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solu de sacrifier ses enfants. Malgré son intimité avec Cicéron et sa liaison avec Brutus, Atticus ne voulut se prêter à aucune des mesures qui furent prises contre Antoine; au contraire, il favorisa l'évasion de ses amis et leur fournit les secours dont ils avaient besoin. Il se conduisit comme un père avec P. Volumnius. Quant à Fulvie que des procès retenaient à Rome malgré ses terreurs, il l'assista chaque fois qu'elle parut en justice, et lui servit de caution en toute circonstance. Il fit plus. Fulvie, pendant sa prospérité, avait acheté des terres qu'elle devait payer à termes; mais ses malheurs l'empêchaient de tenir sa promesse. Atticus vint à son aide. Il lui avança la somme nécessaire sans exiger d'intérêt, croyant gagner assez en faisant preuve de reconnaissance, et en montrant qu'il n'était pas attaché à la fortune, mais aux personnes. Nul ne pouvait penser qu'il consultât les circonstances lorsqu'il agissait ainsi. On était loin de s'imaginer qu'Antoine ressaisirait le pouvoir. Toutefois cette conduite n'était pas approuvée de tout le monde. Quelques grands le blâmaient de ne pas montrer assez de haine pour les mauvais citoyens. Mais Atticus cherchait dans sa conscience la règle de sa conduite, sans se préoccuper de l'opinion.

X. La fortune changea tout à coup. Lorsqu'Antoine rentra en Italie, tout le monde crut qu'Atticus était perdu, à cause de ses liaisons avec Brutus et Cicéron. Lui-même n'était pas sans crainte. A l'approche des triumvirs, il s'était retiré du Forum, et se tenait caché dans la maison de VoJumnius, le même qu'il avait secouru naguère; car c'était le temps des caprices de la fortune, et

indulsit ad Antonium violandum, sed e contrario familiares ejus, ex urbe profugientes, quantum potuit, texit, quibus rebus indiguerunt, adjuvit. P. vero Volumnio ea tribuit, ut plura a parente proficisci non potuerint. Ipsi autem Fulviæ, quum litibus distineretur, magnisque terroribus vexaretur, tanta diligentia officium suum præstitit, ut nullum illa stiterit vadimonium sine Attico, hic sponsor omnium rerum fuerit. Quin etiam, quum illa fundum secunda fortuna emisset in diem, neque post calamitatem versuram facere potuisset, ille se interposuit, pecuniamque sine fœnore, sineque ulla stipulatione ei credidit, maximum existimans quæstum, memorem gratumque cognosci, simulque aperire, se non fortunæ, sed hominibus solere esse amicum. Quæ quum faciebat, nemo eum temporis causa facere poterat existimare. Nemini enim in opinionem veniebat, Antonium rerum potiturum. Sed sensim is a nonnullis optimatibus reprehendebatur, quod parum odisse malos cives videretur. Ille autem sui judicii, potius quid se facere par esset, intuebatur, quam quid alii laudaturi forent.

X. Conversa subito fortuna est. Ut Antonius rediit in Italiam, nemo non magno in periculo Atticum futurum putarat, propter intimam familiaritatem Ciceronis et Bruti. Itaque ad adventum imperatorum de foro decesserat, timens proscriptionem, latebatque apud P. Volumnium, cui, ut ostendimus, paulo ante opem tulerat (tanta varie

chaque parti se trouvait tour à tour au comble de la puissance, ou écrasé par le parti ennemi. Atticus avait avec lui Q. Gellius Canus, qui était de son âge et dont le caractère se rapprochait du sien. C'est encore une preuve de la bonté d'Atticus, qu'ayant connu Gellius dans son enfance, leur amitié devint si étroite qu'elle s'accrut jusqu'à la mort. La haine d'Antoine contre Cicéron s'étendait sur tous les amis de cet orateur. Il voulait les proscrire; mais, vaincu par les sollicitations d'une foule de citoyens, il se rappela les services qu'Atticus lui avait rendus, et lui écrivit de sa main, l'invitant à bannir toute crainte et à se rendre auprès de lui. Il ajoutait qu'il l'avait excepté de la proscription, et Gellius à cause de lui. Il lui envoya même une escorte, de peur qu'il ne courût quelque danger en revenant la nuit. C'est ainsi qu'Atticus, dans ce moment terrible, sauva sa tête et celle de son ami. Il ne fit aucune démarche pour lui seul, voulant suivre la destinée de Gellius. Si l'on vante l'habileté du pilote qui sauve son vaisseau au milieu des écueils et des tempêtes, pourquoi n'admireraiton pas la conduite de l'homme qui, dans ces temps de révolutions, sait se préserver des périls qui menacent sa tête?

