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tout ressentiment, et, n'écoutant plus que sa justice, il résista aux emportements de la haine, si difficiles à réprimer, comme aux séductions de la victoire, toujours prête à conseiller des excès (An de R. 512). P. Claudius avait vendu comme esclaves les prisonniers faits à Camérium, dans une expédition entreprise sous sa conduite et sous ses auspices. Le trésor était donc enrichi et le territoire augmenté; mais le peuple, qui avait des doutes sur la bonne foi du général dans cette opération, voulut qu'on recherchât avec le plus grand soin tous ces Camériniens; puis il les racheta, leur assigna un emplacement sur l'Aventin pour y bâtir des habitations, et il leur restitua ce qu'ils possédaient. Il leur donna même de l'argent, non pour construire une salle d'assemblée, mais pour élever des temples et faire des sacrifices. Grâce à ce noble amour de la justice, les Camériniens purent se féliciter d'une ruine qui était pour eux la source d'une vie nouvelle (An de R. 485).

Ce que j'ai raconté jusqu'ici est connu de Rome et des nations voisines; ce qui suit l'est de tout l'univers. Timocharès d'Ambracie offrit au consul Fabricius de faire empoisonner Pyrrhus par son fils, premier échanson de ce prince. Le sénat, informé de cette proposition, envoya des députés à Pyrrhus pour l'avertir de se précautionner contre des attentats de ce genre. Pouvait-il oublier qu'une ville fondée par le fils de Mars doit combattre avec les armes, non avec le poison? Mais il ne nomma point Timocharès; et cette conduite des sénateurs était doublement équitable, en ce qu'ils ne voulurent ni se défaire d'un ennemi par un moyen odieux, ni

doctus est, Faliscos non potestati, sed fidei se Romanorum commisisse, omnem iram placida mente deposuit, pariterque et viribus odii, non sane facile vinci assuetis, et victoriæ obsequio, quæ promptissime licentiam subministrat, ne justitiæ suæ deesset, obstitit. Idem, quum P. Claudisu Camarinos, ductu atque auspiciis suis captos, sub hasta vendidisset, etsi ærarium pecunia, fines agris auctos animadvertebat, tamen, quia parum liquida fide id gestum ab imperatore videbatur, maxima cura conquisitos redemit, iisque habitandi gratia locum in Aventino assignavit, et prædia restituit: pecuniam etiam non ad curiam, sed ad sacraria ædificanda, sacrificiaque facienda tribuit; justitiæque promptissimo tenore effecit, ut exitio suo lætari possent, quia sic renati erant.

Monibus nostris, et finitimis regionibus, quæ adhuc retuli; quod sequitur, per totum terrarum orbem manavit: Timochares Ambraciensis Fabricio consuli pollicitus est, se Pyrrhum veneno per filium suum, qui potionibus ejus præerat, necaturum ea res quum ad senatum esset delata, missis legatis Pyrrhum monuit, ut adversus hujus generis insidias cautius se gereret; me. mor, urbem a filio Martis conditam armis bella, non venenis, gerere debere. Timocharis autem nomen sup pressit, utroque modo æquitatem amplexus: quia nec hostem malo exemplo tollere, neque eum, qui bene mereri paratus fuerat, prodere voluit.

trahir un homme qui s'était offert à servir ains la république (An de R. 475).

2. On vit aussi quatre tribuns du peuple donner à la fois le plus bel exemple de justice. C. Atratinus, sous lequel ils avaient, à l'affaire de la Verrugue, réparé, avec d'autres cavaliers, le désordre de notre armée qui pliait sous les efforts des Volsques, fut cité devant le peuple par L. Hortensius, un de leurs collègues. Ils jurèrent, du haut de la tribune, de prendre aussitôt le deuil, et de le garder tout le temps que leur général resterait en état d'accusation. Ces géné reux jeunes gens, après avoir, au prix de leur sang, défendu sur le champ de bataille ses jours menacés, ne purent souffrir de le voir exposé, sous la toge, au plus grand danger, tandis qu'euxmêmes conservaient les insignes de leur pouvoir. Touchée de cet acte de justice, l'assemblée contraignit Hortensius à se désister de sa poursuite (An de R. 331).

