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duite envers un seul sénateur; et c'est pour le, corps entier, pour la majesté de cet ordre auguste, que Flaccus affecta ce mépris! (An de R. 628.)

2. Le sénat reçut encore de M. Drusus, tribun du peuple, le plus sanglant outrage. Ce ne fut pas assez pour celui-ci d'avoir maltraité le consul L. Philippus, qui avait osé l'interrompre au milieu d'un discours, de l'avoir fait saisir à la gorge, non par un licteur, mais par un de ses clients, et de l'avoir ainsi traîné en prison, avec de telles violences que des flots de sang lui jaillissaient par le nez; il fit plus : le sénat lui ayant envoyé dire de se rendre au lieu de ses séances: «Que ne se rend-il lui-même, répondit-il, dans le palais d'Hostilius, voisin de la tribune aux harangues? que ne vient-il où je suis?» Je répugne à ajouter que le tribun ne tint aucun compte des ordres du sénat, et que le sénat obéit à la voix du tribun (An de R. 662).

3. Que de hauteur dans ce trait de Cn. Pompée! Comme il sortait du bain, il vit se prosterner à ses pieds Hypséus, son ami, citoyen d'une illustre origine, et alors accusé de brigue. I le laissa dans cette posture, et l'accabla même d'une insultante apostrophe : « Tu ne fais, lui dit-il, que retarder mon dîner; » et le souvenir d'un mot si dur ne l'empêcha pas de diner tranquillement. Cependant ce même Pompée intercéda, en plein forum, pour P. Scipion son beau-père, coupable de délits prévus par des lois que lui-même avait portées Pompée ne rougit pas de réclamer des juges son acquittement, comme une faveur qui lui était due, tandis que d'illustres accusés se voyaient frapper des plus terribles condamnations. Les caresses d'une épouse (1) lui faisaient ainsi sacri

(1) Cornélie, fille de Scipion, femme de Pompée après la mort de Julie.

Tyrannici consul spiritus haberetur, si adversus unum senatorem hoc modo se gessisset, quo Flaccus in totius amplissimi ordinis contemnenda majestate versatus est.

2. Quæ a M. quoque Druso tribuno plebis per summam contumeliam vexata est; parvi enim habuit L. Philippum consulem, quia interfari concionantem ausus fuerat, obtorta gula, et quidem non per viatorem, sed per clientem suum, adeo violenter in carcerem præcipitem egisse, ut multus a naribus ejus cruor profunderetur: verum etiam, quum senatus ad eum misisset, ut in curiam veniret : Quare non potius, inquit, ipse in Hostiliam propinquam rostris, id est, ad me, venit? Piget adjicere quod sequitur tribunus senatus imperium despexit; senatus tribuni verbis paruit.

3. Cn. autem Pompeius quam insolenter! qui balneo egressus, ante pedes suos prostratum Hypsæum ambitus reum, et nobilem virum, et sibi amicum, jacentem reliquit, contumeliosa voce proculcatum; Nihil enim cum aliud agere, quam ut convivium suum moreratur, respondit; et hujus dicti conscius, securus animo cœnare potuit ille vero etiam in foro non erubuit P. Scipionem socerum suum legibus noxium, quas ipse tulerat, in maxima quidem

fier jusqu'à la sûreté de la république (An de R. 701).

4. Marc-Antoine souilla sa table par une action et par un mot également atroces. On avait apporté à ce triumvir la tête du sénateur Césétius Rufus tous les convives détournèrent les yeux; mais Antoine la fit approcher davantage, et la considéra longtemps avec attention. Chacun attendait ce qu'il allait dire : « En voici un, dit-il, que je ne connaissais pas. » Aveu plein d'orgueil, en face d'un sénateur; aveu d'un tyran, en face de sa victime (An de R. 710).

de l'orgueil ET DE L'ARROGANCE, CHEZ LES ÉTRANGERS.

1. Assez d'exemples tirés de notre histoire: d'Alexandre l'élevèrent au comble de l'orgueil ; citons-en d'étrangers. La valeur et la fortune il en est surtout trois preuves des plus frappantes. Dédaignant le sang de Philippe, il se donna pour père Jupiter Ammon; dégoûté des mœurs et du costume des Macédoniens, il prit l'habillement et les usages des Perses; plein de mépris pour la nature des mortels, il prétendit à celle des dieux; et il n'eut pas honte de désavouer en lui le fils, le citoyen, et l'homme.

