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tra si grand capitaine lorsque Epaminondas vint,
assiéger Sparte, qui était sans murailles, qu'il
fut évident pour tout le monde que sans lui
Sparte eût cessé d'exister. Dans ce moment si
critique, sa présence d'esprit sauva l'État. Quel-
ques jeunes gens, effrayés de l'approche des
ennemis, voulurent passer aux Thébains, et
s'emparèrent d'une hauteur située près la ville.
Agésilas, sentant combien il serait dangereux
qu'on s'aperçût de cette désertion, se rendit sur
la hauteur avec ses troupes, et feignit de croire
que ces jeunes gens avaient agi dans de bonncs in-
tentions. Il les loua d'être venus se poster dans
cette position, qui était excellente, disant qu'il
avait déjà songé à le faire. Par ces louanges
qu'ils ne méritaient pas, il regagna ces jeunes
gens et les ramena au sentiment de leur devoir.
Il leur adjoignit une partie de ses compagnons,
et laissa le poste en sûreté. Les transfuges se
voyant réunis à un grand nombre de gens qui
n'avaient pas pris part à leur complot, n'osèrent
rien entreprendre; ce qu'ils firent d'autant plus
volontiers qu'ils croyaient que leur projet n'était
pas connu.

VII. Lacédémone ne put jamais se relever du coup que lui avait porté la bataille de Leuctres, ni recouvrer son ancienne domination. Agésilas chercha toujours à lui faire oublier ce malheur par tous les moyens qui étaient en son pouvoir. Comme on manquait surtout d'argent, il aida les satrapes qui se révoltaient contre le roi de Perse, et versa au trésor public toutes les sommes qu'il reçut à titre de présents: et ce qu'on doit le plus

exeundum premeretur, ut si de exitu divinaret, exire noluit. Idem, quum Epaminondas Spartam oppugnaret, essetque sine muris oppidum, talem se imperatorem præbuit, ut eo tempore omnibus apparuerit, nisi ille fuisset, Spartam futuram non fuisse. In quo quidem discrimine celeritas ejus consilii saluti fuit universis. Nam quum quidam adolescentuli, hostium adventu perterriti, ad Thebanos transfugere vellent, et locum extra urbem editum cepissent, Agesilaus, qui perniciosissimum fore videret, si animadversum esset, quemquam ad hostes transfugere conari, cum suis eo venit, atque, ut si bono animo fecissent, laudavit consilium eorum, quod eum locum occupassent, et se id quoque fieri debere animadvertisse. Sic adolescentulos simulata laudatione recuperavit, et, adjunctis de suis comitibus, locum tutum reliquit : namque illi, aucto numero eorum, qui expertes erant consilii, commovere se non sunt ausi, eoque libentius, quod latere arbitrabantur, quæ cogitarant.

VII. Sine dubio post Leuctricam pugnam Lacedæmonii se nunquam refecerunt, neque pristinum imperium recuperarunt: quum interim Agesilaus non destitit, quibuscunque rebus posset, patriam juvare. Nam quum præcipue Lacedæmonii indigerent pecunia, ille omnibus, qui a rege defecerant, præsidio fuit: a quibus magna donatus pecunia, patriam sublevavit. Atque in hoc illud in primis fuit admirabile, quum maxima munera ei a regibus, et dynastis, civitatibusque conferrentur, nihil unquam in domum suam contulit, nihil de victu, nihil de vestitu

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admirer en lui, c'est qu'il ne garda jamais rien des dons magnifiques que lui faisaient les rois, les dynastes et les villes, ayant toujours conservé la simplicité lacédémonienne dans sa toilette et dans ses vêtements. Il se contentait de la maison qu'avait habitée Eurysthènes, le premier de ses ancêtres. On ne voyait, en entrant dans cette maison, aucune trace de déréglement ou de luxe; tout y annonçait le travail et la frugalité; elle ne différait en rien, pour l'ameublement, de la demeure du plus simple particulier.