3. Le peuple ne se montra pas moins juste dans la circonstance suivante. Tib. Gracchus et C. Claudius avaient exaspéré la plupart des citoyens, par leur sévérité excessive dans l'exercice de la censure. Le tribun P. Rutilius les cita devant le peuple, sous l'accusation de crime d'État. Il n'était pas seulement l'organe de la haine commune, il était encore animé contre eux d'un sentiment personnel de vengeance, parce qu'ils avaient forcé un de ses parents à démolir un mur qui avançait sur la voie publique. Le jour du jugement, comme beaucoup de centuries de la première classe condamnaient ouvertement Claudius, et qu'elles paraissaient s'accorder toutes pour absoudre Gracchus, celui-ci déclara

2. Summa justitia in quatuor quoque tribunis plebis eodem tempore conspecta est; nam quum C. Atratino, sub quo duce aciem nostram apud Verruginem a Volscis inclinatam cum cæteris equitibus correxerant, diem ad populum L. Hortensius collega eorum dixisset, pro rostris juraverunt, in squalore se esse, quoad imperator ipsorum reus esset futurus. Non enim sustinuerunt egregii juvenes, cujus armati periculum vulneribus et sanguine suo defenderant, ejus togati ultimum discrimen, potesta tis insignia retinentes intueri; qua justitia mota concio, actione Hortensium desistere coegit.

3. Nec se etiam aliter eo facto, quod sequitur, exhibuit : quum Ti. Gracchus, et C. Claudius, ob nimis severe gestam censuram, majorem civitatis partem exasperassent, diem his P. Rutilius tribunus plebis perduellionis ad po pulum dixit, præter communem consternationem privata etiam ira accensus; quia necessarium ejus ex publico loco parietem demoliri jusserant: quo in judicio primæ classis permultæ centuria Claudium aperte damnabant; de Gracchi absolutione universæ consentire videbantur : qui clara voce juravit, si de collega suo gravius esset judicatum, in factis paribus se eamdem cum illo pœnam exsilii subiturum; eaque justitia tota illa tempestas ab utriusque fortunis et capite depulsa est; Claudium enim populus absolvit ; Graccho causæ dictionem tribunus Rutilius remisit.

d'une voix ferme que, si l'on rendait contre son collègue une sentence trop rigoureuse, il était décidé, puisqu'ils avaient agi de concert, à partager avec lui la peine de l'exil. Ce trait d'équité détourna l'orage qui menaçait leur tête et leur fortune à tous deux. Le peuple acquitta Claudius, et le tribun Rutilius retira son accusation contre Gracchus (An de R. 584).

4. Le collége des tribuns se fit aussi beaucoup d'honneur, lorsque L. Cotta, l'un de ses membres, se retranchant derrière l'inviolabilité de son pouvoir pour ne point payer ses dettes, ses collègues décrétèrent que, faute par lui de payer en espèces ou de donner caution, ils soutiendraient ceux de ses créanciers qui l'actionneraient. C'était, à leurs yeux, le comble de l'injustice, de faire servir l'autorité du magistrat à protéger la mauvaise foi du particulier. Ainsi Cotta, qui s'était réfugié dans le tribunat comme dans un asile inviolable, en fut arraché par la justice tribunitienne (An de R. 599).