XI. A peine échappé au danger, il s'occupa de secourir les proscrits. Tandis que la populace, excitée par les récompenses des triumvirs, se livrait à la recherche des citoyens condamnés par Antoine, rien ne manqua à ceux qui se retirèrent en Épire. Chacun d'eux put s'y établir. Après la bataille de Philippes et la mort de Cassius et de Brutus, Atticus prit sous sa protection L. Julius Mo

tas iis temporibus fuit fortunæ, ut modo hi, modo illi, in summo essent aut fastigio, aut periculo); habebatque secum Q. Gellium Canum, æqualem simillimumque sui. Hoc quoque sit Attici bonitatis exemplum, quod cum eo, quem puerum in ludo cognoverat, adeo conjuncte vixit, ut ad extremam ætatem amicitia eorum creverit. Antonius autem etsi tanto odio ferebatur in Ciceronem, ut non solum ei, sed omnibus etiam ejus amicis esset inimicus, eosque vellet proscribere; multis hortantibus tamen, Attici memor fuit officii, et ei, quum requisisset ubinam esset, sua manu scripsit, ne timeret, statimque ad se veniret: se eum et, illius causa, Gellium Canum de proscriptorum numero exemisse. Ac, ne quod in periculum incideret, quod noctu fiebat, præsidium ei misit. Sic Atticus in summo timore non solum sibi, sed etiam ei, quem carissimum habebat, præsidio fuit. Neque enim suæ solum a quoquam auxilium petiit salutis, sed conjunctim, ut appareret, nullam sejunctam sibi ab eo velle fortunam. Quod si gubernator præcipua laude fertur, qui navem ex hieme marique scopuloso servat, cur non singularis ejus existimetur prudentia, qui ex tot tamque gravibus procellis civilibus ad incolumitatem pervenit?

XI. Quibus ex malis ut se emerserat, nihil aliud egit, quam ut plurimis, quibus rebus posset, esset auxilio. Quum proscriptos præmiis imperatorum vulgus conquireret, nemo in Epirum venit, cui res ulla defuerit; ne

cilla, ancien préteur, ainsi que son fils. Il secourut aussi Aulus Torquatus et les restes du parti vaincu, et leur fit passer d'Épire en Samothrace tout ce dont ils avaient besoin. Il serait difficile de raconter tous les traits du même genre, et cela n'est pas nécessaire. Ce que je veux montrer, c'est que la générosité d'Atticus n'était pas un calcul et ne dépendait pas des circonstances. On peut s'en assurer par la date et la nature même de ses bienfaits. Il ne se vendit jamais à personne, et secourut toujours ceux qui avaient besoin de lui. Il eut autant d'égards pour Servilie, mère de Brutus, après la mort de celui-ci que pendant sa puissance. Avec cette conduite, il n'eut jamais que des amis, car il n'offensait personne; et si on lui avait fait quelque injure, il aimait mieux l'oublier que s'en venger. Il conservait toujours la mémoire des services qu'il avait reçus, et ne se rappelait ceux qu'il avait rendus qu'autant qu'on s'en souvenait. Notre fortune, dit-on, dépend de notre caractère: Atticus le prouva par son exemple. Mais, avant de songer à la fortune, il commença par se former, et se mettre en état de ne jamais éprouver de malheur mérité.

