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CHAPITRE XII.

QUE, DANS LES ARTS, IL FAUT S'EN RAPPORTER
AUX MEILLEURS MAÎTRES: EXEMPLES CHEZ LES
ROMAINS.

Chacun, dans son art, sait donner et les meilleurs conseils et les meilleures raisons : c'est une vérité que nous allons appuyer de quelques exemples.

pas sans raison : c'est, pour la richesse et l'élégance, un ouvrage admirable. Philon, qui en fut l'architecte, rendit compte de son travail en plein théâtre; et il le fit en si beaux termes, que le peuple le plus éclairé de l'univers n'applaudit pas moins à son éloquence qu'à son talent dans l'architecture.

3. J'admire aussi cet artiste (1), qui, pour un de ses tableaux, écouta volontiers les avis d'un cordonnier sur la chaussure, et qui l'arrêta tout court lorsqu'il voulut s'élever au-dessus du

Q. Scévola, cet illustre et infaillible oracle de la jurisprudence, ne manquait pas, quand on venait le consulter sur un point de droit relatif pied et critiquer même la jambe (Av. J.-C. 342).

à des propriétés rurales, de renvoyer à Furius

et à Cascellius, versés tous deux dans cette par

CHAPITRE XIII.

MAINS.

tie de la science; et cette conduite faisait plutôt DES VIEILLESSES MÉMORABLES, CHEZ LES ROhonneur à sa modestie qu'elle ne portait atteinte à son autorité, puisque c'était avouer que ces sortes de questions ne pouvaient être mieux résolues que par ceux qui en avaient une pratique journalière. Dans toute profession, le plus sage est donc celui qui n'a de son propre talent qu'une opinion modeste, et qui sait le mieux apprécier

celui des autres.

QUE, DANS LES ARTS, IL FAUT S'EN RAPPOR-
TER AUX MEILLEURS MAÎTRES EXEMPLES
CHEZ LES ÉTRANGERS.

1. Cette vérité ne pouvait non plus échapper à Platon, cet esprit si riche de savoir. Les entrepreneurs d'un autel sacré voulurent le consulter sur la forme et le plan de l'édifice: il les renvoya au géomètre Euclide, déférant ainsi à sa science, ou plutôt à sa profession.

2. Athènes est fière de son arsenal, et ce n'est!

CAPUT XII.

OPTIMIS ARTIUM MAGISTRIS CONCEDENDUM ESSE, UT FACTUM
APUD ROMANOS.

Suæ autem artis unumquemque et auctorem, et dispu tatorem optimum esse, ne dubitemus, paucis exemplis admoneanius.

Q. Scævola, legum clarissimus et certissimus vates, quotiescumque de jure prædiatorio consulebatur, ad Furium et Cascellium, quia huic scientiæ dediti erant, consultores rejiciebat: quo quidem facto moderationem magis suam commendabat, quam auctoritatem minuebat, ab his id negotium aptius explicari posse confitendo, qui quotidiano ejus usu callebant: sapientissimi igitur artis suæ professores sunt, a quibus et propria studia verecunde, et aliena callide æstimantur.

OPTIMIS ARTIUM MAGISTRIS CONCEDENDUM ESSE, UT FACTUM
APUD EXTERNOS.

1. Platonis quoque eruditissimum pectus hæc cogitatio attigit: qui conductores sacræ aræ, de modo et forma ejus secum sermonem conferre conatos, ad Euclidem geometram ire jussit, scientiæ ejus cedens, immo professioni.

2. Gloriantur Athena armamentario suo, nec sine

parmi les exemples de l'application au travail, Nous avons déjà parlé dans cet ouvrage, de l'extrême vieillesse à laquelle sont parvenus quelques hommes célèbres. Consacrons toutefois à cet âge un chapitre séparé, distinct, et sachons éviter le reproche d'avoir refusé un honorable souvenir à ce qui atteste la faveur particulière des dieux immortels. Que la vieillesse trouve à la fois, dans l'espoir d'une vie encore plus longue, un soutien, un appui, et, dans l'image d'un bonheur fidèle à de vieux ans, une raison de porter plus gaiement le poids des siens : qu'enfin la confiance assure la tranquillité de notre siècle, le plus fortuné qui fut jamais; et qu'il se promette de voir les jours d'un prince si nécessaire à la patrie, prolongés jusqu'au terme le plus reculé

de l'existence humaine.