5. Je passe à un autre exemple également mémorable. Le tribun Cn. Domitius avait appelé en jugement devant le peuple M. Scaurus, le premier citoyen de l'État, dans le seul but de se donner de la célébrité par son triomphe, si la fortune le secondait; ou, s'il échouait, par cette lutte même avec un si grand personnage. Il poursuivait son dessein avec la plus vive ardeur, quand un esclave de Scaurus vint le trouver la nuit, s'engageant à lui fournir une foule de graves accusations contre son maître. Mais il y avait à la fois dans Domitius l'ennemi de l'accusé et Domitius lui-même, qui jugèrent diversement cette infâme délation. La justice l'emporta sur la haine le tribun ferma aussitôt l'oreille à la dénonciation, imposa silence au traître, et le fit reconduire chez Scaurus. Un tel accusateur mé

4. Magnam laudem et illud collegium tribunorum tulit, quod, quum unus ex eo L. Cotta fiducia sacrosanctæ potes. tatis creditoribus suis nollet satisfacere, decrevit, si neque solveret pecuniam, neque daret cum quo sponsio fieret, se appellantibus eum creditoribus auxilio futurum; iniquum ratum, majestatem publicam privatæ perfidiæ obtentui esse : itaque Cottam, in tribunatu quasi in aliquo sacrario latentem, tribunitia inde justitia extraxit.

5. Cujus ut ad alium æque illustrem actum transgrediar, Cn. Domitius, tribunus plebis, M. Scaurum principem civitatis in judicium populi devocavit : ut, si fortuna adspirasset, ruina; sin minus, certe ipsa obtrectatione amplissimi viri incrementum claritatis apprehenderet; cujus opprimendi quum summo studio flagraret, servus Scauri ad eum noctu pervenit, instructurum se ejus accusationem multis et gravibus domini criminibus promittens. Erat in eodem pectore inimicus, et Domitius, diversa æstimatione nefarium indicium perpendens; justitia vicit odium: continuo enim et suis auribus obseratis, et indicis ore clauso, duci eum ad Scaurum jussit. Accusatorem etiam reo suo, ne dicam diligendum, certe laudandum : quem populus cum

ritait bien, sinon l'amitié, au mois les éloges de celui qu'il accusait. Aussi le peuple récompensa-t-il les autres vertus de Domitius et ce noble procédé, en le faisant successivement consul, censeur, souverain pontife (An de R. 650).

6. L. Crassus, dans une épreuve semblable, montra la même équité. Il avait accusé C. Carbon, avec toute l'animosité d'un implacable ennemi. Mais un esclave de ce dernier lui ayant apporté les tablettes de son maître, lesquelles contenaient beaucoup de choses qui eussent rendu sa perte certaine, il les lui renvoya sans les décacheter, avec l'esclave chargé de chaînes. Quelle force ne devons-nous pas supposer à la justice qui régnait alors entre les amis, quand nous la voyons régner avec tant d'empire entre les accusateurs mêmes et les accusés! (A. de R. 634.)

7. L. Sylla tenait moins à sa vie qu'à la mort de Sulpicius Rufus, qui, étant tribun, n'avait cessé de le poursuivre avec fureur. Toutefois, quand il sut, après l'avoir proscrit, qu'un esclave avait trahi le secret de sa retraite dans une maison de campagne, il affranchit ce parricide, pour demeurer fidèle à son édit; et il le fit aussitôt précipiter de la roche Tarpéienne, couvert du bonnet de liberté, fruit de sa scélératesse. Vainqueur d'ailleurs impitoyable, il montra, dans cet acte d'autorité, une justice exemplaire (An de R. 665).

DE LA JUSTICE, CHEZ LES ÉTRANGERS.

1. Mais ne nous faisons pas accuser d'oublier les exemples de justice donnés par les étrangers. Pittacus de Mitylène, à qui ses exploits avaient à un tel point mérité la reconnaissance de ses concitoyens, ou ses vertus leur confiance, qu'ils lui déférèrent l'autorité royale, exerça ce pouvoir

propter alias virtutes, tum hoc nomine libentius et consulem, et censorem, et pontificem maximum fecit.

