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ques-uns de ceux qui avaient partagé son exil voulaient faire périr ceux avec qui on s'était réconcilié. Il opposa l'autorité publique à ces violences, et assura l'effet de ses promesses.

IV. Pour prix de tant de services, le peuple lui décerna une couronne d'honneur formée de deux rameaux d'olivier; et comme cette récompense n'était pas arrachée par la force, mais qu'elle lui était offerte par l'amour de ses concitoyens, elle le couvrit de gloire sans exciter l'envie. Pittacus, que l'on met au nombre des sept sages de la Grèce, avait donc raison de répondre aux Mityléniens qui lui offraient plusieurs milliers d'arpents de terre : « Ne me donnez pas, je vous prie, « ce que plusieurs m'envieraient et ce qui serait «< convoité du plus grand nombre. Je n'accepte « que cent arpents. C'est assez pour témoigner de « ma modération et de votre bienveillance. Un petit présent se conserve, un trop grand nous « est bientôt enlevé. » Content de cette couronne, Thrasybule ne prétendit rien de plus; il se crut aussi honoré qu'un citoyen pouvait l'être. Quelque temps après il fut nommé préteur, et aborda en Cilicie avec une flotte; mais son camp étant gardé avec négligence, les barbares en profitèrent pour faire une sortie pendant la nuit, et le tuèrent dans sa tente.

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CONON.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Conon rend de grands services à sa patrie, dans

eo in exsilio fuerant, cædem facere eorum vellent, cum quibus in gratiam reditum erat; publice prohibuit, et id, quod pollicitus erat, præstitit.

IV. Huic, pro tantis meritis, honoris corona a populo data est, facta duabus virgulis oleaginis: quæ, quod amor civium, non vis, expresserat, nullam habuit invidiam, magnaque fuit gloria. Bene ergo Pittacus ille, qui septem❘ sapientum numero est habitus, quum ei Mitylenæ multa millia jugerum agri muneri darent, « Nolite, oro vos, inquit, id mihi dare, quod multi invideant, plures etiam concupiscant: quare ex istis nolo amplius quam centum jugera, quæ et meam animi æquitatem, et vestram voluntatem indicent. Nam parva munera, diutina; locupletia, non propria esse consueverunt. » Illa igitur corona contentus Thrasybulus, neque amplius requisivit, neque quem. quam honore se antecessisse existimavit. Hic, sequenti tempore, quum prætor classem ad Ciliciam appulisset, neque satis diligenter in castris ejus agerentur vigiliæ, a barbaris, ex oppido noctu eruptione facta, in tabernaculo interfectus est.

CONON.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Peloponnesio bello bene de republica meretur Conon. - II. Afflictis patriæ rebus, Pharnabazo contra Spartanos

la guerre du Péloponnèse. — II. Après la ruine d'Athè. II. I nes, il sert Pharnabaze contre les Spartiates. correspond, par écrit, avec Artaxerxès, pour accuser Tissapherne. IV. Il défait les Spartiates près de Cnide. Affranchissement de la Grèce, et rétablissement des murs d'Athènes. - V. Conon est jeté dans les fers par Tiribaze, lorsqu'il allait rendre aux Athéniens l'Ionie et l'Éolie.

I. Conon entra dans les affaires pendant la guerre du Péloponnèse, dans laquelle il rendit de grands services. Il commanda les armées de terre en qualité de préteur, et se distingua sur mer comme chef de la flotte. On l'en récompensa par un honneur particulier, qui fut d'être nommé seul gouverneur de toutes les îles. Pendant son gouvernement il prit Phères, colonie des Lacédémoniens. Il était préteur sur la fin de la guerre du Péloponnèse, lorsque les Athéniens furent défaits par Lysandre, près du fleuve Ægos. Mais il était absent lorsqu'on livra bataille; et son absence fut un grand malheur, car c'était un général habile et diligent, et personne ne doutait que les Athéniens eussent évité ce désastre, s'il se fût trouvé au combat.