(1) Apelle.

causa; est enim illud opus et impensa et elegantia visendum, cujus architectum Philonem ita facunde rationem institutionis suæ in theatro reddidisse constat, ut disertissimus populus non minorem laudem eloquentiæ ejus, quam arti, tribueret.

3. Mirifice et ille artifex, qui in opere suo moneri se a sutore de crepida et ansulis passus, de crure etiam dispu tare incipientem, supra plantam adscendere vetuit.

CAPUT XIII.

DE SENECTUTE MEMORABILI IN ROMANIS.

Senectus quoque ad ultimum sui finem provecta, in hoc eodem opere, inter exempla industriæ, in aliquot claris viris conspecta est; separatum tamen et proprium titulum habeat, ne, cui deorum immortalium præcipua indulgentia adfuit, nostra ornata mentio defuisse existimetur; et simul spe diuturnioris vitæ, quasi adminicula quædam dentur, quibus insistens, alacriorem se respectu vetustæ felicitatis facere possit; tranquillitatemque seculi nostri, qua nulla unquam beatior fuit, subinde fiducia confirmet, salutaris principis incolumitatem ad longissi mos humanæ conditionis terminos prorogando.

1. M. Valérius Corvus vécut cent ans. Quaraute-sept années s'écoulèrent entre son premier et son sixième consulat. Une vigoureuse constitution lui permit non-seulement de soutenir les plus glorieux emplois de la république, mais aussi de se livrer assidùment à la culture de ses terres; admirable modèle et du citoyen et du père de famille.

2. Métellus fournit une aussi longue carrière. Quatre ans après son dernier consulat, il fut, dans un âge fort avancé, créé souverain pontife, et il présida pendant vingt-deux ans aux cérémonies religieuses, sans que jamais sa langue ait hésité en prononçant les prières, sans que jamais sa main ait tremblé en faisant les sacrifices (An de R. 511).

3. Q. Fabius Maximus exerça pendant soixante-deux ans les fonctions d'augure; et il était déjà dans la force de l'âge quand il obtint ce sacerdoce. Si l'on réunit ces deux portions de sa vie, on trouvera qu'elles remplissent l'espace d'un siècle.

4. Que dirai-je de M. Perperna, qui survécut à tous les sénateurs qu'il avait convoqués sous son consulat, et qui n'en laissa après lui que sept de ceux dont il avait dressé la liste pendant sa censure avec L. Philippus? Il vécut ainsi plus que tout le corps dont il était membre.

5. Pour Appius, qui vécut aveugle un nombre infini d'années, je terminerais sa vie où commença son infortune, si, malgré ce cruel accident, il n'avait dirigé avec une fermeté admirable quatre fils et cinq filles, une nombreuse clientèle, et la république elle-même. Bien plus: accablé déjà sous le faix des ans, il se fit porter

en litière au sénat, pour empêcher la conclusion d'une paix honteuse avec Pyrrhus. Comment donner le nom d'aveugle à un homme qui, dans ces jours où la patrie voyait à peine le chemin de l'honneur, sut le lui montrer?

6. On a remarqué aussi dans beaucoup de femmes une pareille longévité; il me suffira d'en citer brièvement quelques-unes. La femme de Livius Rutilius vécut quatre-vingt-dix-sept ans; Térentia, qui fut celle de Cicéron, en compta cent trois et Clodia, épouse d'Aufilius, laquelle avait perdu quinze fils, parvint à l'âge de cent quinze années.

DES VIEILLESSES MÉMORABLES, CHEZ LES
ÉTRANGERS.

1. A ces exemples je joindrai ceux de deux rois dont la longue carrière fut très-avantageuse au peuple romain. Hiéron gouverna la Sicile jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Masinissa, roi de Numidie, alla plus loin encore; son règne embrassa soixante années, et la vigueur de sa vieillesse le rendit le plus étonnant des hommes. C'est un fait constant, comme le rapporte Cicéron dans le livre qu'il a écrit sur la vieillesse, qu'en aucun temps ni la pluie, ni le froid ne purent le forcer à se couvrir la tète. On dit aussi qu'il se tenait debout des heures entières à la même place, les pieds immobiles, jusqu'à ce qu'il eût fatigué des jeunes gens dans cette difficile épreuve. Mais si les affaires demandaient qu'il fut assis, il demeurait souvent toute une journée sur son trône, sans changer une seule fois de posture. En campagne, il passait quelquefois, à la tête de ses armées un jour et une

1. M. Valerius Corvus centesimum annum comple- | jussit, ut cum Pyrrho deformem pacem fieri prohiberet. vit cujus inter primum et sextum consulatum quadraginta septem anni intercesserunt; suffecitque integris viribus corporis non solum speciosissimis reipublicæ ministeriis, sed etiam exactissimæ agrorum suorum culturæ, et civis, et patrisfamilias optabile exemplum.

