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lui bailla des lettres que le gouverneur de Damas écrivait à Alexandre, et ajouta de bouche qu'il ne doutait point que son maître ne lui remît entre les mains tout l'argent et tous les précieux meubles du roi. Parménion, après s'être assuré de cet homme, ouvrit les lettres, qui portaient qu'Alexandre lui envoyât en diligence un de ses chefs, avec quelques gens. » Sur cela, il renvoya le Mardien bien accompagné vers le traître; mais s'étant échappé de ses gardes, il se rendit à Damas avant le jour. Cela mit fort en peine Parménion, qui craignait qu'on ne lui dressât quelque embûche, et qui n'osait s'engager sans guide dans un pays qui lui était inconnu. Toutefois, se confiant en la bonne fortune de son roi, il fit prendre des paysans qui lui montrèrent le chemin, et le rendirent le quatrième jour devant la ville, dont le gouverneur était déjà en appréhension qu'on n'eût pas ajouté foi à ses lettres.

Il feignit donc de ne se tenir pour assuré dans une si méchante place; et faisant charger au point du jour tout l'argent du roi, que les Perses appellent gaza, et ce qu'il y avait de plus précieux, il s'enfuit avec tous ces trésors, en apparence pour les sauver, mais en effet pour les mettre entre les mains des ennemis. On voyait sortir après lui des milliers d'hommes et de femmes qui faisaient compassion à tout le monde, hormis à celui à la foi duquel on les avait confiés. Car ce méchant, afin de tirer une plus grande récompense de sa perfidie, s'était proposé de livrer à l'ennemi une proie qu'il savait lui devoir être plus chère que tout l'or ni que toutes les richesses du monde. C'était les femmes et les enfants des satrapes de Darius et des plus grands seigneurs de Perse, et outre cela les ambassadeurs des villes grecques, que Darius avait laissés

à la garde de ce traître comme dans la plus sûre forteresse qu'il eût pu choisir. Il gelait alors, et il s'était levé un grand vent qui avait fait tomber quantité de neige; tellement que les porte-faix qu'ils appellent gangabes, ne pouvant plus endurer le froid, se mirent à déployer ces belles robes de pourpre tissues d'or qui étaient empaquetées avec l'argent, et les vêtirent, sans que jamais personne se mît en dévoir de les en empêcher, ni leur osât dire mot; ce malheureux prince en étant venu à ce point, que jusqu'aux plus vils et aux plus abjects des hommes se donnaient la licence de violer sa dignité.

Cette troupe parut de loin aux yeux de Parménion comme un gros qui n'était point à mépriser; si bien qu'il mit ses gens en bataille, et, après les avoir animés en peu de mots comme pour un juste combat, il leur commanda de s'avancer au galop et de donner. Mais ceux qui portaient ces riches fardeaux prenant l'épouvante, les jetèrent et s'enfuirent, comme firent aussi les soldats qui les escortaient; et parmi cela le gouverneur, pour mieux couvrir sa trahison faisant encore l'effrayé, acheva de mettre tout en déroute. Alors vous eussiez vu toutes les plus grandes richesses éparses çà et là par la campagne, ces sommes immenses d'or et d'argent qui étaient destinées pour l'entretènement de cette effroyable multitude de gens de guerre, ces superbes et somptueux équipages de tant de grands seigneurs et de grandes dames, cette quantité incroyable de vaisselle d'or et de freins d'or, et ces tentes enrichies avec une magnificence royale, et enfin ces grands chariots chargés d'une opulence infinie, abandonnés de leurs conducteurs. C'était un pitoyable spectacle, dont ceux mêmes qui pillaient devaient être touchés, si rien était capable d'arrêter le cours d'une

prætorum Darii conjuges liberosque, præter hos urbium græcarum legatos, quos Darius, velut in arce tutissima, in proditoris reliquerat manibus. Gangabas Persæ vocant humeris onera portantes: hi, quum frigus tolerare non possent, quippe et procella subito nivem effuderat, et humus rigebat gelu, tum adstrictas vestes, quas cum pecunia portabant, auro et purpura insignes, induunt, nullo prohibere auso; quum fortuna regis etiam humiflimis in ipsum licentiam faceret. Præbuere ergo Parmenioni non spernendi agminis speciem : qui intentiore cura suos quasi ad justum prælium, paucis adhortatus, equis calcaria subdere jubet, et acri impetu in hostem invehi. At illi, qui sub oneribus erant, omissis per metum, capessunt fugam armati, qui eos prosequebantur, eodem metu arma jactare ac nota deverticula petere cœperunt. Præ

