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citérieure. Sévérité de sa censure. III. Son éloge, ses études, ses écrits.

1. Caton naquit dans la ville municipale de Tusculum. Dans sa première jeunesse, avant de briguer les honneurs, il habitait le pays des Sabins, où son père lui avait laissé un petit domaine. Mais, sur les exhortations de Valérius, qui fut depuis son collègue au consulat et dans la censure, il vint se fixer à Rome et débuta au barreau. M. Perperna Censorius rappelait souvent cette circonstance. Caton fit sa première campagne à l'âge de dix-sept ans. Il fut tribun militaire en Sicile, sous le consulat de Q. Fabius Maximus et de M. Claudius Marcellus. A son retour, il fut employé à l'armée de C. Claudius Néron, et se distingua à la bataille de Séna, où périt Asdrubal, frère d'Annibal. Le sort le donna pour questeur au consul P. Cornélius Scipion l'Africain; mais il ne vécut pas avec lui en bonne intelligence, et comme l'aurait exigé sa position. On sait qu'il se montra toujours son adversaire dans la suite. Il exerça l'édilité avec C. Helvius. Nommé préteur, il obtint le gouvernement de la Sardaigne. L'année précédente, il en avait ramené le poëte Ennius, étant questeur, et revenant d'Afrique; et cette conquête ne le cède en rien, à notre avis, à tous les triomphes qu'il aurait pu remporter sur les Sardes.

II. Caton fut nommé consul avec L. Valérius Flaccus. Il eut en partage le gouvernement de l'Espagne citérieure, et s'y conduisit de manière à mériter le triomphe. Scipion l'Africain, qui l'avait eu pour questeur, trouvant qu'il y restait trop longtemps, résolut de l'en déposséder et de s'y faire nommer à sa place. Mais, quoique con

1. Cato, ortus municipio Tusculo. Adolescentulus, priusquam bonoribus operam daret, versatus est in Sabinis, quod ibi in heredium a patre relictum habebat. Hortatu L. Valerii Flacci, quem in consulatu censuraque ha buit collegam, ut M. Perpernna. Censorius narrare solitus est, Romam demigravit, in foroque esse cœpit. Primum stipendium meruit annorum decem septemque. Q. Fabio Maximo, M. Claudio Marcello Coss, tribunus militum in Sicilia fuit. Inde ut rediit, castra secutus est C. Claudii Neronis, magnique ejus opera existimata est in prælio apud Senam, quo cecidit Asdrubal, frater Annibalis. Quæ. stor obtigit P. Cornelio Scipioni Africano, consuli: cum quo non pro sortis necessitudine vixit; namque ab eo perpetua dissensit vita. Edilis plebis factus est cum C. Helvio. Prætor provinciam obtinuit Sardiniam, ex qua quæstor superiore tempore ex Africa decedens, Q. Ennium poetam deduxerat: quod non minoris existimamus, quam quemlibet amplissimum Sardiniensem triumphum.

II. Consulatum gessit cum L. Valerio Flacco: sorte provinciam nactus Hispaniam citeriorem, exque ea triumphum deportavit. Ibi quum diutius moraretur, P. Scipio Africanus consul iterum, cujus in priore consulatu quæstor fuerat, voluit eum de provincia depellere, et ipse ei succedere. Neque hoc per senatum efficere potuit, quum

sul pour la seconde fois, et au premier rang dans la république, il n'y put amener le sénat à une époque où la république était gouvernée, non par le pouvoir arbitraire, mais par les lois. Scipion en fut si irrité contre le sénat, qu'à l'expiration de sa charge, il vécut à Rome en simple particulier. Cependant Caton fut nommé censeur avec V. Flaccus, son collègue au consulat. Il déploya une grande sévérité dans l'exercice de cette charge, et ne craignit pas de sévir contre des citoyens appartenant aux premières familles de la république. Il porta beaucoup d'édits pour réprimer le luxe qui déjà commençait à s'introduire dans Rome. Enfin, depuis sa première jeunesse jusqu'à la plus extrême vieillesse, c'està-dire jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, il ne cessa de se faire des ennemis en servant la république ; mais sa considération personnelle, loin d'en souffrir, ne fit que s'accroître de jour en jour jusqu'au moment de sa mort.

