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quand enfin le roi leur ayant demandé la cause de leur tristesse, Euthymon lui rendit les mêmes choses qu'il avait dites dans l'assemblée. Le roi fut touché de leur résolution autant que de leur misère, tellement qu'il leur fit distribuer à chacun trois mille deniers et dix paires d'habits. Il leur fit aussi donner du bétail et des troupeaux de moutons, avec du froment, afin qu'ils eussent de quoi labourer et ensemencer les terres qui leur étaient assignées.

VI. Le lendemain, ayant assemblé ses chefs, il leur représenta « qu'il n'y avait point de ville au monde plus fatale aux Grecs que Persépolis, le siége des anciens rois de Perse et la capitale de leur empire; que c'était de là qu'étaient venus tous ces déluges d'armées qui avaient inondé la Grèce, et que Darius premièrement, et puis Xerxès, avaient apporté le flambeau de la plus détestable guerre qui eût jamais désolé l'Europe; qu'il fallait exterminer cette malheureuse ville, et en immoler la ruine aux mânes de leurs ancêtres. » Sur ce bruit, les Perses l'avaient abandonnée; et chacun s'étant sauvé où la peur l'avait conduit, le roi, sans tarder davantage, entra dedans avec sa phalange. Il avait forcé ou pris à composition plusieurs villes pleines d'une opulence incroyable; mais ce n'était rien à comparaison des trésors qui se trouvèrent ici.

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Les Barbares y avaient assemblé toutes les richesses de la Perse; l'or et l'argent n'y étaient que par monceaux, et l'on n'eût su nombrer ni estimer ce qu'il y avait de précieux meubles et de choses somptueuses qui n'étaient pas tant pour l'usage que pour le luxe et l'ostentation, tellement que les vainqueurs mêmes s'entre-battaient pour le pillage, et celui-là passait pour ennemi qui se trouvait saisi du meilleur butin; car, ne pouvant pas tout enlever, ils ne prenaient plus, comme dans la première furie, tout ce qu'ils rencon

lia iis, quæ in consilio dixerat, respondit. Atque ille, non fortunæ solum eorum, sed etiam pœnitentiæ misertus, terna millia denarium singulis dari jussit: denæ vestes adjectæ sunt, et armenta cum pecoribus ac frumento data, ut coli serique attributus iis ager posset.

traient, mais choisissaient les choses les plus exquises et les plus précieuses. Ils déchiraient les robes de pourpre et les ornements royaux, et c'était à qui en aurait sa part. Ils brisèrent à coups de hache des vases d'un prix inestimable et d'un ouvrage merveilleux; il n'y avait rien qui ne fût pris ou rompu. On ne pardonnait pas même aux statues des dieux, formées en or et en argent, chacun emportant la pièce qu'il en avait arrachée. Mais ce ne fut pas seulement l'avarice qui s'assouvit au sac de cette misérable ville; la cruauté y fit bien de plus grands ravages; car les soldats, pleins d'or et d'argent, tuaient inhumainement leurs prisonniers, comme si c'eût été une vile proie, et massacraient ceux que leur rançon avait auparavant rendus dignes de pitié. Cela fit que plusieurs se résolurent de prévenir le vainqueur par une mort volontaire, et, parés de leurs plus magnifiques habits, se précipitaient, avec leurs femmes et leurs enfants, du haut des murailles. D'autres mirent le feu dans leurs maisons, voyant qu'aussi bien l'ennemi ne tarderait pas de l'y mettre, et se brûlèrent tout vifs là-dedans avec leur famille. Le roi fit enfin cesser le massacre, et défendit « d'attenter à la pudicité des femmes, ni même de toucher aux ornements qu'elles avaient sur elles. >>

On dit qu'il y fut pris une somme d'argent si excessive qu'il n'est presque pas croyable; mais il faut ou douter de tout ce que l'histoire nous rapporte, ou croire que, dans cette opulente ville, il se trouva jusqu'à six vingt mille talents. Le roi les ayant destinés aux frais de la guerre, fit venir de Suze et de Babylone quantité de cha meaux et d'autres bêtes de charge, pour les faire porter après lui. A une somme si immense, il ajouta encore, comme pour comble, six mille talents de la prise de Persagade.

