Images de page
PDF
ePub

auprès de celle du père donna un nouvel éclat à la, accusés de trahison, et Timothée est condamné gloire de ce dernier.

III. Timothée, étant parvenu à une grande vieillesse, s'était retiré des affaires publiques, lorsque les Athéniens se virent attaqués de toutes parts. Samos avait quitté leur parti, l'Hellespont s'était révolté; Philippe de Macédoine, déjà puissant, méditait ses entreprises, et l'on comptait peu sur les talents de Charès qui lui était opposé. Ménesthée, fils d'Iphicrate et gendre de Thimothée, fut créé préteur et reçut l'ordre de partir. On lui donna four conseils deux hommes d'une sagesse et d'une expérience consommées, son père et son beau-père. Ils inspiraient tant de confiance aux Athéniens, qu'on espérait se relever par leur secours. Ils partirent pour Samos. A cette nouvelle, Charès, ne voulant pas qu'on parût agir sans lui, prit la même direction. On approchait de l'île, lorsqu'il s'éleva une violente tempête. Les deux vieux généraux, qui ne voulaient point exposer leur flotte, suspendirent leur marche; mais Charès, n'écoutant que sa témérité, méprisa leurs avis, et, comme si la fortune eût été à ses ordres, il arriva où il voulait, et fit dire à Iphicrate et à Timothée de venir le joindre. Mais l'attaque ne réussit pas, et il fut obligé de se retirer après avoir perdu plusieurs vaisseaux. Dans une lettre qu'il écrivit aux magistrats d'Athènes, il attribua sa défaite à ses deux collègues, disant qu'il aurait pris Samos s'il eût été secondé. L'opinion se déclara contre Iphicrate et Timothée. Le peuple, violent, soupçonneux, léger, envieux de la puissance, les rappelle à Athènes. Ils sont

statuam posuisset, filio quoque daret. Sic juxta posita recens filii veterem patris renovavit memoriam.

III. Hic quum esset magno natu, et magistratus gerere desisset, bello Athenienses undique premi sunt cœpti. Defecerat Samus : deseierat Hellespontus : Philippus jam tum valens Macedo multa moliebatur; cui oppositus Chares quum esset, non satis in eo præsidii putabatur. Fit Menestheus prætor, filius Iphicratis, gener Timothei, et, ut ad bellum proficiscatur, decernitur. Huic in consilium dantur duo usu et sapientia præstantes, quorum consilio uteretur, pater et socer: quod in his tanta erat auctoritas, ut magna spes esset, per eos amissa posse recuperari. Hi quum Samum profecti essent, et eodem Chares, adventu eorum cognito, cum suis copiis proficisceretur, ne quid absente se gestum videretur, accidit, quum ad insulam appropinquarent, ut magna tempestas oriretur. Quam evitare duo veteres imperatores utile arbitrati, suam classem suppresserunt. At ille, temeraria usus ratione, non cessit majorum natu auctoritati, et, ut in sua navi esset fortuna, quo contenderat, pervenit; eodemque ut sequerentur, ad Timotheum et Iphicratem nuntium misit. Hinc, male re gesta, compluribus amissis navibus, eodem, unde erat profectus, se recepit, litterasque Athenas publice misit, sibi proclive fuisse Samum capere, nisi a Timotheo et Iphicrate desertus esset. Ob cam rem in crimen voca bantur; populus acer, suspicax, mobilis, adversarius, invidus etiam potentiæ, domum revocat : accusantur pro

à une amende de cent talents. Victime de la haine de son ingrate patrie, il se retire à Chalcis.