II. Après cette bataille, Conon apprenant qu'Athènes était assiégée, ne chercha pas un asile où il fût en sûreté, mais un lieu d'où il pût servir sa patrie. Il se retira auprès de Pharnabaze, parent et gendre du roi de Perse, et sut gagner ses bonnes grâces par les travaux et les périls auxquels il s'exposa. Après la défaite des Athéniens, les Spartiates renoncèrent à l'alliance d'Artaxerxès, poussés par Tissapherne, qui, d'ami intime du roi de Perse, était devenu son ennemi.

usui fuit. III. Tissaphernem accusaturus, per litteras agit cum Artaxerxe. IV. Spartanos vincit apud Cnidum Græcia liberatur et muri, Atheniensium reficiuntur. V. Ioniam et Eoliam Atheniensibus restiturus, a Tiribazo in vincula conjicitur.

I. Conon, Atheniensis, Peloponnesio bello accessit ad rempublicam, in eoque ejus opera magni fuit. Nam et prætor pedestribus exercitibus præfuit, et præfectus classis res magnas mari gessit. Quas ob causas præcipuus ei honos habitus est. Namque omnibus unus insulis præfuit. In qua potestate Pheras cepit, coloniam Lacedæmoniorum. Fuit etiam extremo Peloponnesio bello prætor, quum apud Ægos flumen copia Atheniensium a Lysandro sunt devictæ. Sed tum abfuit, eoque pejus res adminis trala est. Nam et prudens rei militaris, et diligens erat imperii. Itaque nemini erat his temporibus dubium, si affuisset, illam Athenienses calamitatem accepturos non fuisse.

II. Rebus autem afflictis, quum patriam obsideri audisset, non quæsivit, ubi ipse tuto viveret, sed unde præsidio posset esse civibus suis. Itaque contulit se ad Pharnabazum, satrapem Ioniæ et Lydiæ, eumdemque generum regis et propinquum apud quem ut multum gratia valeret, multo labore multisque effecit periculis. Nam, quum Lacedæmonii, Atheniensibus devictis, in societate non manerent, quam cum Artaxerxe fecerant, Agesilaumque bellatum misissent in Asiam, maxime impulsi a Tissapherne, qui ex intimis regis ab amicitia ejus defecerat, et cum Lacedæ

Ils avaient envoyé Agésilas porter la guerre en Asie. Pharnabaze lui fut opposé comme général, mais, en réalité, c'était Conon qui commandait l'armée et dont la volonté dirigeait tout. Il embarrassa beaucoup Agésilas, et traversa souvent les desseins de cet habile capitaine, qui sans lui aurait infailliblement enlevé au roi de Perse l'Asie jusqu'au mont Taurus. Agésilas ayant été rappelé par ses concitoyens pour marcher contre les Béotiens et les Athéniens qui venaient de leur déclarer la guerre, Conon n'en resta pas moins auprès des lieutenants du roi, et continua à leur rendre les plus grands services.

III. La défection de Tissapherne était manifeste, que le roi en doutait encore. Les services qu'il avait rendus parlaient en sa faveur après la trahison. Du reste, il n'était pas surprenant que le roi hésitât à croire coupable celui qui avait été l'instrument de sa victoire sur son frère Cyrus. Pharnabaze chargea Conon d'aller accuser Tissapherne auprès d'Artaxerxès. A son arrivée, il s'adressa, suivant l'usage des Perses, au chiliarque, nommé Tithrausthès, officier qui occupait la seconde place de l'empire, et lui dit qu'il désirait parler au roi; car on n'a point audience sans le chiliarque. « Je suis prêt à vous introduire, répondit Tithrausthès; mais réfléchissez si, au « lieu de lui parler, vous n'aimeriez pas mieux « lui écrire ce que vous avez à lui communiquer. « Si vous paraissez en sa présence, il faudra l'a« dorer (c'est-à-dire, en grec, se prosterner); et peut-être vous en coûterait-il de vous confor« mer à cet usage. Donnez-moi vos instructions, et votre but n'en sera pas moins rempli. — Je n'ai aucune répugnance, dit Conon, à rendre

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moniis coierat societatem, hunc adversus Pharnabazus habitus est imperator; re quidem vera exercitui præfuit Conon, ejusque omnia arbitrio gesta sunt. Hic multum ducein summum Agesilaum impedivit, sæpeque ejus consiliis obstitit. Neque vero non fuit apertum, si ille non fuisset, Agesilaum Asiam, Tauro tenus, regi fuisse erepturum. Qui posteaquam domum a suis civibus revocatus est, quod Boolii et Athenienses Lacedæmoniis bellum indixerant, Conon nihilo secius apud præfectos regis versabatur, hisque omnibus maximo erat usui.

