, | le présent nous déplaît et nous espérons mieux de l'avenir: tellement qu'ils se mettent tous d'une voix à crier qu'il les mène où bon lui semblera. Amyntas, jugeant donc qu'il fallait employer leur courage pendant cette ardeur, entre dans le port de Péluse, feignant que Darius l'envoyait devant; et s'étant emparé de la ville, passe avec toutes ses troupes jusqu'à Memphis. Au bruit de sa venue, les Égyptiens, peuple léger et plus ami de la nouveauté que capable de bien conduire une entreprise, comme s'ils eussent conspiré avec En ce même temps aussi l'armée navale des lui, sortirent de toutes parts des villes et des bour- Macédoniens, que l'on faisait venir de Grèce, gades, résolus de couper la gorge aux garnisons ayant rencontré sur sa route Aristomène, endes Perses, qui, bien qu'ils s'étonnassent d'abord, | voyé par Darius pour reprendre la côte de l'Helne perdirent pas toutefois l'espérance de pouvoir lespont, le défit, et prit ou mit à fond tous ses garder l'Égypte. Mais Amyntas les ayant défaits vaisseaux. D'autre côté, Pharnabaze, amiral des en bataille, les poussa jusqu'à la ville, devant Perses, ayant fait une grande levée de deniers sur laquelle ayant mis le siége, les vainqueurs com- les Milésiens et s'étant assuré de la ville de mencerent à se débander pour fourrager la cam- | Chio, cingla, avec cent voiles, vers les iles d'Anpagne, comme si tout eût été à l'abandon et dros et de Syphne, où il établit de fortes garqu'il n'y eût plus eu d'ennemi à craindre.. nisons, et les condamna aussi à une somme d'ar-gent. Cette grande guerre qui était allumée entre les deux plus puissants rois de l'Europe et de l'Asie pour savoir qui demeurerait le maître de l'univers, avait répandu son influence et porté le feu jusque dans la Grèce et dans la Crète. Agis, roi de Lacédémone, ayant rassemblé huit mille Grecs des débris de la Cilicie qui s'étaient retirés en leur pays, faisait la guerre à Antipater, gouverneur de Macédoine. Ceux de Crete, prenant tantôt un parti et tantôt l'autre, étaient foulés par les garnisons des Macédoniens ou des Spartiates. Mais, à dire le vrai, tous ces mouvements furent de peu de conséquence, la Fortune n'ayant les yeux tournés que sur une seule que

Quoique Mazacès vît ses gens encore tout étonnés du mauvais succès du combat, si est-ce qu'à force de leur faire remarquer le désordre des ennemis, qui abusant de la victoire ne se tenaient point sur leurs gardes, il les fit résoudre à une sortie, et à recouvrer ce qu'ils avaient perdu. Ce conseil ne fut pas moins accompagné d'heur que de prudence, car tous furent taillés en pièces avec leur chef, sans qu'il s'en sauvât un seul. Ainsi les deux rois se virent vengés d'Amyntas, aussi peu fidèle à celui auquel il s'était rendu qu'à l'autre qu'il avait abandonné.

Les satrapes de Darius qui étaient restés de la bataille d'Issus, ayant ramassé tout ce qui s'était

dens, hortatusque milites ad spem tantæ rei, docet, Sabacem prætorem Ægypti cecidisse in acie : Persarum præsidium et sine duce esse et invalidum: Ægyptios, sem per prætoribus eorum infestos, pro sociis ipsos, non pro hostibus æstimaturos. Omnia experiri necessitas cogebat: quippe quum primas spes fortuna destituit, futura præsentibus videntur esse potiora: igitur conclamant. duceret quo videretur. Atque ille, utendum animis, dum spe calerent, ratus, ad Pelusii ostium penetrat, similans a Dario se esse præmissum. Politus ergo Pelusii, Memphin copias promovit : ad cujus famam Ægyptii, vana gens, et novandis, quam gerendis, aptior rebus, ex suis quisque vicis urbibusque, ad hoc ipsum concurrunt, ad delenda præsidia Persarum : qui territi, tamen spem retinendi Ægyptum non amiserunt. Sed eos Amyntas prælio superatos in urbem compellit, castrisque positis, victores ad populandos agros eduxit : ac, velut in medio positis omnibus hostium, cuncta agebantur. Itaque Mazaces, quanquam infelici prælio suorum animos territos esse cognoveral, tamen palantes et victoriæ fiducia incautos ostentans, perpulit ne dubitarent ex urbe erumpere, et res amissas jecuperare. Id consilium non ratione prudentius, quam eventu felicius fuit: ad unum omnes cum ipso duce oc