IV. Après sa mort, le peuple se repentit de l'avoir condamné. Il retrancha les neuf dixièmes de l'amende, et ordonna que son fils Conon donnerait dix talents pour relever une partie des murs de la ville. Ce fut un exemple remarquable des jeux de la fortune, que le petit-fils fut obligé de rétablir à ses frais, et au grand déshonneur de sa famille, ces murailles que l'aïeul avait élevées aux dépens de l'ennemi. Nous pourrions citer plusieurs preuves de la sagesse et de la modération de Timothée, mais nous nous bornerons à une seule, qui fera connaître jusqu'à quel point il était chéri des siens. Ayant été forcé de paraître en justice dans sa première jeunesse, non-seulement ses amis et ses hôtes, simples particuliers, se réunirent pour le défendre; mais le tyran Jason, le plus puissant prince de cette époque, vint se joindre à eux. Ce prince, qui, dans ses États, ne se croyait en sûreté qu'au milieu de ses satellites, vint à Athènes sans escorte, et se montra si attaché à son hôte, qu'il aima mieux exposer sa vie que d'abandonner Timothée dans une affaire où il y allait de son honneur. Cependant Timothée lui fit la guerre dans la suite, sur l'ordre du peuple, jugeant les droits de la patrie plus sacrés que ceux de l'hospitalité. Ce fut le dernier âge des grands généraux d'Athènes. Après la mort d'Iphicrate, de Chabrias et de Timothée, cette ville ne produisit aucun capitaine digne de mémoire.

ditionis. Hoc judicio damnatur Timotheus, lisque ejus æstimatur centum talentis. Ille, odio ingratæ civitatis coactus, Chalcidem se contulit.

IV. Hujus post mortem quum populum judicii sui pœniteret, mulctæ novem partes detraxit, et decem talenta Cononem, filium ejus, ad muri quamdam partem reficiendam jussit dare. In quo fortunæ varietas est animadversa. Nam quos avus Conon muros ex hostium præda patriæ restituerat, eosdem nepos, cum summa ignominia familiæ, ex sua re familiari reficere coactus est. Timothei autem moderatæ sapientisque vitæ, quum pleraque possimus proferre testimonia, uno erimus contenti; quod ex eo facile conjici poterit, quam carus suis fuerit. Quum Athenis adolescentulus causam diceret, non solum amici privalique hospites ad eum defendendum convenerunt; sed etiam in eis Jason tyrannus, qui illo tempore fuit omnium potentissimus. Hic quum in patria sine satellitibus se tutum non arbitraretur, Athenas sine ullo præsidio venit; tantique hospitem fecit, ut mallet se capitis periculum adire, quam Timotheo, de fama dimicanti, deesse. Hunc adversus tamen Timotheus postea, populi jussu, bellum gessit; patriæque sanctiora jura, quam hospitii, esse duxit. Hæc extrema fuit ætas imperatorum Atheniensium, Iphicratis, Chabria, Timothei: neque, post illorum obitum, quisquam dux in illa urbe fuit dignus memoria.

DATAME.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Datame, le plus illustre des généraux barbares. Il fait ses premières armes dans la guerre d'Artaxerxès contre les Cadusiens, peuple de Cilicie. · II. Il prend Thyus vivant. - III. Il amène au roi son captif. Il est mis à la tête des troupes envoyées contre les Égyptiens.IV. Il est rappelé. Il fait prisonnier Aspis de Cappadoce. — V. Instruit des piéges que lui tendent les courtisans, il occupe en son nom la Cappadoce et la Paphlagonie. VI. Il perd son fils dans uue guerre contre les Pisidiens; il accable et ses soldats transfuges et ses ennemis. VII. Son fils aîné le trahit. . VIII. Il défait Autophradate envoyé contre lui. — IX. Il évite avec adresse les embûches d'Artaxerxès. - X. Il se laisse surprendre aux artifices de Mithridate. XI. II périt

par trahison dans une entrevue.

1. Je vais m'occuper maintenant du plus vaillant et du plus habile des généraux barbares, à l'exception des deux Carthaginois Amilcar et Annibal. J'en parlerai avec d'autant plus de détails que ses actions sont peu connues, et qu'il dut ses succès non pas à de grandes armées, mais à une habileté presque sans égale. Ma narration manquerait de clarté sans ces développements. Datame, fils de Camissare, Carien de nation et d'une femme scythe, fit d'abord partie de la garde du palais d'Artaxerxès. Son père ayant donné des preuves de fidélité au roi, de bravoure et de capacité dans la guerre, eut le gouvernement de la Cilicie, province voisine de la Cappadoce, ethabitée par les Leucosyriens. Datame, d'abord simple soldat, montra ce qu'il était dans la guerre que

DATAMES.

ARGUMENTUM.