III. Defecerat a rege Tissaphernes, neque id tam Artaxerxi, quam ceteris, erat apertum. Multis enim magnisque meritis apud regem, etiam quum in officio non maneret, valebat. Neque id mirandum, si non facile ad credendum adducebatur, reminiscens ejus se opera Cyrum fratrem superasse. Hujus accusandi gratia Conon a Pharnabazo ad regem missus, posteaquam venit, primum, ex more Persarum, ad chiliarchum, qui secundum gradum imperii tenebat', Tithrausten, accessit, seque ostendit cum rege colloqui velle. Nemo enim sine hoc admittitur. Huic ille inquit: « Nulla mora est; sed tu delibera utrum colloqui malis, an per litteras agere, quæ cogitas. Necesse est enim, si in conspectum veneris, venerari te regem (quod лрoσxʊverv illi vocant). Hoc si tibi grave est, per me nihilo secius editis mandatis conficies, quod studes. » Tum Conon :

«

« au roi les honneurs qui lui sont dus, mais, citoyen d'une ville habituée à commander aux « autres peuples, je craindrais de l'avilir si j'a« bandonnais ses usages pour me conformer à «< ceux des étrangers » Il lui remet par écrit ce qu'il voulait.

IV. Le roi ayant lu la lettre de Conon, en fut si ému qu'il ne douta plus de la trahison de Tissapherne. Il donna ordre de faire la guerre aux Lacédémoniens et dit à Conon de choisir un trésorier. Conon s'y refusa, prétendant que ce soin appartenait au monarque, plus capable que personne de juger du mérite de ses sujets. Il lui conseilla cependant de nommer Pharnabaze. Artaxerxès le combla de présents, et l'envoya sur les côtes pour exiger des habitants de Chypre, de Phénicie et des autres villes maritimes, un certain nombre de galères destinées à former une flotte pour l'été suivant. Pharnabaze lui fut adjoint, comme il l'avait demandé. Les Lacédémoniens, apprenant ces nouvelles, se préparent de leur côté; non sans inquiétude, car cette guerre leur paraissait plus grave que s'ils n'eussent eu affaire qu'aux barbares. Ils voyaient à la tête des armées royales un général courageux et habile, qui aurait sur eux l'avantage du talent et du nombre. Ils équipèrent une grande flotte, et partirent sous la conduite de Pisandre. Conon, les ayant attaqués près de Cnide, les mit en fuite après un combat sanglant, prit plusieurs vaisseaux et en coula à fond un plus grand nombre. Cette victoire rendit la liberté, non-seulement à Athènes, mais à toute la Grèce, opprimée par les Spartiates. Conon revint dans sa patrie avec une partie des vaisseaux, fit relever à la fois les

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Enimvero, inquit, non est grave quemvis honorem habere regi; sed vereor, ne civitati meæ sit opprobrio, si, quum ex ea sim profectus, quæ ceteris gentibus imperare consueverit, potius barbarorum, quam illius more fungar.» Itaque huic, quæ volebat, scripta tradidit.

