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de la cavalerie; et les deux troupes s'étant entre saluées, se joignirent, croyant vivre ensemble dans une concorde perpétuelle.

IX. Mais les destinées de l'empire macédonien approchaient, qui avaient déjà résolu sa ruine, et jeté les semences des guerres civiles dont il fut désolé. Car la monarchie ne veut point de compagnon, et chacun voulait être le maître; tellement qu'ils unirent leurs forces d'abord, puis ils les divisèrent; et comme le corps se trouva surchargé, les membres ployèrent sous le faix, et l'empire, qu'un seul pouvait porter, s'en alla par terre, étant soutenu de plusieurs. Ce n'est donc pas sans sujet que le peuple romain publie aujourd'hui qu'il doit son salut à son prince, lequel, au milieu de cette nuit qui nous a pensé être la dernière, nous est apparu comme un nouvel astre d'heureuse influence. C'est le lever de cet astre, plutôt que celui du soleil, qui a rendu la lumière au monde, et donné une tête à des membres divisés par une horrible discorde. Bon Dieu! combien de flambeaux a-t-il éteints! combien d'épées a-t-il remises dans le fourreau, et combien de tempêtes a-t-il calmées par une soudaine sérénité! Aussi la gloire de cet empire ne reverdit pas seulement, elle refleurit encore; et si les dieux n'envient point notre bonheur, qui est attaché à cette auguste maison, ils la béniront d'une postérité, sinon éternelle, selon nos vœux, au moins d'une très-longue et très-heureuse durée.

Mais, pour reprendre le fils du discours, que la considération de la félicité publique m'a fait quitter, Perdiccas mettait tout son salut en la mort de Méléagre. Il voyait qu'il avait affaire à un homme vain, sans foi, qui ne s'empêcherait

lutatione facta, coit; in perpetuum, ut arbitrabantur, concordia et pace firmata.

IX. Sed jam fatis admovebantur Macedonum genti bella civilia: nam et insociabile est regnum, et a pluribus expetebatur. Primum ergo collegere vires; deinde disperserunt : et quum pluribus corpus, quam capiebat, onerassent; cetera membra deficere cœperunt: quodque imperium sub uno stare potuisset, dum a pluribus sustinetur, ruit. Proinde jure meritoque populus Romanus salutem se principi suo debere profitetur, cui noctis, quam pæne supremam habuimus, novum sidus illuxit. Hujus hercule, non solis ortus, lucem caliganti reddidit mundo, quum sine suo capite discordia membra trepidarent. Quot ille tum exstinxit faces? quot condidit gladios? quantam tempestatem subita serenitate discussit? Non ergo revi rescit solum, sed etiam floret imperium. Absit modo invidia, excipiet hujus sæculi tempora ejusdem domus utinam perpetua, certe diuturna posteritas. Ceterum ut ad ordinem, a quo me contemplatio publicæ felicitatis averterat, redeam; Perdicca unicam spem salutis suæ in Meleagri morte deponebat: vanum eumdem et infidum, celeriterque res novaturum, et sibi maxime infestum occupandum esse. Sed alta dissimulatione consilium pre

jamais de remuer, et d'ailleurs son ennemi mortel, et qu'il le fallait prévenir; mais il couvrait son dessein d'une profonde dissimulation, pour le prendre au dépourvu. Il suborna donc quelques-uns de la cavalerie qu'il commandait, pour faire des plaintes partout, comme s'il n'en eût rien su, de ce qu'on avait fait Méléagre compagnon de Perdiccas; dont Méléagre étant averti vint tout en colère lui dire ce qu'on lui avait rapporté. L'autre, faisant l'étonné, comme d'une chose qui le surprenait, s'écrie, se plaint, et n'oublie rien pour lui témoigner son déplaisir ; et pour conclusion, ils conviennent qu'on se saisisse de ceux qui tenaient ces propos séditieux. Sur cela, Méléagre l'embrasse, le remercie, et se loue infiniment de sa franchise et de son affection; et tout d'un temps ils délibèrent ensemble des moyens de châtier les coupables. Il fut arrêté qu'il fallait purifier l'armée à la façon du pays, de quoi la division passée fournissait un beau prétexte.

