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plaines, où ils pouvaient être enveloppés et accablés du grand nombre, et où ils couraient fortune de succomber, non par la valeur de l'ennemi, mais par leur propre lassitude, parce que si les Perses avaient le moyen de s'élargir, ils auraient de quoi fournir continuellement des gens frais pour le combat. » Il n'y eut pas grand' peine à faire approuver un avis si raisonnable : | tellement qu'il fut résolu que l'on attendrait les ennemis dans les détroits des montagnes.

Il y avait en l'armée macédonienne un Persien nommé Sisinès, que le gouverneur d'Egypte avait envoyé autrefois à Philippe, qui, l'ayant comblé d'honneurs et de biens, l'avait fait résoudre à quitter son pays pour demeurer auprès de lui; et depuis, ayant suivi Alexandre en Asie, il était des premiers dans sa confidence. Celui-ci reçut par les mains d'un soldat de Crète une lettre cachetée d'un cachet qu'il ne connaissait point. C'était Nabarzane, lieutenant de Darius, qui la lui envoyait, et qui l'exhortait d'entreprendre quelque chose digne de sa naissance et de la grandeur de son courage; que cela le mettrait en haute estime et en grand crédit auprès du roi.

Sisinès, qui se sentait innocent, se mit plusieurs fois en devoir de montrer cette lettre à Alexandre; mais le voyant accablé d'affaires et perpétuellement occupé aux préparatifs de la guerre, il différait de jour en jour, attendant de rencontrer l'occasion à propos. Cependant ces remises firent naître un soupçon dans l'esprit du roi, qu'il avait quelque mauvais dessein; car la lettre, avant que de lui être rendue, était tombée entre les mains d'Alexandre, qui, après l'avoir lue et recachetée d'un cachet inconnu, l'avait fait donner sous main à Sisinès pour éprouver sa fidélité. Mais Sisinės ayant laissé passer plusieurs

ne, non virtute hostium, sed lassitudine sua vincerentur. Persas recentes subinde successuros, si laxius stare potuissent. Facile ratio tam salubris consilii accepta est : itaque inter angustias saltus hostem opperiri statuit. Erat in exercitu regis Sisines Perses, quondam a prætore Ægypti missus ad Philippum, donisque et omni honore cultus, exsilium patria sede mutaverat sequutus deinde in Asiam Alexandrum, inter fideles socios habebatur. Huic epistolam Cretensis miles, obsignatam annulo, cujus signum haud sane notum erat, tradidit. Nabarzanes prætor Darii miserat eam, hortabaturque Sisinem, ut dignum aliquid nobilitate ac moribus suis ederet magno id ei apud regem honori fore. Has litteras Sisines, utpote innoxius, ad Alexandrum sæpe deferre tentavit; sed quum tot curis apparatuque belli regem videret urgeri, aptius subinde tempus exspectans, suspicionem initi scelesti consilii præbuit. Namque epistola, priusquam ei redderetur, in manus Alexand' i pervenerat, lectamque eam, ignoti annuli sigillo impresso, Sisini dari jusserat, ad æstimandam fidem Barbari. Qui, quia per complures dies non adierat regem, scelesto consilio eam visus est suppres