Cyrus avait bâti cette ville, et Gobarès, qui

capere non possent, jam res non occupabantur, sed æsti mabantur. Lacerabant regias vestes, ad se quisque partem trahentes dolabris pretiosae artis vasa cædebant: nihil neque intactum erat, neque integrum ferebatur: abrupta simulacrorum membra, ut quisque avellerat, trahebat. Neque avaritia solum, sed etiam crudelitas in capta urbe grassata est; auro argentoque onusti vilia captivorum corpora trucidabant; passimque obvii cædebantur, quos antea pretium sui miserabiles fecerat. Multi ergo hostium manus voluntaria morte occupaverunt; pretiosissima ves tium parte induti, e muris semet ipsos cum conjugibus ac li beris in præceps jactantes. Quidam ignes, quod paullo post facturus hostis videbatur, subjecerant ædibus, ut cum suis vivi cremarentur. Tandem suis rex corporibus et cultu feminarum abstinere jussit. Ingens pecuniæ captivæ mo dus traditur, prope ut fidem excedat; ceterum, aut de aliis quoque dubitamus, aut credimus, in hujus urbis

VI. Postero die, convocatos duces copiarum docet, « nullam infestiorem urbem Græcis esse quam regiam veterum Persidis regum; hinc illa immensa agmina infusa: hinc Darium prius, deinde Xerxem Europæ impium intulisse bellum; excidio illius parentandum esse majoribus. » Jamque Barbari, deserto oppido, qua quemque metus agebat, diffugerant : quum rex phalangem nil cunctatus inducit. Mullas urbes, refertas opulentia regia, partim expugnave rat, partim in fidem acceperat : sed urbis hujus divitiæ vicere præterita. In hanc totius Persidis opes congesserant Barbari; aurum argentumque cumulatum erat : vestis ingens modus: supellex non ad usum modo, sed ad ostentationem luxus comparata. Itaque inter ipsos vic-gaza fuisse c et xx millia talenta; ad quæ vehenda, nam

tores ferro dimicabatur : pro hoste erat, qui pretiosiorem occupaverat prædam : et quum omnia, quæ reperiebantur,

que ad usus belli secum portare decreverat, jumenta et camelos a Susis et Babylone contrahi jussit. Accessere ad

cu était gouverneur, la rendit à Alexandre, lequel | Les habitants, qui logeaient en des cabanes épardonna le commandement du château de Persé- ses, se croyant en sûreté au milieu d'un pays polis à Nicarchide, avec une garnison de trois inaccessible, n'eurent pas sitôt aperçu l'ennemi, mille Macédoniens; et Tyridate, qui lui avait que, tuant ceux qui ne les pouvaient suivre, ils livré les trésors, fut maintenu dans la charge gagnaient les montagnes détournées et chargées qu'il avait auprès de Darius. Cela fait, il laissa là de neige. De là venant peu à peu à s'apprivoiser une grande partie de son armée et tout le bagage, par la communication des prisonniers, ils se rensous la conduite de Parménion et de Cratère. dirent au roi, qui les traita doucement. Ensuite, ayant couru et ravagé toute la campage de la Per-se, et réduit plusieurs bourgades en sa puissance, il passa dans les terres des Mardes, nation belliqueuse et bien éloignée de la façon de vivre et de la mollesse des autres Perses. Ils creusent des cavernes dans les montagnes, où ils se cachent avec leurs femmes et leurs enfants, et ne se nourrissent que de la chair de leurs troupeaux et des bêtes sauvages. Les femmes même, contre leur naturel, n'y sont pas moins farouches que les hommes. Elles ont les cheveux hérissés comme des furies; leur robe ne leur va que jusqu'au genou, et leur front est environné d'une fronde qui leur sert d'ornement de tête et d'arme tout ensemble. Mais un même torrent de fortune entraîna ces peuples comme les autres, et le roi, au bout de trente jours, s'en revint à Persépolis, où il fit des présents aux grands de sa cour et à tous les autres selon leur mérite, et distribua presque tout ce qu'il avait pris dans cette ville, que l'on pouvait dire la plus riche qui fût sous le ciel.