præmissos incidit natione Mardus, qui ad Parmenionem perductus, literas ad Alexandrum a præfecto Damasci missas tradit ei; nec dubitare eum, quin omnem regiam supellectilem cum pecunia traderet, adjecit. Parmenio, asservari eo jusso, litteras aperit, in queis erat scriptum, ut mature Alexander aliquem ex ducibus suis mitteret cum manu exigua. Itaque, re cognita, Mardum datis comitibus ad proditorem remittit. Ille e manibus custodientium lapsus, Damascum ante lucem intrat. Turbaverat ea res Parmenionis animum, insidias timentis; et ignotum iter sine duce non audebat ingredi : felicitati tamen regis sui confisus, agrestes, qui duces itineris essent, excipi jussit: quibus celeriter repertis, quarto die ad urbem pervenit: jam metuente præfecto, ne sibi fides habita non esset. Igitur, quasi parum munimentis oppidi fidens, ante solis ortum pecuniam regiam (gazam Persæ vocant) cum pretiofectus, quasi et ipse conterritus (similans), cuncta pavore sissimis rerum efferri jubet, fugam simulans; re vera, ut prædam hosti offerret. Multa millia virorum feminarumque excedentem oppido sequebantur; omnibus miserabilis turba, præter eum, cujus fidei commissa fuerat : quippe quo major proditoris merces foret, objicere hosti parabat gratiorem omni pecunia prædam, nobiles viros,

QUINTE-CURCE

compleverat. Jacebant totis campis opes regiæ : illa pecunia stipendio ingenti militum præparata; ille cultus tot nobilium virorum, tot illustrium feminarum ; aurea vasa; aurei fræni; tabernacula regali magnificentia ornata; vehicula quoque a suis destituta, ingentis opulentiæ plena : facies etiam prædantibus tristis, si qua re avaritia move

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avarice effrénée; car tout ce que l'épargne, la puissance et la bonne fortune de tant de rois avaient amassé durant plusieurs siècles, soit d'or et d'argent, de meubles, de pierreries ou d'autres choses précieuses, qui montaient à un prix inestimable et surpassant toute créance, tout était alors au pillage et à l'abandon; et de ces riches dépouilles on voyait les unes que l'on arrachait toutes déchirées d'entre les halliers, les autres que l'on tirait du milieu des fanges et des bourbiers, et il n'y avait pas assez de mains pour ravir un si ample butin.

On était déjà parvenu jusqu'à ceux qui avaient fui les premiers. Il y avait quantité de femmes dont la plupart traînaient leurs petits enfants après elles, entre lesquelles étaient trois jeunes princesses, filles d'Ochus, qui avait régné avant Darius, lesquelles, par la vicissitude des choses du monde, avaient commencé à déchoir depuis quelques années du faîte de la gloire de leur père, mais que la fortune achevait alors d'accabler par ce dernier coup. Dans la même troupe était la femme du même Ochus, la fille d'Oxathrès, frère de Darius, et la femme d'Artabaze, le plus grand seigneur de la cour, et son fils Ilionée. On y prit encore la femme et le petitfils de Pharnabaze que le roi avait fait amiral de toutes ses côtes, trois filles de Mentor, la femme et lefils de Memnon, ce grand et renommé capitaine : à peine y eut-il une seule maison illustre en toute la Perse qui n'eût part à cette grande calamité; même il s'y rencontra des Lacédémoniens et des Athéniens, qui, ayant violé l'alliance qu'ils avaient avec Alexandre, avaient suivi le parti des Perses. C'était Aristogiton, Dropide et Iphicrate, les plus qualifiés et les plus célèbres per