XII. Ses qualités lui gagnèrent l'amitié de M. Vipsanius Agrippa, favori du jeune César. Agrippa, par sa position auprès d'Octave, pouvait prétendre aux partis les plus brillants; il choisit cependant l'alliance d'Atticus, et préféra la fille d'un chevalier romain aux filles de la plus haute noblesse. Toutefois je ne dois pas dissimuler que ce mariage se fit par l'entremise d'Antoine, qui était alors chargé de l'organisation de

mini non ibi perpetuo manendi potestas facta est. Qui etiam post prælium Philippense, interitumque C. Cassii et M. Bruti, L. Julium Mocillam prætorium, et ejus filium, Aulumque Torquatum, ceterosque pari fortuna perculsos, fastituerit tueri, atque ex Epiro his omnia Samothraciam supporlari jusserit. Difficile est omnia persequi, et non necessaria. Illud unum intelligi volumus, illius liberalitatem neque temporariam, neque callidam fuisse. Id ex ipsis rebus ac temporibus judicari potest, quod non florentibus se venditavit, sed afflictis semper succurrit. Qui quidem Serviliam, Bruti matrem, non minus post mortem ejus, quam florente, coluerit. Sic liberalitate utens, nullas inimicitias gessit, quod neque lædebat quemquam, neque, si quam injuriam acceperat, malebat ulcisci, quam oblivisci. Idem immortali memoria percepta retinebat beneficia; quæ autem ipse tribuerat, tamdiu meminerat, quoad ille gratus erat, qui acceperat. Itaque hic fecit, ut vere dictum videatur: Sui cuique mores fingunt fortunam. Neque tamen prius ille fortunam, quam se ipse, finxit: qui cavit, ne qua in re jure plecteretur.

XII. His igitur rebus effecit, ut M. Vipsanius Agrippa, intima familiaritate conjunctus adolescenti Cæsəri, quum, propter suam gratiam et Cæsaris potentiam, nullius conditionis non haberet potestatem, potissimum ejus deligeret affinitatem, præoptaretque equitis romani filiam generosarum nuptiis. Atque harum nuptiarum conciliator fuit (non

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la république, comme triumvir. Atticus, qui jouissait auprès de lui d'une grande faveur, aurait pu augmenter sa fortune; mais il n'en profita que pour sauver les jours ou la fortune de ses ennemis. Il en donna des preuves éclatantes pendant les proscriptions. Les triumvirs, suivant la coutume de ces temps de désordre, avaient fait vendre les biens d'un chevalier romain, L. Sauféius, qui avait de grandes propriétés en Italie. L. Sauféius était du même âge qu'Atticus, et s'était retiré à Athènes depuis plusieurs années pour étudier la philosophie. Atticus fit tant par ses démarches, que Sauféius apprit par le même courrier qu'il avait perdu et recouvré son patrimoine. Il fit encore rayer de la liste des proscrits L. Julius Calidus, le meilleur de nos poëtes depuis la mort de Lucrèce et de Catulle, aussi distingué par ses talents que par son caractère. Il avait été mis au nombre des proscrits par Volumnius, préfet des ouvriers d'Antoine, à cause des grands biens qu'il avait en Afrique. Il serait difficile de décider s'il n'y avait pas plus de danger que de gloire à rendre de pareils services à cette époque. Ils prouvent du moins qu'Atticus était aussi dévoué à ses amis absents que s'ils eussent été près de lui.

XIII. Atticus était aussi bon père de famille que bon citoyen. Malgré sa grande fortune, personne n'eut moins que lui la manie de bâtir et d'acheter. Il était cependant très-bien logé, et ne se refusait aucune des commodités de la vie. Il occupait sur le mont Quirinal la maison Tamphilane, que son oncle lui avait laissée par héritage. Cette maison était entourée d'un bois qui en fai