VIII. La nature, qui avait si bien traité Agésilas du côté de l'âme, ne l'avait pas favorisé du côté du corps. Il était petit et boiteux, ce qui le faisait mépriser de ceux qui ne voyaient que l'extérieur; mais ceux qui connaissaient son mérite ne pouvaient assez l'admirer. Il eut une preuve de ce mépris qu'on attachait à la difformité du corps, lorsqu'il alla en Égypte au secours de Tachos. Il avait alors quatre-vingts ans. En débarquant, il se coucha sur le rivage avec ses soldats, n'ayant pour tapis que de la paille, et pour couverture qu'une peau de bête. Ses soldats étaient autour de lui, revêtus d'habits si grossiers et si usés, que leur extérieur, loin de faire soupçonner qu'un roi fût parmi eux, n'annonçait que l'indigence. A la nouvelle de son arrivée, Tachos lui envoya des présents. Les officiers du prince, demandant Agésilas, ne pouvaient pas croire que ce fût un de ceux qui étaient assis sur le rivage. Ils lui offrirent les présents qu'ils avaient apportés, mais il n'accepta que des quartiers de veaux et d'autres provisions du même genre, dont il avait besoin pour le moLaconum mutavit. Domo eadem fuit contentus, qua Eurysthenes, progenitor majorum suorum, fuerat usus : quam qui intrarat, nullum signum libidinis, nullum luxuriæ videre poterat; contra ea, plurima patientiæ atque abstinentiæ. Sic enim erat instructa, ut nulla in re differret a cujusvis inopis atque privati.

VIII. Atque hic tantus vir, ut naturam fautricem habue. rat in tribuendis animi virtutibus, sic maleficam nactus est in corpore fingendo: nam et statura fuit humili, et corpore exiguo, et claudus altero pede. Quæ res etiam nonnullam afferebat deformitatem : atque ignoti faciem ejus quum intuerentur, contemnebant; qui autem virtutes noverant, non poterant admirari satis. Quod ei usu venit, quum annorum octoginta subsidio Tacho in Ægyptum isset, et in acta cum suis accubuisset, sine ullo tecto, stratumque haberet tale, ut terra tecta esset stramentis, neque huc amplius quam pellis esset injecta, eodemque comites omnes accubuissent, vestitu humili atque obso leto, ut eorum ornatus non modo in his regem neminem significaret, sed hominis non beatissimi suspicionem præberet. Hujus de adventu fama quum ad regios esset perlata, celeriter munera eo cujusque generis sunt allata. His quærentibus Agesilaum vix fides facta est, unum esse ex his, qui tum accubabant. Qui quum regis verbis, quæ attulerant, dedissent, ille, præter vitulina, et hujusmodi genera obsonii, quæ præsens tempus desiderabat, nihil accepit; unguenta, coronas, secundamque mensam servis dispertiit; cetera referri jussit. Quo facto eum barbari ma

ment. Il distribua aux esclaves les parfums, les couronnes et les mets du second service, et fit remporter le reste; ce qui augmenta le mépris des barbares, en leur faisant croire qu'il n'avait choisi les choses grossières que parce qu'il ignorait le prix des choses précieuses. Comme il revenait d'Égypte ayant reçu du roi Nectanèbe deux cents vingt talents pour en faire présent à sa république, il aborda au port de Ménélas, entre Cyrène et l'Égypte, y tomba malade et mourut. Ses amis, pour pouvoir transporter plus facilement son corps, l'enduisirent de cire, faute de miel, et le rapportèrent à Sparte en cet état.

EUMÈNE.

SOMMAIRE.

-

CHAP. I. Eumène, d'abord secrétaire de Philippe et d'Alexandre, devient commandant de cavalerie. - II. On lui donne le gouvernement de la Cappadoce; il gagne l'affection de Perdiccas et lui est fidèle. — III. Perdiccas l'oppose à ses ennemis d'Europe. IV. Il est vainqueur de Néoptolème dans un combat singulier; il fait à Cratère des obsèques magnifiques. V. Il est con. damné à mort en son absence. Assiégé dans le fort de Nora, il échappe avec les siens par stratagème. — VI. Il prend le parti d'Olympias et des enfants d'Alexandre.