Les rois de Macédoine purifiaient les soldats de cette sorte. On prenait les entrailles d'une chienne éventrée, et l'on en faisait deux parts, qu'on jetait aux deux extrémités du champ où l'on devait conduire l'armée, et dans l'intervalle toutes les troupes étaient en bataille, la cavalerie d'un côté, et l'infanterie de l'autre; de sorte que, quand vint le jour destiné à cette cérémonie, le roi se mit à la tête des gens de cheval et des éléphants, vis-à-vis de la phalange que commandait Méléagre. Dès que la cavalerie commença à s'ébranler, il prit une soudaine frayeur aux gens de pied d'avoir en tête leurs ennemis nouvellement réconciliés, et n'en augurant rien de bon, ils furent en branle de regagner la ville, parce que la plaine était favora

mebat, ut opprimeret incautum. Ergo clam quosdam ex copiis, quibus præerat, subornavit, ut, quasi ignoraret ipse, conquererentur palam, Meleagrum æquatum esse Perdiccæ. Quorum sermone Meleager ad se relato, furens ira, Perdiccæ quæ comperisset, exponit. Ille, velut nova re exterritus, admirari, queri, dolentisque speciem ostentare ei cœpit; ad ultimum convenit, ut comprehenderentur tam seditiosæ vocis auctores. Agit Meleager gratias, amplexusque Perdiccan, fidem ejus in se ac benevolentiam collaudat. Tum communi consilio rationem opprimendi noxios ineunt : placet, exercitum patrio more lustrari : et probabilis causa videbatur præterea discordia. Macedonum reges ita lustrare soliti erant milites, ut discissæ canis viscera ultimo in campo, in quem deduceretur exercitus, ab utraque abjicerentur parte; intra id spatium armati omnes starent, hinc equites, illinc phalanx. Itaque eo die, quem huic sacro destinaverant, rex cum equitibus elephantisque constiterat contra pedites, quis Meleager præerat. Jam equestre agmen movebatur, et pedites subita formidine ob recentem discordiam, haud sane pacati quidquam exspectantes, parumper addubitavere, an in urbem subducerent copias ; quippe pro equitibus planities erat. Ceterum veriti, ne temere commilitonum fidem

ble à la cavalerie; mais, craignant de condamner témérairement la foi de leurs compagnons, ils firent ferme, résolus de se bien battre, si on les attaquait. Les troupes marchaient l'une contre l'autre, et étaient prêtes à se joindre, quand le roi s'avança avec une des ailes de la cavalerie vers les bataillons, et leur demanda, à l'instigation de Perdiccas, les auteurs de la sédition, pour les punir, lui qui les devait protéger; et, s'ils ne les livraient, les menaça de leur faire passer sur le ventre tout ce qu'il y avait là de chevaux et d'éléphants. Ces misérables furent bien étonnés de se voir pris quand ils s'en doutaient le moins, et Méléagre même perdit et jugement et courage tout à la fois; néanmoins ils crurent qu'en cet état le plus sûr était d'attendre la fortune et de ne rien hasarder.

Alors Perdiccas, les voyant perdus et à sa discrétion, fit sortir des rangs quelque trois cents soldats qui avaient suivi Méléagre quand il s'était retiré de la première assemblée, après la mort d'Alexandre, et, à la vue de toute l'armée, les exposa aux éléphants, qui les écrasèrent tous, sans que Philippe l'empêchât ni le commandât, témoignant seulement de vouloir autoriser les choses selon qu'elles réussiraient. Ce fut là comme l'augure et le commencement des guerres civiles qui, depuis, ruinèrent l'empire des Macédoniens. Méléagre ayant reconnu, bien que trop tard, les artifices de Perdiccas, ne quitta point pourtant la phalange, tant qu'on n'entreprit rien sur sa personne ; mais, aussitôt après, comme il vit que ses ennemis abusaient à sa ruine du nom de celui qu'il avait fait roi, désespérant de son salut, il❘ s'enfuit dans le temple, où il fut massacré, nonobstant la sainteté du lieu.

