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nemis, qui, disait-il, étaient ceux de la républi-, après Thrasybule, fils de Lycus, le fit recevoir que, n'ayant pas craint de sacrifier l'intérêt com- par l'armée, et nommer préteur; puis, sur la promun à leur ressentiment, en le faisant chasser de position de Théramène, il fut rappelé par décret sa patrie, lorsqu'ils savaient quels services il du peuple, et associé, quoique absent, aux deux pourrait lui rendre. D'après ses conseils, les Lacé- généraux qui se trouvaient à la tête de l'armée. démoniens s'unirent au roi de Perse, et fortifie- La face des affaires changea tellement, sous leur rent Décélie, ville de l'Attique, où ils établirent conduite, que les Lacédémoniens, naguère victoune garnison pour tenir Athènes en échec. Ce fut rieux, furent épouvantés et demandèrent la paix. encore par ses avis qu'ils détachèrent l'Ionie de Ils avaient été vaincus cinq fois sur terre et trois l'alliance des Athéniens, ce qui leur donna la fois sur mer. Ils avaient perdu trois cents trisupériorité sur leurs rivaux. rèmes, tombées au pouvoir de l'ennemi. Alcibiade et ses collègues avaient recouvré l'Ionie, l'Hellespont, et un grand nombre de villes grecques situées sur les côtes d'Asie, la plupart emportées d'assaut, particulièrement Bysance. Ils en avaient aussi gagné un grand nombre par leur clémence envers les vaincus. Après ces exploits, ils revinrent à Athènes chargés de butin, et l'armée enrichie des dépouilles de l'ennemi.

VI. La ville entière vint au-devant d'eux jus

V. Cependant ces services inspirèrent aux Lacédémoniens moins d'amitié que de défiance et d'éloignement pour Alcibiade. Connaissant l'activité de son génie et cette supériorité qui s'étendait à tout, ils craignaient que l'amour de la patrie ne le portât quelque jour à les abandonner et à se réconcilier avec ses concitoyens. Ils cherchèrent l'occasion de le tuer; mais il découvrit bientôt leur dessein, car sa pénétration était si vive qu'il était impossible de le surprendre, surtout lorsqu'au Pirée. On avait un si grand désir de requ'il se tenait sur ses gardes. Il se retira aup ès de Tissapherne, satrape de Darius, et gagna bientôt son amitié. Les revers éprouvés en Sicile avaient affaibli la puissance des Athéniens; celle des Spartiates, au contraire, grandissait de jour en jour. Il résolut de venir au secours de sa patrie, et envoya des messagers à Pisandre, général athénien, qui commandait une armée près de Samos. Il lui demandait de s'employer pour son retour, sachant que ce général partageait ses opinions, et favorisait l'aristocratie aux dépens du peuple. Il fut cependant repoussé; mais bientôt

nerat, Eumolpidas sacerdotes a populo coactos, ut se devoverent, ejusque devotionis, quo testatior esset memoria, exemplum, in pila lapidea incisum, esse positum in publico, Lacedæmonem demigravit. Ibi, ut ipse prædicare consueverat, non adversus patriam, sed inimicos suos, bellum gessit, « quod iidem hostes essent civitati: nam, quum intelligerent, se plurimum prodesse posse reipublicæ, ex ea ejecisse, plusque iræ suæ, quam utililati communi, paruisse.» Itaque hujus consilio Lacedæmonii cum Persarum rege amicitiam fecerunt; deinde Deceliam in Attica munierunt, præsidioque perpetuo ibi posito in obsidione Athenas tenuerunt. Ejusdem opera loniam a societate averterunt Atheniensium : quo facto, multo superiores bello esse cœperunt.

V. Neque vero bis rebus tam amici Alcibiadi sunt facti, quam timore ab eo alienati. Nam, quum acerrimi virl præstantem prudentiam in omnibus rebus cognoscerent, pertimuerunt, ne, caritate patriæ ductus, aliquando ab ipsis descisceret, et cum suis in gratiam rediret. Itaque tempus ejus interficiendi quærere instituerunt. Id Alcibiadi diutius celari non potuit: erat enim ea sagacitate, ut decipi non posset, præsertim quum animum attendisset ad cavendum. Itaque ad Tissaphernem, præfectum regis Darii, se contulit. Cujus quum in intimam amicitiam per venisset, et Atheniensium, male gestis in Sicilia rebus, opes senescere, contra Lacedæmoniorum crescere videret, initio cum Pisandro prætore, qui apud Samum exercitum habebat, per internuntios colloquitur, et de reditu suo