III. Caton se distingua en tous genres par une grande supériorité d'intelligence. C'était à la fois un cultivateur habile, un profond jurisconsulte, un bon orateur et un grand général. Il aimait les lettres avec passion, et quoiqu'il ne s'en fût occupé qu'assez tard, il y fit de si grands progrès qu'on eût trouvé difficilement dans la littérature grecque ou latine quelque chose qu'il ignorât. Dans sa jeunesse, il composa des harangues; dans sa vieillesse, il écrivit une histoire dont il nous reste sept livres. Le premier renferme la vie des rois de Rome, le second et le troisième la fondation des différentes cités de l'Italie: c'est sans doute ce qui a fait donner à cette histoire le nom d'Origines. Le quatrième livre

quidem Scipio in civitate principatum obtineret, quod tum non potentia, sed jure, respublica administrabatur. Qua ex re iratus senatui, consulatu peracto, privatus in urbe mansit. At Cato, censor cum eodem Flacco factus, severe præfuit ei potestati. Nam et in complures nobiles animadvertit, et multas res novas in edictum addidit, qua re luxuria reprimeretur, quæ jam tum incipiebat pullulare. Circiter annos octoginta usque ad extremam ætatem ab adolescentia, reipublicæ causa, suscipere inimicitias non destitit. A multis tentatus, non modo nullum detrimentum existimationis fecit, sed quoad vixit, virtutum laude crevit.

III. In omnibus rebus singulari fuit prudentia et industria. Nam et agricola solers, et reipublicæ peritus, et jurisconsultus, et magnus imperator, et probabilis orator, et cupidissimus litterarum fuit. Quarum studium etsi senior arripuerat, tamen tantum in eis progressum fecit, ut non facile reperire possis, neque de Græcis, neque de Italicis rebus, quod ei fuerit incognitum. Ab adolescentia confecit orationes. Senex scribere historias instituit, quarum sunt libri septem. Primus continet res gestas regum populi Romani: secundus et tertius, unde quæque civitas orta sit Italica; ob quam rem omnes Origines videtur appellasse : in quarto autem bellum Pœnicum primum: in quinto secundum atque hæc omnia capitulatim sunt dicta; reli

contient la première guerre Punique, le cinquième la seconde. Du reste, l'auteur ne s'arrête pas sur les faits, il se contente de les indiquer. Il a écrit ainsi l'histoire des autres guerres jusqu'à la préture de Servius Galba, qui ruina la Lusitanie. Il ne nomme ni les généraux qui commandaient, ni les auteurs dans lesquels il a puisé. Il fait encore mention de ce que l'Italie et l'Espagne renferment de plus remarquable. On reconnaît partout dans cet ouvrage un écrivain plein d'exactitude, de talent et d'érudition. Au surplus, je suis entré dans de grands détails sur la vie et les mœurs de Caton, dans le livre que je lui ai spécialement consacré à la prière de Titus Pomponius Atticus. J'y renvoie les admirateurs de ce grand homme.

POMPONIUS ATTICUS.

SOMMAIRE.

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CHAP. I. Atticus, issu d'une noble famille, se distingue par son esprit et son goût pour l'étude. II. Il va à Athènes, et aide les Athéniens de son argent. III. Considération dont il jouit dans cette ville. - IV. II plaît à Sylla et revient à Rome. - V. Il est héritier de Q. Cécilius pour les trois quarts de sa fortune. Son étroit et rare attachement pour Cicéron et Hortensius. VI. Son éloignement pour les honneurs, les procès, les gouvernements; il ne recherche que la considération. - VII. Dans la guerre civile, il ménage à la fois Pompée et César. - VIII. Après le meurtre de ce dernier, il aide Brutus de sa fortune. - IX. Atticus ne se prononce pas même contre Antoine; il vient au secours de sa femme et de ses enfants.-X. Antoine se montre reconnaissant de ses services. XI. Atticus est utile à une foule de

quaque bella pari modo persecutus est, usque ad præturam Serv. Galbæ, qui diripuit Lusitanos. Atque horum bellorum duces non nominavit, sed sine nominibus res notavit. In iisdem exposuit, quæ in Italia Hispaniisque viderentur admiranda. In quibus multa industria et diligentia comparet, multa doctrina. Hujus de vita et moribus plura in eo libro persecuti sumus, quem separatim de eo fecimus rogatu Titi Pomponii Attici. Quare studiosos Catonis ad illud volumen relegamus.