retur. Quippe tot annorum incredibili et fidem excedente fortuna cumulata, tunc alia stirpibus lacerata, alia in conum demersa eruebantur : non sufficiebant prædantium manus prædæ. Jamque etiam ad eos, qui primi fugerant, ventum erat feminæ pleræque parvos trahentes liberos ibant; inter quas tres fuere virgines, Ochi, qui ante Darium regnaverat, filiæ, olim quidem ex fastigio paterno rerum mutatione detractæ; sed tum sortem earum crudelius aggravante fortuna. In eodem grege uxor quoque ejusdem Ochi fuit, Oxathrisque (frater hic erat Darii) filia, et conjux Artabazi principis purpuratorum, et filius, cui Ilioneo fuit nomen. Pharnabazi quoque, cui summum imperium maritimæ oræ rex dederat, uxor cum filio excepta est: Mentoris filiæ tres; ac nobilissimi ducis Memnonis conjux et filius: vixque ulla domus purpurati fuit tanta cladis expers. Lacedæmonii quoque et Athenienses, societatis fide violata, Persas sequuti; Aristogiton, Dropides et Iphicrates, inter Athenienses genere famaque longe clarissimi; Lacedæmonii, Pausippus et Onomastorides, cum Monimo et Callicratide, ii quoque domi nobiles. Summa pecuniæ signatæ fuit talentorum duo millia et sexcenta; facti argenti pondus quingenta æquabat : præterea triginta millia hominum cum septem millibus jumentorum, dorso onera portantium, capta sunt. Ceterum

sonnages qui fussent entre les Athéniens. De Lacédémone, il y avait Pausippe et Onomastoridės, avec Monime et Callicratidas, qui étaient aussi des premiers hommes de leur pays.

L'argent monnayé se trouva monter à deux mille six cents talents; et l'argent mis en œuvre, environ à cinq cents. Outre cela, il Ꭹ fut pris jusqu'à trente mille personnes et sept mille bêtes chargées de bagage. Au reste, les dieux ne tardèrent guère à faire payer la peine de ce crime à celui qui en était l'auteur. Car l'un de ses complices ayant encore, comme je crois, en quelque révérence la majesté du prince, quoique réduit à un si déplorable état, coupa la tête à ce traître et la porta à Darius, ce qui ne lui fut pas une petite consolation dans son infortune: parce que d'un côté il se voyait vengé de son ennemi; et de l'autre, ce lui était une preuve que l'image de sa grandeur n'était pas encore effacée de tous les cœurs et de tous les esprits de ses peuples.

LIVRE QUATRIÈME

SOMMAIRE.

I. Alexandre répond en roi aux lettres que Darius lui avait écrites avec orgueil. Il donne le royaume des Sidoniens à Abdalonyme, qui était pauvre, mais qui était du sang royal, et qui avait un cœur royal. Amyntas, qui avait quitté le parti d'Alexandre, est tué par les Perses. Plu sieurs capitaines de Darius sont défaits en plusieurs endroits. II. Alexandre assiége les Tyriens, parcequ'ils n'avaient pas voulu le recevoir. III. Le siége de Tyr se rend fameux et renommé par les douteux événements de la guerre. — IV. La ville de Tyr est prise de force. L'on y fait un grand carnage; l'on y met le feu. — V. Darius envoie à Alexandre d'autres lettres plus modestes sur le sujet de la paix; mais il en rejette les conditions. Les

-

dii tantæ fortunæ proditorem [sepulturæ] celeriter debita pœna persequuti sunt: namque unus e consciis ejus, credo, regis vicem etiam in illa sorte reveritus, interfecti [proditoris] caput ad Darium tulit, opportunum solatium prodito quippe et ultus inimicum erat; et nondum in omnium animis memoriam majestatis suæ exolevisse cernebat.