Et lui, avec mille chevaux et quelques compagnies d'infanterie, entra dans le fond de la Perse, lorsque la constellation des Pléiades marque le commencement de l'hiver. Nonobstant qu'aux premières journées il eut beaucoup à souffrir des pluies continuelles et des tempêtes qui furent presque insupportables, il ne laissa pas de continuer son voyage, et arriva dans une contrée éternellement couverte de neiges et de glaces. L'horreur de ces lieux déserts et sauvages étonna les soldats, rebutés de tant de fatigues et qui croyaient être au bout du monde. Ils contemplaient ces affreuses solitudes, où il ne paraissait rien de cultivé ni d'habité, et voulaient à toute force rebrousser chemin, avant que le ciel et la lumière vinssent encore à leur défaillir. Dans ce découragement, le roi ne les voulut pas gourmander; mais il mit pied à terre, et marcha au travers des neiges et des glaces, tant que les principaux de sa cour, puis les capitaines et enfin les soldats eurent honte de ne pas faire comme lui. Il fut le premier à rompre la glace avec une coguée et à se faire un chemin. Tous les autres suivirent aussitôt son exemple. A la fin, après avoir percé, avec des peines incroyables, des forêts épaisses et profondes, ils commencèrent à trouver par-ci par-là quelques traces d'hommes et quelques troupeaux de bêtes, comme à l'aventure. hanc pecuniæ summam, captis Persagadis, sex millia talentorum. Cyrus Persagadum urbem condiderat, quam Alexandro præfectus ejus Gobares tradidit. Rex arcem Persepolis, 1 millibus Macedonum præsidio relictis, Nicarchidem tueri jubet : Tyridati quoque, qui gazam tradiderat, servatus est honos, quem apud Darium habuerat: magnaque exercitus parte et impedimentis ibi relictis, Parmenionem Craterumque præfecit. Ipse cum mille equitibus peditumque expedita manu interiorem Persidis regionem, sub ipsum Vergiliarum sidus, petiit: multisque imbribus et prope intolerabili tempestate vexatus, procedere tamen, quo intenderat, perseveravit. Ventum erat ad iter perpetuis obsitum nivibus, quas frigoris vis gelu adstrinxerat. Locorum squalor et solitudines inviæ fatigatum militem terrebant, humanarum rerum terminos se videre credentem. Omnia vasta, atque sine ullo humani cultus vestigio attoniti intuebantur; et antequam lux quoque et cœlum ipsos deficerent, reverti jubebant. Rex castigare territos supersedit: ceterum ipse equo desiliit, pedesque per nivem et concretam glaciem ingredi cœpit; erubuerunt non sequi, primum amici, deinde copiarum duces, ad ultimum milites; primusque rex, dolabra glaciem perfringens, iter sibi fecit: exemplum regis ceteri imitati sunt. Tandem propemodum invias sylvas emensi, humani

VII. Mais toutes ces grandes qualités, ce naturel admirable qui le mettait au-dessus de tous les autres rois, ce courage à l'épreuve de toutes sortes de dangers, cette promptitude à entreprendre et à exécuter, cette foi envers ceux qui se rendaient, cette clémence envers les captifs, et cette modération dans les plaisirs même innocents cultus rara vestigia et passim errantes pecorum greges reperere et incolæ, qui sparsis tuguriis habitabant, quum se callibus inviis septos esse credidissent, ut conspexere hostium agmen, interfectis, qui comitari fugientes non poterant, devios montes, et obsitos nivibus petiverunt. Inde per colloquia captivorum paulatim feritate mitigata, tradidere se regi, nec in deditos gravius consultum. Vastatis deinde agris Persidis, vicisque compluribus redaç tis in potestatem, ventum est in Mardorum gentem bellicosissimam, et multum a ceteris Persis cultu vitæ abhorrentem. Specus in montibus fodiunt, in quos seque ac conjuges et liberos condunt: pecorum aut ferarum carne vescuntur. Ne feminis quidem pro naturæ habitu molliora ingenia sunt; comæ prominent hirta: vestis super genua est funda vinciunt frontem; hoc et ornamentum capitis et telum est. Sed hanc quoque gentem idem fortunæ impetus domuit. Itaque trigesimo die, posteaquam a Persepoli profectus erat, eodem rediit. Dona deinde amicis ceterisque pro cujusque merito dedit; propemodum omnia, quæ in ea urbe ceperat, distributa.