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jours sans se faire voir au roi, lui donna sujet de croire qu'il l'avait supprimée à mauvaise intention; et un jour comme il était parmi les troupes, il fut tué par les soldats de Crète, ce qui fut fait sans doute par le commandement du roi. VIII. Déjà les bandes grecques que Thymodès avait reçues de Pharnabaze, qui étaient la principale et presque l'unique espérance de Darius, avaient joint le gros de son armée. Ceuxci faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour lui persuader de retourner sur ses pas, et de regagner les larges et spacieuses campagnes de la Mésopotamie; ou du moins, s'il rejetait ce conseil, qu'il séparât cette multitude innombrable d'hommes, et ne se mît point au hasard de voir toutes ses forces abattues d'un seul revers de fortune. Cet avis ne déplaisait pas tant à Darius qu'aux grands de sa cour, qui disaient que cette infidèle nation et ces âmes vénales ne lui proposaient de diviser ses troupes qu'afin qu'étant écartées des autres, ils pussent plus aisément livrer à Alexandre ce qu'on leur aurait confié; et que le plus sûr était de les investir avec toute l'armée et de les tailler en pièces, pour laisser à la postérité un exemple mémorable que la perfidie ne demeure jamais sans vengeance. Comme Darius était un prince religieux et humain, il protesta « qu'il ne lui arriverait jamais de commettre une si lâche et si horrible méchanceté que de faire ainsi massacrer inhumainement des gens qui étaient à sa solde, et qui l'étaient venu servir sur sa foi. Qui seraient désormais les étrangers qui se voudraient plus fier en lui, s'il avait une fois souillé ses mains du sang de tant de braves soldats? Qu'il y aurait de l'injustice à faire mourir un homme pour un conseil impertinent; qu'il ne se trouverait plus personne qui voulût conseiller les grands, s'il y avait du péril à le faire; enfin

sisse, et in agmine a Cretensibus, haud dubie jussu regis, occisus est.

VIII. Jam Græci milites, quos Thymodes a Pharnabazo acceperat, præcipua spes et propemodum unica, ad | Darium pervenerant. Hi magnopere suadebant, ut retro abiret, spatiososque Mesopotamia campos repeteret. Si id consilium damnaret, at ille divideret saltem copias innumerabiles, neu sub unum fortunæ ictum totas vires regni cadere pateretur. Minus hoc regi, quam purpuratis ejus displicebat : ancipitem fidemet mercede venalem proditionem imminere; et dividi non ob aliud copias velle, quam ut ipsi in diversa digressi, si quid commissum esset, traderent Alexandro. Nihil tutius esse, quam circumdatos eos exercitu toto obrui telis, documentum non inultæ perfidiæ futuros. At Darius, ut erat sanctus et mitis, « se vero tantum facinus negat esse facturum, ut suam sequutos fidem, suos milites jubeat trucidari. Quem deinde amplius nationum exterarum salutem suam crediturum sibi, si tot militum sanguine imbuisset manus? Neminem stolidum consilium capite luere debere; defuturos enim qui suaderent, si suasisse periculum esset.

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qu'eux-mêmes étaient tous les jours appelés au conseil, où étant libre à chacun de dire ses sentiments, les uns étaient d'une opinion, les autres d'une autre; et toutefois ceux dont les avis étaient les moins bons n'étaient pourtant pas estimés les moins fidèles. » Tellement qu'il envoya dire aux Grecs qu'il les remerciait de ce témoignage de leur affection, mais qu'il les priait de considérer que de retourner en arrière c'était proprement livrer son royaume à son ennemi; qu'en matière de guerre la réputation fait tout, et qu'on ne saurait empêcher le monde de croire que celui qui se retire ne s'enfuie; qu'aussi de penser tirer la guerre en longueur, il n'y avait point d'apparence, à cause que la saison étant déjà fort | avancée, à peine y aurait-il des vivres pour une si grande armée, même en un pays désert et ravagé par les siens et par les ennemis; qu'encore moins pouvait-il séparer ses troupes sans s'éloigner de la coutume de ses ancêtres, qui avaient toujours exposé leurs forces entières au hasard d'une seule bataille. » Il ajouta que » cet Alexandre qui était naguère la terreur de l'univers, et qui, le sentant éloigné, s'en venait rempli d'une vaine confiance et tout bouffi d'orgueil, n'avait pas sitôt eu le vent de sa marche, que, de téméraire devenu sage tout à coup, il s'était allé cacher dans le creux des montagnes, semblable à ces animaux timides qui, au moindre bruit des passants, prennent l'épouvante et se sauvent dans leurs buissons; et qu'encore à cette heure faisant le malade, il abusait de la patience de ses soldats, et les frustrait de leur attente: mais qu'il ne lui souffrirait plus de fuir la lice, qu'il s'en irait le faire sortir de sa tanière et le relancer dans son fort. »