VII. II se prépare à faire la guerre à Antigone au nom d'Alexandre. — VIII. Il défait Antigone : l'indiscipline des vétérans l'empêche de poursuivre ses succès. — IX. Ruse qu'il emploie pour arrêter la marche rapide d'Antigone. X. Il est trahi par les siens. Vainqueur, il devient prisonnier du vaincu. XI. Dans son impatience, il demande la mort. — XII. Épuisé par la faim,

gis etiam contempserunt, quod eum ignorantia bonarum rerum illa potissimum sumpsisse arbitrabantur. Hic quum ex Ægypto reverteretur, donatus a rege Nectananebe ducentis viginti talentis, quæ ille muneri populo suo daret, venissetque in portum, qui Menelai vocatur, jacens inter Cyrenas et Ægyptum, in morbum implicitus decessit. Ibi eum amici, quo Spartam facilius perferre possent, quod mel non habebant, cera circumfuderunt, atque ita domum retulerunt.

EUMENES.

ARGUMENTUM.

-

CAP. I. Eumenes primum Philippi et Alexandri scriba, postea præfectus equitum. II. Cappadociam sortitur provinciam. Carus Perdiccæ est et fidus. - III. A Perdicca opponitur Europæis adversariis. IV. Vincit Neoptolemum singulari pugna. Craterum amplo funere effert. - V. Absens capitis damnatur. Obsessus in castello Nora, callide se suosque liberat. VI. Olympiadi consulit ac liberis Alexandri. VII. Bellum adversus Antigonum parat nomine Alexandri. · VIII. Antigoni victor, veteranorum licentia impeditur. - IX. Consilio callido Antigoni refrenat impetum. X. A suis proditur. Victor victo in custodiam

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il est étranglé par ses gardes. XIII. Après la mort d'Eumène, les lieutenants d'Alexandre prennent le titre de rois. On lui fait d'honorables funérailles.

I. Eumène était de Cardie. Je ne dirai pas qu'il eût été plus grand si sa fortune eût égalé son mérite; car ce n'est pas la fortune qui fait les grands hommes, c'est la vertu. Mais il eût été plus illustre et plus honoré. Jeté par le sort en Macédoine, au temps des prospérités de ce royaume, son titre d'étranger lui fut très-nuisible. Il ne lui manqua que d'être né d'une famille distinguée dans la Macédoine. Il est vrai qu'il était d'une des premières familles de son pays; mais les Macédoniens n'en voyaient pas moins avec envie les distinctions dont il était l'objet. Ils le souffraient néanmoins, parce qu'il les surpassait tous en activité, en vigilance, en fermeté, en adresse et en vivacité d'esprit. Très-jeune encore, il s'acquit la faveur de Philippe, fils d'Amyntas, et devint son plus intime confident. Il se faisait déjà remarquer par ses grandes qualités. Philippe en fit son secrétaire particulier, place beaucoup plus honorable chez les Grecs que chez les Romains. Nous regardons ceux qui exercent ces fonctions comme des mercenaires, et ce n'est pas autre chose; mais en Grèce, où les secrétaires prennent part à toutes les résolutions de leur maître, on ne confie cet emploi qu'à des hommes bien nés, d'un talent reconnu et d'une discrétion auprès de Philippe en cette qualité; et après le à toute épreuve. Eumène resta pendant sept ans meurtre de Philippe, Alexandre le continua pendant treize ans dans la même charge. Sur la fin,

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I. Eumenes, Cardianus. Hujus si virtuti par data esset fortuna, non ille quidem major, sed multo illustrior, atque etiam honoratior; quod magnos homines virtute metimur, non fortuna. Nam quum ætas ejus incidisset in ea tempora, quibus Macedones florerent; multum ei detraxit inter hos viventi, quod alienæ erat civitatis; neque aliud huic defuit, quam generosa strips. Etsi ille domestico summo genere erat, tamen Macedones eum sibi aliquando anteponi ind gne ferebant, neque tamen non patiebantur: vincebat enim omnes cura, vigilantia, patientia, calliditate, et celeritate ingenii. Hic peradolescentulus ad amicitiam accessit Philippi, Amyntæ filii, brevique tempore in intimam pervenit familiaritatem. Fulgebat enim jam in adolescentulo indoles virtutis. Itaque eum habuit ad manum scribæ loco; quod multo apud Graios honorificentius est, quam apud Romanos. Nam apud nos re vera, sicut sunt, mercenarii scriba existimantur: at apud illos contrario nemo ad id officium admittitur, nisi honesto loco, et fide et industria cognita, quod necesse est, omnium consiliorum eum esse participem. Hunc locum tenuit amicitiæ apud Philippum annos septem. Illo interfecto, eodem gradu fuit apud Alexandrum aunos tredecim. Novissimo tempore præfuit etiam alteri equitum