IV. Quibus cognitis, rex tantum auctoritate ejus motus est, ut et Tissaphernem hostem judicaverit, et Lacedæmonios bello persequi jusserit, et ei permiserit, quem vellet, eligere ad dispensandam pecuniam. Id arbitrium Conon negavit sui esse consilii, sed ipsius, qui optime suos nosse deberet: sed se suadere, Pharnabazo id negotii daret. Hinc, magnis muneribus donatus, ad mare est missus, ut Cypriis et Phonicibus, ceterisque maritimis civitatibus naves longas imperaret, classemque, qua proxima æstate mare tueri posset, compararet, dato adjutore Pharnabazo, sicut ipse voluerat. Id ut Lacedæmoniis est nuntiatum, non sine cura rem administrarunt, quod majus bellum imminere arbitrabantur, quam si cum barbaro solum contenderent. Nam ducem fortem et prudentem regiis opibus præfuturum, ac secum dimicaterum videbant: quem neque consilio, neque copiis superare possent. Hac mente magnam contrahunt classem; proficiscuntur, Pisandro duce. Hos Conon apud Cuidum adortus magno prælio fugat, multas naves capit, complures deprimit. Qua victoria non solum Athenær, sed etiam cunta Græcia,

murs d'Athènes et ceux du Pirée, détruits par Lysandre, et fit don à ses concitoyens de cinquante talents qu'il avait reçus de Pharnabaze.

V. Il arriva à Conon ce qui arrive à tous les hommes, de supporter le bonheur avec moins de sagesse que l'adversité. Se regardant comme le vengeur de sa patrie, après la défaite des Lacédémoniens, il forma des projets dont l'exécution était au-dessus de ses forces. Ces projets d'ailleurs n'avaient rien d'impie ni de blâmable, puisqu'il préférait l'agrandissement de son pays aux intérêts du roi. Sa victoire de Cnide lui ayant donné une grande influence non-seulement sur les barbares, mais sur tous les peuples de la Grèce, il travailla secrètement à faire rendre aux Athéniens l'Ionie et l'Éolie. Mais son dessein ne fut pas caché avec assez de soin. Tiribaze, qui commandait à Sardes, l'appela près de lui, sous prétexte de l'envoyer vers le roi pour une affaire importante. Conon, obéissant à ce message, fut, en arrivant, jeté dans une prison où il resta quelque temps. Plusieurs écrivains ont dit qu'il fut conduit à la cour, et qu'il y périt. Mais l'historien Dinon, celui qui me paraît le plus croyable sur les affaires de Perse, prétend qu'il s'enfuit. Il ignore si ce fut du consentement de Tiribaze ou à son insu.

quæ sub Lacedæmoniorum fuerat imperio, liberata est. Conon cum parte navium in patriam venit; muros dirutos a Lysandro, utrosque et Piræei et Athenarum, reficiendos curat, pecuniæque quinquaginta talenta, quæ a Pharnabazo acceperat, civibus suis donat.

V. Accidit huic, quod ceteris mortalibus, ut inconsideratior in secunda, quam in adversa, esset fortuna. Nam, classe Peloponnesiorum devicta, quum ultum se injurias patriæ putaret, plura concupivit, quam efficere potuit. Neque tamen ea non pia et probanda fuerunt, quod potius patriæ opes augeri, quam regis, maluit. Nam quum ma gnam auctoritatem sibi pugna illa navali, quam apud Cnidum fecerat, constituisset, non solum inter barbaros, sed etiam inter omnes Græciæ civitates, clam dare operam cœpit, ut Ioniam et Æoliam restitueret Atheniensibus. Id quum minus diligenter esset celatum', Tiribazus, qui Sardibus præerat, Cononem evocavit, simulans ad regem eum se mittere velle, magna de re. Hujus nuntio parens quum venisset, in vincula conjectus est in quibus aliquandiu fuit. Inde nonnulli eum ad regem abductum, ibique periisse, scriptum reliquerunt. Contra ea Dinon historicus, cui nos plurimum de Persicis rebus credimus, effugisse scripsit : illud addubitat, utrum Tiribazo sciente, an imprudente, sit factum.

DION.

SOMMAIRE.

II.

