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Après avoir vaincu la contrée des Uxiores, il donne la

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liberté à Madates, qui en était gouverneur, à tous ceux qui s'étaient rendus et à tous les prisonniers, et les exempte, outre cela, de toutes sortes de tributs. Il veut entrer dans la Perse, mais Ariobarzane le contraint de se retirer. IV. Un prisonnier ayant montré un chemin qui était connu de peu de gens, Alexandre défait l'armée des Perses, et Ariobarzane même est tué dans le combat. V. Alexandre met en liberté 4,000 prisonniers Grecs, en allant à Persépolis. — VI. Après avoir pillé Persépolis, ville très-riche, il avance dans la Perse et subjugue les Mardes. I VII. Alexandre fait brûler le palais des rois de Perse, à la sollicitation de Thais et de quelques autres courtisanes qui suivaient le camp, et ensuite il fait résolution de poursuivre Darius. - VIII. Discours de Darius pour exhorter les siens au combat. IX. Diverses opinions des grands; trouble et tomulte sur le sujet de Nabarzanes, qui avait tramé une trahison avec Bessus. X. Cruelle délibération de Bessus et de Nabarzanes, pour trahir Darius ou pour le tuer. Ils la tiennent cachée par des moyens merveilleux. XI. L'on découvre à Darius les embùches des traîtres. Il refuse le secours des Grecs, qui était présent et assuré, et témoigne qu'il veut bien périr, si ses gens veulent sa perte. - XII. Bessus prend Darius, après l'avoir trompé par des larmes feintes et par des paroles dissimulées; et l'ayant fait lier avec des chaînes d'or, il le fait amener à Alexandre dans un chariot si indigne de lui, qu'on n'aurait eu garde de s'imaginer qu'il portait un si grand prince. -- XIII. Alexandre ayant su l'extrémité où était réduit Darius, marche contre l'armée des Perses. Mais Bessus et les autres parricides appréhendant ses armes et la présence des victorieux, lais

LIBER QUINTUS.

SOMMAIRE.

CAP. I. Dario Mediæ fines ingresso, Arbelis potitur Alexander et Babylone, cujus situs, amplitudo et corrupti mores describuntur. Exercitus suppletur augeturque. Præsides aliquarum regionum constituuntur. II. De virtute militari certantibus præmia proponit Alexander, et in disciplina militari non pauca mutat. Tum Susis et magnis thesauris potitus, Sysigambin, cui imprudens ægre fecerat, solatur.

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III. Uxiorum regione superata, Madatem præfectum ac deditos et captivos, Sysigambi deprecante, tum libertate, tum immunitate donat : Persidemque intrare meditatus, ab Ariobarzane retrocedere cogitur. IV. Captivo quodam iter paucis cognitum aperiente, Persarum exercitum, ipso Ariobarzane occiso, delet Alexander. V. Ad Persepolim properans, captivorum Græcorum IV millia liberat - vi. Persepoli opulentissima direpta, et Parsagadis cap. tis, cum thesauris in urbe utraque, interiorem Persidis regionem petit, ac Mardorum domat gentem. - VII. Alexander, in convivio a Thaide impulsus, Persarum regiam incendit; deinde novis militibus auctus Darium persequi statuit. VIII. Darii, suos ad ultimum prælium hortantis, oratio. IX. Variæ præfectorum Darii sententiæ ac tumultus, ob Nabarzanis, qui cum Besso proditionis societatem inierat, consilium X. Bessi et Nabarza

sent Darius percé de plusieurs coups, et tâchent de se sauver par la fuite. Alexandre ayant trouvé le corps de Darius, le pleure, et l'envoie à Sysigambis, afin de faire ses funérailles.

I. Si je voulais entreprendre de déduire, selon la suite des temps, tout ce qui s'est passé dans cet intervalle, tant en Grèce qu'en Illyrie et en Thrace, sous les auspices et par les ordres d'Alexandre, il faudrait de nécessité interrompre le fil des affaires de l'Asie, lequel, toutefois, il me semble plus à propos de conduire jusqu'à la fuite et à la mort de Darius, et d'exposer les choses tout entières à la vue du monde, afin que, comme elles sont liées et enchaînées les unes dans les autres, elles paraissent aussi conjointement dans l'histoire. C'est pourquoi je commencerai par celles qui dépendent de la bataille d'Arbelles.