damnarent, substitere, præparatis ad dimicandum animis, si quis vim inferret: jam agmina coibant, parvumque intervallum erat, quod aciem utramque divideret. Itaque rex cum una ala obequitare peditibus cœpit, discordiæ auctores, quos tueri ipse debebat, instinctu Perdiccæ ad supplicia deposcens; minabaturque, omnes turmas cum elephantis inducturum se in recusantes. Stupebant improviso malo pedites; nec plus in ipso Meleagro erat aut consilii, aut animi : tutissimum ex præsentibus videbatur, exspectare potius, quam movere fortunam. Tum Perdicca, ut torpentes et obnoxios vidit, ccc fere, qui Meleagrum erumpentem ex concione, quæ prima habita est post mortem Alexandri, sequuti erant, a ceteris discretos, elephantis in conspectu totius exercitus objicit; omnesque belluarum pedibus obtriti sunt, nec prohibente Philippo, nec auctore; apparebatque id modo pro suo vindicaturum, quod approbasset eventus. Hoc bellorum civilium Macedonibus et omen et principium fuit. Meleager, sero intellecta fraude Perdiccæ, tum quidem, quia ipsius corpori vis non afferebatur, in agmine quietus stetit: at mox, damnata spe salutis, quum ejus nomine, quem ipse fecerat regem, in perniciem suam abutentes videret inimicos, confugit in templum ; ac ne loci quidem religione defensus, occiditur.

X. Perdiccas, ayant ramené l'armée à la ville, fit assembler tous les principaux, et, par leur avis, l'empire fut partagé de cette sorte. La souveraine puissance résidait en la personne du roi. Ptolémée fut fait satrape d'Égypte, et de toutes les provinces d'Afrique qui étaient sous la juridiction des Égyptiens. On donna la Syrie et la Phénicie à Laomedon, la Cilicie à Philotas, et la Lycie, avec la Pamphilie et la grande Phrygie, à Antigonus. Léonnatus eut la petite Phrygie, avec toute la côte de l'Hellespont. La Cappadoce et la Paphlagonie échurent à Eumène, avec ordre de garder toute cette contrée jusqu'à Trapézunte, et de faire la guerre à Arbate, qui seul n'avait point voulu se soumettre à l'empire des Macédoniens. On établit Pithon gouverneur de la Médie; Lysimachus, de la Thrace et des peuples de Pont, contigus à cette province; et l'on ordonna que ceux qui commandaient aux Indiens, Bactriens, Sogdiens, et autres nations qui habitent le long de l'Océan ou de la mer Rouge, demeureraient en leurs charges; que Perdiccas se tiendrait auprès du roi, lieutenant général dans ses armées.

Quelques-uns ont cru qu'Alexandre avait ainsi distribué les provinces par son testament; mais nous avons trouvé que cela n'est pas véritable, quoiqu'il y ait de très-bons auteurs qui le rapportent. Après ce partage, ils jouissaient tous de ce qui leur était échu, et étaient en état de se maintenir parmi ces peuples, si la convoitise se pouvait prescrire des bornes; car, sous prétexte de servir leur maître, ils avaient envahi pour euxmêmes de grands royaumes, et de simples ministres s'étaient faits rois, ne tenant qu'à eux de régner en paix, puisqu'ils étaient tous d'une