CHAP. I. Dion, allié et confident des deux Denys. Disciple et ami de Platon. — III. Il obtient le retour de Platon; il s'attire l'inimitié de Denys le jeune ; Philistus traverse ses projets. IV. Il est déporté à Corinthe; Denys donne un autre époux à sa femme, et fait corrompre les mœurs de son fils. — V. Maître de Syracuse, il réduit le tyran à recevoir ses conditions. VI. Son affliction en apprenant la mort de son fils. Le meurtre d'Héraclide détruit sa popularité. VII. Il gagne les soldats par ses largesses, perd la faveur des grands, et reçoit le nom odieux de tyran. VIII. Il tombe dans les piéges de Callicrate. IX. Il est assassiné dans sa maison un jour de fête. X. Après sa mort, tumulte, massacre; il est regretté.

I. Dion, fils d'Hipparinus, naquit à Syracuse et se trouva, pour ainsi dire, complice de la tyrannie des deux Denys. Le premier Denys épousa Aristomaque, sœur de Dion, et en eut deux fils, Hipparinus et Nysée, et deux filles, Sophrosyne et Arété. Il maria la première à Denys son fils, auquel il laissa son royaume; et la seconde à Dion. A cette haute alliance, à la noblesse de ses ancêtres, Dion joignait d'autres avantages qu'il tenait de la nature; un génie souple, un caractère affable, un esprit facile et capable des plus hautes études, et ce qui n'est pas moins avantageux, un extérieur plein de dignité. Il avait en outre de grandes richesses que son père lui avait laissées, et qui s'étaient accrues des libéralités du tyran. Il était très-cher à Denys à cause de ses mœurs et de

DION.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Dionysiorum affinis et intimus Dion. II. Platonis discipulus et amicus. · III. Platonis reditum obtinet; Minorem Dionysium offendit; et Philistus adversatur. - IV. Corinthum deportatur. Uxor traditur alii; filius corrumpitur. V. Syracusarum potitur; tyrannum ad pactiones adigit.-VI. Morte filii tristatur. Heraclidis cæde populum a se alienat. VII. Largitionibus militem conciliat, amittit optimates, tyrannus non ferendus audit. VIII. Callicratis insidiis decipitur. IX. Domi suæ die festo occiditur. X. Post ejus necem fit tumultus et cædes. Desiderium mortui sequitur.

I. Dion, Hipparini filius, Syracusanus, nobili genere natus, utraque implicatus tyrannide Dionysiorum. Namque ille superior Aristomachen, sororem Dionis, habuit in matrimonio: ex qua duos filios, Hipparinum et Nysæum, procreavit ; totidemqué filias, nomine Sophrosynen et Areten; quarum priorem Dionysio filio, eidem, cui regnum reliquit, nuptum dedit; alteram, Areten, Dioni. Dion autem, præter nobilem propinquitatem, generosamque majorum famam, multa alia ab natura habuit bona: in his ingenium docile, come, aptum ad artes optimas; magnam corporis dignitatem, quæ non minimum com mendatur; magnas præterea divitias a patre relictas, quas ipse tyranni muneribus auxerat. Erat intimus Dionysio priori, neque minus propter mores, quam affinitatem.

leur parenté. Pour lui, quoiqu'il condamnât la cruauté de Denys, l'intérêt de sa propre famille et cette qualité de parent qui les unissait l'un à l'autre lui faisaient prendre soin de sa conservation. Il était consulté dans toutes les affaires difficiles, et le tyran suivait volontiers ses avis, lorsque la passion ne l'égarait pas. Chargé des ambassades les plus importantes, il couvrait par son exactitude à les remplir, par sa probité dans les négociations et l'affabilité de son caractère, ce qu'il y avait d'odieux dans ce nom de tyran. Lorsqu'il fut envoyé par Denys à Carthage, il inspira aux Carthaginois plus d'admiration et d'estime qu'ils n'en avaient jamais eu pour un Grec.