6. Nec aliter se L. Crassus in eodem justitiæ experimento gessit. C. Carbonis nomen infesto animo, utpote inimicissimi sibi, detulerat; sed tamen scrinium ejus, a servo allatum ad se, complura continens, quibus facile opprimi posset, ut erat signatum, cum servo catenato ad eum remisit. Quo pacto igitur inter amicos viguisse tunc justitiam credimus, quum inter accusatores quoque et reos tantum virium obtinuisse videamus?

7. Jam L. Sulla non se tam incolumem, quam Sulpicium Rufum perditum voluit, tribunitio furore ejus sine ullo fine vexatus: cæterum quum eum proscriptum, et in villa latentem a servo proditum comperisset, manumissum parricidam, ut fides edicti sui exstaret, præcipitari protinus saxo Tarpeio cum illo scelere parto pileo jussit victor alioquin insolens, hoc imperio justissimus.

DE JUSTITIA EXTERNORUM.

1. Verum ne alienigenæ justitiæ obliti videamur, Pittacus Mitylenæus, cujus aut meritis tantum cives debuerunt,

tant que dura leur guerre contre les Athéniens (1), pour la possession du promontoire de Sigée; mais dès que ses victoires eurent assuré la paix, il abdiqua, malgré les instances des Mityléniens, ne voulant pas rester leur maître plus longtemps que ne l'exigeaient les besoins de la république. Il fit plus comme ils voulaient lui donner la moitié du pays reconquis, il refusa cette honteuse faveur, qui eût diminué la gloire de son courage en raison même de l'étendue de territoire qui en eût été le prix (Av. J.-C. 635).

2. Il faut maintenant que, de deux hommes célèbres, j'expose la politique de l'un, pour montrer la justice de l'autre. Thémistocle, après avoir fait prendre aux Athéniens la détermination salutaire de se réfugier sur leur flotte, après avoir chassé de la Grèce le roi Xerxès et ses armées, travaillait à relever les ruines de sa patrie. Il voulait lui rendre son premier éclat, et préparait, par des ressorts cachés, les moyens de lui donner l'empire de la Grèce. Un jour enfin, il dit en pleine assemblée qu'il avait conçu et arrêté un tel plan, que, si la fortune en permettait l'entière exécution, rien ne serait comparable à la grandeur et à la puissance du peuple athénien; mais qu'il n'était pas à propos de le divulguer; et il demanda qu'on désignât un citoyen auquel il pût le communiquer secrètement. Aristide fut nommé. Quand ce dernier eut appris que le dessein de Thémistocle était d'incendier la flotte lacédémonienne, retirée tout entière dans le port de Gythée, et dont la destruction devait livrer à sa patrie l'empire de la mer, il vint à la tribune, et déclara que ce que voulait Themistocle était

(1) Dix ans.

avantageux, mais injuste. Aussitôt l'assemblée s'écria tout d'une voix qu'il ne pouvait y avoir d'utilité sans justice, et elle enjoignit sur-le-champ à Thémistocle de renoncer à son projet (Av. J.-C. 476).

3. Rien de plus énergique encore que les traits de justice qui suivent. Zaleucus avait donné aux Locriens les lois les plus salutaires et les plus utiles. Son fils, condamné pour crime d'adultère, devait, d'après ces mêmes lois, avoir les deux yeux crevés toute la ville voulait, en considération du père, faire grâce à ce jeune homme de cette peine rigoureuse. Zaleucus résista quelque temps; mais, à la fin, vaincu par les prières du peuple, il se creva un œil, puis il en creva un à son fils, et tous deux conservèrent ainsi l'usage de la vue. Il satisfit donc, par ce châtiment, à la lettre de la loi, et il sut, par un admirable tempérament d'équité, concilier la tendresse du père avec la justice du législateur.