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cisi sunt. Has pœnas Amyntas utrique regi dedit, nihilo magis ei, ad quem transfugerat, fidus, quam illi, quem deseruerat. Darii prætores, qui prælio apud Isson superfuerant, cum omni manu, quæ fugientes sequuta erat, assumpta etiam Cappadocum et Paphlagonum juventute, Lydiam recuperare tentabant. Antigonus, prætor Alexandri, Lydiae praeerat : qui, quanquam plerosque militan ex praesidiis ad regem dimiserat, tamen, Barbaris spretis, in aciem suos eduxit. Eadem illic quoque fortuna partium fuit: tribus præliis alia atque alia regione commissis, Persæ funduntur. Eodem tempore classis Macedonum ex Græcia accita Aristomenem, qui ad Hellesponti oram recuperandam a Dario erat missus, captis ejus aut mersis navibus, superat. A Milesiis deinde Pharmabazus, praefectus persica classis, pecunia exacta, et præsidio in urbem Chium introducto, centum navibus Andrum et inde Syphnum petiit eas quoque insulas præsidiis occupat, pecunia multat. Magnitudo belli, quod ab opulentissimis Europæ Asiæque regibus, in spem totius orbis occupandi, gerebatur, Græciæ quoque et Creta arma commoverat. Agis, Lacedæmoniorum rex, octo millibus Græcorum, qui ex Cilicia profugi domos repetierant, contractis, bel lum Antipatro, Macedoniae praefecto, moliebatur. Creten

relle, du succès de laquelle dépendait la décision de tout ce qu'il y avait de différends à vider au reste du monde.

la bonté de la place, se résolurent de soutenir le siége; car le bras de mer dont nous avons parlé n'est pas si petit qu'il n'ait quatre stades de large, outre qu'il est fort exposé au vent du couchant, qui, étant de sa nature impétueux, roule des flots épouvantables contre son rivage: telle

au dessein qu'avaient les Macédoniens de joindre l'île à la terre ferme, que ce vent-là, vu que c'est tout ce que l'on peut faire dans une mertranquille que de réussir en ces sortes de travaux. Mais lorsque ce vent règne, s'il y a des matiè res entassées au fond du canal qui commencent à se lier, tout est entraîné par la violence des vagues. Il n'est point de chaussées si fortes qu'elles ne minent et ne renversent, soit en coulant entre les jointures des divers matériaux, soit en passant par-dessus l'ouvrage, quand le vent souffle avec plus de véhémence.

II. Déjà toute la Syrie et toute la Phénicie étaient réduites sous l'obéissance des Macédoniens, excepté la seule ville de Tyr; et le roi s'était venu camper en un endroit qui n'en est séparément qu'il n'y avait point de plus grand obstacle que par un petit bras de mer. Or, il semblait bien à cette grande et fameuse ville qu'ayant les avantages qu'elle avait par-dessus toutes les autres de ces deux belles provinces, elle devait entrer en l'alliance d'Alexandre, plutôt que de s'assujettir à sa domination. Elle lui envoya des ambassadeurs qui lui présentèrent une couronne d'or, et lui apportèrent toutes sortes de vivres en abondance pour le régaler et pour rafraîchir ses troupes. Il commanda que l'on reçût ces présents comme venant de ses amis, et traitant fort civilement les ambassadeurs, leur dit « qu'il voulait sacrifier à Hercule, le dieu que les Tyriens révéraient le plus ; que l'oracle même l'y exhortait, et que les rois de Macédoine croyaient en être descendus. Les ambassadeurs lui répondirent superbement qu'il y avait un temple d'Hercule hors la ville, en un lieu appelé Paletyr; que là il pour-ni aussi planter des échelles, à cause que le mur rait faire son sacrifice avec toutes les cérémonies requises. Alexandre, qui s'emportait assez aisément, ne put retenir sa colère. «Eh quoi! dit-il, sous ombre que vous habitez dans une île, vous penseriez donc mépriser une armée de terre! Je vous ferai bientôt sentir que vous êtes en terre ferme, et sachez que de gré ou de force j'entre-enfler le courage des Tyriens. C'est que les Carrai dans la ville. »