II. Denys ne l'ignorait pas, et sentait lui-même combien le mérite de Dion donnait d'éclat à sa couronne. Aussi l'aimait-il comme il n'aima jamais personne : il avait pour lui toute la tendresse d'un père. La nouvelle s'étant répandue en Sicile que Platon était arrivé à Tarente, il ne put refuser au jeune Dion, qui brûlait du désir de l'entendre, la permission de le faire venir. D'après ses ordres, Platon fut conduit en grande pompe à Syracuse, et Dion conçut pour lui tant d'estime et d'admiration, qu'il s'abandonna entièrement à ses conseils. De son côté Platon ne fut pas moins charmé de Dion, car il voulut bien céder à ses prières et revenir à Syracuse, malgré l'outrage qu'il avait reçu du tyran, Denys l'ayant fait vendre comme esclave lorsqu'il retournait à Athènes. Sur ces entrefaites, Denys tomba malade; et comme le mal paraissait grave, Dion interrogea les médecins, les priant, si le danger venait à augmenter, de ne pas le lui cacher. Il voulait, disait-il, l'entretenir

Namque, etsi Dionysii crudelitas ipsi displicebat, tamen salvum esse propter necessitudinem, magis etiam suorum causa, studebat. Aderat in magnis rebus; ejusque consilio multum movebatur tyrannus, nisi qua in re major ipsius cupiditas intercesserat. Legationes vero, quæ essent illastriores, per Dionem administrabantur : quas quidem ille diligenter obeundo, fideliter administrando, crudelissi mum nomen tyranni sua humanitate tegebat. Hunc, a Dionysio missum, Carthaginienses suspexerunt, ut neminem unquam græca lingua loquentem magis sint admirati.

II. Neque vero hæc Dionysium fugiebant : nam quanto esset sibi ornamento, sentiebat. Quo fiebat, ut uni huic maxime indulgeret, neque eum secus diligeret ac filium. Qui quidem, quum Platonem Tarentum venisse fama in Siciliam esset perlata, adolescenti negare non potuit, quin eum arcesseret, quum Dion ejus audiendi cupiditate flagraret. Dedit ergo huic veniam, magnaque eum ambitione Syracusas perduxit. Quem Dion adeo admiratus est atque adamavit, ut se totum ei traderet. Neque vero minus Plato delectatus est Dione. Itaque, quum a Dionysio ty. ranno crudeliter violatus esset, quippe quem venundari jussisset, tamen eodem rediit, ejusdem Dionis precibus adductus. Interin in morbum incidit Dionysius. Quo quum graviter conflictaretur, quæsivit a medicis Dion quemadmodum se haberet? simulque ab his petiit, « si forte majori

sur le partage du royaume, parce qu'il lui semblait juste que les enfants nés du mariage de sa sœur avec Denys eussent une portion de l'héritage paternel. Ces paroles ne demeurèrent pas secrètes elles furent rapportées par les médecins au fils du tyran, qui en conçut de vives alarmes. Afin d'empêcher toute conférence entre Dion et son père, il força les médecins de donner au malade un breuvage assoupissant. Le vieillard parut alors tomber dans un profond sommeil, et mourut.

III. Tel fut le principe de la haine qui subsista entre Dion et Denys, et que plusieurs circonstances augmentèrent dans la suite. Elle fut déguisée d'abord sous les apparences de l'amitié; et Dion ayant prié Denys de faire revenir Platon à Syracuse, afin de profiter de ses avis, celui-ci, qui voulait imiter son père en quelque chose, se rendit aux instances de Dion. Il rappela en même temps l'historien Philistus, homme non moins dévoué à la tyrannie qu'au tyran. J'ai parlé de lui avec détail dans mon livre sur les historiens. Platon acquit une telle influence sur Denys par sa sagesse et son éloquence, qu'il lui persuada d'abdiquer la tyrannie et de rendre la liberté aux Syracusains; mais Philistus l'ayant détourné de cette résolution, il n'en devint que plus cruel.

IV. Les talents de Dion, son crédit, l'amour de ses concitoyens, le mettaient dans une position très-supérieure à Denys, qui en fut effrayé. II craignit, en le gardant près de sa personne, de lui fournir l'occasion de le détrôner. Il lui donna une trirème pour le transporter à Corinthe, lui représentant que leurs défiances réciproques exigeaient cette séparation; que tant qu'ils reste

esset periculo, ut sibi faterentur; nam velle se cum eo colloqui de partiendo regno; quod sororis suæ filios, ex illo natos, partem regni putabat debere habere. » Id medici non tacuerunt, et ad Dionysium filium sermonem retulerunt. Quo ille commotus, ne agendi cum eo esset Dioni potestas, patri soporem medicos dare coegit. Hoc æger sumpto, ut somno sopitus, diem obiit supremum.