LIBER QUARTUS.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Darius ad Euphratem contendit. Alexander litteris a Dario superbe scriptis superbius respondet, atque Phoniciæ oppidis occupatis, Abdalonymum Sidoniis regem præficit. Amyntas transfuga a Persis in Egypto occiditur. Variæ variis locis præfectorum Darii clades. Agis, Lacedæmoniorum rex, Antipatro bellum molitur. — II, III. Tyrii, Alexandrum recipere recusantes, obsidentur, quæ obsidio diuturnitate cladibusque nobilitatur variis. — IV. Tandem Tyrus vi capta, maximaque hominum strage facta, luctuoso deformatur incendio. V. Darii iterata de pace ad Alexandrum legatio, submissior quidem, sed repudiata tamen. Græci Alexandrum corona aurea donant:

Grecs font présent à Alexandre d'une couronne d'or. Il
réduit beaucoup de provinces sous son obéissance par
le moyen de ses capitaines. VI. Tandis que Darius se
prépare pour la guerre, Alexandre prend la ville de Gaza,
et fait souffrir de grands supplices à Bétia qui en était
gouverneur. - VII. Voyage d'Alexandre à l'oracle de
Jupiter Hammon. Les diverses demandes qu'il fait à l'o-
racle.-VIII. L'on båtit en Égypte la ville d'Alexandrie.
Diverses expéditions d'Alexandre. IX. Darius arrive à
Arbelles, et malgré lui Alexandre passe le Granique.—
X. Les soldats d'Alexandre s'étonnent et se troublent à
cause d'une éclipse de lune; mais il les rassure par l'en.
tremise des devins d'Égypte. Il met en fuite les Perses, qui
faisaient des dégâts de tous côtés. La femme de Darius
est prise; elle meurt de tristesse, et Alexandre la pleuré.
Les soupçons, le deuil et les vœux de Darius. - XI. Da-
rius demande la paix pour la troisième fois, et ne l'ob-
tient pas au contraire, Alexandre l'invite à se rendre, c
bien à faire la guerre.
XII. Les Macédoniens sont sai-

ou

sis d'une terreur panique tandis qu'on met en bataille l'armée des Perses; et enfin étant revenus à soi, ils prennent les armes avec allégresse. XIII. Alexandre condamne les conseils de Parménion et de Polyperchon, qui étaient d'avis que l'on combattît de nuit : et après avoir un peu dormi, il anime les siens au combat. XIV. Harangue d'Alexandre aux Grecs et de Darius aux Perses avant le combat. XV. Description de la sanglante bataille qui fut donnée auprès d'Arbelles. Alexandre vicforieux poursuit Darius défait et vaincu.-XVI. Alexandre est en péril et s'en délivre par son grand courage. Enfin les Macédoniens, ayant remporté une entière victoire, contraignent le reste des Perses de se sauver par la fuite, après avoir perdu beaucoup de leurs gens.

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I. Darius, qui s'était vu naguère une si nombreuse et si florissante armée, et qui était venu à la bataille élevé sur un char plutôt en appareil

ille per præfectos multas provincias in potestatem suam redigit. VI. Ad bellum sese accingit Darius. Alexander, Gaza expugnata, ejus præfectum Betim crudeli afficit supplicio. VII. Ægypto in potestatem redacta, Alexander ad Jovis Hammonis oraculum proficiscitur. Varia quærit. VIII. Alexandria in Ægypto condita, Egyptum et Africam Egypto junctam præfeclis tradit regendas, atque in Syriam redit. Hectoris mors. Samaritæ deficientes puniti. Variis rebus in Syria peractis, Alexander ad Euphratem contendit. IX. Darius, copiis Babylone contractis, Tigrique superato, per Assyriam progressus ad Bumadum castra locat; Alexander Euphratem et Tigrim superat. Præmissi quidam equites Persarum fugantur.-X. Milites, ob lunæ defectum turbatos, per Ægyptios vales confirmat Alexander. Persas vastatores conjicit in fugam. Dari uxor captiva, moerore confecta, supremum diem obit. Unde Alexandri lacrimæ, Darii suspiciones, luctus et ira. - XI. Pacem Darius tertio quærens ad deditionem belJumve ab Alexandro provocatur. XII. Ad prælium dum Persarum ingens exercitus paratur, Macedones, panico quodam terrore defuncti, arma alacriter capessunt. XIII. Consilia de nocturno prælio Parmenionis et Polyperchontis Alexander damnat; somnoque refectus interrito vultu suos ad pugnam accendit. Acies macedonica. - XIV. Alexandri ad Græcorum, Dariique ad Persarum exercitum ante pugnam orationes. -XV. Cruenti ad Arbela prælii descriptio. Victor Alexander Darium victum persequitur. XVI. Parmenio in discrimine constitutus, Alexandrum retrabit. Tandem integra victoria potiti Macedones, reliquos Persas fuga sibi quærere salutem cogunt.