4. Mais un trait de justice de Charondas de Thurium atteste encore plus de vigueur et d'inflexibilité. La sédition et la violence ensanglantaient souvent les assemblées de ses concitoyens : il avait mis fin à ces désordres, en ordonnant par une loi de tuer sur-le-champ quiconque y entrerait armé. Quelque temps après, il revenait chez lui d'une campagne éloignée, l'épée à la ceinture, lorsque l'assemblée fut subitement convoquéc; et il s'y rendit comme il était. Un de ceux qui se trouvaient près de lui l'avertit qu'il violait sa propre loi. « Eh bien, dit-il, je vais la sanctionner; et aussitôt, tirant son épée, il se la plongea dans la poitrine. Il pouvait ou dissimuler sa faute, ¦ou la rejeter sur l'inadvertance; il aima mieux

aut moribus crediderunt, ut suis ei suffragiis tyrannidem deferrent, tamdiu illud imperium sustinuit, quamdiu bellum de Sigeo cum Atheniensibus gerendum fuit: postquam autem pax victoria parta est, continuo reclamantibus Mitylenæis deposuit; ne dominus civium ultra, quam reipublicæ necessitas exegerat, permaneret; atque etiam, quum recuperati agri dimidia pars consensu omnium offerretur, avertit animum ab eo munere; deforme judicans, virtutis gloriam magnitudine prædæ minuere.

2. Alterius nunc mihi prudentia referenda est, ut alterius repræsentari justitia possit : quum saluberrimo consilio Themistocles migrare Athenienses in classem coegisset, Xerxeque rege, et copiis ejus Græcia pulsis, ruinas patriæ in pristinum habitum reformaret, et opes clandestinis molitionibus, ad principatum Græciæ capessendum, nutriret, in concione dixit: «< habere se rem deliberatione sua provisam, quam si fortuna ad effectum perduci passa esset, nihil majus, aut polentius Atheniensi populo futu rum, sed eam vulgari non oportere postulavitque, ut aliquis sibi, cui illam tacite exponeret, daretur. » Datus est Aristides is postquam cognovit, classem illum Lacedæmoniorum, quæ tota apud Gythæum subducta erat, velle incendere, ut, ca consumpta, dominatio maris ipsis cederet; processit ad cives, et retulit, Themistoclem, ut

utile consilium, ita minime justum animo volvere. E vestigio universa concio quod æquum non videretur, ne expedire quidem proclamavit, ac protinus Themistoclem incepto desistere jussit.

3. Nihil illis etiam justitiæ exemplis fortius: Zaleucus, urbe Locrensium a se saluberrimis atque utilissimis legibus munita, quum filius ejus adulterii crimine damnatus, secundum jus ab ipso constitutum, utroque oculo carere deberet, ac tota civitas in honorem patris pœnæ necessitatem adolescentulo remitteret, aliquamdiu repugnavit; ad ultimum precibus populi evictus, suo prius, deinde filii oculo eruto, usum videndi utrique reliquit : ita debitum supplicii modum legi reddidit; æquitatis admirabili temperamento, se inter misericordem patrem, et justum legislatorem partitus.

4. Sed aliquanto Charonda Thurii præfractior atque abscisior justitia ad vim et cruorem usque seditiosas conciones civium pacaverat, lege cavendo, ut, si quis eas cum ferro intrasset, continuo interficeretur; interjecto deinde tempore, ex longinquo rure gladio cinctus domum repetens, subito indicta concione, sicut erat, in eam processit, ab eoque, qui proxime constiterat, soluta a se legis suæ admonitus: Idem ego illam, inquit, sanciam; ac protinus ferro, quod habebat, destricto

faire un exemple, pour mettre la justice à l'abri | suls, de peur d'être chargé de chaînes, comme de la fraude.

CHAPITRE VI.

DE LA FOI PUBLIQUE, CHEZ LES ROMAINS. Après la Justice, dont je viens de présenter l'image, la Bonne Foi, divinité auguste, nous tend sa main protectrice, gage inviolable de la sûreté des mortels. Elle a toujours régné dans Rome, et toutes les nations en ont senti les effets. Quelques exemples vont le montrer.