VII. Ceterum ingentia animi bona, illam indolem, qua omnes reges antecessit, illam in subeundis periculis constantiam, in rebus moliendis efficiendisque velocitatem, in

et ordinaires, tout cela fut souillé par l'ivrognerie, qui n'était pas supportable dans un prince comme Alexandre. Au fort de ses affaires, lorsque son ennemi et son concurrent à l'empire faisait les plus grands efforts pour recommencer la guerre, et que des peuples nouvellement conquis ne songeaient qu'à secouer le joug, il passait les jours entiers en festins. Il y appelait des femmes, non pas de celles à l'honneur de qui c'eût été un crime d'attenter, mais des courtisanes, qui n'avaient pris que trop de licence et ne s'étaient rendues que trop communes dans l'armée. Entre autres, il y en avait une nommée Thaïs, qui, dans la chaleur de la bonne chère, soutint qu'il n'aurait jamais une si belle occasion d'acquérir la bienveillance de tous les Grecs qu'en mettant le feu au palais du roi de Perse, et que ceux dont les Barbares avaient brûlé les villes attendaient cela de sa justice. »

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Elie n'eut pas ouvert la bouche, ni sitôt prononcé sa sentence sur une affaire de si grand poids, qu'un des conviés, et puis un autre, chargés de vin, applaudissent à l'avis d'une femme publique et qui était ivre. Le roi n'en agréa pas seulement la proposition, mais se montra ardent à l'exécuter. « Çà, dit-il, vengeons donc la Grèce, et brûlons Persépolis!» Comme ils étaient tous échauffés de vin, ils se lèvent de table, et étant ivres brûlent une ville qu'ils avaient épargnée étant armés. Le roi fut le premier qui, marchant le flambeau ardent à la main, le lança dans le palais, et après lui les conviés; puis les officiers et enfin les concubines. Ce palais était presque tout bâti de cèdre, où le feu s'étant aussitôt pris, la flamme s'en épandit de tous côtés. L'armée, qui n'était pas campée loin de la ville, l'ayant aperçu, et croyant qu'il s'y füt mis par quelque accident, accourut au se

deditos fidem, in captivos clementiam, in voluptatibus permissis quoque et usitatis temperantiam, haud tolerabili vini cupiditate foedavit. Hoste et æmulo regni reparante tum quum maxime bellum, nuper subactis, [quos vicerat,] novum [que] imperium adspernantibus, de die inibat convivia, quibus feminæ intererant; non quidem quas violari nefas esset; quippe pellices licentius, quam decebat, cum armato vivere assuetæ. Ex his una Thais, et ipsa temulenta, maximam apud omnes Græcos initurum gratiam, affirmat, si regiam Persarum jussisset incendi; exspectare hoc eos, quorum urbes Barbari delessent. Ebrio scorto de tanta re ferenti sententiam unus et alter, et ipsi mero onerati, assentiunt. Rex quoque fuit avidior, quam patientior: « quin igitur ulciscimur Græciam, et urbi faces subdimus?» Omnes incaluerant mero: itaque surgunt temu lenti ad incendendam urbem, cui armati pepercerant. Primus rex ignem regia injecit; tum conviva, et ministri, pellicesque. Multa cedro ædificata erat regia: quæ celeriter, igne concepto, late fudit incendium. Quod ubi exercitus, qui haud procul ab urbe tendebat, conspexit, fortuitum ratus, ad opem ferendam concurrit; sed ut ad vestibulum regiæ ventum est, vident regem ipsum adhuc