voir Alcibiade, que le peuple se portait en foule vers son vaisseau, comme s'il fût arrivé seul. On était persuadé qu'il était l'auteur des revers passés et des succès présents. On attribuait la perte de la Sicile et les victoires des Lacédémoniens à la faute qu'on avait commise en bannissant ce grand homme et cette opinion n'était pas sans fondement, car les défaites des Spartiates dataient du jour où Alcibiade avait pris le commandement de l'armée. Dès qu'il eut quitté son vaisseau, la foule le suivit, sans s'occuper de Théramène et de Thrasybule, qui cependant avaient commandé facit mentionem. Erat enim eodem, quo Alcibiades, sensu, populi potentiæ non amicus, et optimatum fautor. Ab hoc destitutus, primum per Thrasybulum, Lyci filium, ab exercitu recipitur, prætorque fit apud Samum; post, suffragante Theramene, populiscito restituitur, parique absens imperio præficitur simul cum Thrasybulo et Theramene. Horum in imperio tanta commutatio rerum facta est, ut Lacedæmonii, qui paulo ante victores viguerant, perterriti pacem peterent. Victi enim erant quinque præliis terrestribus, tribus navalibus in quibus ducentas naveg triremes amiserant, quæ captæ in hostium venerant potestatem. Alcibiades simul cum collegis receperat Ioniam, Hellespontum, multas præterea urbes græcas, quæ in ora sitæ sunt Asiæ, quarum expugnarant complures, in his Byzantium. Neque minus multas consilio ad amicitiam adjunxerant, quod in captos ́ clementia fuerant usi. Inde præda onusti, locupletato exercitu, maximis rebus gestis, Athenas venerunt.

VI. His quum obviam universa civitas in Piraeum descendisset, tanta fuit omnium exspectatio visendi Alcibia dis, ut ad ejus triremem vulgus conflueret, perinde ac si solus advenisset. Sic enim populo erat persuasum, et adversas superiores, et præsentes secundas res accidisse ejus opera. Itaque et Siciliæ amissun, et Lacedæmoniorum victorias culpæ suæ tribuebant, quod talem virum e civitate expulissent. Neque id sine causa arbitrari videbantur: nam postquam exercitui præcesse cœperat, neque terra neque mari hostes pares esse poluerant. Hic ut navi

avec lui, et qui entraient en même temps dans le Pirée. De tous côtés on lui présentait des couronnes d'or et d'airain, ce qui ne s'était jamais fait que pour les vainqueurs des jeux Olympiques. Alcibiade, se rappelant ses malheurs, pleurait de joie en recevant ces marques de l'affection de ses concitoyens. Lorsqu'il fut arrivé dans la ville, il convoqua le peuple, et fit un discours si touchant que les plus insensibles en versaient des larmes, et témoignaient leur indignation contre les auteurs de son exil. On eût dit que ce n'était pas le même peuple qui l'avait condamné comme sacrilége. Ses biens lui furent rendus par un décret. On força les Eumolpides qui l'avaient maudit à révoquer leur anathème, et la colonne sur laquelle on avait inscrit sa sentence fut jetée à la

mer.

VII. La joie d'Alcibiade ne fut pas de longue durée. Il était comblé d'honneurs; la république s'était livrée à lui, abandonnant tout à sa volonté, les affaires du dedans et celles du dehors. Il avait même demandé et obtenu deux collègues, Thrasybule et Adimante, lorsqu'il partit pour l'Asie à la tête d'une flotte. Mais n'ayant pas réussi comme on l'espérait devant Cymé, il redevint odieux au peuple. On ne croyait pas qu'il y eût quelque chose d'impossible à Alcibiade, et on lui imputait tous les revers, l'accusant de négligence et de perfidie. C'est ce qui arriva en cette occasion. On prétendit que s'il n'avait pas pris Cymé, c'est qu'il ne l'avait pas voulu, et qu'il s'était laissé gagner par "'or du roi de Perse. Aussi je pense que rien ne lui fut plus fatal que la haute opinion qu'on avait de son cou

egressus est, quanquam Theramenes et Thrasybulus eisdem rebus præfuerant, simulque venerant in Piræeum, tamen illum unum omnes prosequebantur; et, id quod nunquam antea usu venerat, nisi Olympia victoribus, coronis aureis æneisque vulgo donabatur. Ille lacrymans talem benevolentiam civium suorum accipiebat, reminiscens pristini temporis acerbitatem. Postquam Astu venit, concione advocata, sic verba fecit, ut nemo tam ferus fuerit, quin ejus casum lacrymarit, inimicumque his se ostenderit, quorum opera patria pulsus fuerat; proinde ac si alius populus, non ille ipse, qui tum flebat, eum sacrilegii damnasset. Restituta ergo huic sunt publice bona; iidemque illi Eumolpidæ sacerdotes rursus resacrare sunt coacti, qui eum devoverant; pilæque illæ, in quibus de. votio fuerat scripta, in mare præcipitata.