2. Et Xerxès, dont le seul nom peut servir à définir l'orgueil et l'arrogance, quel insolent abus ne fit-il pas de son pouvoir, lorsque, résolu de déclarer la guerre à la Grèce, il réunit les grands de l'Asie, et leur dit : « Je ne veux pas paraître ne consulter que moi; je vous ai convoqués; mais souvenez-vous que votre devoir est d'obéir, et non de conseiller. » Quelle arrogance, lors même qu'il lui eût été donné de rentrer vainqueur dans son palais! mais si l'on songe à sa honteuse défaite, on trouvera peut-être dans ce langage plus

reorum et illustrium ruina, muneris loco a judicibus deposcere, maritalis lecti blanditiis statum reipublicæ temperando.

4. Tetrum facto pariter ac dicto M. Antonii convivium; nam quum ad eum triumvirum Cæsetii Rufi senatoris caput allatum esset, aversantibus id cæteris, propius admoveri jussit, ac diu diligenterque consideravit : cunctis deinde exspectantibus quidnam esset dicturus: Hunc ego, inquit, notum non habui. Superba de senatore, impotens de occiso confessio.

DE SUPERBIA ET IMPOTENTIA EXTERNORUM.

1. Satis multa de nostris ; aliena nunc adjiciantur. Alexandri regis virtus et felicitas tribus insolentiæ gradibus exsultavit evidentissimis; fastidio enim Philippi, Jovem Hammonem patrem adscivit : tædio morum et cultus Macedonici, vestem et instituta Persica assumpsit; spreto mortali habitu, divinum æmulatus est: nec fuit ei pudori, filium, civem, hominem, dissimulare.

2. Jam Xerxes, cujus in nomine superbia et impotentia habitat, suo jure quam insolenter usus est, quum Græciæ indicturus bellum, adhibitis Asiæ principibus, Ne viderer,

d'impudence encore que d'orgueil (Av. J.-C. 484). 3. Fier du succès de la bataille de Cannes, Annibal ne voulut plus ni admettre dans son camp aucun de ses concitoyens, ni donner de réponse à personne sans interprète. Lorsque Maharbal lui déclara hautement, en avant de sa tente, qu'il avait tout disposé pour le faire souper sous peu de jours à Rome, dans le Capitole, il ne l'écouta pas. Tant il est rare de voir habiter ensemble la fortune et la modération! (An de R. 537.)

4. Le sénat de Carthage et le sénat de Capoue semblaient rivaliser d'orgueil. Le premier avait des bains séparés de ceux du peuple, l'autre des tribunaux particuliers. Cet usage s'est conservé assez longtemps à Capoue; on en voit la preuve dans le discours de C. Gracchus contre Plautius.

CHAPITRE VI.

DE LA PERFIDIE, CHEZ LES ROMAINS. Arrachons de ses retraites ténébreuses un monstre toujours caché, toujours en embuscade, la perfidie, dont toute la force est dans le mensonge et l'artifice, dont la jouissance est dans le succès d'un crime. Elle triomphe alors qu'elle a enveloppé la crédulité de ses liens odieux; fléau aussi funeste aux hommes, que la bonne | foi leur est salutaire. Chargeons-la donc d'autant de malédictions que celle-ci mérite de louanges. 1. Sous le règne de Romulus, Sp. Tarpéius commandait la citadelle. Sa fille, étant allée cher

inquit, meo tantummodo usus consilio, vos contraxi; cæterum mementole, parendum magis vobis esse, quam suadendum. Arroganter, etiamsi victori repetere ei regiam contigisset: tam deformiter victi nescias utrum insolentius dictum, an impudentius.

3. Annibal autem Cannensis pugnæ successu elatus, nec admisit quemqam civium suorum in castris, nec res ponsum ulli, nisi per interpretem, dedit; Maharbalem etiam ante tabernaculum suum clara voce affirmantem, prospexisse se, quonam modo paucis diebus Romæ in Capitolio conaret, adspernatus est adeo felicitatis et mo

derationis dividuum contubernium est!