Darius arriva sur le minuit en ce bourg-là, où la fortune avait jeté une grande partie de ses chefs et du débris de ses troupes. Les ayant assemblées, il leur représenta« qu'il ne doutait point qu'Alexandre n'allåt s'emparer des meilleures villes et des campagnes abondantes en toutes sortes de biens; que lui ni ses soldats ne songeaient qu'au riche butin qui s'offrait de tous côtés; mais qu'en l'état où il se trouvait, cela était son salut, parce qu'il aurait le loisir d'assurer sa retraite, de faire un camp volant et de gagner les déserts. Que les dernières parties de son royaume étaient encore en leur entier, où il remettrait aisément sur pied de nouvelles forces. Et que cependant cette insatiable nation vînt la bouche béante engloutir tous ses trésors qu'elle dévorait en espérance depuis si longtemps, et qu'elle se gorgeât d'or et d'argent; qu'il lui en

nis de Dario prodendo, aut custodiendo, nefaria deliberatio, quam miris artibus occultant. — XI. Insidiæ proditorum Dario aperiuntur, qui Græcorum respuit auxilium, paratus perire, si salvum esse nollent sui milites. - XII. Bessus Darium fictis verbis et lacrymis delusum comprehendit, aureisque vinctum compedibus in sordido vehiculo ad Alexandrum deducendum curat. XIII. Alexander, audito Darii periculo, ad Persarum exercitum contendit; Bessus autem, cum parricidis aliis arma vultumque metuens victoris, Darium, multis confossum vulneribus, relinquit, fugaque sibi consulere conatur.

I. Quæ interim ductu imperioque Alexandri, vel in Græcia, vel in Illyriis ac Thracia gesta sunt, si suis quæque temporibus reddere voluero, interrumpendæ sunt res Asia, Quas utique ad fugam mortemque Darii universas in conspectu dari, et, sicut inter se cohærent tempore, ita opere ipso conjungi, haud paulo aptius videri potest. Igitur ante, quæ prælio apud Arbela conjuncta sunt, ordiar dicere. Darius media fere nocte Arbela pervenit: eodemque magnæ partis amicorum ejus ac militum fugam fortuna compulerat ; quíbus convocatis exponit, «< haud dubitare se, quin Alexander celeberrimas urbes, agrosque, omni copia rerum abundantes, petiturus esset: prædam opimam paratamque ipsum et milites ejus spectare. Id

ferait bientôt rendre compte; que l'expérience qui porte les parfums et les gommes odorantes. lui avait appris que tout ce superbe attirail et Ces terres d'entre le Tigre et l'Euphrate sont si toute cette longue suite d'eunuques et de concu- grasses qu'ils disent qu'on est contraint de retibines n'étaient qu'embarras et que fardeaux inu- | rer le bétail des pâturages, de peur qu'il ne s'étiles, et qu'Alexandre, les traînant après soi, se- touffe de manger. Et cette grande fertilité vient rait vaincu par les propres instruments de sa de ces deux fleuves, qui par des veines d'eau huvictoire. » mectent presque tout ce terroir. Ils descendent des montagnes d'Arménie, puis venant à diviser leurs eaux, ils s'écartent fort l'un de l'autre et continuent ainsi leur cours. Ceux qui ont mesuré l'endroit le plus large de leur séparation, vers les montagnes d'Arménie, la font de deux mille cinq cents stades; mais quand ils commencent à traverser la Médie et la province des Gordiens, ils se rapprochent peu à peu; et plus ils vont en avant, plus ils serrent l'espace qui les sépare.