VII. Hæc Alcibiadi lætitia non nimis fuit diuturna. Nam quum ei omnes essent honores decreti, tolaque respublica domi bellique tradita, ut unius arbitrio gereretur, et ipse postulasset, ut duo sibi collega darentur, Thrasy bulus et Adimantus, neque id negatum esset, classe jam in Asiam profectus, quod apud Cymen minus ex sententia rem gesserat, in invidiam recidit. Nihil enim eum non efficere posse ducebant. Ex quo fiebat, ut omnia minus prospere gesta ejus culpæ tribuerent, quum eum aut negligenter, aut malitiose fecisse loquerentur; sicut tum accidit:: :nam, corruptum a rege capere Cymen noluisse, arguebant. Ita

rage et de son génie. On ne le redoutait pas moins qu'on ne l'aimait, et l'on craignait qu'enivré par ses richesses et sa prospérité, il n'aspirât à la tyrannie. Sans attendre son retour, on lui ôta le commandement et on lui donna un successeur. A cette nouvelle, Alcibiade ne voulut pas revenir dans sa patrie; il se retira à Périnthe, où il fortifia trois châteaux, Bornes, Bisas et Néontique. Il rassembla ensuite quelques troupes et entra dans la Thrace. C'était le premier de tous les Grecs qui pénétrait dans ce pays. Il jugeait plus glorieux de s'enrichir des dépouilles des barbares que de celles de la Grèce. Il accrut par là sa renommée, et acquit l'amitié de plusieurs rois du pays.

VIII. Cependant il ne pouvait chasser de son cœur le souvenir de la patrie. Philoclès, général athénien, était venu mouiller avec sa flotte à l'embouchure du fleuve Ægos, à peu de distance de Lysandre, qui commandait les Lacédémoniens. Lysandre ne cherchait qu'à traîner la guerre en longueur, car le roi de Perse fournissait de l'argent aux Spartiates, tandis que les Athéniens étaient épuisés et ne possédaient plus que leurs armes et leurs vaisseaux. Alcibiade vint trouver Philoclès, et là, en présence de l'armée, il dit que, si on voulait, il forcerait les Lacédémoniens « à combattre ou à demander la paix ; que ce « qui les empêchait d'accepter le combat c'est qu'ils << se sentaient moins forts sur mer que sur terre: « mais qu'il lui serait facile de résoudre Seuthès, « roi de Thrace, à les chasser du continent, et qu'alors il faudrait bien qu'ils combattissent << ou qu'ils fissent la paix. » Philoclès sentait la

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que huic maxime putamus malo fuisse nimiam opinionem ingenii atque virtutis. Timebatur enim non minus, quam diligebatur, ne, secunda fortuna, magnisque opibus ela. tus, tyrannidem concupisceret. Quibus rebus factum est, ut absenti magistratum abrogarent, et alium in ejus locum substituerent. Id ille ut audivit, domum reverti noluit, et se Pactyen contulit, ibique tria castella communivit, Bor. nos, Bisanthen, Neontichos; manuque collecta primus Græciæ civitatis in Thraciam introiit, gloriosius existi mans barbarorum præda locupletari, quam Graiorum. Qua ex re creverat quum fama, tum opibus, magnamque amicitiam sibi cum quibusdam regibus Thraciæ pepere

rat.

VIII. Neque tamen a caritate patriæ potuit recedere. Nam quum apud Ægos flumen Philocles, prætor Atheniensium, classem constituisset suam, neque longe abesset Lysander, prætor Lacedæmoniorum, qui in eo erat occupatus, ut bellum quam diutissime duceret, quod ipsis pecunia a rege suppeditabatur, contra Atheniensibus exhaustis, præter arma et naves, nihil erat super; Alcibia des ad exercitum venit Atheniensium, ibique, præsente vulgo, agere cœpit : « Si vellent, se coacturum Lysandrum aut dimicare, aut pacem petere: Lacedæmonios eo nolle confligere classe, quod pedestribus copiis plus, quam navibus, valerent: sibi autem esse facile Seuthen, regem Thracum, deducere, ut eos terra depelleret; quo facto,

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justesse de ce conseil, mais il ne voulut pas le, suivre; il comprenait que le retour d'Alcibiade détruisait son autorité, et que si on ne réussissait pas, il aurait la honte de la défaite, sans partager la gloire du succès, si les Lacédémoniens étaient vaincus. Alcibiade lui dit en le quittant: « Puisque tu ne veux pas voir triompher ta patrie, écoute au moins le conseil que je vais te donner: * Aie soin de retenir tes soldats sur la flotte comme dans un camp fortifié, car il est à craindre que « leur indiscipline ne donne à Lysandre le moyen « de nous écraser. » L'événement justifia ces prévisions. Lysandre, instruit par ses éclaireurs que les Athéniens avaient quitté leurs vaisseaux pour piller, saisit l'occasion, et finit la guerre d'un seul coup.