2. Cujus vitæ spatium æquavit Metellus, quartoque anno post consularia imperia, senex admodum pont. max. creatus, tutelam cærimoniarum per duos et viginti annos, neque ore in votis nuncupandis hæsitante, neque in sacrificiis faciendis tremula manu, gessit.

3. Q. autem Fabius Max. duobus et sexaginta annis auguratus sacerdotium sustinuit, robusta jam ætate id adeptus; quæ utraque tempora si in unum conferantur, facile seculi modum expleverint.

4. Jam de M. Perperna quid loquar? qui omnibus, quos in senatum consul vocaverat, superstes fuit: septem quoque tantummodo, quos censor collega L. Philippi legerat, e patribus conscriptis reliquos vidit, toto ordine amplissimo diuturnior.

5. Appii vero ævum clade metirer, quia infinitum numerum annorum orbatus luminibus exegit, nisi quatuor filios et quinque filias, plurimas clientelas, rem denique publicam, hoc casu gravatus, fortissime rexisset: quin etiam fessus jam vivendo, lectica se in curiam deferri

Hunc cæcum aliquis nominet, a quo patria quod bonestum erat, per se parum cernens, coacta est pervidere? 6. Muliebris etiam vitæ spatium non minus longum in compluribus apparuit; quarum aliquas strictim retu lisse me satis erit: nam et Livii Rutilii septimum et nonagesimum, et Terentia Ciceronis tertium et centesimum, et Clodia Aufilii, quindecim filiis ante amissis, quintum decimum et centesimum explevit annum.

DE SENECTUTE MEMORABILI IN EXTERNIS.

1. Jungam his duos reges, quorum diuturnitas populo Romano fuit utilissima: Sicilia rector Hiero ad nonagesimum annum pervenit; Masinissa, Numidiæ rex, hunc modum excessit, regni spatium sexaginta annis emensus, vel ante omnes homines robore senectæ admirabilis. Constat eum, quemadmodum Cicero refert libro quem de senectute scripsit, nullo unquam imbre, nullo frigore, ut caput suum veste tegeret, adduci potuisse: eumdem ferunt aliquot horis in eodem vestigio perstare solitum, non ante moto pede, quam consimili labore juvenes fatigasset; at si quid agi a sedente oporteret, toto die sæpe numero nullam in partem converso corpore in solio durasse; ille vero etiam exercitus equo insidens, noctem dici plerumque jungendo duxit; nihilque omnino ex iis

romains, atteste même, dans le troisième livre de ses Histoires, que ce prince vécut cent trente ans; et Pollion lui-même est un assez bel exemple d'une robuste vieillesse.

nuit sans descendre de cheval. De tous les exercices pénibles auxquels il avait endurci sa jeunesse, il n'y en eut pas un que sa vieillesse lui fit abandonner. Les plaisirs mêmes de l'amour le trouvèrent toujours si vigoureux, qu'à l'âge 5. La longue vie de ce roi cesse d'étonner si de plus de quatre-vingt-six ans il eut un fils, l'on songe aux Éthiopiens, qui, d'après Héronommé Méthymnatus. La terre, quand il com- | dote, passent le terme de cent vingt années; aux mença de régner, était inculte et déserte; son Indiens, sur lesquels Ctésias a transmis le même zèle assidu pour l'agriculture la laissa fertile et témoignage; à Epiménide de Gnosse, que Théoabondante. pompe fait vivre jusqu'à cent cinquante-sept ans. 6. Hellanicus dit que chez les Épiens, peuple d'Étolie, on voit des hommes vivre deux cents ans; et Damastès, qui confirme ce récit, assure de plus que l'un d'eux, nommé Lictorius, homme d'une force prodigieuse et d'une taille extraordinaire, compta trois cents ans révolus.