Ils jugèrent tous que cette harangue sentait le désespoir, et que d'abandonner Babylone, cette grande et opulente ville, au pouvoir de l'ennemi, c'était le rendre maître de Suze et du reste des places du royaume, qui faisaient tout le sujet de la guerre ; mais continuant, il leur remontra « que, dans les grandes calamités, il n'est pas question de chercher l'éclat des vaines apparences; qu'il faut aller au solide et ne s'attacher qu'aux choses nécessaires; que les batailles se gagnaient avec le fer et non pas avec l'or, à force d'hommes et non pas de maisons; et que tout était à la dévotion, de ceux qui avaient les armes à la main; que, par ce moyen, ses prédécesseurs ayant eu de mauvais succès au commencement, avaient bientôt réparé leurs pertes et rétabli leurs affaires. » Soit donc qu'en effet il eût rassuré leurs courages, ou qu'ils suivissent sa volonté plutôt que son conseil, il entra dans les confins de la Médie.

Peu de jours après, Arbelles se rendit à Alexandre. On y trouva quantité de précieux meubles de la couronne, quatre mille talents, avec tous les équipages et toutes les richesses de l'armée, qui avaient été renfermées en ce lieu-là, comme nous avons dit. Mais les maladies qui se mirent dans son camp, par l'infection des corps morts dont la campagne était couverte, le firent bientôt déloger de là. Il prit sa marche par les plaines, laissant à gauche l'Arabie, cette heureuse contrée

Le plus étroit est celui que l'on appelle Mésopotamie, parce qu'étant au milieu, ils l'enferment des deux côtés; de là, passant par les terres des Babyloniens, ils se précipitent dans la mer Rouge. En quatre jours de marche, le roi se rendit à la ville de Memnis, où l'on voit, au milieu d'une caverne, cette fameuse fontaine qui jette si grande quantité de bitume, que c'est une commune créance que les murs de Babylone, l'un des plus superbes ouvrages de l'univers, en ont été cimentés. Mais comme il prenait le chemin de Babylone, Mazée, qui s'y était réfugié après la journée d'Arbelles, se vint rendre à lui avec ses enfants déjà grands, et lui mit la ville entre les mains. Sa venue fut très-agréable au roi, parce que le siége d'une ville si forte et si bien munie n'eût pas été un petit ouvrage; outre qu'il était homme de grande condition, brave et vaillant, qui avait encore acquis beaucoup de réputation en la dernière bataille, et de qui l'exemple

morbis, quos odor cadaverum totis jacentium campis vulgaverat, maturius castra movit. Euntibus a parte læva, Arabia, odorum fertilitate nobilis regio, campestre iter est. Inter Tigrim et Euphraten jacentia tam uberi et pin

suis rebus tali in statu saluti fore, quippe se deserta cum expedita manu petiturum. Ultima regni adhuc intacta esse, inde bello vires haud ægre reparaturum. Occuparet sane gazam avidissima gens, et ex longa fame satiaret se auro, mox futura prædæ sibi : didicisse usu pretiosam supellec-gui solo sunt, ut a pastu repelli pecora dicantur, ne satietilem, pellicesque, et spadonum agmina nihil aliud fuisse, quam onera et impedimenta; eadem trahentem Alexandrum, quibus antea vicisset, inferiorem fore. Plena omnibus desperationis videbatur oratio; quippe Babylonem urbem opulentissimam dedi [cernentibus]; jam Susa, jam cetera ornamenta regni, causamque belli victorem occupaturum. At ille docere pergit, « non speciosa dictu, sed usu necessaria in rebus adversis sequenda esse. Ferro geri bella, non auro; viris, non urbium tectis: omnia sequi armatos. Sic majores suos, perculsos in principio rerum, celeriter pristinam reparasse fortunam. » Igitur, sive confirmatis eorum animis, sive imperium magis quam consilium sequentibus, Mediæ fines ingressus est. Paulo post Alexandro traduntur Arbela, regia supellectili ditique gaza repleta; quatuor millia talentum fuere; præterea pretiosæ vestes totius, ut supra dictum est, exercitus opibus in illam sedem congestis. Ingruentibus deinde