cours; mais comme ils furent à l'entrée du palais et qu'ils virent le roi qui allumait lui-même le feu, ils quittèrent l'eau qu'ils avaient apportée, et se mirent aussi à jeter du bois sec et d'autres matières combustibles dans l'embrasement. Telle fut la fin et la destinée de cette superbe ville, l'œil et l'ornement de l'Orient, et le siége de son empire, où autrefois tant de nations venaient emprunter des lois pour se policer, la patrie et le séjour de tant de rois, qui fut jadis l'unique terreur de la Grèce, et qui, ayant équipé une flotte de mille voiles et assemblé ces armées prodigieuses dont l'Europe fut inondée, couvrit la mer de vaisseaux, et perça les montagnes d'outre en outre et les rendit navigables.

C'est une chose digne de compassion que, depuis tant de siècles qui ont suivi la ruine de cette misérable ville, elle n'ait pu encore se relever de sa chute. Les rois de Macédoine ont bien dans cette contrée d'autres villes que tiennent aujourd'hui les Parthes, mais de celle-ci on n'en trouverait aucun vestige, si l'Araxe ne nous en donnait quelque adresse; car il ne passait pas loin des murailles, et les habitants publient qu'il n'en était éloigné que de vingt stades, ce qu'ils croient plutôt par conjecture qu'ils ne le savent de science. Les Macédoniens avaient honte qu'une si noble ville eût été détruite par leur roi, plongé dans le vin et dans la débauche; tellement que, pour ôter l'infamie de cette action, ils en firent une affaire d'état, et furent bien aises de se persuader qu'il avait été expédient de la détruire et même de cette sorte. Mais, pour lui, il est certain qu'après que le sommeil eut dissipé les fumées du vin, il s'en repentit, et dit « que les Grecs se fussent bien mieux vengés des Perses,s'ils eussent été contraints de voir Alexandre sur le trône et dans le palais de

aggerentem faces. Omissa igitur, quam portaverant, aqua, aridam materiam in incendium jacere cœperunt. Hunc exitum habuit regia totius Orientis, unde tot gentes ante jura petebant ; patria tot regum, unicus quondam Græcia terror, molita mille navium classem, et exercitus, quibus Europa inundata est, contabulato mari molibus, perfos sisque montibus, in quorum specus fretum immissum est. Ac ne longa quidem ætate, quae excidium ejus sequuta est, resurrexit. Alias urbes liabuere Macedonum reges, quas nunc habent Parthi: hujus vestigium non invenire tur, nisi Araxes amnis ostenderet : haud procul mœni bus fluxerat; inde urbem fuisse xx stadiis distantem, credunt magis, quam sciunt accola. Pudebat Macedones, tam præclaram urbem a comessabundo rege deletam esse: itaque res in serium versa est; et imperaverunt sibí, crederent, illo potissimum modo fuisse delendam. Ipsum, ut primum gravatam ebrietate mentem quies reddidit, pœnituisse constat, et dixisse, majores ponas Persas Græ cis daturos fuisse, si ipsum in solio regiaque Xerxis respicere coacti essent. Postero die, Lycio, itineris, quo Persidem intraverat, duci, xxx talenta dono dedit. Hine in regionem Mediæ transit, ubi supplementum novorum