1. Le roi Ptolémée ayant laissé la tutèle de son fils au peuple romain, le sénat confia l'exercice de ce droit à M. Émilius Lépidus, souverain pontife et deux fois consul; et il l'envoya auprès de cet enfant, à Alexandrie. Il ne voulut donner pour tuteur à un prince étranger qu'un personnage de la plus haute distinction, de la vertu la plus pure, et accoutumé à servir l'État et la religion, afin de prouver au monde que l'on ne comptait pas en vain sur la bonne foi de notre patrie. Ce choix bienveillant fit à la fois la gloire et la sûreté de ce berceau royal; et le jeune Ptolémée n'aurait su dire de quoi il devait se féliciter davantage, ou de la fortune de son père, ou de la majesté de son tuteur (Vers l'an de R. 595.)

2. Voici encore un bel exemple de la bonne foi des Romains. Une nombreuse flotte carthaginoise ayant été battue dans les parages de la Sicile, ceux qui la commandaient, découragés par ce revers, tinrent conseil, et résolurent de demander la paix. Amilcar, l'un d'entre eux, déclara qu'il n'oserait pas aller trouver les con

incubuit; quumque liceret culpam vel dissimulare, vel errore defendere, pœnam tamen repræsentare maluit, ne qua fraus justitiæ fieret.

CAPUT VI.

DE FIDE PUBLICA, QUAM COLUERE ROMANI. Hujus imagine ante oculos posita, venerabile Fidei numen dexteram suam, certissimum salutis humanæ pignus, ostentat: quam semper in nostra civitate viguisse, et omnes gentes senserunt, et nos paucis exemplis recognos

cemus.

1. Quum Ptolemæus rex tutorem populum Romanum filio reliquisset, senatus M. Æmilium Lepidum, pontificem maximum, bis consulem, ad pueri tutelam gerendam Alexandriam misit, amplissimique et integerrimi viri sanctiLatem, reipublicæ usibus et sacris operatam, externæ procurationi vacare voluit, ne fides civitatis nostræ frustra petita existimaretur: cujus beneficio regia incunabula conservata pariter ac decorata, incertum Ptolemæum reddiderunt, patrisne fortuna magis, an tutoris majestate gloriari deberet.

2. Speciosa quoque illa Romana fides: ingenti Pœnorum

les Carthaginois en avaient eux-mêmes chargé le consul Cornélius Asina. Mais Hannon, plus juste appréciateur de la magnanimité romaine, se persuada qu'il n'y avait pas à redouter de telles représailles; et il alla, plein de confiance, conférer avec les vainqueurs. Comme il leur proposait de mettre fin à la guerre, un tribun des soldats lui dit qu'il méritait plutôt le traitement qu'on avait fait subir à Cornélius; mais les deux consuls imposèrent silence au tribun. « Hannon, direntils au Carthaginois, ne craignez rien, vous avez pour sauvegarde la loyauté de Rome. » Il était glorieux pour eux d'avoir pu mettre aux fers un ennemi, un chef si redoutable; mais il le fut bien davantage de ne l'avoir pas voulu (An de R. 497).

3. Le sénat montra envers les mêmes ennemis la même loyauté, en faisant respecter le droit des gens dans la personne de leurs ambassadeurs. Sous le consulat de M. Émilius Lépidus et de C. Flaminius [et sous la préture de Claudius], il fit livrer L. Minucius et L. Manlius aux députés carthaginois, par le ministère des féciaux, parce que ces Romains avaient porté la main sur eux. Le sénat, dans cette circonstance, considéra plutôt sa dignité que celle du peuple auquel il offrit cette satisfaction.