il eut le commandement d'un corps de cavaliers qu'on appelait les gardes du Prince. Au reste, il eut toujours place dans le conseil de ces deux. rois et prit part à toutes leurs affaires.

II. Alexandre étant mort à Babylone, ses amis se partagèrent ses États. Avant de mourir, il avait remis son anneau à Perdiccas. On en conclut qu'il voulait lui confier l'administration de ses États jusqu'à la majorité de ses enfants. En effet, Cratère et Antipater, dont les titres semblaient l'emporter, étaient absents; et celui que le roi avait le plus aimé, Éphestion, était mort. Perdiccas fut donc revêtu de l'autorité suprême. On donna la Cappadoce à Eumène, ou plutôt on la lui des-tina, car cette province était occupée par l'ennemi. Perdiccas, qui appréciait le mérite et la probité d'Eumène, ne négligea rien pour le mettre dans ses intérêts, persuadé qu'il lui serait fort utile dans les entreprises qu'il méditait, s'il parvenait à se l'attacher. Or, ce qu'il méditait, c'était de s'emparer de toutes les provinces qui composaient l'empire d'Alexandre, et de n'en faire qu'un seul royaume, ambition ordinaire dans les grands États. Au reste, il n'était pas le seul qui eût formé ce projet : tous les amis d'Alexandre en avaient fait autant. Léonnatus le premier avait résolu de surprendre la Macédoine. Il fit de grandes promesses à Eumène pour l'attirer dans son parti et le détacher de Perdiccas; mais ne pouvant le séduire, il voulut le faire assassiner; et il l'aurait fait si Eumène ne se fût échappé du camp pendant la nuit.

III. Ce fut le commencement de ces guerres terribles qui s'allumèrent après la mort d'Alexandre. Tous ses généraux se coalisèrent pour ac

alæ, quæ hæterice appellabatur. Utrique autem in consilio semper affuit, et omnium rerum habitus est particeps.

II. Alexandro Babylone mortuo, quum regna singulis familiaribus dispertirentur, et summa rerum tradita esset tuenda eidem, cui Alexander moriens annulum suum dederat, Perdiccæ, ex quo omnes conjecerant, eum regnum ei commendasse, quoad liberi ejus in tutelam suam pervenissent (aberant enim Craterus et Antipater, qui antecedere hunc videbantur; mortuus erat Hephaestio, quem unum Alexander, quod facile intelligi posset, plurimi fecerat), hoc tempore data est Eumeni Cappadocia, sive potius dicta: nam tum in hostium erat potestate. Hunc sibi Perdiccas adjunxerat magno studio, quod in homine fidem et industriam magnam videbat, non dubitans, si eum pellexisset, magno usui fore sibi in his rebus, quas apparabat. Cogita bat enim, quod fere omnes in magnis imperiis concupiscunt, omnium partes corripere atque complecti. Neque vero hoc ille solus fecit; sed ceteri quoque omnes, qui Alexandri fuerant amici. Primus Leonnatus Macedoniam præoccu pare destinaverat. Is multis magnis pollicitationibus per- suadere Eumeni studuit, ut Perdiccam desereret, ac secum faceret societatem. Quum perducere eum non posset, interficere conatus est; et fecisset, nisi ille clam noctu ex præsidiis ejus effugisset.