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Xerxès. Le lendemain, il fit présent de trente ta- mêmes que vous avez été par le passé. De tant lents au Lycien qui l'avait conduit dans la Perse. de milliers d'hommes que je me suis vus, vous êtes De là il passa vers les Mèdes, où il rencontra les les seuls qui ne m'avez jamais abandonné dans recrues qu'on lui amenait de Cilicie, faisant cinq tout le cours de ma mauvaise fortune; et je puis mille hommes de pied et mille chevaux, les uns dire qu'il n'y a tantôt plus que votre foi et votre et les autres commandés par Platon, Athénien. constance qui me fasse croire que je suis roi. Les VIII. Avec ce renfort, il résolut de poursuivre transfuges et les traîtres règnent aujourd'hui dans Darius qui était déjà arrivé à Ecbatane, capitale mes villes; non qu'on les estime dignes de l'honde la Médie. Cette ville est aujourd'hui aux Par-neur qu'on leur fait, mais afin que leur récompense thes, et c'est où leurs rois passent leurs étés, pour vous tente et serve à ébranler vos courages. éviter les chaleurs. Après, il avait dessein de tourner vers les Bactriens; mais, craignant d'être prévenu, vu la diligence de ses ennemis, il changea d'avis et de route; car, bien qu'il en fût encore éloigné de quinze cents stades, si est-ce qu'il ne lui semblait pas qu'il pût y avoir de distance assez grande pour le garantir de la vitesse de ce prince; de sorte qu'il se préparait au combat plutôt qu'à la fuite. Il avait trente mille hommes de pied, entre lesquels étaient quatre mille Grecs, qui lui furent fidèles jusqu'au bout. Il avait, outre cela, quatre mille ou archers ou tireurs de frondes, et trois mille trois cents chevaux, presque tous Bactriens, que commandait Bessus, satrape de la Bactriane.

Avec ces troupes, Darius s'écarta un peu du grand chemin, et fit passer le bagage et les valets de l'armée devant; et ayant assemblé ses chefs et ses principaux officiers, il leur parla de cette sorte: «S'il fallait que la fortune m'eût réduit avec des lâches qui préfèrent quelque vie que ce soit à une mort glorieuse, j'aimerais mieux me taire que de consumer le temps en paroles inutiles; mais ayant des preuves plus signalées de votre valeur et de votre fidélité que je ne voudrais, je dois plutôt mettre peine à me rendre digne de tels amis que de douter si vous êtes encore les

militum a Cilicia occurrit: peditum erant quinque millia, equites mille utrisque Plato Atheniensis præerat. His copiis auctus, Darium persequi statuit.

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VIII. Ille jam Ecbatana pervenerat, caput Media: furbem hanc] nunc tenent Parthi, eaque aestiva agentibus sedes est. Adire deinde Bactra decreverat : sed veritus, ne celeritate Alexandri occuparetur, consilium iterque mutavit. Aberat ab eo Alexander stadia MD; sed jam nullum intervallum adversus celeritatem ejus satis longum videbatur. Itaque prælio magis, quam fugæ se præparabat; Xxx millia peditum sequebantur, in quibus Græcorum erant quatuor millia, fide erga regem ad ultimum invicta; funditorum quoque et sagittariorum manus quatuor millia expleverat præter hos 1 millia et ccc equites erant, maxime Bactrianorum; Bessus præerat, Bactrianæ regionis præfectus. Cum hoc agmine Darius paulum declinavit via militari, jassis præcedere lixis impedimentorumque custodibus. Concilio deinde advocato : « Si me cum ignavis, inquit, et pluris qualemcumque vitam honesta morte æstimantibus, fortuna junxisset, tacerem potius quam frustra verba consumerem; sed majore, quam vellem, documento, et virtuteni vestram, et fidem expertus, magis etiam conniti

« Vous avez pourtant mieux aimé suivre ma fortune que celle du vainqueur; en quoi vous avez mérité que les Dieux, si je ne le puis moimême, vous en récompensent pour moi, et ils sont trop justes pour ne le pas faire. Il n'y aura jamais de postérité si éloignée qui n'entende le bruit de vos louanges, ni de renommée si ingrate qui ne les élève jusqu'au ciel. C'est pourquoi, quand j'aurais mis mon espérance en la fuite, dont le seul nom me fait horreur, bien loin qu'une si lâche pensée me puisse entrer dans l'âme, vous sachant auprès de moi, j'irais tète baissée affronter les ennemis. Car jusques à quand, après tout, serai-je en exil dans mon royaume? et sera-t-il dit qu'un prince étranger me mène battant par tous les coins de mon empire, puisqu'en essayant encore la fortune de la guerre, je puis ou réparer mes pertes ou périr glorieusement, si ce n'est peut-être qu'il me soit plus honorable d'attendre la discrétion du vainqueur, et qu'à l'exemple de Mazée et de Mithrènes, je me contente de tenir quelque province de lui et de relever de sa couronne? et encore faut-il présupposer qu'il le veuille et qu'il aime mieux faire de moi l'objet de sa vanité que celui de sa colère. Mais aux dieux ne plaise que jamais personne ait cet avantage, de m'ôter ou de me donner le diadème que j'ai à la