tas perimat. Causa fertilitatis est humor, qui ex utroque amne manat, toto fere solo propter venas aquarum resu. dante. Ipsi amnes ex Armeniæ montibus profluunt, ac magno deinde aquarum divortio iter, quod cepere, percurrunt; duo millia et D stadia emensi sunt, qui amplissimum intervallum circa Armeniæ montes notaverunt. lidem, quum Media et Gordiæorum terras secare cœperunt, paulatim in arctius coeunt, et quo longius manant, hoc angustius inter se spatium terræ relinquunt. Vicini maxime sunt his campis, quos incolæ Mesopotamiam appellant; mediam namque ab utroque latere concludunt. Iidem per Babyloniorum fines in Rubrum mare prorum. punt. Alexander quartis castris ad Memnin urbem pervenit. Caverna ibi est, ex qua fons ingentem vim bituminis effundit, adeo ut satis constet, babylonios muros ingentis operis hujus fontis bitumine interlitos esse. Ceterum Babylonem procedenti Alexandro Mazæus, qui ex acie in ur

pouvait porter plusieurs autres à faire comme lui. Il le reçut donc fort humainement lui et ses enfants, mais il ne laissa pas de faire entrer son armée dans la place en bataillon carré, marchant à la tête comme s'il fût allé au combat. La plupart des Babyloniens étaient montés sur les murailles, curieux de voir leur nouveau prince; et les autres étaient sortis au devant de lui, entre lesquels Bagophanes, gouverneur du château et gardien du trésor, ne voulant pas que Mazée eût l'avantage sur lui à témoigner son affection, avait fait joncher les chemins de fleurs et dresser des autels d'argent de chaque côté, qui ne fumaient pas seulement d'encens, mais de toutes sortes de précieuses odeurs.

Après lui suivaient ses présents. C'étaient des troupeaux de bêtes et des hordes de chevaux, avec des lions et des panthères que l'on portait dans leurs cages. Les mages marchaient ensuite, entonnant des hymnes à leur mode; puis les Chaldéens, et d'entre les Babyloniens les devins et les musiciens, chacun jouant de sa sorte d'instrument. Ce sont ceux qui font profession de chanter les louanges des rois, comme les Chaldéens de montrer les mouvements des astres et la vicissitude des saisons. La cavalerie babylobienne venait la dernière, en un si prompeux appareil, hommes et chevaux, que l'excès en allait au delà même de la magnificence. Le roi, au milieu de ses gardes, fit marcher le peuple à la queue de son infanterie, et sur un chariot entra dans la ville, et de là au palais, comme en triomphe. Le lendemain, il se fit représenter tous les meubles et toutes les finances de Darius.

Au reste, la beauté de cette superbe ville, pleine des merveilles de l'antiquité, attirait à soi

bem eam confugerat, cum adultis liberis supplex occurrit, urbem seque dedens. Gratus adventus ejus fuit regi; quippe magni operis futura erat obsidio tam munitæ urbis. Ad hoc vir illustris, et manu promptus, famaque etiam proximo prælio celebris, et ceteros ad deditionem sui incitaturus exemplo videbatur. Igitur hunc quidem benigne cum liberis excipit: ceterum quadrato agmine, quod ipse ducebat, velut in aciem irent, ingredi suos jubet. Magna pars Babyloniorum constiterat in muris, avida cognoscendi novum regem plures obviam egressi sunt. Inter quos Bagophanes, arcis et regiæ pecuniæ custos, ne studio a Mazao vinceretur, totum iter floribus coronisque constraverat; argenteis altaribus utroque latere dispositis, quæ non thure modo, sed omnibus odoribus cumulaverat. Eum dona sequebantur, greges pecorum equorumque; leones quoque et pardales caveis præferebantur; magi deinde suo more carmen canentes. Post hos Chaldæi, Babyloniorumque non vates modo, sed etiam artifices eum fidibus sui generis ibant. Laudes ii regum canere soliti Chaldæi siderum motus et statas temporum vices ostendere. Equites deinde babylonii, suo atque equorum cultu ad luxuriam magis, quam ad magnificentiam exacto, ultimi ibant. Rex, armatis stipatus, oppidanorum