X. Perdicca, perducto in urbem exercitu, consilium principum virorum habuit, in quo imperium ita dividi placuit, ut rex quidem summam ejus obtineret; satrapes Ptolemæus, Ægypti et Africæ gentium, quæ in ditione erant. Laomedonti Syria cum Phonice data est; Philotæ Cilicia destinata : Lyciam cum Pamphylia et majore Phrygia obtinere jussus Antigonus: in Cariam Cassander, Menander in Lydiam missi. Phrygiam minorem Hellesponto adjunctam Leonnati provinciam esse jusserunt. Cappadocia Eumeni cum Paphlagonia cessit. Præceptum est, ut regionem eam usque ad Trapezunta defenderet, bellum cum Arbate gereret : solus hic detrectabat imperium. Pithon Mediam, Lysimachus Thraciam, appositasque Thraciæ Ponticas gentes obtinere jussi. Qui Indiæ, quique Bactris, et Sogdianis, ceterisque aut Oceani, aut Rubri maris accolis præerant, quibus quisque finibus habuisset, imperii etiam jus obtineret. Decretum est, ut Perdicca cum rege esset, copiisque præesset, quæ regem sequebantur. Credidere quidam, testamento Alexandri distributas esse provincias; sed famam ejus rei, quanquam ab auctoribus tradita est, vanam fuisse comperimus. Et quidem suas quisque opes, divisis imperii partibus, tuebantur, quas Ipsi fundaverant, si unquam adversus immodicas cupiditates terminus staret. Quippe paulo ante regis ministri,

même nation, et leurs États si éloignés les uns des autres, qu'ils n'avaient rien à démêler ensemble. Mais il était malaisé qu'ils fussent contents de ce que la fortune leur avait donné, les hommes faisant peu de cas de ce qu'ils possèdent quand ils espèrent quelque chose de meilleur, outre qu'ils croyaient avoir moins de peine à augmenter leurs royaumes qu'ils n'en avaient eu à les acquérir.

Il y avait déjà sept jours que le corps d'Alexandre reposait sur son lit de parade, sans qu'on lui eût rendu les honneurs funèbres, tous les soins étant employés aux affaires publiques et à pour voir au gouvernement de l'empire. Or, il n'y a point de pays au monde où les chaleurs soient plus excessives qu'en la Mésopotamie. Elles font mourir plusieurs animaux qu'elles surprennent en rase campagne; et le soleil y est si ardent qu'il brûle comme un feu. D'ailleurs, l'eau y est fort rare, et encore les habitants du pays la cachent aux étrangers et la gardent toute pour eux. Cependant quand on vint à visiter le corps, on le trouva sain et entier, sans aucune tache, et même ayant le teint aussi frais et aussi vermeil que s'il eût été en vie; tellement que les Égyptiens et les Chaldéens qui avaient charge de l'embaumer à leur façon n'osèrent d'abord y mettre la main, croyant qu'il respirât encore; mais après, l'ayant prié de permettre à des mains mortelles de le toucher, ils vidèrent les entrailles, et embaumèrent le corps; puis le mirent sur un trône d'or,

specie imperii alieni procurandi, singuli [ingentia] invaserant regna; sublatis certaminum causis, quum et omnes ejusdem gentis essent, et a ceteris suis quisque imperii regione discreti. Sed difficile erat, eo contentos esse, quod obtulerat occasio: quippe sordent prima quæque, quum majora sperantur. Itaque omnibus expeditius videbatur augere regna, quam fuisset accipere. Septimus dies erat, ex quo corpus regis jacebat in solio; curis omnium ad formandum publicum statum a tam solemni munere aversis. Et non aliis quam Mesopotamiæ regione fervidior æstus exsistit, adeo ut pleraque animalia, quæ in nudo solo deprehendit, exstinguat : tantus est vapor solis et coeli, quo cuncta velut igne torrentur ! Fontes aquarum et rari sunt, et incolentium fraude celantur : ipsis usus patet ; ignotus est advenis. Ut tandem curare corpus exanimum amicis vacavit; nulla tabe, ne minimo quidem livore corruptum videre, qui intraverant : vigor quoque, qui constat ex spiritu, non destituerat vultum. Itaque Ægyptii Chaldæique, jussi corpus suo more curare, primo non sunt ausi admovere velut spiranti manus : deinde precati, ut jus fasque esset mortalibus attrectare eum, purgavere corpus; repletumque est odoribus aureum solium, et