III Interim conflata suntilla bella, quæ ad internecionem

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cabler Perdiccas. Eumène ne se dissimulait pas l'infériorité de son allié, obligé de lutter seul contre tous, toutefois il ne l'abandonna pas, et songea moins à sa sûreté qu'à ses engagements. Perdiccas lui avait donné le gouvernement de cette partie de l'Asie qui est située entre le mont Taurus et l'Hellespont, et l'avait opposé seul à tous ses ennemis d'Europe. Pour lui, il était allé attaquer l'Égypte, et la disputer à Ptolémée. Eumène n'avait que très-peu de troupes, et de mauvaises troupes. C'étaient des soldats enrôlés depuis peu, et qui n'avaient pas l'habitude de la guerre; c'est avec cela qu'il allait être obligé de combattre contre Antipater et Cratère, dont on annonçait l'arrivée. Ces deux capitaines, renommés par leur valeur et leur expérience, avaient passé l'Hellespont à la tête d'une nombreuse armée macédonienne. Les Macédoniens, comme on le sait, avaient alors la réputation que les nôtres ont aujourd'hui ; car les plus puissants sont toujours regardés comme les plus braves. Eumène sentit que ses soldats ne voudraient jamais marcher, s'ils apprenaient à quels ennemis on allait les opposer. Il prit le parti de les conduire par des chemins détournés, où ils ne pouvaient être instruits de la vérité, leur disant qu'il marchait contre les barbares. Il suivit ce plan jusqu'à la fin; et les deux armées furent en présence et le combat engagé, avant que les siens sussent à quelles troupes ils avaient affaire. Il avait fait en sorte d'arriver le premier pour choisir ses positions et pouvoir tirer parti de sa cavalerie, qui était la plus forte, tandis que son infanterie était faible.

IV. Le combat fut terrible et dura une grande

post Alexandri mortem gesta sunt, omnesque concurrerunad Perdiccam opprimendum. Quem etsi infirmum videbat, quod unus omnibus resistere cogebatur, tamen amicum non deseruit, neque salutis, quam fidei, fuit cupidior. Præfecet rat eum Perdiccas ei parti Asiæ, quæ inter Taurum montem jacet atque Hellespontum, et illum unum opposuerat Euro. pæis adversariis: ipse Ægyptum oppugnatum adversus Ptolemæum erat profectus. Eumenes, quum neque magnas copias, neque firmas haberet, quod inexercitatæ, et non multo ante erant contractæ, adventare autem dicerentur, Hellespontumque transisse Antipater et Craterus magno cum exercitu Macedonum, viri quum claritate, turn usu belli præstantes (Macedones vero milites ea tunc erant fama, qua nunc Romani feruntur : etenim semper habiti sunt fortissimi, qui summam imperii potirentur), Eumenes intelligebat, si copiæ suæ cognossent, adversus quos ducerentur, non modo non ituras, sed simul cum nuntio dilapsuras. Itaque hoc ejus fuit prudentissimum consilium, ut deviis itineribus milites duceret, in quibus vera audire non possent, et his persuaderet, se contra quosdam barbaros proficisci. Itaque tenuit hoc propositum, et prius in aciem exercitum eduxit, præliumque commisit, quam milites sui scirent, cum quibus arma conferrent. Effecit etiam illud locorum præoccupatione, ut equitatu potius dimicaret, quo plus valebat, quam peditatu, quo erat deterior.

partie du jour. Les Macédoniens y perdirent Cratère, leur général, et Neoptolème qui commandait en second. Eumène lutta corps à corps avec ce dernier. Ils se saisirent l'un l'autre, et tombèrent de leurs chevaux sans lâcher prise; et à leur acharnement on put, juger de la haine qui les animait dans ce combat où leur âme semblait avoir plus de part que leur corps. Quoique percé de plusieurs coups, Eumène ne quitta pas le champ de bataille; il n'en pressa que plus vivement l'ennemi. L'infanterie macédonienne voyant son général tué, la cavalerie dispersée, un grand nombre d'officiers de marque faits prisonniers, et se voyant elle-même engagée dans un défilé d'où elle ne pourrait sortir que par la volonté d'Eumène, demanda la paix et l'obtint. Mais elle viola sa parole, et rejoignit Antipater dès qu'elle le put. Cratère respirait encore lorsqu'on l'enleva du champ de bataille. Eumène tenta de le sauver, mais inutilement. Il voulut du moins satisfaire à ce qu'exigeait le rang de cet illustre capitaine, et le souvenir de leur amitié du temps d'Alexandre. Il lui fit faire de magnifiques obsèques, et renvoya ses cendres en Macédoine à sa femme et à ses enfants.