--

-

CAP. I. Datames, barbarorum clarissimus. Bello Artaxerxis contra Cadusios, Ciliciæ partem, meretur. II. Thyum vivum capit. - III. Captum ad regem adducit. Copiis contra Ægyptios præficitur. — IV. Revocatur. Aspim Cappadocem capit. V. Aulicorum insidias edoctus, Cappadocíam sibi et Paphlagoniam occupat. — VI. In bello adversum Pisidas amittit filium. Proditores et hostes Pisidas superat. -- VII. A filio natu maximo proditur. — VIII. Autophradatem, contra se missum, vincit. -IX. Regis insidias callide declinat. - X. Mithridatis dolo capitur. — XI. In colloquio per fraudem occiditur.

[ocr errors]

I. Venio nunc ad fortissimum virum, maximique consilii omnium barbarorum, exceptis duobus Carthaginiensi bus, Hamilcare et Hannibale. De quo hoc plura referemus, quod et obscuriora sunt ejus gesta pleraque; et ea, quæ prospere ei cesserunt, non magnitudine copiarum, sed consilii, quo tantum non omnes superabat, acciderunt. Quorum nisi ratio explicata fuerit, res apparere non poterunt. Datames, patre Camissare, natione Care, matre Scythissa natus, primum militum numero fuit apud Artaxerxem eorum qui regiam tuebantur. Pater ejus Camissares, quod et manu fortis, et bello strenuus, et regi multis locis fidelis erat repertus, habuit provinciam partem Cilici juxta Cappadociam, quam incolunt Leucosyri.

le roi fit contre les Cadusiens, où l'armée royale fit de grandes pertes. On n'en apprécia que mieux sa valeur; et Camissare étant mort dans cette guerre, Datame eut le gouvernement de la province.

II. Il ne montra pas moins de courage à l'époque où Autophradate poursuivait par l'ordre du roi les peuples qui s'étaient révoltés. Il mit en fuite les ennemis qui avaient déjà pénétré dans le camp, et le reste de l'armée lui dut son salut. Après cet exploit, on lui confia de plus grandes entreprises. Thyus, issu de cet antique Pylémène qu'Homère dit avoir été tué par Patrocle dans la guerre de Troie, était alors dynaste de la Paphlagonie. Il refusait d'obéir au roi, qui résolut de le punir, et qui chargea de cette expédition Datame, proche parent du Paphlagonien; car ils étaient nés l'un du frère, l'autre de la sœur. Avant de recourir aux armes, Datame voulut tenter de le faire rentrer dans le devoir. Il alla le trouver sans se faire accompagner, croyant n'avoir rien à craindre d'un parent. Mais sa confiance faillit le perdre. Thyus voulut le faire assassiner secrètement. La mère de Datame, tante de Thyus, était avec son fils: elle fut instruite du complot, et l'en avertit. Datame crut sa tante. Il déclara la guerre à Thyus, et, malgré la défection d'Ariobarzane, gouverneur de la Lydie, de l'Ionie et de toute la Phrygie, il poursuivit son expédition avec vigueur, et finit par le prendre vivant avec sa femme et ses enfants.

III. Il eut soin de partir de suite, pour que la nouvelle de sa victoire ne le précédât pas auprès

Datames militare munus fungens, primum, qualis esset, apparuit in bello, quod rex adversus Cadusios gessit. Namque hic multis millibus regiorum interfectis, magni fuit ejus opera. Quo factum est, ut, quum in eo bello cecidisset Camissares, paterna ei traderetur provincia.

II. Pari se virtute postea præbuit, quum Autophradates jussu regis bello persequeretur eos qui defecerant. Namque hujus opera hostes, quum castra jam intrassent, profli gati sunt, exercitusque reliquus conservatus regis est. qua ex re majoribus rebus præesse cœpit. Erat eo tempore Thyus, dynastes Paphlagoniæ, antiquo genere natus a Pylæmene illo, quem Homerus Troico bello a Patroclo interfectum ait. Is regi dicto audiens non erat. Quam ob causam bello eum persequi constituit, eique rei præfecit Datamem, propinquum Paphlagonis; namque ex fratre et sorore erant nati. Quam ob causam Datames omnia primum experiri voluit, ut sine armis propinquum ad officium reduceret. Ad quem quum venisset sine præsidio, quod ab amico nullas vereretur insidias, pæne interiit: nam Thyus eum clam interficere voluit. Erat mater cum Datame, amita Paphlagonis: ea, quid ageretur, resciit, filiumque monuit ille fuga periculum evitavit, bellumque indixit Thyo. In quo quum ab Ariobarzane, præfecto Lydiæ ct Ioniæ totiusque Phrygiæ, desertus esset; nihilo segnius perseveravit, vivumque Thyum cepit cum uxore et libe