Mais tout cela n'était que paroles jetées en l'air

Denique ipsos quotidie ad se vocari in concilium, variasque sententias dicere; nec tamen melioris fidei haberi, qui prudentius suaserit. >> Itaque Græcis nunciari jubet,

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ipsum quidem benevolentiæ illorum gratias agere; ceterum, si retro ire pergat, haud dubie regnum hostibus traditurum fama bella stare, et eum, qui recedat, fugere credi. Trahendi vero belli vix ullam esse rationem; tantæ enim multitudini, utique quum jam hyems instaret, in regione vasta et invicem a suis atque hoste vexata non suffectura alimenta. Ne dividi quidem copias posse ser vato more majorum, qui universas vires semper discrimini bellorum obtulerint. Et, hercule, terribilem antea regem, et absentia sua ad vanam fiduciam elatum, posteaquam adventare se senserit, cautum pro temerario factum, delituisse inter angustias saltus, ritu ignobilium ferarum, quæ, strepitu prætereuntium audito, sylvarum latebris se occulerent. Jam etiam valetudinis simulatione frustrari suos milites. Sed non amplius ipsum esse passurum detrectare certamen in illo specu, in quem pavidi recessissent, oppressurum esse cunctantes. » Hæc magnificentius jactata quam verius. Cæterum, pecunia omni rebusque pretiosissimis Damascum Syriæ cum modico præsidio

avec plus de pompe que de vérité. Après il envoya à Damas, ville de Syrie, son argent et tout ce qu'il avait de plus précieux, avec une légère escorte, et conduisit le reste de ses troupes en Cilicie. Sa femme et sa mère, selon la coutume de cette nation, marchaient à la suite de l'armée, avec les princesses ses filles et le petit prince son fils. Do fortune, il se rencontra qu'en une même nuit Alexandre était arrivé au détroit par où l'on entre dans la Syrie, et Darius à cet autre lieu qu'on appelle les Pyles Amaniques. Les Perses, trouvant la ville d'Isse abandonnée des Macédoniens qui s'en étaient emparés, ne doutèrent point qu'ils n'eussent pris la fuite, et furent d'autant plus confirmés en cette créance, qu'ils trouvèrent sur leur chemin quelques soldats qui, étant blessés ou malades, n'avaient pu suivre l'armée. Ces misérables, à la persuasion des grands qui étaient auprès de Darius, gens barbares et cruels, furent traités avec toute sorte d'inhumanité; car le roi leur fit couper et brûler les mains, et puis commanda qu'on les promenât par tout le camp, afin qu'ils pussent reconnaître le grand nombre de ses troupes; et qu'après les avoir considérées à loisir, on les renvoyât à leur roi pour lui faire le rapport de tout ce qu'ils auraient vu.

Ayant donc décampé, il passa la rivière de Pinare, et crut n'avoir plus rien à faire qu'à poursuivre des fuyards. Cependant ceux à qui l'on avait coupé les mains arrivèrent au camp des Macédoniens, et apprirent les nouvelles que Darius s'avançait en la plus grande diligence qu'il lui était possible. On avait bien de la peine à le croire; tellement que le roi envoya du côté de la mer pour reconnaître si c'était Darius qui venait en personne, ou seulement quelqu'un de