l'admiration de tout le monde. Elle fut bâtie par Sémiramis, non, comme plusieurs ont cru, par Bélus, de qui le palais se voit encore. Ses murs sont de briques cimentées de bitume, et portent trente-deux pieds d'épaisseur; de sorte que deux chariots attelés de quatre chevaux de front, venant à se rencontrer, y passent à l'aise. Elles ont cinquante coudées de hauteur, et leurs tours sont de dix pieds plus hautes. L'enceinte est de trois cent soixante-huit stades, et l'on rapporte que la tâche était d'en faire un stade par jour. Les maisons ne touchent point aux murs, car il y a entre deux de grandes esplanades, de la longueur presque d'un arpent; même dans le corps de la ville tout n'est pas bâti. Il n'y a que l'espace de quatre-vingts stades d'habité, et encore les bâtiments ne tiennent point les uns aux autres, parce qu'on a jugé qu'il était plus sûr de les séparer ainsi; et c'est, à mon avis, à cause du feu. Ils labourent et sèment tout le reste, afin que, s'il leur survenait un siége, ils aient de quoi se nourrir du fond qui est dans l'enclos de leur ville.

L'Euphrate passe par le milieu, remparé de beaux quais et de larges et puissantes chaussées. Tous ces grands et somptueux ouvrages sont environnés de cavernes fort profondes, pour servir de réceptacle aux débordements impétueux de ce fleuve, qui, franchissant ses barrières, noierait la ville, s'il ne trouvait à se décharger dans ces lieux souterrains. Ils sont tous revêtus de brique et cimentés de bitume. Pour joindre les deux côtés de la ville il y a un pont de pierre, que l'on compte aussi entre les merveilles de l'Orient; car l'Euphrate charriant quantité de limon, il y a grand'peine à le vider, et à trouver

turbam post ultimos pedites ire jussit ipse cum curru urbem ac deinde regiam intravit. Postero die supellectilem Darii et omnem pecuniam recognovit. Ceterum ipsius urbis pulchritudo ac vetustas non regis modo, sed etiam omnium oculos in semet haud immerito convertit. Semiramis eam condiderat ; non, ut plerique credidere, Belus, cujus regia ostenditur. Murus instructus laterculo coctili, bitumine interlitus, spatium xxx et duorum pedum lati. tudinem amplectitur : quadrigæ inter se occurrentes sine periculo commeare dicuntur. Altitudo muri c cubitorum eminet spatio turres denis pedibus quam murus altiores sunt. Totius operis ambitus CCCLXVIII stadia complectitur : singulorum stadiorum structuram singulis diebus perfectam esse memoriæ proditum est. Ædificia non sunt admota muris, sed fere spatium unius jugeris absunt. Ac ne totam quidem urbem tectis occupaverunt; per xc stadia habitatur; nec omnia continua sunt; credo, quia tutius visum est, pluribus locis spargi ; cetera serunt coluntque, ut, si externa vis ingruat, obsessis alimenta ex ipsius urbis solo subministrentur. Euphrates interfluit, magnæque molis crepidinibus coercetur. Sed omnium operum magħitudinem circumveniunt cavernæ ingentes, in altitudinem pressæ ad accipiendum impetum fluminis; quod ubi appo

le tuf, ou le fond vif, pour des fondements de cette conséquence. D'ailleurs, il s'y amasse des sables qui, s'attachant par succession de temps aux arches du pont, arrêtent le cours de l'eau, dont la violence est d'autant plus grande qu'elle est moins libre dans son canal.