ris.

III. Cujus facti ne prius fama ad regem, quam ipse, perveniret, dedit operam. Itaque omnibus insciis, eo, ubi

du roi. Il se rend, à l'insu de tout le monde, à l'en- | province située au-dessus de la Cilicie et limitro

droit où se trouvait le roi, et le lendemain il fait revêtir son captif d'une robe magnifique, telle que les satrapes ont coutume d'en porter, et le décore d'un collier, des bracelets d'or et des autres ornements royaux. Thyus était d'une taille colossale; son teint noir, sa longue barbe et son épaisse chevelure lui donnaient un air terrible. Quant à Datame, couvert d'un manteau grossier, d'une tunique hérissée de poils, ayant sur sa tête un casque de chasseur, il tenait dans sa main droite une massue, et de la gauche conduisait Thyus attaché à une laisse, comme une bête prise à la chasse. Ce spectacle étrange et nouveau, cette figure inconnue frappant tous les regards, et attirant la foule, quelques personnes reconnurent Thyus, et allèrent en avertir le roi. Artaxerxès refusa d'abord de les croire, et envoya Pharnabaze pour s'assurer de la vérité. Pharnabaze lui ayant dit qu'en effet c'étaient Thyus et Datame qui arrivaient, il ordonna de les introduire sur-le-champ, et ne parut pas moins charmé de cet appareil singulier que de la capture faite par son général. Ce qui le flattait surtout, c'était qu'un roi célèbre fût tombé en son pouvoir sans qu'il s'y attendît. Il récompensa magnifiquement Datame, et l'envoya rejoindre l'armée qui se rassemblait sous les ordres de Pharnabaze et de Tithraustès pour la guerre d'Égypte, voulant qu'il partageât avec eux l'autorité. Après le rappel de Pharnabaze, il lui donna le commandement en chef.

IV. Datame poussait avec activité tous les préparatifs et se disposait à partir pour l'Egypte, lorsqu'il reçut un ordre du roi qui lui enjoignait d'attaquer Aspis. Cet Aspis occupait la Cataonie,

erat rex, venit; posteroque die Thyum, hominem maximi corporis, terribilique facie, quod et niger, et capillo longo, barbaque erat promissa, optima veste texit, quam satrapa regii gerere consueverant; ornavitque etiam torque, et armillis aureis, ceteroque regio cultu. Ipse agresti duplici amiculo circumdatus, hirtaque tunica, gerens in capite galeam venatoriam, dextra manu clavam, sinistra copu lam, qua vinctum ante se Thyum agebat, ut si feram bestiam captam duceret. Quem omnes quum prospicerent propter novitatem ornatus, ignotamque formam, ob eamque rem magnus esset concursus, fuit nou nemo, qui agnosceret Thyum, regique nuntiaret. Primo non accredidit. Itaque Pharnabazum misit exploratum; a quo ut rem gestam comperit, statim admitti jussit, magnopere delectatus quum facto, tum ornatu; in primis quod nobilis rex in potestatem inopinanti venerat. Itaque magnifice Datamem donatum ad exercitum misit, qui tum contrahebatur, duce Pharnabazo et Tithrauste, ad bellum Ægyptium; parique cum, atque illos, imperio esse jussit. Postea vero quam Pharnabazum rex revocavit, illi summa imperii tradita est.