V. Tandis que ces choses se passaient sur l'Hellespont, Perdiccas est tué près du Nil par Séleucus et Antigone, et l'autorité suprême passe à Antipater. Tous ceux qui avaient suivi le parti opposé sont condamnés à mort par le suffrage de l'armée. Eumène était du nombre : il ne se laissa pas accabler par ce coup, et continua la guerre; mais la faiblesse de ses ressources, sans abattre

IV. Quorum acerrimo concursu quum magnam partem diei esset pugnatum, cadit Craterus dux, et Neoptolemus, qui secundum locum imperii tenebat: cum hoc concurrit ipse Eumenes. Qui quum inter se complexi in terram ex equis decidissent, ut facile intelligi posset, inimica mente contendisse, animoque magis etiam pugnasse, quam corpore, non prius distracti sunt, quam alterum anima reliquerit. Ab hoc aliquot plagis Eumenes vulneratur, neque eo magis ex prælio excessit, sed acrius hostibus institit. Hic equitibus profligatis, interfecto duce Cratero, multis præterea et maxime nobilibus captis, pedester exercitus, quod in ea loca erat deductus, ut invito Eumene elabi non posset, pacem ab eo petiit: quam quum impetrasset, in fide non mansit, et se, simul ac potuit, ad Antipatrum recepit. Eumenes Craterum, ex acie semianimem elatum, recreare studuit. Quum id non posset, pro hominis dignitate, proque pristina amicitia (namque iilo usus erat, Alexandro vivo, familiariter), amplo funere extulit, ossaque in Macedoniam uxori ejus ac liberis remisit.

V. Hæc dum apud Hellespontum geruntur, Perdiccas apud flumen Nilum interficitur a Seleuco et Antigono, rerumque summa ad Antipatrum defertur. Hic, qui deseruerant, exercitu suffragium ferente, capitis absentes damnantur in his Eumenes. Hac ille perculsus plaga non succubait, neque eo secius bellum administravit. Sed exiles res animi magnitudinem, etsi non frangebant, tamen imminuebant. Hunc persequens Antigonus, quum omni genere

son courage, diminuait sa confiance. Poursuivi par Antigone, qui était à la tête d'une nombreuse armée, il le harcelait sur la route et lui faisait éprouver des pertes, ayant soin de n'en venir aux mains que dans des lieux où une petite armée pouvait tenir tête à une grande. Il finit cependant par être enveloppé; mais il échappa, après avoir perdu beaucoup de monde, et se réfugia dans le château de Nora en Phrygie.

Il y fut bientôt assiégé. Craignant qu'un trop II long séjour ne ruinât sa cavalerie, qui ne manouvrait pas faute d'espace, il trouva un moyen ingénieux d'échauffer les chevaux et de les exercer, pour qu'ils ne perdissent pas leur souplesse et prissent volontiers leur nourriture. On les sanglait sous le poitrail, en les tenant assez haut pour que les pieds de devant touchassent à peine la terre; puis on les forçait à coups de fouet à sauter et se cabrer, ce qui les mettait en sueur comme s'ils eussent couru dans la campagne. Aussi fut-on surpris de les voir sortir, après un siége de plusieurs mois, aussi brillants et aussi vigoureux que si on les eût tenus dans les meilleurs pâturages. Pendant ce blocus, Eumène incendia et détruisit, toutes les fois qu'il le voulut, les travaux et les machines d'Antigone. Comme il n'aurait pu vivre en campagne, il resta tout l'hiver dans sa position. Mais au printemps, n'ayant aucun secours à espérer, il feignit de vouloir se rendre. Tandis qu'on négociait, il donna le change aux officiers d'Antigone et s'échappa avec les siens, sans avoir éprouvé de perte.