2. Gorgias de Léontium, qui fut le maître d'Isocrate et de beaucoup d'autres hommes d'un grand génie, disait lui-même que rien ne manquait à son bonheur, et il avait cent sept ans : on lui demandait comment il pouvait se résoudre à vivre si longtemps : « C'est, répondit-il, que je n'ai à me plaindre en rien de ma vieillesse. » Quelle existence fut plus longue ou plus heureuse? Il recommença un second siècle sans y trouver | aucun sujet de plainte, sans en laisser dans le premier.

3. Xénophile de Chalcis, philosophe pythagoricien, vécut deux ans de moins que Gorgias, mais ne lui céda pas en bonheur, puisque, au rapport d'Aristoxène le musicien, il mourut exempt de toutes les infirmités humaines et dans tout l'éclat d'un savoir accompli.

4. Pour Arganthonius de Gadès, telle fut la durée de son règne, que l'on pourrait même se contenter d'une vie aussi longue. Il gouverna pendant quatre-vingts ans sa patrie, et il en avait quarante lorsqu'il monta sur le trône; ce fait a pour garants des auteurs dignes de foi. Asinius Pollion, qui n'est pas un des moindres écrivains

operibus, quæ adolescens sustinere assueverat, quo minus senectute ageret, omisit; Veneris etiam usu ita semper viguit, ut post sextum et octogesimum annum filium generarit, cui Methymnato nomen fuit; terram quoque, quam vastam et desertam acceperat, perpetuo culturæ studio frugiferam reliquit.

2. Gorgias etiam leontinus, Isocratis et complurium magni ingenii virorum præceptor, sua sententia felicissimus; nam quum centesimum et septimum ageret annum, interrogatus, quapropter tamdiu vellet in vita rema nere? Quia nihil, inquit, habeo, quod senectutcm meam accusem. Quid isto tractu ætatis aut longius, aut beatius? Jam alterum seculum ingressus, neque in hoc querelam ullam invenit, neque in illo reliquit.

3. Biennio minor Xenophilus Chalcidensis pythagoricus, sed felicitate non inferior; siquidem, ut ait Aristoxenus musicus, omnis humani incommodi expers, in summo perfectissimæ splendore doctrinæ exstinctus est.

4. Arganthonius autem Gaditanus tamdiu regnavit, quamdiu etiam ad satietatem vixisse abunde foret; octoginta enim annis patriam suam rexit, quum ad imperium quadraginta annos natus accessisset: cujus rei certi sunt auctores. Asinius etiam Pollio, non minima pars romani styli, in tertio historiarum suarum libro, centum illum et triginta annos explesse, commemorat; et ipse nervosæ vivacitatis haud parvum exemplum.

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7. Alexandre, dans la description qu'il a faite des contrées d'Illyrie, affirme qu'un certain Danthon alla jusqu'à la cinq centième année, sans rien éprouver des effets de la vieillesse. Mais Xénophon est bien plus libéral encore dans son Périple; car il donne au roi des Latmiens huit cents ans, et, de peur que le père de ce prince ne parût traité peu généreusement, il lui en accorde à son tour six cents.

CHAPITRE XIV.

DE L'AMOUR DE LA GLOIRE, CHEZ LES ROMAINS.

Parlons de la gloire. Quelle en est la source? En quoi consiste-t-elle? Par quel moyen doit-on l'acquérir? Ou ne convient-il pas mieux à la vertu de la dédaigner comme inutile? Ces ques

5. Hujus regis consummationem annorum minus admirabilem faciunt Æthiopes; quos Herodotus scribit centesimum et vigesimum annum transgredi ; et Indi, de quibus Ctesias idem tradit; et Epimenides Cnosius, quem Theopompus dicit septem et quinquaginta et centum annos vixisse.

6. Hellanicus vero ait, quosdam ex gente Epiorum, quæ pars est Ætoliæ, ducentos explere annos; eique subscribit Damastes, hoc amplius affirmans, Lictorium quemdam ex his maximarum virium, staturæque præcipuæ, trecentesimum annum cumulasse.

7. Alexander vero in eo volumine, quod de Illyrico tractu composuit, affirmat, Danthona quemdam ad quingentesimum usque annum nulla ex parte senescentem processisse; sed multo liberalius Xenophon, cujus Hepinλovç legitur : is enim Latmiorum regem octingentis vitæ annis donavit; ac ne pater ejus parum benigne acceptus videretur, ei quoque sexcentos assignavit annos.

CAPUT XIV.

DE CUPIDITATE GLORIÆ IN ROMANIS.