4. A son exemple, le premier Africain, qui s'était emparé d'un vaisseau où se trouvaient beaucoup de Carthaginois illustres, n'usa point envers eux des droits de la guerre, parce qu'ils se dirent envoyés auprès de lui comme ambassadeurs. Ce titre n'était évidemment qu'un mensonge imaginé pour échapper au péril. Mais Scipion leur laissa croire que la bonne foi d'un gé

classe circa Siciliam devicta, duces ejus fractis animis consilia petendæ pacis agitabant; quorum Amilcar ire se ad consules negabat audere; ne codem modo catence sibi injicerentur, quo ab ipsis Cornelio Asina consuli fuerant injecta: Hanno autem certior Romani animi æstimator, nihil tale timendum ratus, maxima cum fiducia ad colloquium eorum tetendit : apud quos quum de belli fine ageret, et tribunus militum ei dixisset, posse illi merito evenire, quod Cornelio accidisset; uterque consul, tribuno tacere jusso, Isto te, inquit, metu, Hanno, fides civitatis nostræ liberat. Claros illos fecerat tantum hostium ducem vincire potuisse; sed multo clariores fecit, noluisse.

3. Adversus eosdem hostes parem fidem in jure legatio. nis tuendo patres conscripti exhibuere; M. enim Æmilio Lepido, C. Flaminio coss. L. Minucium et L. Manlium Carthaginiensium legatis, quia manus his attulerant, per feciales [Claudio prætore] dedendos curaverunt: se tunc senatus, non eos quibus hoc præstabatur, adspexit.

4. Cujus exemplum superior Africanus sequutus, quum onustam multis et illustribus Carthaginiensium viris navem in suam potestatem redegisset, inviolatam dimisit, quia se legatos ad eum missos dicebant; tametsi manifestum erat, illos vitandi præsentis periculi gratia falsum legatio.

neral romain pouvait être plutôt surprise qu'implorée vainement (An de R. 550).

5. Rappelons encore un trait du sénat, que nous serions coupable d'omettre ici. Des députés que la ville d'Apollonie avait envoyés à Rome avaient été maltraités dans une querelle par les édiles Qu. Fabius et Cn. Apronius. A peine informés de ce fait, les sénateurs ordonnèrent aux féciaux de livrer ces citoyens aux députés; on fit en outre escorter ceux-ci par un questeur jusqu'à Brindes, de peur que, dans la route, ils n'essuyassent quelque outrage des parents de leurs prisonniers (An de R. 487). Était-ce donc d'une assemblée de mortels ou du temple même de la Bonne Foi qu'émanaient de pareils décrets? Mais si Rome a toujours pratiqué cette vertu, elle en a aussi éprouvé les effets constants de la part de ses alliés.

DE LA FOI PUBLIQUE, CHEZ LES ÉTRANGERS.

1. Après l'affreux désastre qui nous coûta les deux Scipions et deux armées romaines en Espagne, les Sagontins, repoussés jusque dans leurs murs par les armes victorieuses d'Annibal, et ne pouvant opposer une plus longue résistance aux forces carthaginoises, rassemblèrent au milieu de la ville ce qu'ils avaient de plus précieux, amoncelèrent tout autour des matières combustibles, et, plutôt que d'abandonner notre alliance, ils se jetèrent eux-mêmes sur cet immense bûcher. Non, la Bonne Foi elle-même, qui, de son sublime séjour, assiste au spectacle des choses humaines, ne dut pas voir sans douleur des hommes si fermement attachés à son culte condamnés, par l'injuste arrêt de la fortune, à une fin si cruelle (An de R. 534).

nis nomen amplecti, ut Romani imperatoris potius decepta fides, quam frustra implorata judicaretur.