1. Darius tanti modo exercitus rex, qui, triumphantis

de triomphe qu'en équipage de guerre, s'enfuyait à travers les campagnes qu'il avait couvertes d'une multitude innombrable de troupes, mais qui n'avaient plus alors que la face d'un désert et d'une vaste solitude. Il courut toute la nuit avec peu de suite, car tous n'avaient pas pris la même route, et la plupart de ceux qui l'accompagnaient n'avaient pu le suivre, à cause qu'il changeait souvent de cheval. Enfin il arriva à Onches, où quatre mille Grecs le reçurent, avec lesquels il s'avança vers l'Euphrate, croyant demeurer le maître de tout ce qu'il occuperait le premier. Cependant le roi ayant commandé à Parménion de garder soigneusement le butin et les prisonniers qu'on lui avait livrés à Damas, le pourvut du gouvernement de la Syrie, qu'ils appellent Celé.

Les Syriens, qui n'étaient pas encore assez domptés par les misères de la guerre, portaient impatiemment le joug de cette nouvelle domination; mais quand on les eut un peu châtiés, ils se rangèrent à leur devoir. L'île d'Arade se soumit aussi : Straton, qui en était roi, tint encore dans toutes les villes maritimes et dans plusieurs places en terre ferme. Il se rendit toutefois, et Alexandre lui ayant fait prêter le serment, marcha vers la ville de Marathon. Là il reçut des lettres de Darius conçues en termes si superbes qu'il s'en offensa extrêmement. Mais ce qui le piqua davantage fut que Darius prenait le titre de roi, et ne le lui donnait pas. Avec cela, il le sommait plutôt qu'il ne le priait qu'en recevant

magis quam dimicantis more, curru sublimis inierat prælium, per loca, quæ prope immensis agminibus compleverat, jam inania et ingenti solitudine vasta fugiebat. Pauci regem sequebantur; nam nec eodem omnes fugam intenderant; et, deficientibus equis, cursum eorum, quos rex subinde mutabat, æquare non poterant. Unchas deinde pervenit, ubi excepere eum Græcorum quatuor millia, cum quibus ad Euphraten contendit; id demum credens fore ipsius, quod celeritate præcipere potuisset. At Alexander Parmenionem, per quem apud Damascum recepta erat præda, jussum cam ipsam et captivos diligenti asser. vare custodia, Syria, quam Colen vocant, præfecit. Novum imperium Syri, nondum belli cladibus satis domiti, aspernabantur: sed celeriter subacti obedienter imperata fecerunt. Aradus quoque insula deditur regi. Maritimam tum oram et pleraque longius etiam a mari recedentia, rex ejus insulæ Strato possidebat : quo in fidem accepto, castra movit ad urbem Marathon. Ibi illi litteræ a Dario redduntur; quibus ut superbe scriptis vehementer offensus est; præcipue eum movit, quod Darius sibi regis titulum, nec eumdem Alexandri nomini adscripserat. Postulabat autem magis quam petebat; ut, accepta pecunia, quantamcumque tota Macedonia caperet, matrem sibi ac conjugem liberosque restitueret : de regno, æquo, si vellet, Marte contenderet. Si saniora consilia tandem pati potuisset, contentus patrio, cederet alieni imperii finibus ; socius amicusque esset; in ea se fidem et dare paratum et accipere. Contra Alexander in hunc maxime modum rescripsit: « Rex Alexander Dario. Ille, cujus nomen sump.