est enim celandum) M. Antonius triumvir reipublicæ constituendæ cujus gratia quum augere possessiones posset suas, tantum abfuit a cupiditate pecuniæ, ut nulla in re usus sit ea, nisi in deprecandis amicorum aut periculis, aut incommodis. Quod quidem sub ipsa proscriptione perillustre fuit. Nam quum L. Saufeii, equitis romani, æqualis sui, qui cum eo complures annos, studio ductus philosophiæ, habitabat, habebatque in Italia pretiosas possessiones, triumviri bona vendidissent, consuetudine ea, qua tum res gerebantur, Attici labore atque industria factum, ut eodem nuntio Saufeius fieret certior, se patrimonium amisisse et recuperasse. Idem L. Julium Calidum, quem, post Lucretii Catullique mortem, multo elegantissimum poetam nostram tulisse ætatem vere videor posse contendere, neque minus virum bonum, optimisque artibus eruditum, post proscriptionem equitum, propter magnas ejus Africanas possessiones, in proscriptorum nume. rum a P. Volumnio, præfecto fabrum Antonii, absentem relatum, expedivit. Quod in præsenti utrum ei laboriosius, an gloriosius fuerit, difficile fuit judicare, quod in eorum periculis non secus absentes, quam præsentes, amicos Attico esse curæ cognitum est.

XIII. Neque vero minus ille vir bonus paterfamilias habitus est, quam civis. Nam quum esset pecuniosus, nemo illo minus fuit emax, minus ædificator. Neque tamen non in primis bene habitavit, omnibusque optimis rebus usus

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sait tout l'agrément, car le bâtiment était de construction ancienne, et disposé avec plus de goût que de magnificence. Atticus n'y changea rien, se bornant aux réparations nécessaires. Sa maison, d'apparence assez médiocre, était d'ailleurs parfaitement montée. Il avait beaucoup d'esclaves instruits, de lecteurs habiles et un grand nombre de copistes, et il n'était pas jusqu'à ses valets de pied qui ne fussent en état de lire ou de copier au besoin. Les autres officiers qu'on emploie ordinairement dans une maison ne le cédaient en rien à ceux-là, et pourtant il n'en était pas un qui ne fût né dans la maison d'Atticus et qui n'eût été formé par lui. C'était une preuve de sa modération et de son habileté; car s'il y a de la modération à ne pas désirer avec trop de passion ce que le grand nombre recherche avec tant d'ardeur, il n'y a pas peu d'habileté à se le procurer par son industrie plutôt que par ses richesses. Élégant, mais sans faste; brillant, mais sans magnificence, il voulait la propreté et bannissait la recherche. Son ameublement modeste et peu considérable ne provoquait ni l'admiration ni la critique. Et dussé-je paraître minutieux à certains lecteurs, j'ajouterai que sa table ne lui coûtait pas plus de trois mille as par mois, quoique ce fût un des plus riches citoyens romains et qu'il reçût chez lui des personnes de toutes conditions. Je dois remarquer qu'il avait l'habitude de traiter avec grandeur. Tous ces détails sont rapportés dans son Journal. D'ailleurs ce n'est pas sur des ouï-dire que j'en parle, mais d'après ce que j'ai vu. J'ai

est. Nam domum habuit in colle Quirinali Tamphilanam, ab avunculo hereditate relictam; cujus amœnitas non ædificio, sed silva constabat. Ipsum enim tectum, antiquitus constitutum, plus salis, quam sumptus, habebat; in quo nihil commutavit, nisi si quid vetustate coactus est. Usus est familia, si utilitate judicandum est, optima; si forma, vix mediocri: namque in ca erant pueri litteratissimi, anagnostæ optimi, et plurimi librarii; ut ne pedisequus quidem quisquam esset, qui non utrumque horum pulchre facere possel. Pari modo artifices ceteri, quos cultus domesticus desiderat, apprime boni. Neque tamen horum quemquam, nisi domi natum, domique factum, habuit; quod est signum non solum continentiæ, sed etiam diligentiæ. Nam et non intemperanter concupiscere, quod a plurimis videas, continentis debet duci, et potius diligentia, quam pretio, parare, non mediocris est industriæ. Elegans, non magnificus, splendidus, non sumptuosus, omni diligentia munditiem, non affluentiam, affectabat. Supellex modica, non multa, ut in neutram partem conspici posset. Nec hoc præteribo, quanquam nonnullis leve visum iri putem quum in primis lautus esset eques romanus, et non parum liberaliter domum suam omnium ordinum homines invitaret, scimus, non amplius, quam terna millia æris, peræque in singulos menses, ex ephemeride eum expensum sumptui ferre solitum. Atque hoc non auditum, sed cognitum prædicamus. Sæpe enim propter familiaritatem domesticis rebus interfuimus.