VITAT POMPONII ATTICI.

ARGUMENTUM.

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CAP. I. Atticus, clarus parente, ingenio et studio. -II. Athenas se confert. Athenienses pecunia sublevat. III. Athenis ante alios carissimus. IV. Syllæ acceptus, Romam remigrat. V. Q. Cæcilii heres ex dodrante. Ejus cum Cicerone et Hortensio rara amicitiæ copula. VI. Honoribus, litibus, præfecturis abstinens, soli dignitati servit. VII. In civili bello neque Pompeium, neque Cæsarem offendit. VIII. Occiso Cæsare, Brutum pecunia adjuvat. IX. Ne Antonio quidem infestus est; sed ejus uxori et liberis opitulatur. -X. Antonius officiorum Attici memor. XI. Proscriptis plurimis auxilio est. XII. Vipsanio

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proscrits. XII. Il n'emploie le crédit de Vipsanius et d'Antoine que pour éloigner le danger de ses amis. XIII. Vie privée d'Atticus; il se montre bon père de famille et bon citoyen. XIV. La lecture assaisonne tous ses repas. Sage emploi qu'il fait de son argent. XV. Son aversion pour le mensonge; son amour pour le travail. XVI. Il sait plaire également aux vieillards quand il est jeune, aux jeunes gens quand il est vieux. -XVII. Son attachement pour sa mère. — XVIII. Son goût pour l'antiquité.-XIX. La politesse de ses manières lui vaut l'alliance d'Octave. - XX. Son amitié avec César et Antoine. XXI. Sa dernière maladie. - XXII. Sa mort et ses funérailles.

I. T. Pomponius Atticus descendait d'une des plus nobles et des plus anciennes familles de Rome. Il se contenta, pendant toute sa vie,dutitre de chevalier qu'il avait reçu de ses ancêtres. Son père, qui passait pour riche à l'époque où il vivait, le traita toujours avec indulgence et bonté., Il était passionné pour les belles-lettres, et fit donner à son fils toute l'instruction qu'on peut recevoir dans la jeunesse. De son côté, le jeune Atticus joignait à une grande facilité d'intelligence une physionomie douce et un organe agréable. Il saisissait aisément ce qu'on lui enseignait, et le répétait avec beaucoup de justesse et de grâce, ce qui le faisait remarquer parmi ses condisciples. Ses succès étaient déjà trop éclatants pour ne pas éveiller l'émulation des plus généreux. Il les excitait par son exemple de ce nombre étaient L. Torquatus, le fils de C. Marius, et M. Cicéron, qui se prirent pour lui de la plus tendre affection, et le regardèrent toute leur vie comme leur meilleur ami.

II. Atticus perdit son père de bonne heure. Il ne laissa pas de courir des dangers dans sa jeu

et Antonio tantum utitur in deprecandis amicorum periculis. - XIII. De vita Attici privata. Bonus paterfamilias et civis. XIV. Ejus cœna semper lectione condita. Prudens pecuniæ usus. XV. Mendacii osor et laboris amans. XVI. Senibus adolescens et adolescentibus senex pariter jucundus. -XVII. Ejus pietas in matrem. XVIII. Antiquitatis amor. XIX. Morum elegantia pervenit in affinitatem Octavii. XX. Cæsaris et Antonii cum Attico familiaritas. XXI. Extremus ejus morbus. XXII. Ejus mors et sepultura.