4. Insolentiæ vero inter Carthaginiensem et CampaDum senatum quasi æmulatio fuit: ille enim separato a plebe balneo lavabatur; hic diverso foro utebatur. Quem morem Capuæ aliquamdiu retentum, C. quoque Gracchi oratione in Plautium scripta patet.

CAPUT VI.

DE PERFIDIA ROMANORUM.

Occultum jam et insidiosum malum perfidia latebris suis extrahatur, cujus efficacissimæ vires sunt mentiri, ac fallere; fructus in aliquo admisso scelere consistit : tum certus, quam credulitatem nefariis vinculis circumdedit : tantum incommodi humano generi afferens, quantum sa

cher de l'eau hors des murs pour un sacrifice, se laissa gagner par Tatius, et promit de faire en trer avec elle dans la forteresse les Sabins tout armés, à condition qu'ils lui donneraient pour récompense ce qu'ils portaient à leur bras gauche c'étaient des bracelets et des anneaux d'or d'un poids considérable. Quand les Sabins furent maîtres de la place, et que la jeune fille réclama d'eux le prix convenu, ils l'étouffèrent sous leurs boucliers, comme pour s'acquitter de leur promesse, puisqu'ils portaient aussi leurs boucliers au bras gauche. Ne les blâmons pas : ce fut la juste et prompte vengeance d'une trahison impie (An de R. 5).

2. Ser. Galba donna aussi l'exemple d'une insigne perfidie. Ayant convoqué les habitants de trois cités de la Lusitanie, sous prétexte de traiter de leurs intérêts, il choisit sept mille d'entre eux, la fleur de la jeunesse, les désarma, en égorgea une partie, et vendit l'autre. Perte immense pour les barbares; mais le crime de Galba est plus grand encore (An de R. 602).

naissance et d'une grande âme, devint perfide 3. Cn. Domitius, citoyen de la plus haute que Bituit, roi des Arvernes, avait engagé sa par un amour excessif de la gloire. Outré de ce nation et celle des Allobroges à se remettre aux mains de Q. Fabius, son successeur, lui-même était encore dans la province des Gautandis que les, il l'attira chez lui sous prétexte d'un entretien, le recut sous la foi de l'hospitalité, le chargea de chaînes, et le fit transporter à Rome par mer. Le sénat, qui ne pouvait approuver cet

lutis bona fides præstat. Habeat igitur non minus reprehensionis, quam illa laudis consequitur.

1. Romulo regnante Sp. Tarpeius arci præerat : cujus filiam virginem aquam sacris petitum extra mœnia egressam, Tatius, ut armatos Sabinos in arcem secum reciperet, corrupit, mercedis nomine pactam, quæ in sinistris manibus gerebant; erant autem his armillæ et annuli magno ex præmium flagitantem, armis obrutam necavit; perinde pondere auri. Loco potitum agmen Sabinorum, puellam quasi promissum, quod ea quoque lævis gestaverant, solverit. Absit reprehensio; quia impia proditio celeri pœna vindicata est.

2. Ser. quoque Galba summæ perfidiæ : trium enim Lusitaniæ civitatum convocato populo, tamquam de commodis ejus acturus, septem millia, in quibus flos juventutis consistebat, electa et armis exuta, partim trucidavit, partim vendidit: quo facinore maximam cladem barbarorum magnitudine criminis antecessit.

3. Cn. antem Domitium, summi generis et magni animi virum, nimiæ gloriæ cupiditas perfidum exsistere coegit; iratus namque Bituito regi Arvernorum, quod quum suam, tum etiam Allobrogum gentem, se etiam tum in provincia morante, ad Q. Fabii successoris sui dexteram confugere hortatus esset, per colloquii simulationem arcessitum, hospitioque exceptum, vinxit, ac Romam nave deportandum curavit : cujus factum senatus neque probare potuit, neque rescindere voluit, ne remissus in patriam Bituitus

acte d'injustice, ne voulut pas non plus l'annuler, de peur que Bituit, rentré dans son pays, ne renouvelât la guerre: on le relégua comme prisonnier dans la ville d'Albe (An de R. 632). 4. Le meurtre de Viriathe fut l'œuvre d'une double perfidie on en doit accuser et ses amis qui consommèrent le crime, et le consul Q. Servilius Cépion, qui, le faisant commettre par la promesse de l'impunité, ne gagna point, mais acheta la victoire (An de R. 613).