autant d'argent qu'il en pourrait tenir dans toute la Macédoine, il lui rendit sa mère, sa femme et ses enfants; et que pour ce qui était de l'empire, il ne tiendrait qu'à lui que le différend ne se vidât par une bataille; mais s'il était encore capable de conseil, qu'il se contentât du royaume de ses ancêtres, sans envahir celui d'autrui; qu'à l'avenir ils vécussent en bons amis et fidèles alliés, et qu'il était prêt à lui en donner sa foi et à recevoir la sienne. Sur quoi Alexandre lui répondit en ces termes : « Le roi Alexandre à Darius. Il n'y a sorte de maux imaginables que cet ancien Darius dont vous avez pris le nom n'ait fait autrefois aux Grecs qui tiennent la côte de I'Hellespont et aux Ioniens, nos anciennes colonies. Depuis, ayant traversé la mer avec une puissante fiotte, il porta la guerre jusque dans le sein de la Grèce et de la Macédoine. Après lui, Xerxès, de la même nation, descendit encore avec une multitude effroyable de Barbares pour nous exterminer; et ayant été défait en une bataille navale, il nous laissa Mardonius en Grèce, afin que, même en son absence, il saccageât nos villes et désolât nos campagnes. Mais qui ne sait que le roi Philippe mon père a été assassiné par ceux que les vôtres ont pratiqué avec des promesses immenses? car il est vrai que vous autres Perses entreprenez des guerres impies et détestables; et ayant les armes à la main, vous mettez la tête de vos ennemis à prix, comme il s'est vu naguère que vous-même, quoique chef d'une si grande armée, avez voulu acheter un meurtrier mille talents pour m'ôter la vie. Ce n'est donc pas moi qui fais la guerre, je me défends. Aussi les dieux, qui sont toujours pour la bonne cause, ont favorisé mes armes, avec lesquelles j'ai rangé sous mes lois une grande partie de l'Asie, et vous ai vaincu vous-même en bataille rangée; et, bien que je ne vous dusse rien accorder de tout ce que vous me demandez, parce que

sisti, Darius Græcos, qui oram Hellesponti tenent, coloniasque Græcorum lonias omni clade vastavit : cum magno' deinde exercitu mare trajecit, inlato Macedoniæ et Græciæ bello. Rursus Xerxes, gentis ejusdem, ad oppugnandos nos cum immanium Barbarorum copiis venit; qui, navali prælio victus, Mardonium tamen reliquit in Græcia; ut absens quoque popularetur urbes, agros ureret. Philippum vero parentem meum quis ignorat ab iis interfectum esse, quos ingentis pecuniæ spe sollicitaverant vestri ? Impia enim bella suscipitis, et quum habeatis arma, licitamini hostium capita sicut tu proxime talentis mille, tanti exercitus rex, percussorem in me emere voluisti. Repello igitur bellum, non infero; et diis quoque pro meliore stantibus causa, magnam partem Asia in ditionem redegi meam : te ipsum acie vici. Quem etsi nihil a me impetrare oportebat, utpote qui ne belli quidem in me jura servaveris, tamen, si veneris supplex, et matrem, et conjugem, et liberos sine pretio recepturum te esse promitto: et vincere et consulere victis scio. Quod si te nobis

vous ne m'avez pas fait bonne guerre, néanmoins, si vous venez en qualité de suppliant, je vous donne ma parole que je vous rendrai votre mère, votre femme et vos enfants sans rançon. Je veux vous montrer que je sais vaincre et obliger les vaincus. Que si vous craignez de vous mettre entre mes mains, je vous donnerai ma foi, sur laquelle vous pouvez venir en toute assurance. Du reste, quand vous m'écrirez désormais, qu'il vous souvienne que vous écrivez nonseulement à un roi, mais à votre roi. » Thersippe eut charge de porter cette lettre.

:

De là passant dans la Phénicie, il reçut la ville de Biblos en son obéissance, puis vint à Sidon, ville fameuse pour son antiquité, et pour la renommée de ses fondateurs. Le roi qu'elle avait alors, nommé aussi Straton, étant attaché aux intérêts de Darius, ne se rendit pas tant de son bon gré, que forcé par les habitants de sorte qu'il lui en coûta le royaume, et il fut permis à Éphestion d'établir en sa place celui d'entre les Sidoniens qui serait le plus digne d'une si grande fortune. Ce favori, qui était logé chez deux jeunes frères des plus qualifiés du pays, leur offrit la couronne; mais ils la refusèrent, alléguant «< que par les lois de l'État uul ne pouvait monter à la souveraine puissance, qui ne fût du sang royal. » Éphestion, admirant cette grandeur de courage qui méprisait ce que les autres poursuivent à travers le fer et les flammes, s'écria : « O âmes héroïques! qui avez su comprendre les premiers combien c'est une chose plus glorieuse de refuser un royaume que de le recevoir, les dieux vous veuillent combler de toutes sortes de biens, et à jamais puissiez-vous jouir de la gloire que mérite une si haute vertu! Mais au moins, leur dit-il, donnez-moi quelqu'un de votre main, qui se souvienne, quand il sera roi, que c'est vous qui lui avez mis la couronne sur la tête. »