Le château a vingt stades de circuit, et ses tours ont trente pieds dans terre et quatre-vingts de hauteur. Sur le haut du château sont ces jardins suspendus que les fables des Grecs ont fait passer pour un miracle, égalant le faîte des murailles, et merveilleusement agréables par la quantité d'arbres hauts et touffus qui en couvrent les allées. Il y a de grosses colonnes de pierre qui soutiennent tout ce faix. Sur ces colonnes sont de grandes terrasses, ou plate-formes pavées de pierres plates et carrées, où l'on a jeté force bonne terre, qu'on arrose par des pompes et des aqueducs secrets. Elles portent des arbres d'une grosseur si prodigieuse, qu'ils ont des troncs épais de huit coudées et cinquante pieds de hauteur, et sont aussi couverts de fruits que s'ils étaient dans leur terroir naturel. Et bien que le temps mine peu à peu et détruise non-seulement ce qui est fait de la main des hommes, mais les ouvrages mêmes de la nature, si est-ce que cette grande masse, quoique pressée par les racines de tant d'arbres, et chargée du fardeau d'une si épaisse forêt, se conserve toujours en son entier, sans qu'elle se démente nulle part. Car elle est soutenue de vingt larges et fortes murailles, distantes d'onze pieds l'une de l'autre, et toutes faites à voûtes; si bien qu'à les voir de loin, on dirait que ce sont des forêts penchantes sur la croupe de leurs montagnes. On dit qu'un roi de

sitæ crepidinis fastigium excessit, urbis tecta corriperet, nisi essent specus lacusque, qui exciperent. Coctili laterculo structi sunt; totum opus bitumine adstringitur. Pons lapideus, flumini impositus, jungit urbem; hic quoque inter mirabilia Orientis opera numeratus est : quippe Euphrates altum limum vehit, quo penitus ad fundamenta jacienda egesto, vix sufficiendo operi firmum reperiunt solum ; arenæ autem subinde cumulatæ, et saxis, quibus pons sustinetur, adnexæ, morantur amnem; qui retentus acrius quam si libero cursu mearet, illiditur. Arcem quoque ambitu xx stadia complexam habet; xxx pedes in terrain turrium fundamenta demissa sunt ad LXXX summum munimenti fastigium pervenit, Super arce vulgatum Græcorum fabulis miraculum, pensiles horti sunt, summam murorum altitudinem æquantes, multarumque arborum umbra et proceritate amœni. Saxo pilæ, quæ totum onus sustinent, instructæ sunt: super pilas lapide quadrato solum stratum est, patiens terræ, quam altam injiciunt, et humoris, quo rigant terras: adeoque validas arbores sustinent moles, ut stipites earum vIII cubitorum spatium crassitudine æquent, in L pedum altitudinem emineant, et frugiferæ æque sint, ac si terra sua alerentur. Et quum vetustas non opera solum manu facta, sed etiam ipsam naturam paulatim exedendo perimat, hæc

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Syrie, régnant en Babylone, fit bâtir ces superbes jardins, vaincu par l'amour et par les prières de sa femme, laquelle, aimant passionnément les bois et les délices de la campagne, voulut jouir dans la ville du plaisir des champs, et lui persuada d'imiter, par un si rare artifice, les beautés de la nature.

Le roi s'arrêta plus longtemps en cette ville qu'en nul autre lieu, et jamais séjour ne fut plus pernicieux à la discipline militaire. Il n'est rien de si corrompu que les mœurs de ce peuple, rien de plus savant aux plaisirs et aux voluptés les plus dissolues. Les pères et les mères, et les maris même, souffrent que leurs enfants et leurs femmes se prostituent à leurs hôtes pour de l'argent. Les rois et les satrapes de Perse n'aiment rien tant que la licence de leurs festins; mais les Babyloniens principalement se plongent dans l'ivrognerie et dans tous les désordres qui la suivent. Les femmes qui hantent ces assemblées s'y présentent d'abord avec une contenance fort modeste; mais après elles quittent leur robe, puis le reste de leurs habits, dépouillant peu à la pudeur, jusqu'à ce qu'enfin ce qui soit dit sans offenser les chastes oreilles elles se mettent toutes nues. Et ce ne sont pas des femmes publiques qui exercent cet infâme métier : ce sont les dames les plus honorables, à qui, aussi bien qu'à leurs maris, cette horrible prostitution passe pour courtoisie et pour une grande civilité.