DE LA PERFIDIE, CHEZ LES ÉTRANGERS.

plus acharnée que celle qu'il avait déclarée à l'Italie et au peuple romain? Et qu'en est-il arrivé? C'est que cet homme, qui devait d'ailleurs transmettre à la postérité un nom éclatant, la laisse douter s'il y eut en lui plus de grandeur que de perversité.

CHAPITRE VII.

DES SÉDITIONS DU PEUPLE ROMAIN. Parlons maintenant des séditions violentes qui s'élevèrent soit à Rome, soit dans les camps.

1. L. Équitius, qui se disait fils de Ti. Gracchus, et qui, au mépris des lois, demandait le tribunat avec L. Saturninus, fut mené en prison par l'ordre de C. Marius, alors consul pour la cinquième fois le peuple força les portes, et délivra le prisonnier, qu'il emporta sur ses épaules, en faisant éclater la plus vive allégresse (An de R. 653).

1. Mais, pour puiser nos exemples à la source même de la perfidie, voyons comment les Carthaginois traitèrent le Lacédémonien Xanthippe, qui leur avait rendu les plus grands services dans la première guerre Punique, et dont l'habileté leur avait livré prisonnier Atilius Régulus. Ils feignirent de le reconduire dans sa patrie, et le précipitèrent au fond de la mer. Quel était le but d'un tel forfait? d'empêcher qu'il ne partageât avec eux l'honneur de la victoire? Mais il n'y 2. Une autre fois, le peuple voulut assommer à reste pas moins associé, et c'est en même temps coups de pierres le censeur Q. Métellus, qui repour leur opprobre éternel; tandis qu'en lui lais-fusait de recevoir le cens d'Équitius comme fils de sant la vie, ils n'eussent rien perdu de leur gloire (An de R. 498).

2. Annibal avait persuadé aux habitants de Nucérie de lui livrer leur ville, entourée de murs qui la rendaient imprenable; et, quand ils en furent sortis, chacun avec deux vêtements, il les fit étouffer dans la vapeur et la fumée des étuves. I attira de même hors de leur patrie tous les sénateurs d'Acerra, et il les précipita dans des puits. S'applaudir du mensonge et de la fourberie, comme des plus glorieux stratagèmes, n'était-ce pas faire à la bonne foi même une guerre encore

bellum renovaret; igitur eum Albam custodia causa relegavit.

4. Viriathi etiam cædes duplicem perfidiæ accusationem recepit: in amicis, quod eorum manibus interemptus est; in Q. Servilio Cæpione consule, quia is sceleris hujus auctor, impunitate promissa, fuit: victoriamque non meruit, sed emit.

DE PERFIDIA EXTERNORUM.

1. Verum ut ipsum frontem perfidiæ contemplemur, Carthaginienses Xanthippum Lacedæmonium, cujus optima opera primo Punico bello usi fuerant, et quo juvante Atilium Regulum ceperant, simulantes sese domum revehere, in alto merserunt; quid tanto facinore petentes? an ne victoriæ eorum socius superesset? Exstat nihilominus, et quidem cum illorum opprobrio; quem sine illa gloriæ jactura inviolatum reliquissent.

2. Annibal porro Nucerinos hortatu suo cum binis vestimentis urbem inexpugnabilibus muris cinctam egressos, vapore et fumo balnearum strangulando, et Acerranorum senatum eadem ratione extra monia evocatum, in profundum puteorum abjiciendo, nonne bellum adversus popuJum Romanum et Italiam professus, adversus ipsam fidem acrius gessit, mendaciis et fallacia quasi præclaris artibus gaudens? Quo evenit, ut alioqui insignem nominis sui me

Gracchus, et qui soutenait que ce dernier n'ayant eu que trois fils, morts tous les trois, l'un en Sardaigne, où il servait, le second à Préneste, encore enfant, et le troisième à Rome, où il était né après la mort de son père, on ne devait pas introduire un inconnu de basse naissance dans une famille aussi illustre. L'aveugle témérité de la multitude, qu'on avait soulevée, se rangea, dans cette occasion, du parti de l'impudence et de l'audace contre la majesté du consulat et de la censure, et se porta contre les chefs de la république à tous les excès de l'insolence (An de R. 651). moriam relicturus, in dubio, majorne, an pejor vir haberi deberet, poneret.