Les ayant renvoyés avec cette réponse, leurs amis firent ce qu'ils purent pour leur persuader d'ouvrir leurs portes à ce conquérant, sous les armes et la puissance duquel la Syrie et la Phénicie venaient de se ranger. Mais eux, se confiant en

ses, has aut illas partes sequuti, nunc Spartanorum, nunc Macedonum præsidiis occupabantur. Sed leviora inter illos fuere discrimina; unum certamen, ex quo cetera pendebant, intuente fortuna.

II. Jam tota Syria, jam Phonice quoque, excepta Tyro, Macedonum erant; habebatque rex castra in continenti, a quo urbem angustum fretum dirimit. Tyrus, et claritate et magnitudine ante omnes urbes Syriæ Phoenicesque memorabilis, facilius societatem Alexandri acceptura videbatur, quam imperium. Coronam igitur auream legati donum afferebant; commeatusque large et hospitaliter ex oppido advexerant. Ille dona ut ab amicis accipi jussit; benigneque legatos alloquutus, « Herculi, quem præcipue Tyrii colerent, sacrificare velle se dixit. Macedonum reges credere ab illo deo ipsos genus ducere: se vero ut id faceret etiam oraculo monitum. » Legati respondent, « esse templum Herculis extra urbem in ea sede quam Palætyron ipsi vocent: ibi regem deo sacrum rite facturum. » Non tenuit iram Alexander, cujus alioquin potens non erat. Itaque, « Vos quidem, inquit, fiducia loci, quod insulam incolitis, pedestrem hunc exercitum spernitis, sed brevi ostendam in continenti

Il y avait encore une autre difficulté qui n'était pas moindre que celle-là : c'est que la ville était battue des flots de tous côtés et la mer fort profonde en cet endroit, de sorte qu'on ne pouvait dresser les batteries que de loin sur des navires,

étant dans la mer, on n'eût su leur donner de pied. Outre que le roi n'avait point de vaisseaux; et quand il en eût eu, on n'eût su y asseoir les machines, ni les avancer, sans être incommodé des ennemis. D'ailleurs, il se rencontra encore une chose assez considérable qui aida bien à

thaginois avaient envoyé des ambassadeurs à Tyr pour y célébrer un sacrifice qu'ils faisaient tous les ans à la façon du pays, à cause que les Tyriens ont bâti Carthage, qui les a toujours révérés comme ses pères. Ces gens les exhortèrent de souffrir courageusement le siége, les assurant

vos esse; proinde sciatis licet, aut intraturum me urbem, aut oppugnaturum. » Cum hoc responso demissos monere cœperunt, ut regem quem Syria, quem Phonice recepisset, ipsi quoque urbem intrare paterentur. At illi, loco satis fisi, obsidionem ferre decreverunt. Namque urbem a continenti quatuor stadiorum fretum dividit, Africo maxime objectum, crebros ex alto fluctus in litus evolvit ; nec accipiendo operi, quo Macedones continenti insulam jungere parabant, quidquam magis, quam ille ventus obstabat, quippe vix leni et tranquillo mari moles agi possunt; Africus vero prima quæque congesta pulsu illisa maris subruit: nec ulla tam firma moles est, quam non exedant undæ per nexus operum manantes; et ubi acrior status exsistit, summi operis fastigio superfusæ. Præter hanc difficultatem haud minor alia erat: muros turresque" urbis præaltum mare ambiebat; non tormenta, nisi e navibus procul excussa, mitti, non scalæ mœnibus applicari poterant : præceps in salum murus pedestre interceperat iter; naves nec habebat rex, et, si admovisset, pendentes et instabiles missilibus arceri poterant. Inter quæ parva dictu res Tyriorum fiduciam accendit. Carthaginiensium

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