VI. La mère d'Alexandre, Olympias, qui habi

copiarum abundaret, sæpe in itineribus vexabatur: neque unquam ad manum accedere licebat, nisi his locis, quibus pauci possent multis resistere. Sed extremo tempore, quum consilio capi non posset, multitudine circumventus est. Hinc tamen, multis suis amissis, se expedivit, et in castellum Phrygiæ, quod Nora appellatur, confugit.

In quo quum circumsederetur, et vereretur, ne uno loco manens equos militares perderet, quod spatium non esset agitandi, callidum fuit ejus inventum, quemadmodum stans jumentum calefieri exercerique posset, quo libentius et cibo uteretur, et a corporis motu non removeretur. Substringebat caput loro altius, quam ut prioribus pedibus plane terram posset attingere. Deinde post verberibus cogebat exsultare, et calces remittere; qui motus non minus sudorem excutiebat, quam si in spatio decurreret. Quo factum est, quod omnibus mirabile est visum, ut jumenta æque nitida ex castello educeret, quum complures menses in obsidione fuisset, ac si in campestribus ea locis habuisset. In hac conclusione, quotiescunque voluit, apparatum et munitiones Antigoni alias incendit, alias disjecit. Tenuit autem se uno loco, quamdiu fuit hiems. Sed quod castrum subsidia habere non poterat, et ver appropinquabat, simulata deditione, dum de conditionibus tractat, præfectis Antigoni imposuit, seque ac suos omnes extraxit incolumes.

VI. Ad hunc Olympias, mater quæ fuerat Alexandri, quum litteras et nuntios misisset in Asiam, consultum,

tait l'Epire, lui envoya des lettres et des courriers, pour lui demander s'il était d'avis qu'elle vînt réclamer le trône de Macédoine, et reprendre possession de ce royaume. Il lui conseilla de rester en Épire, et d'attendre que le fils d'Alexandre fût en âge de régner. Que si elle voulait absolument revenir, elle devait oublier les injures et n'exercer aucune rigueur. Olympias n'écouta point ce conseil; elle retourna en Macédoine, et s'y conduisit avec cruauté. Cependant elle écrivit à Eumène, qui était alors éloigné, le suppliant de ne pas souffrir que les ennemis de la maison et de la famille de Philippe régnassent quand leurs amis étaient accablés ; que les enfants d'Alexandre avaient besoin de lui; que s'il consentait à les secourir, il levât promptement des troupes; et, que pour lui en faciliter les moyens, elle avait mandé aux officiers restés fidèles d'obéir à Eumène et de se conformer à ses avis. Eumène, touché de ses prières, jugea qu'il valait mieux, si le sort le voulait ainsi, mourir en témoignant sa reconnaissance à ses bienfaiteurs, que vivre en restant ingrat.

VII. Il lève donc des troupes et se dispose à faire la guerre à Antigone. Il avait dans son armée plusieurs Macédoniens illustres, entre autres Peucestès, l'un des gardes du corps d'Alexandre, et alors gouverneur de la Perse; et Antigène, qui commandait la phalange macédonienne. Il craignit d'éveiller la jalousie (ce qu'il ne put éviter), s'il prenait, lui simple étranger, la direction des affaires, au milieu de tous ces Macédoniens. Il fit dresser dans le camp une tente qu'il nomma la tente d'Alexandre, y fit placer un trône d'or avec le sceptre et le diadème, et vou

utrum repelitum Macedoniam veniret (nam tum in Epiro habitabat) et eas res occuparet, huic ille primum suasit, ne se moveret, et exspectaret, quoad Alexandri filius regnum adipisceretur : sin aliqua cupiditate raperetur in Macedoniam, omnium injuriarum oblivisceretur, et in neminem acerbiore uteretur imperio. Horum nihil ea fecit; nam et in Macedoniam profecta est, et ibi crudelissime se gessit. Petiit autem ab Eumene absente, ne pateretur Philippi domus et familiæ inimicissimos stirpem quoque interimere, ferretque opem liberis Alexandri: quam veniam si sibi daret, quamprimum exercitus pararet, quos sibi subsidio adduceret : id quo facilius faceret, se omnibus præfectis, qui in officio manebant, misisse litteras, ut ei parerent, ejusque consiliis uterentur. His rebus Eumenes permotus, satius duxit, si ita tulisset fortuna, perire bene meritis referentem gratiam, quam ingratum vivere.