IV. Hic quum maximo studio compararet exercitum, Ægyptumque proficisci pararet, subito a rege litteræ sunt ei missæ, ut Aspim aggrederetur, qui Cataoniam tenebat, quæ gens jacet supra Ciliciam, confinis Cappadocia. Nam

phe de la Cappadoce. Maître d'un pays couvert de bois et hérissé de forteresses, il en profitait pour se soustraire à l'autorité du roi, désoler les provinces voisines, et enlever les tributs qu'on envoyait à la cour de Perse. Quoique fort éloigné de ce pays et arraché par cet ordre à une expédition importante, Datame crut devoir se conformer aux volontés du roi. Il s'embarqua avec un petit nombre de soldats choisis, pensant (ce qui arriva en effet) que l'ennemi n'étant pas sur ses gardes, il en viendrait à bout bien plus aisément avec une poignée d'hommes qu'avec une armée, s'il lui laissait le temps de se préparer. Il aborde en Cilicie, traverse la province, marche jour et nuit, franchit le Taurus, arrive au bout de sa course, et s'informe du lieu où peut être Aspis. Il apprend qu'il n'est pas éloigné, et qu'il est parti pour la chasse. Pendant qu'il l'épie, on est instruit du sujet de sa venue. Aspis se prépare à résister, et joint quelques Pisidiens aux gens qui l'accompagnaient. Aussitôt Datame prend ses armes, ordonne aux siens de le suivre, et pousse à toute bride vers l'ennemi. Aspis, le voyant venir, est saisi de frayeur; il ne songe plus à se défendre et se rend. Datame le fait enchaîner, et charge Mithridate de le conduire au roi.

V. Pendant que ces choses se passent, Artaxerxès, réfléchissant, regrette d'avoir détourné son meilleur général d'une guerre importante, pour l'employer à une expédition secondaire. Ne le croyant pas encore parti, il lui envoie un exprès au camp d'Acé pour lui ordonner de rester. Avant d'arriver à sa destination, le courrier rencontre l'escorte qui ramenait Aspis. Cette activité, en

que Aspis, saltuosam regionem, castellisque munitam incolens, non solum imperio regis non parebat, sed etiam finitimas res vexabat, et, quæ regi portarentur, abripiebat. Datames, etsi longe aberat ab his regionibus, et a majore re abstrahebatur, tamen regis voluntati morem gerendum putavit. Itaque cum paucis, sed viris fortibus, navem conscendit, existimans, id quod accidit, facilius se impru dentem parva manu oppressurum, quam paratum, quamvis magno exercitu. Hac delatus in Ciliciam, egressus inde, dies noctesque iter faciens, Taurum transit, eoque, quo studuerat, venit: quærit, quibus locis sit Aspis: cognoscit haud longe abesse, profectumque eum venatum; quem dum speculatur, adventus ejus causa cognoscitur. Pisidas cum iis, quos secum habebat, ad resistendum Aspis comparat. Id Datames ubi audivit, arma sumit, suosque sequi jubet : ipse equo concitato ad hostem vehitur. Quem procul Aspis conspiciens ad se ferentem, pertimescit, atque a conatu resistendi deterritus, sese dedit. Hunc Datames vinctum ad regem ducendum tradit Mithridati.

V. Hæc dum geruntur, Artaxerxes reminiscens, a quanto bello ad quam parvam rem principem ducum misisset, se ipse reprehendit, et nuntium ad exercitum Acen misit, quod nondum Datamem profectum putabat, qui diceret, ne ab exercitu discederet. Hic, priusquam perveniret, quo

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

acquérant à Datame la bienveillance du roi, lui attira la haine des courtisans, qui voyaient qu'on faisait plus de cas de lui seul que d'eux tous. Ils se réunirent pour le perdre. Pandate, son ami, trésorier du roi, lui écrivit à ce sujet une lettre dans laquelle il lui disait que le moindre revers qui lui arriverait dans son commandement d'Egypte l'exposerait à de grands dangers, la coutume des rois étant d'attribuer les bons succès à leur fortune et les mauvais à l'in« habileté de leurs généraux ; qu'il devait savoir qu'on avait peu de peine à leur faire décider la perte de ceux qui ont éprouvé des échecs, et que pour lui, sa position était d'autant plus critique que les hommes qui s'étaient faits ses ennemis étaient ceux qui avaient le plus d'empire sur l'esprit du roi.» Datame était arrivé au camp, lorsqu'il reçut cette lettre. Il y avait trop de vérité dans les avertissements de son ami pour qu'il les negligeât. Il résolut d'abandonner le roi, mais sans rien faire qui pût passer pour de la trahison. Il remit le commandement à Mandrocle de Magnésie, et passa avec les siens en Cappadoce. Il occupa aussi la Paphlagonie, province contiguë à la Cappadoce, et, sans faire connaître ses dispositions à l'égard du Roi, il se lia secrètement avec Ariobarzane, leva une petite armée, et donna la garde des places fortes à ses amis.