militum missis, reliquas copias in Ciliciam duxit, insequentibus more patrio agmen conjuge et matre. Virgines quoque cum parvo filio comitabantur patrem. Forte ea dem nocte et Alexander ad fauces, quibus Syria aditur, et Darius ad eum locum quem Amanicas Pylas vocant, pervenit. Nec dubitavere Persæ, quin, Isso relicta, quam ceperant, Macedones fugerent. Nam etiam saucii quidam et invalidi, qui agmen non poterant persequi, excepti erant. Quos omnes, instinctu purpuratorum, barbara fe ritate sævientium, præcisis adustisque manibus circumduci, ut copias suas noscerent, satisque omnibus spectatis, nuntiare, quæ vidissent, regi suo jussit. Motis ergo castris, superat Pinarum amnem, in tergis, ut credebat, fugientium hæsurus. At illi quorum amputaverat manus, ad castra Macedonum penetrant, Darium, quanto maximo cursu posset, sequi nuntiantes. Vix fides habebatur. Itaque speculatores in maritimas regiones præmissos explorare jubet, ipsene adesset, an præfectorum aliquis speciem præbuisset universi venientis exercitus. Sed quum speculatores reverterentur, procul ingens multitudo conspecta est. Ignes deinde totis campis collucere cœperunt, omniaque velut continenti incendio ardere

ses lieutenants, avec une partie de ses troupes qu'on eût prise pour l'armée entière. Mais les coureurs n'étaient pas encore de retour, qu'on aperçut de loin une effroyable multitude de gens avec tant de feux de tous côtés, qu'on eût dit que toute la campagne était en feu. Car cette armée, grande et mal ordonnée comme elle était, venant à camper, tenait une étendue de pays infinie, principalement à cause du bagage et de l'attirail qu'elle tenait après elle.

Alexandre assit son camp, et se retrancha au même endroit où il se trouva quand les ennemis parurent, témoignant une joie incroyable de se voir en état de donner la bataille dans un détroit plutôt qu'en tout autre lieu, comme il l'avait désiré. Néanmoins, comme il arrive d'ordinaire en ces occasions et lorsqu'on est sur le point de tout hasarder, son assurance se tourna en crainte et en souci. Il redoutait, et non sans cause, cette même fortune qui lui avait toujours été favorable, et considérait qu'autant de bienfaits qu'il en avait reçus lui étaient autant de preuves de son inconstance, et qu'il était à la veille de se voir ou le plus triomphant ou le plus misérable prince de la terre. D'autre part, il se proposait la récompense beaucoup plus grande que le péril; et s'il était incertain de la victoire, il était pour le moins bien assuré qu'il ne mourrait que glorieusement et avec une louange immortelle.

Ayant donc recommandé à ses soldats de se tenir prêts pour la troisième veille de la nuit, il monta sur le sommet d'une haute montagne, où, faisant allumer force flambeaux, il offrit, selon l'usage de son pays, un sacrifice aux dieux tutélaires de la contrée. Les trompettes, suivant l'ordre qui en avait été donné, avaient déjà sonné par trois fois, et les troupes étaient prêtes à marcher et à combattre; mais leur ayant été

visa: quum incondita multitudo, maxime propter jumenta, laxius tenderet. Itaque eo ipso loco metari suos castra jusserat; lætus, quod omni expetiverat voto, in illis potissimum angustiis decernendum fore. Ceterum, ut solet fieri, quum ultimi discriminis tempus adventat', in sollicitudinem versa fiducia est. Illam ipsam fortunam, qua aspirante, res tam prospere gesserat, verebatur, nec injuria, ex his quæ tribuisset sibi; quamque mutabilis esset, reputabat. Unam superesse noctem, quæ tanti discriminis moraretur eventum. Rursus occurrebat, majora periculis præmia: et sicut dubium esset, an vinceret, ita illud utique certum esse, honeste et cum magna laude moriturum. Itaque corpora milites curare jussit, ac deinde tertia vigilia instruclos et armatos esse. Ipse in jugum editi montis ascendit, multisque collucentibus facibus, patrio more sacrificium diis præsidibus loci fecit. Jamque tertium, sicut præceptum erat, signum tuba miles acceperat, itineri simul paratus et prælio strenueque jussi procedere, oriente luce pervenerunt ad angustias, quas occupare decreverant. Darium triginta inde stadia abesse