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I.T. Pomponius Atticus, ab origine ultima stirpis Romanæ generatus, perpetuo a majoribus acceptam equestrem obtinuit dignitatem. Patre usus est diligente, indulgente, et, ut tum erant tempora, diti, in primisque studioso litterarum. Hic, prout ipse amabat litteras, omnibus doctrinis, quibus puerilis ætas impertiri debet, filium erudivit. Erat autem in puero, præter docilitatem ingenii, summa sua. vitas oris ac vocis, ut non solum celeriter acciperet, quæ tradebantur, sed etiam excellenter pronuntiaret. Qua ex re in pueritia nobilis inter æquales ferebatur, clariusque explendescebat, quam generosi condiscipuli animo æquo ferre possent. Itaque incitabat omnes studio suo : quo in numero fuerunt L. Torquatus, C. Marius filius, M. Cicero, quos consuetudine sua sic sibi devinxit, ut nemo iis perpetuo fuerit carior.

II. Pater mature decessit. Ipse adolescentulus, propter affinitatem P. Sulpicii, qui tribunus plebis interfectus est,

nesse, à cause de son alliance avec P. Sulpicius qui fut tué dans une sédition, étant tribun du peuple. Anicia, cousine d'Atticus, avait épousé M. Servius, frère de Sulpicius. Après la mort de celuici, l'État fut bouleversé par la faction de Cinna. Atticus comprit qu'il ne pouvait vivre à Rome sans offenser l'un des deux partis. La discorde était dans la ville; les uns tenaient pour Sylla, les autres pour Cinna. Atticus, dans ces circonstances, crut ne pouvoir prendre un meilleur parti que de se rendre à Athènes pour vivre suivant ses goûts; ce qui ne l'empêcha pas d'aider le jeune Marius, qui venait d'être déclaré ennemi de l'Etat, et de lui donner de l'argent pour faciliter sa fuite. De peur que son patrimoine ne fût compromis au milieu de tous ces troubles, il avait eu soin d'emporter la plus grande partie de sa fortune. Établi à Athènes, il y vécut de manière à se concilier l'affection des citoyens, soit en les appuyant de son crédit qui était déjà grand malgré sa jeunesse, soit en venant à leur secours dans les moments de malheurs publics. Il donna plusieurs fois de l'argent au trésor. Quand on était obligé de faire un emprunt pour couvrir d'anciennes dettes, et qu'on ne pouvait obtenir de conditions raisonnables, il avançait la somme sans exiger d'intérêt, mais aussi sans laisser passer le terme du remboursement. C'était rendre un double service aux Athéniens. Il ne voulait ni laisser vieillir leur dette par son indulgence, ni l'accroître par des intérêts accumulés. Il fit encore distribuer du blé au peuple. Chaque citoyen en reçut pour sa part sept mesures, ou médimnes d'Athènes.

non expers fuit illius periculi. Namque Anicia, Pomponii consobrina, nupserat M. Servio, fratri Sulpicii. Itaque, interfecto Sulpicio, posteaquam vidit, Cinnano tumultu civitatem esse perturbatam, neque sibi dari facultatem pro dignitate vivendi, quin alterutram partem offenderet, dissociatis animis civium, quum alii Syllanis, alii Cinnanis faverent partibus, idoneum tempus ratus studiis obsequendi suis, Athenas se contulit. Neque eo secius adolescentem Marium, hostem judicatum, juvit opibus suis; cujus fugam pecunia sublevavit. Ac, ne illa peregrinatio detrimentum aliquod afferret rei familiari, eodem magnam partem fortunarum trajecit suarum. Hic ita vixit, ut universis Atheniensibus merito esset carissimus. Nam, præter gratiam, quæ jam in adolescentulo magna erat, sæpe suis opibus inopiam eorum publicam levavit. Quum enim versuram facere publice necesse esset, neque ejus condi tionem æquam haberent, semper se interposuit, atque ita, ut neque usuram unquam ab iis acceperit, neque longius, quam dictum esset, eos debere passus sit. Quod utrumque erat iis salutare, nam neque indulgendo inveterascere eorum as alienum patiebatur, neque multiplicandis usuris crescere. Auxit hoc officium alia quoque liberalitate; nam universos frumento donavit, ita ut singulis septem modii tritici darentur : qui modus mensuræ medimnus Athenis appellatur.