debeo, ut dignus talibus amicis sim, quam dubitare, an vestri similes adhuc sitis. Ex tot millibus, quæ sub imperio fuerunt meo, bis me victum, bis fugientem persequuti estis. Fides vestra et constantia, ut regem me esse credam, facit. Proditores et transfugæ in urbibus meis reg nant non, hercule, qui tanto honore digni habeantur, sed ut præmiis eorum vestri sollicitentur animi. Meam tamen fortunam, quam victoris, maluistis sequi; dignissimi, quibus, si ego non possim, dii pro me gratiam referant; et, mehercule, referent. Nulla erit tam surda posteritas, nulla tam ingrata fama, quæ non in cœlum vos debitis laudibus ferat. Itaque, etiam si consilium fugæ, a qua multum abhorret animus, agitassem; vestra tamen virtute fretus obviam issem hosti: quousque enim in regno exsulabo, et per fines imperii mei fugiam externum et advenam regem, quum liceat experto belli fortunam aut reparare, quæ amisi, aut honesta morte defungi? nisi forte satius est exspectare victoris arbitrium, et, Mazæi et Mithrenis exemplo, precarium accipere regnum nationis unius, ut jam malit ille gloriæ suæ, quam iræ obsequi. Nec dii siverint, ut hoc decus mei capitis, aut demere mihi quisquam, aut condonare possit: nec hoc imperium vivus

tête, ni que je perde mon empire, que je ne me perde | nous avons souvent dit, avait été à la cour de

auparavant! Une même heure verra la fin de mon règue et celle de ma vie.

་་

Si vous avez tous cette même résolution, si chacun s'impose cette loi. ne craignez pas que l'on vous ravisse votre hberté, ne craignez pas qu'il vous faille supporter le faste et les fiers regards des Macédoniens. Vous avez en vos mains de quoi venger ou terminer tous vos maux. D'ailleurs, vous savez combien la fortune est changeante, et je ne suis moi-même qu'un trop illustre exemple de son inconstance; si bien que j'ai tout sujet de bien espérer de sa vicissitude. Mais quand les dieux ne favoriseraient pas la justice de vos armes, il est toujours au pouvoir des vaillants hommes de mourir avec honneur. Je vous prie donc, mes chers amis, par la gloire de vos ancêtres, qui, avec un renom immortel, ont tenu l'empire de tout l'Orient, par les cendres de ces grands hommes à qui la Macédoine est venue autrefois rendre hommage et apporter le tribut, par tant d'armées navales et. voyées en Grèce, et par tant de trophées dressés et de dépouilles remportées; je vous prie, dis-je, et vous conjure de prendre aujourd'hui des courages dignes de votre nation et de votre noblesse, et, après cela, que quelque traitement que la fortune vous fasse, vous le receviez avec la même constance et la même générosité que vous avez reçu toutes vos disgrâces passées. Car pour moi, je suis résolu de me signaler à jamais, si ce n'est par une glorieuse victoire, du moins par un glorieux combat. >>

IX. Pendant que Darius parlait ainsi, l'image du péril qu'ils voyaient devant leurs yeux avait saisi d'horreur les esprits et les cœurs de tout le monde, et ils ne savaient tous ce qu'ils devaient dire, ni à quoi se résoudre, lorsque Artabaze, le plus ancien de ses conseillers, et qui, comme