III. Tale initium fuit Dionis et Dionysii simultatis, eaque multis rebus aucta est: sed tamen primis temporibus aliquandiu simulata inter eos amicitia mansit; quumque Dion non desisteret obsecrare Dionysium, ut Platonem Athenis arcesseret, et ejus consiliis uteretur, ille, qui in aliqua re vellet patrem imitari, morem ei gessit, eodemque tempore Philistum historicum Syracusas reduxit, hominem amicum non magis tyranno, quam tyrannidi. Sed de hoc in meo libro plura sunt exposita, qui de historicis conscriptus est. Plato autem tantum apud Dionysium auctoritate potuit, valuitque eloquentia, ut ei persuaserit tyrannidis facere finem, libertatemque reddere Syracusanis. A qua voluntate Philisti consilio deterritus, aliquanto crudelior esse cœpit.

IV. Qui quidem quum a Dione se superari videret ingenio, auctoritate, amore populi, verens, ne si eum secum haberet, aliquam occasionem sui daret opprimendi, navem ei triremem dedit, qua Corinthum deveheretur, ostendens

raient ensemble, ils auraient à craindre des embuches réciproques. Mais voyant l'indignation qu'inspirait sa conduite, il fit embarquer tous les objets qui appartenaient à Dion et qui pouvaient être transportés, et les lui envoya. Il voulait faire croire que c'était bien moins l'inimitié qui le dirigeait, que le soin de sa sûreté personnelle. Mais lorsqu'il eut appris que Dion levait des troupes et se préparait à lui faire la guerre, il maria sa femme Arété à un autre, et fit élever son fils de manière à le précipiter dans les plus honteuses passions, par l'indulgence calculée dont on usait envers lui. Il n'avait pas encore atteint l'âge de puberté qu'on lui amenait des courtisanes; on le gorgeait de vin et d'aliments, sans lui laisser un moment de relâche. Dion, à son retour, eut beau l'entourer de surveillance pour réformer ses habitudes; ce jeune homme ne put supporter ce nouveau genre de vie. Il se jeta du haut de sa maison, et mourut de sa chute. Mais je reviens où j'en étais.

V. A peine Dion était-il arrivé à Corinthe, qu'Héraclide, également banni par Denys, dont il avait commandé la cavalerie, vint se réfugier dans cette ville. Ils firent ensemble leurs préparatifs de guerre. Mais leurs progrès étaient lents; la tyrannie de Denys était trop ancienne et semblait trop bien affermie, pour qu'ils trouvassent beaucoup de gens prêts à partager leurs périls. Mais Dion comptait moins sur ses forces que sur la haine qu'on portait au tyran : il eut le courage de partir avec deux vaisseaux seulement, pour attaquer un pouvoir qui comptait déjà cinquante ans d'existence, et qui s'appuyait sur une flotte de cinq cents galères, dix mille hommes de ca

se id utriusque facere causa, ne, quum inter se timerent, alteruter alterum præoccuparet. Id quum factum multi indignarentur, magnæque esset invidiæ tyranno, Dionysius omnia quæ moveri poterant Dionis in naves imposuit, ad eumque misit. Sic enim existimari volebat, id se non odio hominis, sed suæ salutis fecisse causa. Postea vero quam audivit, eum in Peloponneso manum comparare, sibique bellum facere conari, Areten, Dionis uxorem, alii nuptum dedit, filiumque ejus sic educari jussit, ut indulgendo turpissimis imbueretur cupiditatibus. Nam puero, priusquam pubes esset, scorta adducebantur; vino epulisque obruebatur, neque ullum tempus sobrio relinquebatur. Is usque eo vitæ statum commutatum ferre non potuit, postquam in patriam rediit pater (namque appositi erant custodes, qui eum a pristino victu deducerent), ut se de superiore parte ædium dejecerit, atque ita interierit. Sed illuc revertor.