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été assez lié avec Atticus pour être au fait de ses affaires domestiques.

XIV. On n'entendit jamais à sa table d'autre voix que celle d'un lecteur, et c'est, à mon avis, la plus agréable. Il ne donna aucun repas qui ne fût accompagné de quelque lecture, ayant soin de procurer à ses convives les plaisirs de l'esprit et ceux de la bonne chère; car il n'invitait que des personnes dont les goûts étaient conformes aux siens. A l'époque où sa fortune s'accrut si prodigieusement, il ne changea rien à sa manière de vivre; et telle fut sa modération qu'ayant vécu très-honorablement avec deux millions de sesterces que lui avait laissés son frère, il n'augmenta pas ses dépenses lorsque sa fortune fut portée à dix millions, suivant toujours la même règle de conduite dans ces deux positions. Il n'avait ni jardin, ni maison de plaisance à la campagne ou près de la mer, et ne possédait en Italie que deux petits domaines sur le territoire d'Ardée et de Nomentum. Il tirait tout son revenu de ses propriétés en Épire et à Rome. On voit par ces détails qu'il prenait la raison pour guide, sans se régler sur l'étendue de sa fortune.

XV. Atticus ne mentait jamais et ne pouvait souffrir qu'on mentît. Aussi sa douceur était-elle empreinte d'une certaine sévérité, de même que sa gravité était empreinte de douceur. Il eût été difficile de juger si ses amis avaient pour lui plus de tendresse que de vénération. Quelque chose qu'on lui demandât, il ne promettait point au hasard : faire des promesses sans savoir si l'on

quam anagnosten : quod nos quidem jucundissimum arbitramur. Neque unquam sine aliqua lectione apud eum conatum est, ut non minus animo, quam ventre, convivæ delectarentur. Namque eos vocabat, quorum mores a suis non abhorrerent. Quum tanta pecuniæ facta esset accessio, nihil de quotidiano cultu mutavit, nihil de vitæ consuetudine; tantaque usus est moderatione, ut neque in sestertio vicies, quod a patre acceperat, parum se splendide gesserit; neque in sestertio centies affluentius vixerit, quam instituerat, parique fastigio steterit in utraque fortuna. Nullos habuit hortos, nullam suburbanam, aut maritimam sumptuosam villam, neque in Italia, præter Ardeatinum et Nomentanum, rusticum prædium; omnisque ejus pecuniæ reditus constabat in Epiroticis et urbanis possessionibus. Ex quo cognosci potest, eum usum pecuniæ non magnitudine, sed ratione, metiri solitum.

XV. Mendacium neque dicebat, neque pati poterat. Itaque ejus comitas non sine severitate erat, neque gravitas sine facilitate, ut difficile esset intellectu, utrum eum amici magis vererentur, an amarent. Quidquid rogabatur, religiose promittebat, quod non liberalis, sed levis, arbitrabatur, polliceri, quod præstare non posset. Idem in nitendo, quod semel annuisset, tanta erat cura, ut non mandatam, sed suam rem videretur agere. Nunquam suscepti negotii eum pertæsum est. Suam enim existimationem in ea re agi putabat, qua nihil habebat carius. Quo fiebat, ut omnia Ciceronum, Catonis, Marii, Q. Hortensii,

XIV. Nemo in convivio ejus aliud acroama audivit, Auli Torquati, multorum præterea equitum romanorum

pourra les tenir lui paraissait le signe d'un caractère léger plutôt que libéral. Mais dès qu'il s'était engagé, il y mettait tant de zèle, qu'il semblait agir pour lui-même. Jamais il ne se rebutait quand il avait entrepris une chose; il pensait que sa réputation y était engagée, et sa réputation lui était plus chère que la vie. Aussi dirigeait-il les affaires des deux Cicéron, de Caton, de Marius, d'Hortensius, d'Aulus Torquatus et d'une foule de chevaliers romains: d'où l'on peut conclure que s'il ne se mêlait pas des affaires publiques, c'était par prudence et non par incapacité.