Il est certain que cette armée victorieuse de l'Asie, après s'être détrempée par l'espace de trentequatre jours dans toutes sortes de débauches, se fût trouvée bien affaiblie pour fournir au reste de ses exploits, si elle eût eu un ennemi en tête ;

moles, quæ tot arborum radicibus premitur, tantique nemoris pondere onerata est, inviolata durat ; quippe xx lati parietes sustinent, undecim pedum intervallo distantes, ut procul visentibus sylvæ montibus suis imminere videantur. Syriæ regem, Babylone regnantem, hoc opus esse molitum, memoriæ proditum est, amore conjugis victum, quæ, desiderio nemorum sylvarumque in campestribus locis, virum compulit amœnitatem naturæ genere hujus operis imitari. Diutius in hac urbe quam usquam constitit rex: nec ullus locus disciplinæ militari magis nocuit. Nihil urbis ejus corruptius moribus, nihil ad irritandas illiciendasque immodicas voluptates instructius. Liberos conjugesque cum hospitibus stupro coire, modo pretium flagitii detur, parentes maritique patiuntur. Convivales ludi tota Perside regibus purpuratisque cordi sunt: Babylonii maxime in vinum, et quæ ebrietatem sequuntur, effusi sunt. Feminarum, convivia ineuntium, in principio modestus est habitus; dein summa quæque amicula exuunt, paulatimque pudorem profanant: ad ultimum (honos auribus sit) ima corporum velamenta projiciunt ; nec meretricum hoc dedecus est, sed matronarum virginumque, apud quas comitas habetur vulgati corporis vilitas. Inter hæc flagitia exercitus ille domitor Asiæ, per xxxiv dies saginatus, ad ea, quæ sequebantur, discrimina haud dubie debilior fų

mais il lui venait de temps en temps de nouvelles forces, qui faisaient qu'elle se sentait moins du dommage que lui firent ces délices. Car Amyntas, fils d'Andromène, amena six mille hommes de pied et cinq cents chevaux Macédoniens qu'Antipater envoyait, et six cents chevaux Thraces, avec trois mille cinq cents fantassins de la même nation. Il était aussi arrivé du Péloponnèse quatre mille hommes soudoyés et trois cent quatrevingts chevaux.

Ce même Amyntas avait encore amené au roi cinquante jeunes hommes, fils des plus grands seigneurs de Macédoine, pour la garde du corps. Ce sont ceux qui le servent à table, qui lui mènent ses chevaux quand il va au combat, qui le suivent à la chasse, et qui font la garde jour et nuit à la porte de sa chambre. Et c'est là l'entrée et comme le premier degré pour monter un jour aux hautes charges de gouverneurs de provinces et de généraux d'armée. Le roi laissant Agathon pour commander dans la forteresse de Babylone, avec sept cents Macédoniens et trois cents soldats étrangers, établit Ménès et Apollodore ses lieutenants tant au pays qu'en la ville. Il leur donna deux mille hommes de pied et mille talents, avec ordre de faire des recrues. Il fit Mazée satrape de Babylone, et commanda à Bagophanes, qui lui avait rendu le château, de le suivre. L'Arménie fut assignée à Mithrènes, qui lui avait livré la ville de Sardes; et de l'argent de Babylone il en fit largesse aux soldats, donnant six cents deniers à chaque cavalier Macédonien, cinq cents à chaque étranger, et à chaque homme de pied deux cents, outre la paye ordinaire de ceux qui étaient à sa solde.