III. Hic autem sic se gerebat, ut communis infimis, par principibus videretur. Quo factum est, ut huic omnes ho

III. Il se conduisait de manière à paraître l'égal des petits et des grands. Les Athéniens, par reconnaissance, lui rendaient tous les honneurs imaginables. Ils voulurent le faire citoyen de leur ville, mais il refusa cette faveur, qu'il ne pouvait accepter, si l'on en croit certains publicistes, sans perdre le titre de citoyen romain. On voulut aussi lui élever une statue, mais il ne le souffrit pas tant qu'il resta à Athènes. Après son départ, il ne put empêcher qu'on n'en élevât plusieurs à lui et à sa femme Pilia, dans les lieux les plus révérés. C'était la récompense de ses services, la république l'ayant eu pour conseiller et pour appui dans toutes ses affaires. La fortune lui avait accordé cette faveur de naître dans la première ville du monde et de l'avoir pour patrie et pour souveraine; mais il ne dut qu'à sa sagesse le double avantage d'habiter dans une ville que son antiquité, sa politesse et ses lumières élevaient au-dessus des autres et de s'y concilier l'affection générale.

IV. A son retour d'Asie, Sylla étant venu à Athènes, fut si charmé du savoir et de l'urbanité d'Atticus, qu'il ne le quitta pas un seul instant. Atticus en effet parlait grec comme s'il eût été citoyen d'Athènes, et s'exprimait si parfaitement en latin, qu'on reconnaissait dans son langage je ne sais quelle grâce qui ne s'acquiert pas. Il récitait avec la même perfection les vers grecs et latins. Sylla, qui ne pouvait se séparer de lui, voulait l'emmener; mais il essaya en vain de le déterminer. « Je vous en prie, lui dit Atticus, « n'insistez pas. Je ne puis marcher avec vous

nores, quos possent, publice haberent, civemque facere studerent. Quo beneficio ille uti noluit, quod nonnulli ita interpretantur, amitti civitatem Romanam, alia adscita. Quandiu affuit, ne qua sibi statua poneretur, restitit : absens prohibere non potuit. Itaque aliquot ipsi et Piliæ, locis sanctissimis, posuerunt. Hunc enim in omni procuratione reipublicæ auctorem actoremque habebant. Igitur primum illud munus fortunæ, quod in ea potissimum urbe natus est, in qua domicilium orbis terrarum esset imperii, ut eamdem et patriam haberet et dominam. Hoc specimen prudentiæ, quod, quum in eam civitatem se contulisset, quæ antiquitate, humanitate, doctrina præstaret omnes, unus ei ante alios fuerit carissimus.

IV. Huc ex Asia Sylla decedens quum venisset, quandiu ibi fuit, secum habuit Pomponium, captus adolescentis et humanitate et doctrina. Sic enim græce loquebatur, ut Athenis natus videretur. Tanta autem suavitas erat sermonis latini, ut appareret, in eo nativum quemdam leporem esse, non adscitum. Idem poemata pronuntiabat et græce et latine sic, ut supra nihil posset addi. Quibus rebus factum est, ut Sylla nusquam eum ab se dimitteret, cuperetque secum deducere. Cui quum persuadere tentaret: Noli, oro te, inquit Pomponius, adversum eos me velle ducere, cum quibus, ne contra te arma ferrem, Italiam reliqui.» At Sylla, adolescentis officio collaudato, omnia munera ei, quæ Athenis acceperat, proficiscens jussit deferri. Hic complures annos moratus, quum et rei faini

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« contre vos adversaires, n'ayant quitté l'Italie « que pour ne pas marcher avec eux contre vous. >> Sylla ne put qu'approuver sa délicatesse. Il ordonna en partant qu'on lui remît tous les présents qu'il avait reçus des Athéniens. Atticus demeura plusieurs années à Athènes, veillant à ses intérêts avec tout le zèle d'un père de famille, et consacrant le reste de son temps aux lettres et aux affaires de la république, ce qui ne l'empêchait pas de rendre d'utiles services à ses amis. Il assistait ǎ toutes les assemblées où il devait être question d'eux, et ne leur manqua jamais dans les circonstances importantes. Il fit preuve du plus rare dévouement envers Cicéron lorsque ce grand homme, environné de périls, fut obligé de fuir sa patrie, il reçut d'Atticus une somme de deux cent cinquante mille sesterces. Le calme s'étant rétabli à Rome, Atticus y retourna. C'était, je crois, sous le consulat de L. Cotta et de L. Torquatus. Le jour de son départ fut un jour de deuil pour les citoyens d'Athènes, qui témoignèrent assez par leurs larmes les regrets qu'ils éprou vaient.