Gloria vero, aut unde oriatur, aut cujus sit habitus, aut qua ratione debeat comparari, et au melius a virtute, veluti non necessaria, negligatur, viderint ii, quorum in

tions, je les abandonne à ceux qui en font l'objet particulier de leurs méditations, et qui savent dire avec éloquence ce qu'ils ont pensé avec sagesse. Pour moi, satisfait d'attacher, dans cet ouvrage, au récit des actions le nom de leurs auteurs, et au souvenir des auteurs celui de leurs actions, je tâcherai de montrer, par des exemples appropriés au sujet, jusqu'où va d'ordinaire la passion de la gloire.

1. Le premier Africain voulut qu'on plaçât parmi les monuments de la maison Cornélia la statue du poëte Ennius, dont il avouait que le génie avait donné quelque lustre à ses exploits. Il n'ignorait pas sans doute que, tant que l'empire romain serait florissant, et l'Afrique enchainée aux pieds de l'Italie, et le Capitole le glorieux appui de tout l'univers, la mémoire de ses actions ne pourrait s'éteindre; mais il attachait un grand prix à l'éclat qu'y avait ajouté la lu- | mière des lettres. Héros plus digne d'un Homère que d'une muse encore novice et grossière.

2. Comme lui, D. Brutus, un des plus fameux généraux de son temps, se fit honneur de sa reconnaissance pour le poëte Accius: flatté de son amitié prévenante et de ses éloges empressés, il orna de ses vers les portiques des temples qu'il avait consacrés du produit des dépouilles ennemies (An de R. 621 ).

3. Le grand Pompée ne fut pas non plus insensible à cette sorte de gloire. Il donna le titre de citoyen romain, en présence de l'armée, à Théophane de Mitylène, qui écrivait son histoire: honneur considérable en soi, et rehaussé encore par un beau discours où les raisons en étaient expliquées. Aussi personne ne douta que ce ne

contemplandis hujusmodi rebus cura teritur; quibusque illa, quæ prudenter animadverterunt, facunde contigit eloqui ego in hoc opere factis auctores, et auctoribus facta sua reddere contentus, quanta cupiditas ejus esse soleat, propriis exemplis demonstrare conabor.

1. Superior Africanus Ennii poetæ effigiem in monumentis Corneliæ gentis collocari voluit, quod ingenio ejus opera sua illustrata judicaret, non quidem ignarus, quamdiu Romanum imperium floreret, et Africa Italiæ pedibus esset subjecta, totiusque terrarum orbis summum colu. men arx Capitolina possideret, eorum exstingui memoriam non posse; si tamen litterarum quoque lumen illis accessisset, magni æstimans; vir Homerico, quam rudi atque impolito præconio, dignior.

2. Similiter honoratus animus erga poetam Accium D. Bruti, suis temporibus clari ducis, exstitit: cujus fami liari cultu et prompta laudatione delectatus, ejus versibus templorum aditus, quæ ex manubiis consecraverat, adornavit.

3. Ne Pompeius quidem Magnus ab hoc affectu gloriæ aversus, qui Theophanem mitylenæum, scriptorem rerum suarum, in concione Militum civitate donavit; beneficium per se amplum, accurata etiam et testata oratione prosecutus: quo effectum est, ut ne quis dubitaret, quin referret potius gratiam, quam inchoaret.

fût plutôt une dette qu'une faveur (Vers l'an 692).

4. L. Sylla n'eut, il est vrai, de prédilection pour aucun écrivain; mais lorsque Jugurtha fut amené à Marius par le roi Bocchus, il revendiqua tout l'honneur du succès, et il s'en montra si jaloux, qu'il fit graver cet événement sur un anneau qui lui servait de cachet. Destiné à tant de grandeur, il ne dédaigna même pas le moindre vestige de gloire (An de R. 647).