[ocr errors]

.

VI. L'hiver l'empêchait d'agir. Toutefois, apprenant que les Pisidiens levaient des troupes contre lui, il y envoie son fils Arsidée avec une armée. Ce jeune homme est tué dans un combat. Le malheureux père, cachant le coup qui vient de le frapper, marche de ce côté avec une petite

fieri

erat profectus, in itinere convenit, qui Aspim ducebant. Qua celeritate quum magnam benevolentiam regis Data mes consecutus esset, non minorem invidiam aulicorum excepit, qui illum unum pluris, quam se omnes, videbant: quo facto cuncti ad eum opprimendum consenserunt. Hæc Pandates, gazæ custos regiæ, amicus Dalami, perscripta ei mittit, in quibus docet, « eum magno fore periculo, si quid, illo imperante, in Ægypto adversi accidisset: namque eam esse consuetudinem regiam, ut casus adversos hominibus tribuant, secundos fortunæ sua; quo fieri, ut facile impellantur ad eorum perniciem, quorum ductu res male gestæ nuntientur : illum hoc majore fore in discrimine, quod, quibus rex maxime obediat, eos habeat inimicissimos. » Talibus ille litteris cognitis, quum jam ad exercitum Acen venisset, quod non ignorabat, ea vere scripta, desciscere a rege constituit. Neque tamen quidquam fecit, quod fide sua esset indignum : nam Androclem Magnetem exercitui præfecit; ipse cum suis in Cappadociam discedit, conjunctamque huic Paphlagoniam occupat, celans, qua voluntate esset in regem; clam cum Ariobarzane facit amicitiam, manum comparat, urbes monitas suis tuendas tradit.

VI. Sed hæc, propter hiemale tempus, minus prospere procedebant. Audit Pisidas quasdam copias adversus se parare. Filium eo Arsidæum cum exercitu mittit: cadit in prælio adolescens. Proficiscitur eo pater, non ita cum

troupe; il voulait atteindre l'ennemi avant que les siens ne fussent instruits de ce revers, et de peur que la nouvelle de la mort de son fils ne portât le découragement parmi eux. Arrivé sur les lieux, il établit son camp de manière à ne pouvoir ni être enveloppé par l'ennemi, ni gêné dans ses mouvements. Mithrobarzane, son beau-père, commandant de la cavalerie, était avec lui: désespérant des affaires de son gendre, il passe du côté des Pisidiens. Datame sentit que si les soldats apprenaient cette défection, en le voyant abandonné d'un homme qui le touchait de si près, ils pourraient bien l'abandonner aussi. Il publie que c'est par son ordre que Mithrobarzane est parti, que cette prétendue désertion n'est qu'une ruse dont il s'est servi pour s'introduire chez l'ennemi et le massacrer quand le moment sera venu; qu'ils ne devaient donc pas abandonner leur général, mais le suivre à l'instant; que s'ils se conduisaient avec courage, les ennemis ne pourraient leur résister, attaqués à la fois au dedans et au dehors. L'armée se met en marche. Mithrobarzane venait à peine de se joindre aux Pisidiens, que Datame ordonne l'attaque. Dans le premier trouble, les Pisidiens s'imaginent que ces transfuges sont des traîtres qui voulaient pénétrer dans leur camp pour les accabler plus aisément. Ils commencent par les assaillir. Ceux-ci, ne sachant ce qui se passait ni pourquoi on les attaquait, sont forcés de combattre ceux qu'ils venaient servir, au profit de celui qu'ils abandonnaient. Mais n'étant épargnés ni d'un côté ni de l'autre, ils sont bientôt massacrés. Datame fond sur le reste des Pisidiens, les culbute du premier choc, poursuit les