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commandé de doubler le pas, elles se rendirent au point du jour aux passages dont elles se voulaient saisir. Cependant les coureurs rapportèrent que Darius n'était plus qu'à trente stades de là; si bien que le roi fit faire halte, et ayant pris ses armes, rangea ses gens en bataille. Les paysans qui s'enfuyaient avertirent aussi Darius de la venue de l'ennemi; mais il ne pouvait se persuader que des gens qu'il poursuivait comme des fuyards eussent la hardiesse de venir à lui : tellement que l'épouvante fut grande dans son armée, qui était plus en état de marcher que de combattre. Se trouvant done surpris, ils couraient aux armes en désordre, et c'était à qui se saisirait des premières qui lui venaient en main; mais l'empressement de ceux qui couraient ainsi en tumulte d'un côté et d'autre, et qui criaient à leurs compagnons qu'ils prissent les armes, augmentait encore la frayeur. Quelques-uns gagnaient le haut des montagnes pour voir de là les troupes de l'ennemi, la plupart mettaient la bride à leurs chevaux ; et cette multitude composée de tant de nations qui ne s'accordaient point, et où chacun se mêlait de commander, avait tout rempli de confusion et de trouble.

Darius, au commencement, avait résolu d'occuper la croupe de la montagne avec une partie de ses forces, pour envelopper les ennemis par devant et par derrière, et d'en jeter encore quelques autres du côté de la mer qui couvrait son aile droite, afin de les enfermer de toutes parts. II avait d'ailleurs fait avancer vingt mille hommes et quelques compagnies d'archers, avec ordre de passer la rivière de Pinare qui séparait les deux armées, et de s'opposer aux Macédoniens; ou si cela ne se pouvait, de regagner les montagnes, et s'en venir à couvert charger les ennemis en queue: mais la Fortune, plus puissante que la raison ni la bonne conduite, renversa de si sages

præmissi indicabant. Tunc consistere agmen jubet; armis que ipse sumptis aciem ordinat. Dario adventum hostium pavidi agrestes nuntiaverunt, vix credenti occurrere etiam, quos ut fugientes sequebatur. Ergo non mediocris omnium animos formido incesserat: quippe itineri quam prælio aptiores erant, raptimque arma capiebant. Sed ipsa festinatio discurrentium, suosque ad arma vocantium, majorem metum incussit. Alii in jugum montis evaserant, ut hostium agmen inde prospicerent; equos plerique frænabant. Discors exercitus, nec ad unum intentus imperium, vario tumultu cuncta turbaverat. Darius initio, montis jugum cum parte copiarum occupare statuit, et a fronte, et a tergo circumiturus hostem : a mari quoque, quo dextrum ejus cornu tegebatur, alios objecturus, ut undique urgeret. Præter hæc viginti millia præmissa cum sagittariorum manu, Pinarum amnem, qui duo agmina interfluebat, transire et objicere sese Macedonum copiis jusserat; si id præstare non possent, retrocedere in montes, et occulte circumire ultimos hostium. Ceterum, destinata salubriter, omni ratione potentior

conseils, et se joua de tous les ordres qu'il avait, la plus grande force des Macédoniens, au front de donnés ; car les uns étaient si éperdus de frayeur, la bataille. Nicanor, fils de Parménion, menait qu'ils n'avaient pas le courage d'exécuter les l'aile droite, renforcée de Cénus, de Perdiccas, commandements qui leur étaient faits; et les au- de Méléagre, de Ptolémée et d'Amyntas, chatres les exécutaient en vain, parce que quand cun avec les troupes qu'il commandait. A la gauune fois les membres plient, il est force que le che, tirant vers la mer, étaient Parménion et Cracorps succombe. tère; mais Cratère avait ordre d'obéir à Parménion. Il plaça la cavalerie sur les deux ailes, les Macédoniens avec les Thessaliens à la droite, et ceux du Péloponnèse à la gauche; au devant il mit quelques compagnies de tireurs de fronde et d'archers, et la cavalerie légère des Thraces et des Crétois pour ceux que Darius avait envoyés occuper les montagnes, il leur opposa les Agriens nouvellement arrivés de Grèce, et commanda à Parménion de s'étendre le plus qu'il pourrait vers la mer, afin de s'éloigner toujours des rochers dont les Barbares s'étaient saisis. Toutefois, ils n'eurent jamais l'assurance ni de combattre ceux qu'ils avaient en tête, ni de donner en queue à ceux qui étaient passés; mais, à la seule vue des tireurs de fronde, ils prirent l'épouvante et s'enfuirent, ce qui assura à Alexandre le flanc de sa bataille, pour lequel il avait toujours appréhendé qu'il ne fût endommagé d'en haut. Ils ne marchaient dans ces détroits que trente-deux hommes de front, le lieu ne permettant pas de s'élargir davantage; mais, comme peu à peu les montagnes vinrent à s'ouvrir, il déploya ses bataillons, et eut même assez de place pour jeter de la cavalerie sur les ailes.