5. Repræsentemus etiam illud senatus nullo modo prætermittendum opus; legatos ab urbe Apollonia Romam missos, Qu. Fabius et Cn. Apronius ædiles, orta conten. tione, pulsaverunt; quod ubi comperit, continuo eos per feciales legatis dedidit, quæstoremque cum his Brundusium ire jussit; ne quam in itinere a cognatis deditorum injuriam acciperent. Illam curiam mortalium quis concilium, ac non Fidei templum dixerit? Quam ut civitas nostra semper benignam præstitit, ita in sociorum quo. que animis constantem recognovit.

DE FIDE PUBLICA, QUAM COLUERE EXTERNI.

1. Nam post duorum in Hispania Scipionum, totidemque Romani sanguinis exercituum miserabilem stragem, Saguntini victricibus Annibalis armis intra monia urbis suæ compulsi, quum vim Punicam ulterius nequirent arcere, collatis in forum, quæ unicuique erant carissima, atque undique circumdatis accensisque ignis nutrimentis, ne a societate nostra desciscerent, publico et communi rogo semetipsi superjecerunt. Crediderim tunc ipsam Fi dem humana negotia speculantem, moestum gessisse vultum; perseverantissimum sui cultum iniquæ fortunæ judicio tam acerbo exitu damnatumi cernentem.

2. Une même constance assura une même gloire aux habitants de Pétellia. Assiégés par Annibal parce qu'ils n'avaient pas voulu renoncer à notre amitié, ils envoyèrent des députés au sénat pour demander du secours. Le désastre de Cannes, encore tout récent, empêcha de leur en donner; mais on leur permit de prendre le parti qui leur paraîtrait le plus utile et le plus sûr. Ils étaient donc libres d'embrasser la cause des Carthaginois; toutefois, après avoir fait sortir de la ville les femmes et tous ceux que leur âge rendait incapables de servir, afin d'assurer des subsistances aux combattants, ils défendirent leurs murailles avec la dernière opiniâtreté; et ce peuple périt tout entier avant d'avoir eu seulement la pensée de manquer à son alliance avec Rome. Aussi Annibal ne put-il se vanter d'avoir pris Pétellia; il ne prit que le tombeau de ses fidèles habitants (An de R. 537).

CHAPITRE VII.

DE LA FIDÉLITÉ DES FEMMES ENVERS LEURS ÉPOUX.

1. Disons aussi quelques mots de la fidélité des femmes envers leurs maris. Tertia Émilia, épouse du premier Africain, de qui elle eut Cornélie, la mère des Gracques, était douée de tant de douceur et de patience, que, quoiqu'instruite de l'affection de son mari pour une de ses esclaves, elle n'en laissa rien apercevoir, ne voulant pas réduire le vainqueur du monde, un Scipion l'Africain, à se voir traîner en justice par une femme, pour une faiblesse amoureuse. Tout sentiment de vengeance lui était même si étranger

2. Idem præstando Petellini eumdem laudis honorem meruerunt: ab Annibale, quia deficere a nostra amicitia noluerant, obsessi, legatos ad senatum auxilium implorantes miserunt; quibus propter recentem cladem cannensem succurri non potuit: cæterum permissum est, uti facerent, quod utilissimum incolumitati ipsorum videretur; liberum ergo erat Carthaginiensium gratiam amplecti : illi tamen feminis, omnique ætate imbelli urbe egesta, quo diutius armati famem traherent, pertinacissime in muris perstiterunt; exspiravitque prius eorum tota civitas, quam ulla ex parte Romanæ societatis respectum deposuit : itaque Annibali non Petelliam, sed fidei Petellinæ sepulcrum capere contigit.

CAPUT VII.

DE FIDE UXORUM ERGA MARITOS.

1. Aque ut uxoriam quoque fidem attingamus, Tertia Æmilia, Africani prioris uxor, mater Cornelia Gracchorum, tantæ fuit comitatis et patientiæ, ut quum sciret viro suo ancillulam ex suis gratam esse, dissimulaverit; ne domitorem orbis Africanum, femina magnum virum ipatientiæ reum ageret; tantumque a vindicta mens ejus

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