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rempli de parfums, avec son diadème à la tête, et tous les autres ornements de l'empire. Plusieurs ont cru qu'il était mort de poison, qu'Iollas, fils d'Antipater, grand échanson, lui donna par le commandement de son père. Il est certain qu'on avait souvent ouï dire à Alexandre « qu'Antipater aspirait à la couronne; qu'il était plus puissant qu'il n'appartenait à un simple lieutenant de roi, et qu'enorgueilli de la victoire de Sparte, il prétendait tenir de lui-même ce qu'il ne tenait que de la bonté de son maître. » Quelques-uns ont eu opinion que Cratère avait été envoyé avec les vieux soldats pour le tuer. On assure que ce poison, qui s'engendre en Macédoine, est si subtil qu'il consume même le fer, et ne se peut porter que dans la corne du pied d'un mulet. Ils appellent Styx la fontaine d'où coule cette mortelle liqueur, que Cassandre avait apportée et donnée à son frère Iollas, qui la mit dans la coupe du roi quand il but le dernier coup. Mais, soit qu'il ait été empoisonné ou non, la puissance de ceux qu'on en accusait en étouffa bientôt le brujt; car Antipater s'empara de la Macédoine et de la Grèce, et ses enfants lui ayant succédé exterminèrent toute la race d'Alexandre, jusqu'aux plus éloignés. Au reste, Ptolémée, qui eut l'Égypte en partage, fit porter le corps à Memphis, et de là à quelques années en Alexandrie, où l'on rend toutes sortes d'honneurs à son nom et à sa mémoire.

capiti adjecta fortunæ ejus insignia. Veneno necatum esse credidere plerique : filium Antipatri inter ministros, Iollam nomine, patris jussu dedisse. Sæpe certe audita erat vox Alexandri, Antipatrum regium affectare fastigium; majoremque esse præfecti opibus, ac titulo Spartanæ victoriae inflatum, omnia a se data asserentem sibi. Credebant etiam, Craterum cum veterum militum manu ad interficiendum eum missum. Vim autem veneni, quod in Macedonia gignitur, talem esse constat, ut ferrum quoque exurat, ungulæ jumenti duntaxat patiens. Stygem appellant fontem, ex quo pestiferum virus emanat. Hoc per Cassandrum allatum, traditumque fratri Iollæ, et ab eo supremæ regis potioni inditum. Hæc utcumque sunt tradita, eorum, quos rumor adsperserat, mox potentia exstinxit. Regnum enim Macedoniæ Antipater, et Græciam quoque invasit : soboles deinde excepit; interfectis omnibus, quicumque Alexandrum etiam longinqua cognatione contigerant. Ceterum corpus ejus a Ptolemæo, cui Ægyptus cesserat, Memphin, et inde paucis post annis Alexandriam translatum est; omnisque memoriæ ac nomini honos habetur.

QUINTE-CURCE.

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SUR QUINTE-CURCE.

LIVRE TROISIÈME.

II. L'infanterie était composée de deux cent cinquante mille hommes. etc. Ici, Vaugelas n'a pas suivi à la lettre le texte de Quinte-Curce. On peut en voir le motif dans la préface de Du Ryer. Voici la traduction littérale de ce passage, depuis les mots : Persarum erant centum millia, jusqu'à ceux-ci : festinatio prohibebat acciri. « Les Perses comptaient cent mille combattants, parmi lesquels trente mille soldats à cheval. La cavalerie des Mèdes était de dix mille hommes, l'infanterie de cinquante mille. Les cavaliers Barcaniens étaient au nombre de deux mille, tous armés de haches. Dix mille fantassins suivaient avec la même armure. Les Arméniens avaient envoyé quarante mille fantassins et sept mille cavaliers. Les Hyrcaniens, renommés par leur bravoure, parmi les peuples de ces contres, étaient venus au nombre de dix mille, tous cavaliers. Les Derbices avaient armé quarante mille fantassins, le plus grand nombre avec des piques en fer, le reste avec des bâtons durcis au feu. Ils étaient en outre accompagnés de deux mille cavaliers de la même nation. Des bords de la mer Caspienne était venue une armée de huit mille hommes de pied et de deux cents chevaux. Il y avait avec eux d'autres peuples inconnus, formant deux mille fantassins et le double en cavalerie. A ces forces étaient venus se joindre trente mille Grecs mercenaires, dans la fleur de l'âge. Car pour les Bactriens, les Sogdiens, les Indiens et les autres peuples de la mer Rouge, dont les noms mêmes étaient ignorés même de celui qui les commandait, la hâte avait été si grande qu'on n'avait pu les faire venir.» III. Die jam illustri. « Lorsque le jour brillait de tout son éclat. » Omission de Vaugelas.