IX. Au reste, son armée était disposée de cette sorte. Nabarzane conduisait l'aile droite, où était la cavalerie, soutenue de quelque vingt mille hommes, tant archers que tireurs de fronde. Du même côté était Thymodès, qui commandait l'infanterie grecque, composée de trente mille hommes que Darius avait à sa solde. C'était là sans doute la fleur et la force de son armée, et qui ne cédait en rien à la phalange macédonienne. A l'aile gauche, il y avait vingt mille hommes de pied, barbares, commandés pas Aristomède, Thessalien; et derrière eux étaient les nations les plus belliqueuses, pour les soutenir. Là devait combattre le roi à la tête de trois mille hommes d'armes choisis, qui étaient la garde ordinaire du corps, et d'un gros composé de quarante mille hommes de pied. Ils étaient suivis de la cavalerie des Hircaniens et des Mèdes. Celle des autres peuples était rangée à droite et à gauche, par escadrons détachés des autres. Et à la tête de tout cela marchaient six mille frondeurs ou gens de trait. Enfin il n'y eut si petit espace, ni si petit coin, où l'on se pût loger dans ces détroits, qui ne fût rempli de ces troupes; de sorte que l'une des ailes s'étendait jusqu'au pied de la montagne, et l'autre jusqu'au bord de la mer. Au milieu de l'armée étaient la femme et la mère de Darius, avec toute la suite des femmes.

X. Déjà les deux armées étaient en présence, mais non pas encore à la portée du trait, quand les Perses jetèrent les premiers un cri confus et épouvantable. Il leur fut incontinent répondu

Alexandre mit sa phalange, en quoi consistait par les Macédoniens, et la réverbération des cris

ubi

fortuna discussit : quippe,alii præ metu imperium exsequi non audebant; alii frustra exsequebantur; quia, partes labant, summa turbatur.

IX. Acies autem hoc modo stetit. Nabarzanes equitatu dextrum cornu tuebatur, additis funditorum sagittariorumque viginti fere millibus. In eodem Thymodes erat, Græcis peditibus, mercede conductis, triginta millibus præpositus. Hoc erat haud dubium robur exercitus, par Macedonicæ phalangi acies. In lævo cornu Aristomedes Thessalus viginti millia barbarorum peditum habebat. In subsidiis pugnacissimas locaverat gentes. Ipsum regem in eodem cornu dimicaturum tria millia delectorum equitum, assueta corporis custodia, et pedestris acies quadraginta millia sequebantur. Hyrcani deinde Medique equites his proximi; ceterarum gentium ultra cos dextra lævaque dispositi. Hoc agmen, sicut dictum est, instructum sex millia jaculatorum funditorumque antecedebant. Quidquid in illis angustiis adiri poterat, impleverant copiæ, cornuaque hinc a jugo, illinc a mari stabant : uxorem matremque regis, et alium feminarum gregem in medium agmen acceperant. Alexander phalangem, qua nihil apud Macedonas validius erat, in fronte constituit. Dextrum cornu Nicanor Parmenionis filius tuebatur: huic proximi stabant Cornos, et Perdiccas, et Meleager, et Ptolemæus, et Amyntas, sui quisque agmi·