V. Il avait pour oncle Q. Cécilius, chevalier romain, et ami de Lucullus; c'était un homme riche, mais d'un caractère difficile. Atticus ménagea si bien l'humeur de ce vieillard insupportable à tout le inonde, qu'il sut s'en faire aimer, et conserva son amitié jusqu'à la fin. Il recueillit le fruit de son dévouement. Cécilius l'adopta en mourant, et lui légua les trois quarts de sa fortune, héritage qui lui valut à peu près dix millions de sesterces. Sa sœur avait épousé Q. Tullius Cicéron, et ce mariage s'était fait par l'entremise de M. Cicéron, avec qui il était extrêmement lié depuis le temps

Jiari tantum operæ daret, quantum non indiligens deberet paterfamilias, et omnia reliqua tempora aut litteris, aut Atheniensium reipublicæ tribueret, nihilominus amicis urbana officia præstitit. Nam et ad comitia eorum ventitavit, et, si qua res major acta est, non defuit, sicut Ciceroni in omnibus ejus periculis singularem fidem præbuit: cui ex patria fugienti sestertium ducenta et quinquaginta millia donavit. Tranquillatis autem rebus Romanis, remigravit Romam, ut opinor, L. Cotta et L. Torquato Coss.; quem diem sic universa civitas Atheniensium prosecuta est, ut lacrimis desiderii futuri dolorem indicaret.

V. Habebat avunculum Q. Cæcilium, equitem romanum, familiarem L. Luculli, divitem, difficillima natura. Cujus sic asperitatem veritus est, ut, quem nemo ferre posset, hujus sine offensione ad summam senectutem retinuerit benevolentiam. Quo facto tulit pietatis fructum. Cæcilius enim moriens testamento adoptavit eum, beredemque fecit ex dodrante. Ex qua hereditate accepit circiter centies sestertium. Erat nupta soror Attici Q. Tullio Ciceroni; easque nuptias M. Cicero conciliarat; cum quo a condiscipulatu vivebat conjunctissime, multo etiam familiarius, quam cum Quinto; ut judicari possit, plus in amicitia valere similitudinem morum, quam affinitatem. Utebatur autem intime Q. Hortensio, qui his temporibus

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de leurs études. Il lui était même plus attaché qu'à Quintus; ce qui prouve qu'en fait d'amitié la ressemblance des caractères a plus de force que les liens du sang. Il était aussi l'ami intime de Q. Hortensius, le premier de nos orateurs à cette époque, et il eût été difficile de décider lequel il aimait le plus d'Hortensius ou de Cicéron; et ce qui est plus difficile, il sut empêcher que la jalousie se glissât entre ces deux rivaux. Il était comme le lien qui les unissait l'un à l'autre.

VI. En politique, sa règle était d'embrasser toujours le parti le plus juste et de mériter l'estime publique, mais sans s'abandonner aux tempêtes civiles. Dès qu'on s'y est livré, disait-il, on n'est pas plus maître de soi que le navigateur battu par les flots de l'Océan. Il ne rechercha pas les emplois, bien que son crédit et sa capacité lui en ouvrissent la route. C'est qu'on ne pouvait ni les briguer en suivant les usages de nos ancêtres, ni les obtenir sans violer les lois, ni les exercer sans péril dans ces temps de corruption. Il n'acheta jamais de biens confisqués, ne parut dans aucune affaire, soit comme partie, soit comme caution. Il n'accusa personne ni directement ni indirectement. Il ne comparut jamais en justice pour ses affaires personnelles et n'eut aucun procès. Nommé à différentes charges sous des consuls et des préteurs, il les accepta, mais sans vouloir suivre ces magistrats dans leur gouvernement. Content de l'honneur, il dédaignait le profit. Il ne voulut pas même aller en Asie avec Q. Cicéron, qui lui proposait de l'emmener comme lieutenant. Il ne croyait pas convenable, après avoir refusé la préture, d'être à la suite d'un préteur; en quoi il ne consultait pas moins les intérêts de son repos

principatum eloquentiæ tenebat, ut intelligi non posset, uter eum plus diligeret, Cicero, an Hortensius; et id, quod erat difficillimum, efficiebat, ut, inter quos tantæ laudis esset æmulatio, nulla intercederet obtrectatio, essetque talium virorum copula.