V. Postquam Corinthum pervenit Dion, et eodem perfugit Heraclides, ab eodem expulsus Dionysio, qui præfectus fuerat equitum, omni ratione bellum comparare cœperunt. Sed non multum proficiebant, quod multorum annorum tyrannis magnarum opum putabatur. Quam ob causam pauci ad societatem periculi perducebantur. Sed Dion, fretus non tam suis copiis, quam odio tyranni, maximo animo, duabus onerariis navibus, quinquaginta annorum imperium, munitum quingentis longis navibus,

valerie et cent mille fantassins; et ce qui étonna toutes les nations, il l'abattit si aisément, qu'il entra dans Syracuse le troisième jour après son débarquement. D'où l'on peut conclure que sans l'amour des peuples il n'y a point de pouvoir assuré. Denys était absent. Il attendait sa flotte en Italie, persuadé qu'aucun de ses ennemis ne viendrait l'attaquer sans avoir de grandes forces. L'événement fit voir qu'il s'abusait; car c'est avec l'aide de ses propres sujets que Dion le renversa et confondit son orgueil. Toute la partie de la Sicile qui lui avait été soumise reconnut l'autorité de Dion, lequel s'empara aussi de Syracuse, à l'exception de la citadelle et de l'île touchant à la ville. Il réduisit enfin le tyran à recevoir la paix aux conditions suivantes: à savoir que Dion posséderait la Sicile, Denys l'Italie; Apollocrate, son plus intime confident, la ville de Syracuse.

VI. Tant de prospérités et de succès inattendus furent suivis d'un changement soudain. La fortune, dans son inconstance, voulut renverser celui qu'elle avait élevé si haut. Elle le frappa d'abord dans la personne de ce fils dont j'ai déjà parlé. Dion avait repris sa femme, qui avait été livrée à un autre; il cherchait à retirer son fils des honteuses débauches où il était plongé, quand la mort de ce jeune homme vint lui porter le coup le plus sensible. Puis vinrent ses querelles avec Héraclide, qui, ne voulant pas lui céder le premier rang, se mit à la tête d'un parti. Il n'avait pas moins de crédit que Dion auprès des grands. Ceuxci l'avaient mis à la tête de la flotte. Dion commandait l'armée de terre, et ne vit point sans dépit ce partage de l'autorité. On l'entendit citer ce vers du second livre d'Homère, où il est dit

decem equitum, centum peditum millibus, profectus oppugnatum, quod omnibus gentibus admirabile est visum, adeo facile perculit, ut post diem tertium, quam Siciliam attigerat, Syracusas introierit. Ex quo intelligi potest, nullum esse imperium tutum, nisi benevolentia munitum. Eo tempore aberat Dionysius, et in Italia classem opperie batur, adversariorum ratus neminem sine magnis copiis ad se venturum. Quæ res eum fefellit: nam Dion iis ipsis, qui sub adversarii fuerant potestate, regios spiritus repres sit, totiusque ejus partis Siciliæ potitus est, quæ sub potestate Dionysii fuerat; parique modo urbis Syracusarum, præter arcem, et insulam adjunctam oppido; eoque rem perduxit, ut talibus pactionibus pacem tyrannus facere vellet: Siciliam Dion obtineret, Italiam Dionysius, Syracusas Apollocrates, cui maximam fidem uni habebat Dionysius. VI. Has tam prosperas, tamque inopinatas res consecuta est subita commutatio, quod fortuna, sua mobilitate, quem paulo ante extulerat, demergere est adorta. Primum in filio, de quo commemoravi supra, suam vim exercuit. Nam quum uxorem reduxisset, quæ alii fuerat tradita, filiumque vellet revocare ad virtutem a perdita luxuria, accepit gravissimum parens vulnus morte filii. Deinde orta dissensio est inter eum et Heraclidem; qui quidem, Dioni principatum non concedens, factionem comparavit. Neque is minus valebat apud optimates, quorum consensu præerat classi, quum Dion exercituin pedestrem teneret. Non

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