nis duces. In lævo, quod ad mare pertinebat, Craterus et Parmenio erant; sed Craterus Parmenioni parere jussus. Equites ab utroque cornu locati: dextrum Macedones, Thessalis adjunctis, lævum Peloponnenses tuebantur. Ante hanc aciem posuerat funditorum manum, sagittariis admixtis. Thraces quoque et Cretenses ante agmen ibant, et ipsi leviter armati. At iis, qui præmissi a Dario jugum montis insederant, Agrianos opposuit ex Græcia nuper advectos. Parmenioni autem præceperat, ut, quantum posset, agmen ad mare extenderet; quo longius abesset montibus, quos occupaverant Barbari. At illi neque obstare venientibus, nec circumire prætergressos ausi, funditorum maxime aspectu profugerant territi: eaque res tutum Alexandro agminis latus, quod ne superne incesseretur ti muerat, præstitit. Triginta et duo armatorum ordines ibant; neque enim latius extendi aciem patiebantur angustiæ. Paulatim deinde se laxare sinus montium, et majus spatium aperire cœperant; ita ut non pedes solum pluribus ordine incedere, sed etiam lateribus circumfundi posset equilatus.

X. Jam in conspectu, sed extra teli jactum, utraque acies erat, quum priores Persæ inconditum et trucem sustulere clamorem. Redditur et a Macedonibus major exercitus numero, jugis montium vastisque saltibus repercus

dans les vallons et les rochers d'alentour, le rendit, Athéniens, et représentait aux siens la Béotie plus grand qu'il ne devait être à proportion de naguère domptée, et la plus florissante de ses villeurs troupes; étant une chose ordinaire en la na- les détruite et ruinée de fond en comble; tantôt ture qu'au moindre bruit qui éclate, les forêts et il leur remettait devant les yeux la journée du les montagnes voisines retentissent et multiplient Granique, tantôt le grand nombre des villes qu'il le son qu'elles reçoivent. Alexandre marchait à avait ou forcées ou reçues à composition, et enfin la la tête de ses drapeaux, faisant à tout coup signe de quantité de provinces qu'ils avaient laissées derla main à ses gens de modérer un peu cette ardeur rière eux désolées et soumises à leur obéissance. » avec laquelle ils se portaient au combat, de peur Après, quand il venait aux Grecs, il leur remonque, par trop de précipitation, ils ne viussent à la trait « que c'était là ces peuples, leurs anciens et charge déjà las et hors d'haleine. Et comme il naturels ennemis, qui avaient tant fait de maux à passait à cheval le long des rangs, il parlait dif- la Grèce, et comme Darius premièrement et féremment aux soldats, accommodantses discours Xerxès ensuite, avec un orgueil insupportable, à l'humeur des nations et à l'esprit de chacun. leur avaient demandé de la terre et de l'eau en Aux Macédoniens il remettait en mémoire « leur tribut, pour marque d'une honteuse servitude; ancienne valeur, et comme, après avoir achevé tant que ce dernier avait inondé tout le pays d'un si de guerres et gagné tant de batailles en Europe, grand nombre d'hommes et d'animaux qu'ils ils s'en étaient venus, le menant plutôt qu'il ne les avaient tari les fontaines, épuisé les rivières, et menait, subjuguer l'Asie et les extrémités de l'O- consumé généralement tout ce que la nature prorient; qu'il ne tiendrait qu'à eux de s'acquérir duit pour l'usage et la nourriture des hommes; le titre de libérateurs de l'univers, et, poussant qu'ils avaient saccagé leurs villes, abattu et réleurs victoires au delà des bornes d'Hercule et duit en cendres les temples de leurs dieux, et de Bacchus, de donner la loi non-seulement aux violé toutes sortes de droits divins et humains. >> Perses, mais à tous les peuples de la terre; que Puis, s'adressant aux Illyriens et aux Thraces, les Bactriens et les Indiens deviendraient sujets gens accoutumés à vivre de rapines, il leur faisait de la Macédoine; que ce qu'ils voyaient mainte- contempler l'armée des ennemis tout éclatante nant n'était que la moindre partie de leurs d'or et de pourpre, et moins chargée d'armes que conquêtes, et qu'une seule victoire les allait ren- de butin; « qu'ils allassent done, eux qui étaient dre maîtres de tout le reste; qu'ils ne seraient pas hommes, ravir tous ces ornements à ces femmes, toujours parmi les rochers des Illyriens et dans et qu'ils fissent un échange de leurs rochers et de les montagnes de la Thrace à faire une guerre leurs affreuses montagnes, toujours couvertes de ingrate sans en recueillir aucun fruit, mais que neiges et de frimas, avec les belles plaines et les les dépouilles de tout l'Orient seraient le prix de riches campagnes de la Perse. » leur valeur et la récompense de leurs fatigues; qu'à peine serait-il besoin de tirer l'épée, et que cette grande multitude, déjà tout ébranlée et chancelante par sa propre frayeur, pouvait être renversée du seul choc de leurs boucliers. » Sur cela il invoquait son père Philippe, vainqueur des