CAPUT VII.

DE SEDITIONIBUS PLEBIS ROMANÆ.

Sed ut violentæ seditionis tam togatæ, quam etiam armatæ facta referantur :

1. L. Equitium, qui se Ti. Gracchi filium simulabat, tribunatumque adversus leges cum L. Saturnino petebat, a C. Mario quintum consulatum gerente in publicam custodiam ductum, populus claustris carceris convulsis raptum, humeris suis per summam animorum alacritatem portavit.

2. Idemque Q. Metellum censorem, quod ab eo, tamquam Gracchi filio, censum recipere nolebat, lapidibus prosternere conatus est, affirmantem tres tantummodo filios Graccho fuisse, e quibus unum in Sardinia stipendia merentem, alterum infantem Præneste, tertium post patris mortem natum Romæ decessisse; neque oportere clarissimæ familiæ ignotas sordes inseri : quum interim improvida concitatæ multitudinis temeritas, pro impudentia et audacia adversus consulatum et censuram tetendit, principesque suos omni petulantiæ genere vexavit.

3. Cette sédition ne fut qu'un acte de démence; dans cette autre le sang coula. A. Numius était compétiteur de Saturninus au tribunat. Déjà neuf tribuns étaient nommés; il ne restait plus qu'une place pour les deux concurrents. Le peuple chassa d'abord Numius, le poursuivit jusque dans une maison particulière, puis, l'en arrachant, le tua; et le meurtre du plus vertueux des citoyens assura cette magistrature au plus méchant des hommes (An de R. 652).

4. Les créanciers se soulevèrent aussi avec une horrible fureur contre Sempronius Asellion, préteur de la ville, et qui avait pris en main la cause des débiteurs. Ameutés par L. Cassius, tribun du peuple, ils l'assaillirent comme il faisait un sacrifice devant le temple de la Concorde, le chassèrent des autels et du forum, l'arrachèrent d'une échoppe où il s'était blotti, et mirent en pièces ce magistrat romain (An de R. | 664).

DES SÉDITIONS DES SOLDATS ROMAINS.

1. De telles scènes au sein de la ville font horreur mais si l'on se transporte au milieu des camps, on éprouvera une aussi vive indignation. C. Marius, rentré dans la vie privée, avait reçu, en vertu de la loi Sulpicia, le département de l'Asie, pour faire la guerre à Mithridate; et il députa Gratidius, son lieutenant, vers le consul L. Sylla, pour qu'il lui remît le commandement des légions. Les soldats massacrèrent l'envoyé de Marius, indignés sans doute qu'on les forçât de quitter le chef suprême de l'État, pour obéir à un homme qui n'exerçait alors aucune fonction. Mais comment souffrir que des soldats répondent aux dé

crets du peuple par le meurtre d'un lieutenant de leur général? (An de R. 665.)

2. C'est pour un consul que l'armée usa de ces violences; dans l'exemple qui suit, c'est contre un consul même. Q. Pompéius, collègue de Sylla, ayant osé, sur la foi d'un sénatus-consulte, se rendre à l'armée de Cn. Pompéius (1), qui en gardait le commandement malgré la république, les soldats, gagnés par les promesses de ce chef ambitieux, se jetèrent sur leur nouveau général au moment où il commençait le sacrifice d'usage, et l'immolèrent comme une victime. Le sénat, reculant devant l'armée, laissa sans vengeance un tel crime (An de R. 665).

3. Voici encore un exemple de ces violences abominables, donné par l'armée. C. Carbon, frère de celui qui fut trois fois consul, voulut resserrer les liens de la discipline militaire, qui s'était fort relâchée pendant les guerres civiles, et il y mit un peu de brusquerie et de rigueur. Les soldats lui ôtèrent la vie, aimant mieux se souiller d'un forfait exécrable que de réformer leurs mœurs corrompues et ignominieuses (An de R. 671).

CHAPITRE VIII.