VII. Itaque copias contraxit, bellum adversus Antigonum comparavit. Quod una erant Macedonum complures nobiles, in his Peucestes, qui corporis custos fuerat Alexandri, tum autem obtinebat Persidem, Antigenes, cujus sub imperio phalanx erat Macedonum, invidiam verens (quam tamen effugere non potuit), si potius ipse alienigena summi imperii potiretur, quam alii Macedonum, quorum ibi erat multitudo, in principiis nomine Alexandri statuit tabernaculum, in eoque sellam auream cum sceptro

lut que tous les officiers s'y réunissent chaque jour pour délibérer sur les affaires importantes. Il espérait donner moins de prise à l'envie, en paraissant ne faire la guerre qu'au nom et sous les auspices d'Alexandre; ce moyen lui réussit dans le commencement. Les réunions n'ayant pas lieu dans son quartier, mais sous la tente royale, il disparaissait en quelque sorte, tandis qu'en réalité c'était lui qui dirigeait tout.

VIII. I en vint aux mains avec Antigone dans le pays des Parétaciens, non pas en bataille rangée, mais dans une marche; et l'ayant maltraité, celui-ci fut obligé de se replier sur la Médie pour prendre ses quartiers d'hiver. Quant à Eumène, il distribua ses troupes sur les frontières de Perse: non qu'il le voulût, mais il y fut forcé par les soldats, car cette fameuse phalange d'Alexandre, qui avait envahi l'Asie et vaincu les Perses, habituée depuis longtemps à l'indiscipline comme à la gloire, prétendait commander à ses chefs au lieu de leur obéir. C'est ce que font aujourd'hui nos vétérans. Il est à craindre, s'ils suivent cet exemple, qu'ils ne ruinent tout, comme les soldats macédoniens, et ne deviennent aussi funestes à leurs amis qu'à leurs ennemis. Leur histoire est la même il n'y a que la différence des temps. Je reviens aux premiers. Ils n'avaient pas choisi leurs cantonnements d'après les règles de la guerre, mais suivant leurs convenances, et de manière à pouvoir piller plus facilement. Ils s'étaient fort éloignés les uns des autres. Antigone vit leur imprudence, mais il ne se croyait pas encore assez fort pour les attaquer. Il voulut les surprendre. Deux routes le conduisaient à leur camp, l'une plus courte, mais déserte et traversant un

ac diademate jussit poni, eoque omnes quotidie convenire, ut ibi de summis rebus consilia caperentur; credens minore se invidia fore, si specie imperii, nominisque simulatione Alexandri, bellum videretur administrare. Quod et fecit nam, quum non ad Eumenis principia, sed ad regia conveniretur, atque ibi de rebus deliberaretur, quodam modo latebat, quum tamen per eum unum gererentur omnia.

VIII. Hic in Parætacis cum Antigono conflixit, non acie instructa, sed in itinere; eumque male acceptum in Mediam hiematum coegit redire. Ipse in finitima regione Persidis hiematum copias divisit, non ut voluit, sed ut militum cogebat voluntas. Namque illa phalanx Alexandri Magni, quæ Asiam peragrarat deviceratque Persas, inveterata quum gloria, tum etiam licentia, non parere se ducibus, sed imperare postulabat; ut nunc veterani faciunt nostri. Itaque periculum est, ne faciant, quod illi fecerunt, sua intemperantia nimiaque licentia ut omnia perdant, neque minus eos, cum quibus steterint, quam adversus quos fecerint. Quod si quis illorum veteranorum legat facta, paria horum cognoscat; neque rem ullam, nisi tempus, interesse judicet. Sed ad illos revertar. Hiberna sumpserant non ad usum belli, sed ad ipsorum luxuriam, longeque inter se discesserant. Hoc Antigonus quum comperisset, intelligeretque, se parem non esse paratis adversariis,

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