IV. Rursus altero cornu in diversum litus excurrit. Cette chaîne de montagnes revient aboutir, par l'extrémité opposée, à une autre partie du rivage.

Qui propellerent. S'il s'était trouvé des bras pour rouler ces pierres à son passage.

XI. Triginta omnino et duo ex peditibus desiderati sunt. « Il ne périt en tout que trente deux fantassins. » Vaugelas trois cents.

XII. Invitari deinde amicos, quibus maxime assueverat, jussit, quippe summa duntaxat cutis in femore perstricta non prohibebat interesse convivio. « Il fit ensuite inviter à sa table les plus intimes de ses amis; car sa blessure, qui ne lui avait qu'effleuré légèrement | la cuisse, ne l'empêchait point d'assister à un repas. » Phrase omise par Vaugelas.

XIII. Eodem metu arma jactare, ac nota diverticula petere cœperunt. « Les soldats, saisis de la même épou vante, jetèrent leur armes et gagnèrent des sentiers détournés qui leur étaient connus. » Phrase omise par Vaugelas.

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LIVRE QUATRIÈME.

I. Les Dieux vous veuillent combler de toutes sortes de biens, et à jamais puissiez-vous jouir de la gloire

que mérite une si haute vertu! Nous ignorons sur quel texte Vaugelas a traduit cette phrase, dont le latin ne se trouve pas dans les meilleures éditions.

II. Quum forte panem quidam militum frangerent. « Des soldats, en rompant leur pain. » Vaugelas a lu frangeret, et ne parle, en conséquence, que d'un soldat.

III. Tres omnino naves arte ipsa mania opposue runt: quibus rex invectus ipsas demersit. On lit dans les anciennes éditions triremes omnes; leçon adoptée par Vaugelas. D'après la nouvelle leçon, plus conforme au témoignage des autres historiens, il faut traduire : « les Tyriens protégèrent leurs murailles avec trois vaisseaux : le roi les attaqua et les coula à fond. »

Quippe gubernatores, alias imperare soliti, tum metu mortis jussa exsequebantur. « Car les pilotes, accoutumés à commander en d'autres temps, exécutaient alors, par crainte de la mort, les ordres qu'ils recevaient. >> Membre de phrase omis par Vaugelas.

Corvi vero et ferreæ manus tormentis emissæ plerosque rapiebant. « La plupart des Macédoniens étaient enlevés par les grappins et les harpons que lançaient les machines de l'ennemi. » Membre de phrase omis par Vaugelas.

V. Quindecim legarentur. Quinze ambassadeurs. Vaugelas a lu duodecim.

Secuti sunt ducem piratici lembi. « Les pirates suivirent leur chef. » Vaugelas a traduit d'après un texte qui portait decem, ce qui donne un autre sens à la phrase.

VI. Alexandre... fit élever un cavalier à la hauteur des murailles. En termes de fortification, un cavalier est une élévation de terre sur laquelle on met des machines de guerre, soit pour l'attaque, soit pour la défense d'une place.

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Jusqu'à ce qu'enveloppé sans se vouloir rendre, il tomba vif entre leurs mains, et fut mené.... — Le latín de ces deux lignes a été supplée par Freinshemius. XI. Cette phrase: « Dites-lui que je ne suis pas venu en Asie, est la traduction du passage suivant que l'on trouve dans quelques éditions: « Et me in Asiam non venisse, ut ab aliis acciperem, sed ut aliis darem. Si secundus, et non par mihi vellet haberi, facerem forsitan, quæ potit. Cæterum, nec mundus duobus solibus potest regi, nec duo summa regna, salvo statu terrarum, potest habere. Proinde, aut deditionem hodie, aut in crastinum bellum paret : nec aliam sibi, quam expertus est, polliceatur fortunam. »

XII. Quinquaginta falcati currus. « Cinquante chariols armés de faux. » Vaugelas a écrit, cent, d'après l'autorité d'Arrien.