sus: quippe semper circumjecta nemora petræque, quantamcumque accepere vocem, multiplicato sono referunt. Alexander ante prima signa ibat, identidem manu suos inhibens, ne suspensi, acrius ob nimiam festinationem concitato spiritu, capesserent prælium. Quumque agmini obequitaret, varia oratione, ut cujusque animis aptum erat, milites alloquebatur. Macedones, tot bellorum in Europa victores, ad subigendam Asiam atque ultima Orientis, non ipsius magis quam suo ductu, profecti, inveterata virtutis admonebantur. « Illos terrarum orbis liberatores, emensosque olim Herculis et Liberi patris terminos, non Persis modo, sed etiam omnibus gentibus imposituros jugum; Macedonum Bactra et Indos fore; minima esse, quæ nunc intuerentur, sed omnia victoria parari. Non in præ. ruptis petris Illyriorum, et Thraciæ saxis sterilem laborem fore; spolia totius Orientis offerri. Vix gladio futurum opus; totam aciem suo pavore fluctuantem umbonibus posse propelli. » Victor ad hæc Atheniensium Philippus pater invocabatur; domitæque nuper Bæotiæ, et urbis in ea nobilissimæ ad solum dirutæ species repræsentabatur animis. Jam

XI. Ils ne furent pas sitôt à la portée du trait, que la cavalerie des Perses se mit à charger furieusement l'aile gauche des ennemis; car c'était surtout avec sa cavalerie que Darius désirait de combattre, sachant bien que la plus grande force de l'armée des Macédoniens était en leur phalange.

Granicum agmen, jam tot urbes, aut expugnatas, aut in fidem acceptas; omniaque, quæ post tergum erant, strata et pedibus ipsorum subjecta memorabat. Quum adierat Græcos, admonebat ab iis gentibus illata Græciæ bella, Darii prius, deinde Xerxis insolentia, aquam ipsam terramque postulantium, ut neque fontium haustum, nec solitos cibos relinquerent. Dein deum templa ruinis et igni. bus esse deleta; urbes eorum expugnatas; fœdera humani divinique juris violata referebat. Illyrios vero et Thracas, rapto vivere assuetos, aciem hostium auro purpuraque fulgentem intueri jubebat, prædam, non arma gestantem. Irent, et imbellibus feminis aurum viri eriperent, aspera montium suorum juga, nudosque colles et perpetuo rigen. tes gelu ditibus Persarum campis agrisque mutarent.

XI. Jam ad teli jactum pervenerant, quum Persarum equites ferociter in lævum cornu hostium invecti sunt; quippe Darius equestri prælio decernere optabat, phalangem Macedonici exercitus robur esse conjectans. Jamque etiam dextrum Alexandri cornu circumibatur. Quod ubi Macedo conspexit, duabus alis equitum ad jugum montis

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