VI. In republica ita est versatus, ut semper optimarum partium et esset et existimaretur, neque tamen se civilibus fluctibus committeret, quod non magis eos in sua potestate existimabat esse, qui se iis dedissent, quam qui maritimis jactarentur. Honores non petiit, quum ei paterent propter vel gratiam vel dignitatem, quod neque peti more majorum, neque capi possent conservatis legibus, in tam effusis ambitus largitionibus, neque geri e republica sine periculo, corruptis civitatis moribus. Ad hastam publi cam nunquam accessit. Nullius rei neque præs, neque manceps factus est. Neminem neque suo nomine, neque subscribens, accusavit. In jus de sua re nunquam iit, judicium nullum habuit. Multorum consulum prætorumque præfecturas delatas sic accepit, ut neminem in proviciam sit secutus, honore fuerit contentus, rei familiaris despexerit fructum. Qui ne cum Q. quidem Cicerone voluerit ire in Asiam, quum apud eum legati locum obtinere posset. Non enim decere se arbitrabatur, quum præturam gerere noluisset, asseclam esse prætoris. Qua in re non solum dignitati serviebat, sed etiam tranquillitati, quum

que le soin de sa dignité. Il voulait éviter jusqu'au soupçon de malversation. Cette conduite le rendait plus cher à ses concitoyens. On voyait qu'il accordait tout au devoir, et rien à la crainte et à l'espérance.

VII. Atticus avait environ soixante ans lorsque la guerre civile allumée par César commença. Usant du privilége de son âge, qui l'exemptait du service militaire, il ne sortit pas de Rome. Il aida de sa fortune ceux de ses amis qui allaient rejoindre Pompée, et pourvut à tous leurs besoins. Pompée ne pouvait s'offenser de ce qu'il restait à Rome : Atticus ne lui avait aucune obligation, Pompée ne lui ayant pas rendu service comme à tant d'autres qui lui devaient leurs honneurs et leur fortune, et qui ne le suivirent pas, ou le suivirent avec répugnance. Quant à César, il sut tant de gré à Atticus de sa neutralité, qu'après la victoire, lorsqu'il imposait, par lettres, des contributions aux particuliers, il fit une exception en sa faveur, et lui renvoya même son neveu, le fils de Quintus Cicéron, fait prisonnier dans le camp de Pompée. C'est ainsi qu'en persévérant dans sa ligne de conduite, il évita tous ces dangers. VIII. La mort de Cesar mit la république aux mains de Brutus et de Cassius. Rome entière paraissait embrasser leur parti. Dans ces circonstances, Atticus sut se ménager l'amitié de Brutus, et la différence d'âge ne mit aucun obstacle à leur liaison. Brutus en vint à préférer sa société à celle des jeunes gens. Il était constamment auprès de lui et le consultait sur toutes choses. On eut le projet d'établir, au profit des meurtriers de César, une caisse particulière dont les fonds seraient

suspiciones quoque vitaret criminum. Quo fiebat, ut ejus observantia omnibus esset carior, quum eam officio, non timori neque spei tribui viderent.

VII. Incidit Cæsarianum civile bellum, quum haberet annos circiter sexaginta. Usus est ætatis vacatione, neque se quoquam movit ex urbe. Quæ amicis suis opus fuerant ad Pompeium proficiscentibus, omnia ex sua re familiari dedit. Ipsum Pompeium non junctum non offendit : nullum enim ab eo habebat ornamentum, ut ceteri, qui per eum aut honores, aut divitias ceperant; quorum partim invitissimi castra sunt secuti, partim summa cum ejus offensione domi remanserunt. Attici autem quies tantopere Cæsari fuit grata, ut victor, quum privatis pecunias per epistolas imperaret, huic non solum molestus non fuerit, sed etiam sororis filium et Q. Ciceronem ex Pompeii castris concesserit. Sic vetere instituto vitæ effugit nova pericula.