XVI. La meilleure preuve de l'aménité de son caractère, c'est que, dans sa jeunesse, il était trèsbien vu de Sylla qui était vieux, et que, dans sa vieillesse, il fut lié avec Brutus qui était jeune. Quant à Cicéron et Hortensius qui étaient du même âge, il fut toujours si uni avec eux, qu'il eût été difficile de dire avec quel âge de la vie il sympathisait le mieux. Il fut particulièrement cher à Cicéron, qui n'aimait pas plus tendrement son frère Quintus on le voit dans les ouvrages où il a parlé d'Atticus, et qui sont déjà publiés. On le voit encore dans les seize livres de lettres qu'il lui a écrites depuis son consulat jusqu'à sa mort, et qui pourraient tenir lieu d'une histoire suivie | de ces temps. En effet, l'ambition des grands, les fautes des chefs, les révolutions de la république y sont exactement retracées; pas un trait | ne manque au tableau, et l'on serait tenté de croire que le génie est une sorte de faculté prophétique; car Cicéron n'a pas seulement prédit ce qui arriva de son vivant, il a annoncé les événements qui se sont passés de nos jours, comme un augure inspiré par les dieux.

negotia procuraret. Ex quo judicari poterat, non inertia, sed judicio, fugisse reipublicæ procurationem.

XVI. Humanitatis vero nullum afferre majus testimonium possum, quam quod adolescens idem seni Syllæ fuerit jucundissimus, senex adolescenti M. Bruto, cum æqualibus autem suis, Q. Hortensio et M. Cicerone, sic vixerit, ut judicare difficile sit, cui ætati fuerit aptissimus, quanquam eum præcipue dilexit Cicero, ut ne frater quidem ei Quintus carior fuerit aut familiarior. Ei rei sunt indicio, præter eos libros, in quibus de eo facit mentionem, qui in vulgus jam sunt editi, sexdecim volumina epistolarum, ab consulatu ejus usque ad extremum tempus ad Atticum missarum; quæ qui legat, non multum desideret historiam contextam illorum temporum. Sic enim omnia de studiis principum, vitiis ducum, ac mutationibus reipublicæ perscripta sunt, ut nihil in iis non appareat, et facile existimari possit, prudentiam quodammodo esse divinationem. Non enim Cicero ea solum, quæ vivo se acciderunt, futura prædixit, sed etiam, quæ nunc usu veniunt, cecinit ut vates.

XVII. De pietate autem Attici quid plura commemorem? quum hoc ipsum vere gloriantem audierim in funere matris suæ, quam extulit annorum nonaginta, quum esset

XVII. Est-il besoin de parler de la piété filiale d'Atticus? Il perdit sa mère étant âgé de soixantesept ans : elle en avait quatre-vingt-dix. Lejour des funérailles, je l'entendis se glorifier de n'avoir jamais eu à se réconcilier avec elle ou avec sa sœur, qui était presque du même âge que lui. Ce qui prouve qu'il n'y eut jamais de discorde entre eux, ou qu'Atticus oubliait les torts qu'on avait envers lui, ne croyant pas qu'il fût permis de s'en souvenir lorsqu'il s'agissait d'une mère ou d'une sœur. Cette conduite lui était inspirée par la nature, à laquelle nous obéissons tous, et par ses propres réflexions; car il avait étudié les philosophes pour suivre leurs préceptes et non pour faire montre de savoir.

XVIII. C'était un imitateur zélé des mœurs de nos ancêtres. Il était aussi très-grand amateur de l'antiquité, qu'il connaissait si parfaitement qu'il l'a exposée tout entière dans un ouvrage où il donne la liste chronologique de nos magistrats. II n'y a ni loi, ni guerre, ni traité de paix, ni événement, remarquable de l'histoire romaine, qui n'y soit rapporté à sa date : et ce qui était plus difficile, il a su y rattacher avec tant d'art l'origine des grandes familles, que son livre nous met sous les yeux toute la descendance des hommes illustres. Il a fait ce travail dans d'autres ouvrages, mais séparément. C'est ainsi qu'à la prière de M. Brutus, il a donné la généalogie de la famille Junia depuis son origine jusqu'à nos jours, faisant connaître chaque membre de cette maison, ses parents, ses dignités, l'époque où il les a obtenues. Il donna encore, à la sollicitation de M. Claudius Marcellus, de C. Scipion, de Fabius Maximus, la généalogie des Marcellus, des Fabius et des Emilius. Rien de plus intéressant que ces