DE LA TÉMÉRITÉ, CHEZ LES ROMAINS. Les mouvements de la témérité sont de même aussi subits qu'impétueux. Les secousses qu'en reçoit l'âme l'ébranlent si profondément, qu'on ne sait plus alors ni apercevoir ses propres dangers, ni apprécier avec justesse la conduite des autres. 1. Quelle témérité dans le premier Scipion l'A

(1) Le père de Pompée.

3. Vesana hæc tantummodo; illa etiam cruenta seditio; populus enim A. Numium competitorem Saturnini, novem jam creatis tribunis, unoque loco duobus candidatis restante, vi prius in ædes privatas compulit; extractum deinde interemit; ut cæde integerrimi civis facultas adipiscendæ potestatis teterrimo civi daretur.

4. Creditorum quoque consternatio adversum Sempronii Asellionis, prætoris urbani, caput intolerabili modo exarsit: quem, quia causam debitorum susceperat, con. citati a L. Cassio tribuno plebis pro æde Concordiæ sacrificium facientem, ab ipsis altaribus fugere extra forum coactum inque tabernula latitantem, prætextatum discer. pserunt.

DE SEDITIONIBUS MILITUM ROMANORUM.

1. Detestanda fori conditio; sed si castra respicias, æque magna orietur indignatio: quum C. Mario lege Sulpicia, provincia Asia, ut adversus Mithridatem bellum gereret, privato decreta esset, missum ab eo Gratidium legatum | ad L. Sullam consulem accipiendarum legionum causa milites trucidarunt; procul dubio indignati, quod a summo imperio, ad eum, qui nullo in honore versaretur, transire cogerentur; sed quis ferat militem, scita plebis exitio legali corrigentem?

2. Pro consule istud tam violenter exercitus; illud adversus consulem : Q. enim Pompeium ? Sullæ collegam, senatus jussu ad exercitum Cn. Pompeii, quem aliquamdiu invita civitate obtinebat, contendere ausum, ambitiosi ducis illecebris corrupti milites, sacrificare incipientem adorti, in modum hostia mactaverunt, tantumque scelus curia, castris cedere se confessa, inultum habuit.

3. Ille quoque exercitus nefarie violentus, qui C. Carbonem, fratrem Carbonis ter consulis, propter bella civilia dissolutam disciplinam militarem præfractius et rigidius adstringere conatum, privavit vita; satiusque duxit maximo scelere coinquinari, quam pravos ac tetros mores mu tare.

CAPUT VIII.

DE TEMERITATE ROMANORUM.

Temeritatis etiam et subiti et vehementes sunt impul sus: quorum ictibus hominum mentes concussæ, nec sua pericula respicere, nec aliena facta justa æstimatione prosequi valent.

1. Quam enim temere se Africanus Superior ex Hispania duabus quinqueremibus ad Syphacem trajecit in unius

fricain, lorsqu'il partit d'Espagne avec deux quinquérèmes, pour aller trouver Syphax, et confier à la foi suspecte d'un Numide et sa vie et le salut de la patrie! C'était remettre au caprice du sort la décision de cette grande question: Syphax sera-t-il l'assassin ou le prisonnier de Scipion? (An de R. 547.)

2. Voici un acte de témérité de C. César, que l'on peut à peine se rappeler sans effroi, quoique les dieux aient alors veillé sur ses jours. Las d'attendre ses légions, qui devaient passer de Brundusium à Apollonie, il feignit une indisposition pour sortir de table, déroba sous un vêtement d'esclave la majesté de sa personne, se jeta dans une barque, descendit le fleuve, et gagna, malgré une affreuse tempête, les parages de la mer Adriatique. Il fit aussitôt diriger la nacelle en pleine mer, et, après une lutte opiniâtre contre la violence des flots, il céda enfin à la né- | cessité (An de R. 705).

3. Mais dans quel exécrable aveuglement ne tombèrent pas nos soldats! A. Albinus, citoyen des plus distingués par sa naissance, par ses vertus, par les honneurs accumulés sur sa tête, se vit, sur de vains et frivoles soupçons, lapider dans son camp par son armée; et, ce qui met le comble à l'indignation, ces soldats, insensibles à

toutes les prières, refusèrent à leur général la permission de se justifier (An de R. 664).

DE LA TÉMÉRITÉ, CHEZ LES ÉTRANGERS. 1. Je suis donc moins surpris que le farouche et cruel Annibal n'ait pas voulu écouter la défense d'un pilote innocent. Il était parti de Pétilie avec sa flotte, pour repasser en Afrique.