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VIII. Secutum est illud. Occiso Cæsare, quum respublica penes Brutos videretur esse et Cassium, ac tota ci- | vitas se ad eos convertisse videretur, sic M. Bruto usus est, ut nullo ille adolescens æquali familiarius, quam hoc sene, neque solum eum principem consilii haberet, sed etiam in convictu. Excogitatum est a quibusdam, ut privatum ærarium Cæsaris interfectoribus ab equitibus romanis constitueretur. Id facile effici posse arbitrati sunt, si et principes illius ordinis pecunias contulissent. Itaque appellatus est a C. Flavio, Bruti familiari, Atticus, ut ejus rei princeps esse voluisset. At ille, qui officia amicis

faits par les chevaliers romains. Mais il fallait que les premiers de l'ordre voulussent bien y contribuer. C. Flavius, ami d'Atticus, l'engagea à donner l'exemple. Atticus. qui ne se mêlait ni aux factions ni aux intrigues politiques, tout en obligeant ses amis, répondit que sa fortune était à la disposition de Brutus, qui pouvait en user comme il lui plaîrait; mais que, pour le projet qu'on lui proposait, il ne voulait entendre parler ni de celui-là, ni d'aucun autre du même genre. Il suffit de ce refus pour faire rompre l'association. Peu de temps après, Antoine reprit l'avantage; et Brutus et Cassius, désespérant des provinces qui leur avaient été données pour prix du meurtre de César, furent obligés de s'exiler. Atticus, qui avait refusé de les soutenir quand leur parti était florissant, donna cent mille sesterces à Brutus défait et forcé de quitter l'Italie; puis lui en envoya trois cent mille en Épire, où il s'était retiré. Il ne s'abaissa pas plus devant la puissance d'Antoine qu'il n'abandonna le parti vaincu.

IX. Vint ensuite la guerre de Modène. Je ne dirai pas qu'Atticus fit preuve de prudence; ce serait trop peu. Il fit preuve d'une sagesse divine, si l'on peut appeler ainsi cette constance, cette égalité d'âme que les événements ne sauraient troubler. Antoine, déclaré ennemi de l'État, avait quitté l'Italie. Il n'avait aucun espoir de rétablir sa fortune: ses ennemis étaient puissants et nombreux. Ses partisans même se joignaient à eux, et cherchaient à signaler leur zèle en achevant de l'accabler. On poursuivait ses amis, on voulait dépouiller son épouse Fulvie : on avait même ré

præstanda sine factione existimaret, semperque a talibus se consiliis removisset, respondit, si quid Brutus de suis facultatibus uti voluisset, usurum, quantum eæ paterentur; se neque cum quoquam de ea re collocuturum, neque coiturum. Sic ille consensionis globus hujus unius dissensione disjectus est. Neque multo post superior esse cœpit Antonius; ita ut Brutus et Cassius, provinciarum, quæ iis necis causa datæ erant a consulibus, desperatis rebus, in exsilium proficiscerentur. Atticus, qui pecuniam simul cum ceteris conferre noluerat florenti illi parti, abjecto Bruto, Italiaque cedenti, sestertium centum millia muneri misit; eidem in Epiro absens trecenta jussit dari; neque eo magis potenti adulatus est Antonio, neque desperatos reliquit.

IX. Seculum est bellum gestum apud Mutinam. In quo si tantum eum prudentem dicam, minus, quam debeam, prædicem, quum ille potius divinus fuerit, si divinatio appellanda est perpetua naturalis bonitas, quæ nullis casibus neque agitur, neque minuitur. Hostis Antonius judicatus Italia cesserat; spes restituendi nulla erat. Non solum ejus inimici, qui tum erant potentissimi et plurimi, sed etiam qui adversariis ejus se dabant, et in eo lædendo se aliquam consecuturos sperabant commendationem, Antonii familiares insequebantur; uxorem Fulviam omnibus rebus spoliare cupiebant; liberos etiam exstinguere parabant. Atticus, quum Ciceronis intima familiaritate uteretur, amicissimus esset Bruto, non modo nihil iis

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