septem et sexaginta, se nunquam cum matre in gratiam rediisse, nunquam cum sorore fuisse in simultate, quam prope æqualem habebat? Quod est signum, aut nullam unquam inter eos querimoniam intercessisse, aut hunc ea fuisse in suos indulgentia, ut, quos amare deberet, irasci eis nefas duceret. Neque id fecit natura solum, quanquam omnes ei paremus, sed etiam doctrina. Nam et principum philosophorum ita percepta habuit præcepta, ut iis ad vitam agendam, non ad ostentationem, uteretur.

in eo,

XVIII. Moris etiam majorum summus imitator fuit, antiquitatisque amator : quam adeo diligenter habuit cognitam, ut eam totam in eo volumine exposuerit, quo magistralus ordinavit. Nulla enim lex, neque pax, neque bellum, neque res illustris est populi Romani, quæ non suo tempore, sit notata; et, quod difficillimum fuit, sic familiarum originem subtexuit, ut ex eo clarorum virorum propagines possimus cognoscere. Fecit hoc idem separatim in aliis libris: ut M. Bruti rogatu Juniam familiam a stirpe ad hanc ætatem ordine enumeravit, notans qui, a quo ortus, quos honores, quibusque temporibus cepisset. Pari modo Marcelli Claudii, Marcellorum; Scipionis Cornelii et Fabii Maximi, Fabiorum et Æmiliorum quoque quibus libris nihil potest esse dulcius iis, qui

écrits pour celui qui désire connaître l'histoire des hommes célèbres. Il s'occupa aussi de poésie, comme délassement. Il célébra dans ses vers les personnages les plus distingués de Rome par leur dignité ou leurs actions, et composa pour mettre au bas de leurs portraits quatre ou cinq vers au plus, pour rappeler leurs exploits et leurs magistratures. Il est presque incroyable qu'il ait pu dire tant de choses en si peu de mots. Il fit aussi un livre grec sur le consulat de Cicéron. Tout ce que j'ai dit jusqu'ici sur Atticus a été publié de son vivant.

entre Auguste et Atticus, et rendit leur commerce plus fréquent et plus intime.

XX. Même avant ces fiançailles, Auguste, pendant ses voyages dans les provinces de l'empire, n'écrivait jamais à ses amis sans écrire à Atticus. Il lui parlait de ses occupations, de ses lectures; lui disait les lieux où il s'arrêterait, le temps qu'il devait y rester. A Rome, ses grandes occupations ne lui permettaient pas de voir Atticus autant qu'il l'eût désiré; mais il ne passait pas de jour sans lui écrire, tantôt pour le consulter sur un point d'antiquité, tantôt pour lui soumettre une question de poésie. Quelquefois il badinait, pour en obtenir des réponses plus longues. Ce fut à la faveur de ces relations qu'Atticus engagea Auguste à restaurer le temple de Jupiter Férétrien, bâti par Romulus sur le mont Capitolin, et qui tombait en ruine par l'effet du temps et de la négligence. M. Antoine, de son côté, n'en continuait pas moins à correspondre avec Atticus. Des extrémités du monde, il l'informait exactement de ses actions et de ses desseins. Pour mieux apprécier Atticus, il faut se faire une idée de la position où il se trouvait. On comprendra alors ce qu'il lui fallait de mesure et de sagesse pour conserver la bienveillance de