amittam; idemque erit regni mei, qui et spiritus, finis. Si hic animus, si hæc lex, nulli non parta libertas est: nemo e vobis fastidium Macedonum, nemo vultum superbum ferre cogetur. Sua cuique dextra, aut ultionem tot malorum pariet, aut finem. Equidem quam versabilis fortuna sit, documentum ipse sum; nec immerito mitiores vices ejus exspecto; sed si justa ac pia bella dii aversantur, fortibus tamen viris licebit honeste mori. Per ego vos decora majorum, qui totius Orientis regna cum memorabili laude tenuerunt; per illos viros, quibus stipendium Macedonia quondam tulit; per tot navium classes in Græciam missas; per tot tropæa regum, oro et obtestor, ut nobilitate vestra gentisque dignos spiritus capiatis; ut eadem constantia animorum, qua præterita tolerastis, experiamini, quidquid deinde fors tulerit. Me certe in perpetuum, aut victoria egregia nobilitabit, aut pugna. »

IX. Hæc dicente Dario, præsentis periculi species omnium simul corda animosque horrore perstrinxerat, nec aut consilium suppetebat, aut vox; quum Artabazus, vetustissimus amicorum, quem hospitem fuisse Philippi sæpe

Philippe, prenant la parole : « Nous protestons, dit-il, quant à nous, que si tu nous vois mainte nant revêtus de nos plus riches habits, et parés de nos plus belles armes, ce n'est à autre dessein que pour te suivre au combat, et avec cette intention que nous espérons de vaincre et que nous ne refusons pas de mourir. >>

Tous les autres en dirent autant: mais Nabarzane, qui assistait à ce conseil, ayant tramé avec Bessus la plus horrible de toutes les méchancetés, et qui n'avait point encore eu d'exemple parmi les Perses, avait résolu de se saisir de la personne de leur roi par le moyen des troupes qu'ils commandaient tous deux, et de le charger de chaînes. Leur dessein était que s'ils se voyaient poursui vis par Alexandre, en lui remettant Darius vif entre les mains, ils gagneraient ses bonnes gràces, ne pouvant lui faire un présent dont il leur sût plus de gré; et que s'ils pouvaient tant faire que d'échapper de ses mains, ils s'empareraient du royaume après avoir tué Darius, et recommen ceraient la guerre. Et parce qu'il y avait long. temps qu'ils machinaient ce parricide, Nabarzane, comme pour se frayer le chemin à un si exécrable attentat, commença à lui dire :

« Je ne doute point, seigneur, que ce que j'ai à te proposer ne te surprenne, et que d'abord tu n'aies de la peine à le goûter; mais tu sais qu'aux maladies désespérées les médecins ont recours aux remèdes extraordinaires, et que le pilote menacé du naufrage se résout de jeter une partie de ce qu'il a pour sauver l'autre. Ce n'est pas qu'il y ait rien à perdre ni à risquer pour toi, quand tu suivras le conseil que je te donnerai ; au contraire, il ne tend qu'à la conservation de ta per sonne et de ton empire. Tu vois comme les dicux combattent pour nos ennemis, et comme la fortune opiniâtre ne se lasse point de persécuter les Per

diximus : « Nos vero, inquit, pretiosissima vestium induti, armisque quanto maximo cultu possumus adornati, regem in aciem sequemur; ea quidem mente, victoriam ut speremus, mortem non recusemus. » Assensu excepere ceteri hanc vocem; sed Nabarzanes, qui in eodem consilio erat cum Besso, inauditi antea facinoris societate inita, regem suum per milites, quibus ambo præerant, compre hendere et vincire decreverant: ea mente, ut, si Alexander ipsos insequutus foret, tradito rege vivo, inirent gra tiam victoris, magni profecto cepisse Darium æstimaturi; sin autem eum effugere potuissent, interfecto Dario, regnum sibi occuparent, bellumque renovarent. Hoc parri cidium quum diu volutassent, Nabarzanes, aditum nefariæ spei præparans : «< Scio, me, inquit, sententiam esse dicturum, prima specie haud quaquam auribus tuis gratam; sed medici quoque graviores morbos asperis remediis curant; et gubernator, ubi naufragium timet, jactura, quidquid servari potest, redimit. Ego tamen, non ut damnum quidem facias, suadeo, sed ut te ac regnum tuum salubri ratione conserves. Diis adversis bellum inimus, et perti

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