Summa totius exercitus, equites quadraginta quinque millia: pedestris acies ducenta millia expleverat. L'armée s'élevait en tout à quarante-cinq mille hommes de cavalerie et à deux cent mille d'infanterie. » Vaugelas, croyant le texte altéré en cet endroit, a donné un nombre beaucoup plus élevé que celui-là, d'après l'autorité d'autres historiens. Voyez la préface.

Itaque, dissimulato eo, .... ad hostem contenderent. On s'accorde à regarder tout ce passage, renfermé dans ce texte entre deux crochets, comme une interpolation. Le commentateur allemand Schmeider le croit traduit de Trogue-Pompée, dans l'ouvrage duquel il appartenait sans doute à la description de la bataille d'Issus. - Vaugelas a en outre, traduit d'après un texte qui, avant les mots : Itaque, dissimulato eo,.. donne deux autres phrases que voici: Movebat etiam eum multitudo hostium, respectu paucitatis suæ gentis ; sed interdum reputabat, quantas res cum hac gente gessisset, quantosque populos fudisset. Itaque quum spes metum vinceret, periculosius bellum differre ratus, ne desperatio suis cresceret, dissimulato eo, etc.

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XIII. In subsidiis cum manu sua Canos: post eum Orestes, Lyncestesque. Post illos Polypercon, dux peregrini militis; hujus agminis Amyntas princeps erat. « A la réserve était Cénus, avec sa troupe, et derrière lui les chefs de la famille des Orestes et des Lyncestes. Polypercon venait ensuite à la tête des troupes étrangères, placées sous le commandement supérieur d'Amyntas. La différence des textes explique ici celle des traductions. Vaugelas lisait: Simmias agminis Amyntæ princeps erat.

Frons lævi cornu hæc erat. « Ainsi se présentait l'aile gauche. » Phrase omise par Vaugelas.

XIV. Præterea breves et mutabiles vices rerum sunt: et fortuna nunquam simpliciter indulget. « Les choses humaines, dans leur cours rapide, sont sujettes à mille changements, et jamais la fortune n'accorde ses faveurs sans retour. » Phrase omise par Vaugelas.

XV. Mille equitibus. « Mille chevaux. » Vaugelas a écrit trois mille, d'après l'autorité de Diodore.

XVI. Persarum... millia XL. Quarante mille Perses." Vaugelas avait écrit quatre cent mille, quoiqu'Arrien, ce lui de tous les auteurs qui porte le plus haut le nombre des Perses tués dans cette bataille, le borne à trois cent mille (II, 15, 16).

LIVRE CINQUIÈME.

I. Non, ut plerique credidere. « Non, comme plusieurs l'ont cru. » Vaugelas avait traduit d'après une édition où on lisait vel ut plerique, ce qui donne un sens tout différent.

Altitudo muri c cubitum. « La hauteur des murailles est de cent coudées. » Vaugelas : cinquante.

Per xc stadia habitatur. « Il n'y a que quatre-vingtdix stades qui soient habités. » Une édition, suivie par Vaugelas, porte, per LXXX stadia.

Et c'est, à mon avis, à cause du feu. Vaugelas a traduit une glose, propter incendia, que rejettent les bonnes éditions.

II. Novem. Tous les manuscrits donnent ici novem. Vaugelas a mis huit dans sa traduction; et en effet le texte même donne les noms de huit chiliarques seulement. Étaient-ils huit en effet, ou le nom du neuvième a-t-il disparu des manuscrits? c'est ce qu'on ne peut décider.

III. Per L stadia. « Pendant cinquante stades. » Vaugelas: mille stades, d'après un passage de Diodore (xvii, 67). V. Liberi in flore ætatis et rerum agnoscent, et fratres ergastuli detrimenta? « Nos enfants, brillants de jeunesse et de prospérité, nous reconnaîtront-ils, plus que nos frères, dans ces restes d'hommes échappés à la prison des esclaves? » Le texte dont s'est servi Vaugelas lui a fait adopter un autre sens.