Numidæ infidis præcordiis suam pariter et patriæ salutem depositurus! Itaque exiguo momento maximæ rei casus fluctuatus est, utrum interfector, an captivus Scipionis Syphax fieret.

2. Jam C. Cæsaris anceps conatus, etsi cœlestium cura protectus est, vix tamen sine animi horrore referri potest; siquidem impatiens legionum tardioris a Brundusio Apolloniam trajectus, per simulationem adversæ valetudinis convivio egressus, majestate sua servili veste occultata, naviculam conscendit, et e flumine maris Adriatici sæva tempestate fauces petiit; protinusque in altum dirigi jusso navigio, multum ac diu contrariis jactatus fluctibus, tandem necessitati cessit.

3. Age, illa quam exsecrabilis militum temeritas! fecit enim. ut A. Albinus, nobilitate, moribus, honorum omnium consummatione civis eximius, propter falsas et inanes suspiciones, in castris ab exercitu lapidibus obrueretur: quodque accessionem indignationis non recipit, oranti atque obsecranti duci a militibus causæ dicendæ potestas negata est.

DE TEMERITATE EXTERNORUM.

1. Itaque minus miror, apud trucem et sævum Annibalis animum defensionis locum innoxio gubernatori non fuisse quem a Petilia classe Africam repetens freto appulsus, dum tam parvo spatio Italiam Siciliamque inter se

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Arrivé à l'entrée du détroit, et ne pouvant se persuader qu'il y eût une si courte distance entre la Sicile et l'Italie, il soupçonna le pilote de trahison, et le tua. Ayant ensuite examiné plus attentivement la vérité, il reconnut son injustice, mais quand il ne pouvait plus la réparer que par les honneurs du tombeau. De là cette statue qui, du sommet du promontoire, contemple cette mer étroite et orageuse, et qui, exposée aux regards de ceux qui vont et viennent dans le détroit, leur rappelle à la fois le souvenir de Pélorus et la coupable erreur d'Annibal (An de R. 550).

2. Athènes poussa la témérité jusqu'à la démence, quand elle enveloppa dans une même condamnation dix de ses généraux qui venaient de remporter une éclatante victoire; elle leur fit subir la peine capitale, parce qu'ils n'avaient pas pu, cause d'une tempête, donner la sépulture aux soldats morts dans la bataille. Elle punissait ainsi la nécessité, au lieu d'honorer le courage.

CHAPITRE IX.

DE L'ERREUR.

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L'erreur est voisine de la témérité. Elle peut causer autant de mal; mais elle se fait plus facilement pardonner, parce que les fautes où elle s'engage ne sont pas volontaires et qu'elle y est poussée par des apparences trompeuses. Vouloir montrer ici à combien d'égarements elle expose la raison de l'homme, ce serait tomber moi-même dans le défaut dont je parle. Bornons-nous donc à citer quelques-uns de ses écarts.

1. C. Helvius Cinna, tribun du peuple, revenant

divisas non credit, velut insidiosum cursus rectorem interemit; posteaque diligentius inspecta veritate, tunc absolvit, quum ejus innocentiæ nihil ultra sepulcri honorem dari potuit igitur angusti atque æstuosi maris alto e tumulo speculatrix statua, tam memoriæ Pelori, quam Punicæ temeritatis, ultra citraque navigantium oculis collocatum indicium est.

2. Jam Atheniensium civitas ad vesaniam usque temeraria, quæ decem universos imperatores suos, et quidem a pulcherrima victoria venientes, capitali judicio exceptos necavit; quod militum corpora, sævitia maris interpellante, sepulturæ mandare non potuissent: necessitatem puniens, quum honorare virtutem deberet.

CAPUT IX.

DE ERRORE.

Temeritati proximus est error; quemadmodum ad lædendum par, ita cui facilius quis ignoverit, quia non sponte, sed vanis concitatus imaginibus, culpæ se implicat : qui quam late in pectoribus hominum vagetur, si complecti coner, vitio, de quo loquor, sim obnoxius; paucos igitur ejus lapsus referemus.

1. C. Helvius Cinna tribunus plebis ex funere C. C2

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