magna manu, celans quantum vulnus accepisset: quod prius ad hostem pervenire cupiebat, quam de re male gesta fama ad suos perveniret, ne, cognita filii morte, animi debilitarentur militum. Quo contenderat, pervenit, hisque locis castra ponit, ut neque circumiri multitudine adversariorum posset, neque impediri, quominus ad dimicandum manum haberet expeditam. Erat cum eo Mithrobarzanes, socer ejus, præfectus equitum: is, despera. tis generi rebus, ad hostes transfugit. Id Datames ut audivit, sensit, si in turbam exisset, ab homine tam necessario se relictum, futurum, ut ceteri consilium sequerentur. In vulgus edit, « suo jussu Mithrobarzanem profectum pro perfuga, quo facilius receptus interficeret hostes quare relinqui eum non par esse, sed omnes confestim sequi. Quod si animo strenuo fecissent, futurum, ut adversarii non possent resistere, quum et intra vallum et foris cæderentur. » Hac re probata, exercitum educit; Mithrobarzanem persequitur: qui tantum quod ad hostes pervenerat, Datames signa inferri jubet. Pisidæ, nova re commoti, in opinionem adducuntur, perfugas mala fide compositoque fecisse, ut, recepti, essent majori calamitati : primum eos adoriuntur. Illi, quum quid ageretur, aut quare fieret, ignorarent, coacti sunt cum eis pugnare, ad quos transierant; ab hisque stare, quos reliquerant. Quibus quum neutri parcerent, celeriter sunt concisi. Reliquos Pisidas resistentes Datames invadit, primo impetu pellit, fugientes

fuyards, en tue un grand nombre, et se rend maître du camp. C'est ainsi qu'il punit la trahison, battit l'ennemi, et fit servir à son salut ce qui devait assurer sa perte. L'histoire n'offre aucun exemple d'un dessein aussi habilement conçu et plus rapidement exécuté.

diens et Pisidiens, deux mille Ciliciens, autant de Captiens, trois mille Grecs soudoyés, et un grand nombre de troupes légères. Attaqué par des forces si supérieures, Datame n'avait d'espoir qu'en lui et dans la position qu'il occupait. Il n'avait pas la vingtième partie de ces troupes. Toutefois il livra bataille et tua plusieurs milliers d'hommes à l'ennemi, sans avoir perdu lui-même plus de mille soldats. Il dressa le lendemain un trophée sur le lieu du combat, et s'éloigna de ce poste. Il eut l'avantage dans toutes les affaires qui suivirent, quoique inférieur en nombre; mais il n'en venait jamais aux mains qu'après avoir enfermé l'ennemi dans quelques défilés, ce qui arrivait souvent, grâce à son habileté et à la parfaite connaissance qu'il avait du pays. Autophradate, voyant que plus la guerre se prolongeait, plus elle devenait désastreuse pour le roi, fit à Datame des propositions de paix et d'amitié. Il l'invita à rentrer en grâce auprès du roi. Sans croire à la sincérité de ces propositions, Datame ne les repoussa pas; il promit d'envoyer des députés au Roi. La guerre se termina ainsi. Autophradate se retira en Égypte.