VIII. Bis me victum, bis fugientem persecuti estis. Deux fois vaincu, deux fois réduit à fuir, je vous ai toujours vus fidèles. » Vaugelas s'est un peu écarté du sens littéral de ce passage.

XIII. Paucis equitum comitantibus. Arrien (ш, 21, 16) dit six cents cavaliers.

Quam abacta est, semivivi.

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Le texte de ce livre de Quinte-Curce finit là. « Ce qui suit, jusqu'à la fin du livre, a été suppléé de Justin par le traducteur, » dit Du Ryer dans une note. Presque toutes les éditions donnent le supplément latin de Freinshémius dont voici ici la traduction, empruntée à l'excellent travail de MM. Aug. et Alph. Trognon.

Il entendit les gémissements d'un homme qui semblait près d'expirer. Curieux, comme il est naturel à tout homme, de voir ce que renfermait ce chariot, il écarte les peaux qui le recouvraient, et y trouve Darius percé de plusieurs blessures; son vêtement royal', les chaînes d'or dont l'avaient chargé les assassins, ne laissaient aucun doute. Darius n'était pas étranger à la langue grecque2; et il remercia les Dieux, qui, après une suite de si grands malheurs, lui accordaient au moins la consolation, de ne pas mourir dans une entière solitude : « Qui que tu sois, dit-il3, par ce partage commun de l'humanité dont les plus grands rois ne sont pas exempts, comme te l'atteste le spectacle qui est sous tes yeux, je te prie et te conjure de porter mes dernières paroles à Alexandre : dis-lui que de tous les maux bien tristes que j'ai soufferts, sans en excepter même cette catastrophe sans exemple qui termine mes jours, aucun ne m'a été plus sensible que de me voir, après tant de bienfaits dont il m'a comblé, ainsi que ma famille, condamné à vivre l'ennemi d'un vainqueur aussi clément et à mourir ingrat envers lui. Mais s'il est vrai que les derniers vœux des infortunés aient quelque pouvoir auprès des Dieux, s'il est une divinité compâtissante pour accueillir les prières qui s'exhalent avec le dernier soupir, puisse-t-il, échappant à tous les périls et à jamais préservé de la contagion de mon malheur et des persécu tions de la fortune, passer sur le trône de Cyrus une vie glorieuse! que, fidèle à ses vertueux sentiments, il permette à ma mère et à mes enfants d'occuper près de lui la place qu'ils auront méritée par leur affection et leur obéissance! Puisse aussi un prompt châtiment atteindre les parricides! Et sans doute Alexandre le leur infligera, sinon par compassion pour un ennemi malheureux, du moins par haine pour leurs forfaits, et afin que l'impunité ne les enhardisse pas à conspirer contre d'autres rois et contre lui-même. Ayant étanché la soif qui le dévorait avec un peu d'eau que lui apporta Polystrate, il continua ainsi : « Il a donc fallu que, pour dernier trait à toutes mes misères, je ne pusse récompenser le dernier service que tu viens de me rendre! mais Alexandre t'en donnera le prix, et les Dieux à Alexandre. » Il lui tendit ensuite la main, en lui recommandant de porter à Alexandre ce gage de sa foi royale, et, prenant celle de Polystrate, il expira. On ne sait si Alexandre arriva pendant qu'il respirait encore; ce qu'il y a de certain 4, c'est que, en apprenant la fin misérable de ce puissant monarque, il répandit d'abondantes larmes, se dépouilla de sa chlamyde pour en couvrir le corps de Darius, et le fit porter en grande pompe vers sa famille, pour qu'il y reçût les honneurs de la sépulture royale chez les Perses, et fût placé dans le monument où reposaient ses ancêtres. Cette ingratitude des hommes, qui paya tant de bienfaits par une mort cruelle, est sans doute en elle-même bien digne d'horreur et d'exécration; mais il est une circonsArrian. III, 21, 16; Justin. x1, 15. 3 Justin. 1. c. Diod. Sic. XVII. 73;

1 Plut. alexand.

2 Q. Curt. v, II. Arrian. 1. c.

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