5. A la suite de ces généraux, je citerai un soldat qui ne respirait que pour la gloire. Un jour que Scipion distribuait des récompenses militaires à ceux qui s'étaient distingués par leur courage, T. Labiénus lui désigna un intrépide cavalier, l'invitant à lui donner des bracelets d'or. Comme le général s'y refusa, dans la crainte, disait-il, d'avilir ces honneurs en y faisant participer un homme qui naguère était esclave, Labiénus donna de son chef, au cavalier, de l'or qui provenait des dépouilles des Gaulois. Scipion ne put taire son mécontentement : « Voilà, dit-il au soldat, le présent d'un homme riche. » A ces mots, le cavalier baissa les yeux, et jeta l'or aux pieds de Labienus. Mais lorsqu'il entendit Scipion lui dire : « Le général t'accorde des bracelets d'argent, » il se retira transporté de joie. Il n'est done point de si humble condition où l'on ne soit sensible aux douceurs de la gloire (Ande R. 707). 6. On a même vu parfois des hommes illustres la rechercher jusque dans les plus petites choses. Que voulait, en effet, C. Fabius, ce citoyen d'une si haute noblesse, lorsqu'après avoir peint les murs du temple de la Santé, consacré par C. Junius Bubulcus, il y inscrivit son nom? Fallait-il

4. L. autem Sulla, etsi ad neminem scriptorem animum direxit, tamen Jugurtha a Boccho rege ad Marium perducti totam sibi laudem tam cupide asseruit, ut annulo, quo signatorio utebatur, insculptam illam traditionem haberet ; et quantus postea! ne minimum quidem gloriæ vestigium contempsit.

5. Atque ut imperatoribus gloriosum militis spiritum subnectam, Scipionem dona militaria iis, qui strenuam operam ediderant, dividentem, T. Labienus, ut forti equiti aureas armillas tribueret, admonuit; coque negante, se id facturum, ne castrensis honos in eo, qui paulo ante servisset, violaretur, ipse ex præda gallica aurum equiti largitus est; nec tacite id Scipio tulit; nam equiti, Habebis, inquit, donum viri divitis: quod ubi ille accepit, projecto ante pedes Labieni auro, vultum demisit. Idem ut audiit Scipionem dicentem, Imperator te argenteis armillis donat, alacer gaudio abiit. Nulla est ergo tanta humilitas, quæ dulcedine gloriæ non tangatur.

6. Illa vero etiam a claris viris interdum ex humillimis rebus petita est; nam quid sibi voluit C. Fabius nobilissimus civis? qui quum in æde Salutis, quam C. Junius Bubulcus dedicaverat, parietes pinxisset, nomen his suum inscripsit; id enim demum ornamenti familiæ consulatibus, et sacerdotiis, et triumphis celeberrimæ deerat. Ceterum sordido studio deditum ingenium, qualemcunque

encore cette distinction à une famille illustrée par des consulats, par des sacerdoces, par des triomphes? Non; mais ayant cultivé un art qui❘ était bien au-dessous de sa naissance, il ne voulut pas que son travail, quel qu'il fût, demeurât dans l'oubli. C'était d'ailleurs suivre l'exemple de Phidias, qui avait si bien enchâssé son portrait dans le bouclier de Minerve, qu'on n'aurait pu l'en détacher sans détruire tout l'ensemble de l'ouvrage (An de R. 451).

DE L'AMOUR DE LA GLOIRE, CHEZ LES ÉTRANGERS. 1. Mais Fabius eût mieux fait, s'il avait le goût de l'imitation, de prendre pour modèle l'ardeur de Thémistocle, dont une vertu jalouse agitait, dit-on, les nuits sans sommeil, et qui répondit, quand on lui demanda pourquoi il se trouvait à pareille heure dans les rues : « Les trophées de Miltiade m'empêchent de dormir. » Marathon, en allumant un feu secret dans son âme, le préparait déjà aux victoires d'Artémisium et de Salamine, noms à jamais fameux dans les fastes de la gloire navale. Un jour qu'il se rendait au théâtre, on lui demanda quelle voix il entendrait avec le plus de plaisir : « Celle, dit-il, qui chantera le mieux ce que j'ai fait. » C'était ajouter à sa gloire une manière glorieuse de la sentir.

2. Alexandre fut insatiable de renommée. Anaxarque, compagnon de ses guerres, l'assurant, sur la foi de Démocrite son maître, qu'il existe des mondes à l'infini, « Hélas! dit le roi, que je suis malheureux de n'en avoir pas encore conquis un seul! >> Un homme trouvait sa gloire à l'étroit dans un espace qui suffit à la demeure terrestre de tous les dieux.

illum laborem suum silentio obliterari noluit, videlicet Phidiæ secutus exemplum, qui clypeo Minervæ effigiem suam inclusit, qua convulsa, tota operis colligatio solveretur.

DE CUPIDITATE GLORIE IN EXTERNIS.