turus fuit, si hostem habuisset. Ceterum, quo minus damnum sentiret, identidem incremento novabatur. Namque Amyntas Andromenis ab Antipatro Macedonum peditum sex millia adduxit; D præterea ejusdem generis equites; cum his DC Thracas, adjunctis peditibus suæ gentis i millibus et D; et ex Peloponneso mercenarius miles ad Iv millia advenerat, cum CCCLXXX equitibus. Idem Amyntas adduxerat u principum Macedoniæ liberos adultos ad custodiam corporis; quippe inter epulas hi sunt regis ministri: iidemque equos ineunti prælium admovent, venantemque comitantur, et vigiliarum vices ante cubiculi fores servant magnorumque præfectorum et ducum hæc incrementa sunt et rudimenta. Igitur arci babyloniæ rex Agathone præsidere jusso, cum DCC Macedonum trecentisque mercede conductis; prætores, qui regioni babyloniæ ac Ciliciæ præessent, Menetem et Apollodorum reliquit. His duo millia peditum dat cum mille talentis: utrique præceptum, ut in supplementum milites legerent. Mazæum transfugam satrapea Babyloniæ donat; Bagophanem, qui arcem tradiderat, se sequi jussit: Armenia Mithreni Sardium proditori data est. Ex pecunia deinde, Babyloniæ tradita, Macedonum equitibus sexceni denarii tributi; peregrinus eques quingenos accepit: ducenis pedestrium xx stipendium mensum est.

II. Ayant ainsi ordonné de ses affaires, il arriva en la province nommée Satrapène, pays gras et abondant en vivres et en toutes sortes de choses; cela fit qu'il y séjourna plus longtemps; et de peur que l'oisiveté ne vint à ramollir les courages, il proposa des prix et donna des juges à ceux qui voudraient disputer de la gloire de leurs exploits. Aux huit qui seraient jugés les plus vaillants, il donnait à chacun un régiment de mille hommes, et on les appelait chiliarques. C'était la première fois qu'on avait divisé les troupes de cette sorte, parce qu'auparavant les régiments n'étaient que de cinq cents hommes, et n'avaient point encore été le prix de la valeur. Tous les soldats accoururent à cet illustre combat, pour y assister non-seulement comme spectateurs, mais comme témoins des faits de chacun, et prétendant même être juges des juges; car ils savaient ceux qui s'étaient signalés entre tous les autres, et l'on ne pouvait pas ignorer si les récompenses seraient données au mérite ou à la faveur. Celui qu'on jugea digne du premier prix, comme le plus vaillant, fut le vieux Adarchias, qui devant Halicarnasse, quand la jeunesse låcha le pied, lui fit tourner tête et la ramena au combat. Antigène eut le second, Philotas Angée le troisième; on donna le quatrième à Amyntas, l'autre à Antigonus; à Lyncestes Amyntas celui d'après; Théodote tint le septième, et Hellanicus le dernier.

Il changea aussi, et très-utilement, beaucoup de choses en la discipline militaire établies par ses prédécesseurs ; car, au lieu que dans la cavalerie chaque nation se rangeait à part sous sa cornette, et n'était commandée que par un

II. His ita compositis, in regionem, quæ Satrapene vocatur, pervenit; fertilis terra, copia rerum et omni commeatu abundans. Itaque diutius ibi substitit; ac ne desides otio demitterent animos, judices dedit, præmiaque proposuit de virtute militari certantibus. Novem, qui fortissimi indicati essent, singulis militum millibus præfuturi erant; chiliarchas vocabant; tum primum in hunc numerum copiis distributis namque antea quingenaria cohortes fuerant, nec fortitudinis præmia cesserant. In, gens militum turba convenerat, egregio interfutura certamini, testis eadem cujusque factorum, et de judicibus latura sententiam; quippe verone an falso honos cuique haberetur, ignorari non poterat. Primus omnium virtutis causa donatus est Adarchias senior, qui .omissum apud Halicarnasson a junioribus prælium unus maxime accenderat; proximus ei Antigenes visus est tertium locum Philotas Angeus obtinuit: quartus Amyntæ datus est: post hos Antigonus, et ab eo Lyncestes Amyntas fuit : septimum locum Theodotus; ultimum obtinuit Hellanicus. In disciplina quoque militaris rei, pleraque a majoribus tradita utiliter mutavit. Nam quum ante equites in suam quisque gentem describerentur seorsum a ceteris, exempto nationum discrimine, præfectis, non utique suarum gentium, sed delectis, attribuit. Tuba, quum castra

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