Ces généreux frères voyant les brigues qui s'é

committere times, dabimus fidem impune venturum. De cetero quum mihi scribes, memento non solum regi te, sed etiam tuo scribere. » Ad hanc perferendam Thersippus missus. Ipse in Phoenicen deinde descendit: et oppidum Byblon traditum recepit. Inde ad Sidona ventum est, urbem vetustate famaque conditorum inclytam. Regnabat in ea Strato, Darii opibus adjutus; sed quia deditionem magis popularium, quam sua sponte fecerat, regno visus indignus, Hephæstionique permissum, ut, quem eo fastigio e Sidoniis dignissimum arbitraretur, constitueret regem. Erant Hephæstioni hospites, clari inter suos juvenes, qui, facta ipsis potestate regnandi, negaverunt, quemquam patrio more in id fastigium recipi, nisi regia stirpe ortum. Admiratus Hephæstio magnitudinem animi spernentis, quod alii per ignes ferrumque peterent : « Vos quidem macti virtute, inquit, estote, qui primi intellexistis quanto majus esset regnum fastidire, quam accipere. Ceterum date aliquem regiæ stirpis, qui meminerit a vobis acceptum ' habere se regnum. » At illi, quum multos imminere tantæ

chauffaient, et que, par une trop grande avidité | de régner, plusieurs faisaient servilement la cour aux favoris d'Alexandre, déclarèrent qu'ils ne connaissaient personne plus capable de cette dignité qu'un certain Abdalonyme, descendu de la tige royale, quoique d'une branche un peu éloignée; mais qui était tombé dans une si excessive pauvreté, qu'il était contraint pour vivre de travailler à la journée en un jardin des faubourgs. Sa grande probité l'avait réduit, comme plusieurs autres, à cette extrème misère, dans laquelle ce bon homme, attentif à son travail, n'avait point entendu le bruit des armes qui avait alors ébranlé toute l'Asie. Voici donc venir avec les ornements royaux les deux frères dont nous avons parlé, qui trouvent Abdalonyme arrachant les mauvaises herbes de son jardin. D'abord l'ayant salué roi, Il faut, lui dit l'un des deux, que tu quittes tout à cette heure ces vieux haillons, pour prendre ces riches habits que je t'apporte. Ote cette crasse, et lave cette poussière amassée depuis si longtemps sur ton visage, et prends un cœur de roi: mets en vue ta vertu, et porte-la à ce haut degré de fortune dont elle t'a rendu digne; mais, après que tu seras assis sur le trône royal, et devenu | souverain arbitre de la vie et de la mort de tous tes citoyens, garde bien d'oublier l'état où nous te trouvons, car sache que c'est ta vertueuse pauvreté que l'on couronne aujourd'hui. ›

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Il semblait à Abdalonyme que c'était un songe, et de fois à autre il leur demandait s'ils étaient bien sages de se moquer ainsi de lui? Mais, comme il tardait trop à leur gré, ils le lavent, ils le nettoient, et lui jettent sur les épaules une robe de pourpre brochée d'or, et, après lui avoir fait mille serments qu'ils ne se moquaient point, ils le conduisent au palais comme roi en cet équipage. Aussitôt la renommée porta cette nouvelle par