1. Sed melius aliquanto, si imitatione aliena capiebatur, Themistoclis ardorem esset æmulatus : quem ferunt stimulis virtutum agitatum, et ob id noctes inquietas exigentem, quærentibus, quid ita eo tempore in publico versaretur? respondisse: Quia me tropaa Miltiadis de somno excitant. Marathon nimirum animum ejus ad Artemisium, et Salamina, navalis gloriæ fertilia nomina, illustranda tacitis facibus incitabat. Idem theatrum petens, quum interrogaretur, cujus vox auditu illi futura esset gratissima ? dixit: Ejus, a quo artes meæ canentur optime. Dulcedinem gloriæ pæne adjecit gloriosam.

2. Jam Alexandri pectus insatiabile laudis, qui Anaxarcho comiti suo, ex auctoritate Democriti præceptoris innumerabiles mundos esse referenti, Heu me, inquit, miserum, quod ne uno quidem adhuc potitus sum! Angusta homini possessio gloriæ fuit, quæ deorum omnium domicilio sufficit.

3. Regis, et juvenis, flagrantissimæ cupiditati similem Aristotelis in capessenda laude sitim subnectam; is nam

|

3. Si la plus ardente ambition dévorait ce jeune roi, la soif des louanges n'était pas moindre dans Aristote. Il avait fait présent à Théodecte, un de ses disciples, de ses livres sur l'art oratoire, avec permission de les publier; mais se repentant plus tard d'en avoir ainsi cédé l'honneur à un autre, il eut soin, dans un ouvrage où il donnait certains enseignements, de renvoyer aux livres de Théodecte, où il avait, disait-il, traité le sujet plus au long. Si je n'étais retenu par le respect que commande un si profond et si vaste savoir, je dirais qu'il a manqué à ce philosophe les leçons d'un philosophe dont l'âme plus généreuse eût affermi la sienne. Au reste, ceux-là même qui prennent à tâche d'enseigner le mépris de la gloire sont loin de la dédaigner, puisqu'ils ont soin de mettre leurs noms en tête de leurs ouvrages, pour s'assurer dans la mémoire des hommes ce qu'ils font profession de rabaisser. Mais, quelle que soit leur hypocrisie, elle est bien moins coupable que la résolution de ceux qui, dans le seul but d'éterniser leur souvenir, n'ont pas craint de se signaler même par des forfaits.

4. Dans ce nombre, je ne sais si Pausanias ne mérite pas le premier rang. Il avait demandé à Hermoclès par quel moyen il pourrait devenir tout d'un coup célèbre : « Donnez la mort à un hommeillustre, lui répondit-il, et sa gloire rejaillira sur vous.»> Pausanias courut tuer Philippe; et assurément il obtint ce qu'il voulait, car il s'est fait connaître à la postérité par son parricide, autant que Philippe par son courage.

5. Mais cette passion de la gloire alla jusqu'au sacrilége: un homme s'est trouvé, qui imagina

que Theodecti discipulo oratoriæ artis libros, quos ederet, donaverat, molesteque postea ferens titulum eorum sic alii cessisse, proprio volumine quibusdam rebus insistens, planius sibi de his in Theodectis libris dictum esse adjecit. Nisi me tantæ et tam late patentis scientiæ ve recundia teneret, dicerem dignum philosophum, cujus stabiliendi mores altioris animi philosopho traderentur. Cæterum gloria ne ab his quidem, qui contemptum ejus introducere conantur, negligitur, quoniam quidem ipsis voluminibus nomina sua diligenter adjiciunt, ut quod professione elevant, usurpatione memoriæ assequantur; sed qualiscunque horum dissimulatio proposito illorum longe tolerabilior est, qui, dum æternam memoriam asse. querentur, etiam sceleribus innotescere non dubitarunt.

4. Quorum e numero nescio an in primis Pausanias debeat referri; nam dum Hermoclem percontatus esset, quonam modo subito clarus posset evadere? atque is respondisset, si illustrem virum aliquem occidisset, futurum ut gloria ejus ad ipsum redundaret: continuo Philippum interemit, et quidem quod petierat, assequutus est; tam enim se parricidio, quam Philippus virtute, notum posteris reddidit.

5. Illa vero gloriæ cupiditas sacrilega inventus est enim, qui Dianæ Ephesiæ templum incendere vellet, ut opere pulcherrimo consumpto, nomen ejus per totum ter

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