VII. Ce grand homme fut pourtant trahi par Scismas, son fils aîné, qui passa du côté du roi, et lui dénonça la défection de son père. Artaxerxès fut extrêmement ému de cette nouvelle. Il connaissait Datame; il savait qu'il avait affaire à un homme actif et courageux, qui pensait avant d'agir, et exécutait avec audace ce qu'il avait médité avec prudence. Il envoya Autophradate en Cappadoce. Datame, pour empêcher le satrape de pénétrer dans le défilé qui forme l'entrée de la Cilicie, voulait s'en emparer; mais il n'eut pas le temps de lever les troupes nécessaires. Forcé de renoncer à son projet, il choisit avec sa petite armée une position telle que les ennemis ne pouvaient ni l'entourer ni passer outre sans être eux-mêmes pressés des deux côtés, et qu'il n'avait pas à redouter la supériorité du nombre dans le cas où il viendrait à accepter le combat. IX. La haine du roi contre Datame était imVIII. Autophradate voyait bien le désavantage placable. N'ayant pu le réduire par les armes, il de la position; mais il aima mieux livrer le lui dressa des embûches. Mais Datame sut prescombat que de reculer ou de rester là avec une que toujours s'y soustraire. Une fois on l'avertit armée si considérable. Cette armée se comque quelques-uns de ses amis lui tendaient un posait de vingt mille cavaliers barbares, cent piége. Comme cet avis lui était donné par des mille de ces fantassins que les Perses nomment ennemis, il ne crut pas devoir y ajouter trop de Cardaces, trois mille frondeurs du même corps, foi ; mais il ne voulut pas non plus le négliger, et, huit mille Cappadociens, dix mille Arméniens, pour s'assurer si on lui avait dit la vérité, il se cinq mille Paphlagoniens, dix mille Phrygiens, rendit à l'endroit où devait être l'embuscade. Il cinq mille Lydiens, environ trois mille Aspen-choisit un homme qui lui ressemblait parfaite

persequitur, multos interficit, castra hostium capit. Tali consilio uno tempore et proditores perculit, et hostes profligavit; et, quod ad perniciem fuerat cogitatum, id ad salutem convertit: quo neque acutius ullius imperatoris cogitatum, neque celerius factum usquam legimus.

VII. Ab hoc tamen viro Scismas, maximo natu filius, desciit, ad regemque transiit, et de defectione patris detulit. Quo nuntio Artaxerxes commotus, quod intelligebat, sibi cum viro forti ac strenuo negotium esse, qui, quum cogitasset, facere auderet, et prius cogitare, quam conari, consuesset, Autophraḍatem in Cappadociam mittit. Hic ne intrare posset saltum, in quo Cilicia portæ sunt sitæ, Datames præoccupare studuit. Sed tam subito copias contrahere non potuit. A qua re depulsus, cum ea manu, quam contraxerat, locum delegit talem, ut neque circumiretur ab hostibus, neque præteriret adversarius, quin ancipitibus locis premeretur, et, si dimicare cum eo vellet, non multum obesse multitudo hostium suæ paucitati posset.

VIII. Hæc etsi Autophradates videbat, tamen statuit congredi, quam cum tantis copiis refugere, aut tam diu uno loco sedere. Habebat barbarorum equitum viginti, peditum centum millia, quos illi Cardaces appellant; ejusdemque generis tria funditorum; præterea Cappadocum octo, Armeniorum decem, Paphlagonum quinque, Phrygum decem, Lydorum quinque, Aspendiorum et Pisidarum circiter tria, Cilicum duo, Captianorum totidem, ex Græ

cia conductorum tria millia, levis armaturæ maximum numerum. Has adversus copias spes omnis consistebat Datami in se locique natura: namque hujus partem nou habebat vicesimam militum. Quibus fretus conflixit, adversariorumque multa millia concidit, quum de ipsius exercitu non amplius hominum mille cecidisset : quam ob causam postero die tropæum posuit, quo loco pridie pugnatum erat. Hinc quum castra movisset, semperque inferior copiis, superior omnibus præliis discederet, quod nunquam manum consereret, nisi quum adversarios locorum angustiis clausisset, quod perito regionum callideque cogitanti sæpe accidebat. Autophradates, quum bellum duci majore regis calamitate, quam adversariorum, videret, ad pacem amicitiamque hortatus est, ut cum rege in gratiam rediret. Quam ille etsi fidam non fore putabat, tamen conditionem accepit, seque ad Artaxerxem legatos missurum dixit. Sic bellum, quod rex adversus Datamem susceperat, sedatum: Autophradates in Phrygiam se recepit.

IX. At rex, quod implacabile odium in Datamem susceperat, postquam bello eum opprimi non posse auimadvertit, insidiis interficere studuit: quas ille plerasque vitavit. Sicut quum nuntiatum esset, quosdam sibi insi diari, qui in amicorum erant numero (de quibus, quod inimici detulerant, neque credendum, neque negligendum putavit), experiri voluit, verum falsumne esset relatum.

« PrécédentContinuer »