spei cernerent, singulis amicorum Alexandri, ob nimiam regni cupiditatem, adulantes; statuunt neminem esse potiorem quam Abdalonymum quemdam, longa quidem cognatione stirpi regiæ annexum, sed ob inopiam suburbanum hortum exigua colentem stirpe. Causa ei paupertatis, sicut plerisque, probitas erat : intentusque operi diurno, strepitum armorum, qui totam Asiam concusserat, non exaudiebat. Subito deinde, de quibus ante dictum est, cum regiæ vestis insignibus hortum intrant, quem forte steriles herbas eligens Abdalonymus repurgabat. Tunc rege eo salutato, alter ex his : «< Habitus, inquit, hic, quem cernis in meis manibus, cum isto squalore permutandus tibi est. Ablue corpus inluvie æternisque sordibus squalidum cape regis animum, et in eam fortunam, qua dig. nus es, istam continentiam profer. Et quum in regali solio residebis, vitæ necisque omnium civium dominus, cave obliviscaris hujus status, in quo accipis regnum; immo hercule, propter quem. » Somnio similis res Abdalonymo videbatur interdum, satisne sani essent qui tam proterve sibi illuderent, percontabatur. Sed ut cunctanti squalor ablutus est, et injecta vestis purpura auroque distincta,

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tout. Les uns en témoignaient de la joie, et les autres du dépit. Les riches ne cessaient à ravaler ce prince dans la cour d'Alexandre, à cause de sa bassesse et de sa pauvreté. Le roi commanda incontinent qu'on le fit venir; et, après l'avoir longtemps considéré, « Je regarde, dit-il, que ta mine ne dément point le lieu d'où j'apprends que tu es sorti; mais je te demanderais volontiers avec quelle patience tu as supporté ta misère?» -Je prie les dieux, lui répondit-il, que je puisse aussi bien supporter la grandeur où je me vois élevé. Ces bras ont fourni à tous mes désirs, et tant que je n'ai rien eu, rien ne m'a manqué. Cette réponse fit concevoir au roi une grande opinion de la vertu de cet homme; si bien qu'il lui fit donner non-seulement les précieux meubles que possédait Straton, mais encore une partie du butin qu'il avait fait sur les Perses, ajoutant même à son État une des contrées voisines.

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Cependant Amyntas, qui avait quitté le parti d'Alexandre, comme nous avons dit, pour prendre celui de Darius, était arrivé à Tripoli avec quatre mille Grecs, qui l'avaient suivi après la perte de la bataille. De là, ayant embarqué ses gens, il fit voile en Chypre; et se figurant qu'en l'état où étaient les choses, tout était de bonne prise, il résolut d'aller en Égypte, également ennemi des deux rois, et toujours prêt de s'accommoder au temps pour le bien de ses affaires. Et pour encourager ses soldats à une si riche conquête, il leur représenta « que Sabacès, gouverneur d'Égypte, avait été tué à la journée d'Issus ; que les garnisons des Perses étaient faibles et sans chefs, et que les Egyptiens, portant une haine enracinée à leurs gouverneurs, les recevraient non comme ennemis, mais comme alliés et partisans de leur liberté. » La nécessité les contraignait de tenter toutes sortes de voies: car, fors

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et fides a jurantibus facta, serio jam rex, iisdem comitantibus, in regiam pervenit. Fama, ut solet, strenue tota urbe discurrit: aliorum studium, aliorum indignatio eminebat : ditissimus quisque humilitatem inopiamque ejus apud amicos Alexandri criminabatur. Admitti eum rex protinus jussit, diuque contemplatus : « Corporis, inquit, habitus famæ generis non repugnat; sed libet scire, inopiam qua patientia tuleris? » Tum ille : « Utinam, inquit, eodem animo regnum pati possim! ha manus suffecere desiderio meo; nihil habenti nihil defuit. » Magnæ indo. lis specimen ex hoc sermone Abdalonymi cepit, itaque non Stratonis modo regiam supellectilem attribui ei jussit; sed pleraque etiam ex persica præda : regionem quoque ubi appositam ditioni ejus adjecit. Interea Amyntas, quem ad Persas ab Alexandro transfugisse diximus, cum qua. tuor millibus Græcorum, ipsum ex acie persequutis, fuga Tripolin pervenit; inde, in naves militibus impositis, Cyprum transmisit; et quum in illo statu rerum id quemque, quod occupasset, habiturum arbitraretur, velut certo jure possessum, Egyptum petere decrevit; utrique regi hostis, et semper ex ancipiti mutatione temporum pen

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