XIX. Puisque la fortune a voulu que je lui survécusse, je poursuivrai son histoire jusqu'à la fin, et je tâcherai de convaincre mes lecteurs, par l'exemple de sa vie, de la vérité de cette maxime énoncée plus haut, que notre fortune dépend presque toujours de notre caractère. Atticus en est la preuve. Satisfait du rang de chevalier dans lequel il était né, il s'éleva jusqu'à l'alliance de l'empereur, fils du divin César, après avoir gagné son amitié par cette douceur et cette délicatesse de manières qui séduisirent tous les grands personnages de son temps, dont la naissance était égale sans doute, mais la fortune inférieure à celle d'Auguste. En effet, la fortune a donné à CésarAuguste ce qu'elle n'avait accordé à personne ́deux rivaux, de deux ennemis tels que César et avant lui. Elle l'a fait monter au rang le plus élevé auquel puisse prétendre un citoyen. Agrippa, gendre d'Atticus, lui ayant donné une petite-fille, César la fiança, lorsqu'elle avait à peine un an, à Tibérius Claudius Néron, fils de Drusille, et son beau-fils. Cette union fut un nouveau lien

aliquam cupiditatem habent notitiae clarorum virorum. Attigit quoque poeticen: credimus, ne ejus expers esset suavitatis; namque versibus, qui honore rerumque gestarum amplitudine ceteros Romani populi præstiterunt, exposuit, ita, ut sub singulorum imaginibus facta magis- | tratusque eorum non amplius quaternis quinisve versibus descripserit: quod vix credendum sit, tantas res tam breviter potuisse declarari. Est etiam unus liber, græce confectus, de consulatu Ciceronis. Hactenus, Attico vivo, edita hæc a nobis sunt.

XIX. Nunc, quoniam fortuna nos superstites ei esse voluit, reliqua persequemur; et, quantum poterimus, rerum exemplis lectores docebimus, sicut supra significavimus, suos cuique mores plerumque conciliare fortunam. Namque hic contentus ordine equestri, quo erat ortus, in affinitatem pervenit imperatoris divi Julii filii, quum jam ante familiaritatem ejus esset consecutus nulla alia re, quam elegantia vitæ, qua ceteros ceperat principes civitatis, dignitate pari, fortuna humiliore. Tanta enim prosperitas Cæsarem eum est consecuta, ut nihil ei non tribuerit fortuna, quod cuiquam ante detulerit, et conciliarit, quod civis romanus quivit consequi. Nata est autem Altico neptis ex Agrippa, cui virginem filiam collocarat. Hanc Cæsar, vix anniculam, Tiberio Claudio Neroni, Drusilla nato, privigno suo despondit: quæ conjunctio necessitudinem eorum sanxit, familiaritatem reddidit frequentio

rem.

Antoine, tous deux cherchant à se détruire, tous deux combattant pour l'empire, non-seulement de Rome, mais de l'univers.

XXI. Atticus était parvenu à l'âge de soixantedix-sept ans. Il avait vu s'accroître son crédit, sa fortune même; car plusieurs personnes l'a

XX. Quamvis ante hæc sponsalia, non solum, quum ab urbe abesset, nunquam ad suorum quemquam litteras* misit, quin Attico mitteret, quid ageret, in primis quid legeret, quibus in locis, et quamdiu esset moraturus, sed etiam, quum esset in urbe, et propter suas infinitas occupationes minus sæpe, quam vellet, Attico frueretur, nullus dies tamen temere intercessit, quo non ad eum scriberet, quum modo aliquid de antiquitate ab eo requireret, modo aliquam ei quæstionem poeticam proponeret, interdum jocans ejus verbosiores eliceret epistolas. Ex quo accidit, quum ædis Jovis Feretrii, in Capitolio ab Romulo constituta, vetustate atque incuria detecta prolaberetur, ut, Attici admonitu, Cæsar eam reficiendam curaret. Neque vero ab M. Antonio minus absens litteris colebatur; adeo, ut accurate ille ex ultimis terris, quid ageret, curæ sibi haberet certiorem facere Atticum. Hoc quale sit, facilius existimabit is, qui judicare poterit, quantæ sit sapientiæ, eorum retinere usum benevolentiamque, inter quos maximarum rerum non solum æmulatio, sed obtrectatio tanta intercedebat, quantam fuit incidere necesse inter Cæsarem atque Antonium, quum se uterque principem non solum urbis Romanæ, sed orbis terrarum, esse cuperet.

XXI. Tali modo quum septem et septuaginta annos complesset, atque ad extremam senectutem non minus dig. nitate, quam gratia fortunaque crevisset (multas enim hereditates nulla alia re, quam bonitate, est consecutus), tantaque prosperitate usus esset valetudinis, ut annis tri

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