IX. Après la défaite des Athéniens, Alcibiade ne se jugeant plus en sûreté dans le pays où il était, alla se réfugier dans le fond de la Thrace, au-dessus de la Propontide, espérant pouvoir y cacher facilement sa fortune et sa vie; mais il se trompa. Les Thraces ayant appris qu'il était venu avec des trésors, lui dressèrent des embûches et lui enlevèrent ses richesses; mais ils ne purent s'emparer de sa personne. Convaincu qu'il n'y avait plus d'asile pour lui dans la Grèce à cause de la puissance des Lacédémoniens, il passa en Asie auprès de Pharnabaze, et le séduisit tellement par la grâce de ses manières, qu'il devint bientôt son meilleur ami. Pharnabaze lui fit présent du château de Grunium en Phrygie, qui rapportait cinquante talents par an. Cependant cette fortune ne le contenta pas. L'idée d'Athènes vaincue et asservie aux Lacédémoniens lui était

necessario aut classe conflicturos, aut bellum composituros. » Id etsi vere dictum Philocles animadvertebat, tamen postulata facere noluit; quod sentiebat se, Alcibiade recepto, nullius momenti apud exercitum futurum; et, si quid secundi evenisset, nullam in ea re suam partem fore; contra ea, si quid adversi accidisset, se unum ejus delicti futurum reum. Ab hoc discedens Alcibiades : « Quoniam, inquit, victoria patriæ repugnas, illud moneo, juxta hostes castra habeas nautica. Periculum est enim, ne immodestia militum nostrorum occasio detur Lysandro nostri opprimendi exercitus.» Neque ea res illum fefellit. Nam Lysander, quum per speculatores comperisset, vulgum Atheniensium in terram prædatum exisse, navesque pene inanes relictas, tempus rei gerendæ non dimisit, eoque impetu totum bellum delevit.

IX. At Alcibiades, victis Atheniensibus, non satis tuta eadem loca sibi arbitratus, penitus in Thraciam se supra Propontidem abdidit, sperans ibi facillime suam fortunam occuli posse falso. Nam Thraces, postquam eum cum magna pecunia venisse senserunt, insidias ei fecerunt; qui ea, quæ apportarat, abstulerunt, ipsum capere non potuerunt. Ille cernens, nullum locum sibi tutum in Græcia propter potentiam Lacedæmoniorum, ad Pharnabazum in Asiam transiit. Quem quidem adeo sua cepit humanifate, ut cum nemo in amicitia antecederet. Namque ei Grunium dederat, in Phrygia castrum, ex quo quinqua

insupportable; et il ne pensait qu'à affranchir sa patrie. Mais comme il ne pouvait y réussir sans le secours du roi de Perse, il désirait gagner son amitié, ne doutant pas d'en venir à bout s'il lui était permis seulement de l'approcher. Il savait que Cyrus son frère, se préparait secrètement à lui faire la guerre avec l'aide des Spartiates, et il pensait qu'en lui découvrant ce complot, il s'assurerait ses bonnes grâces.

X. Il songeait à exécuter ce dessein et pressait Pharnabaze de l'envoyer auprès du roi, lorsque Critias et les autres tyrans d'Athènes dépêchèrent des émissaires à Lysandre en Asie, pour lui dire que rien de ce qu'il avait établi à Athènes ne subsisterait tant qu'Alcibiade vivrait; et qu'il lui fallait le poursuivre sans relâche, s'il voulait que son ouvrage durât. Lysandre, convaincu, se détermine à agir vivement auprès de Pharnabaze. Il lui déclare que le traité conclu entre Artaxerxès et Lacédémone est nul, si on ne lui livre Alcibiade mort ou vif. Le satrape n'ose résister; et, sacrifiant les droits de l'humanité aux intérêts de son maître, il dépêche en Phrygie Sysamithres et Bagoas, avec ordre de tuer Alcibiade, alors dans ce pays, et qui se disposait à aller trouver le roi de Perse. Les deux émissaires chargent secrètement les voisins d'Alcibiade de l'assassiner; mais ceux-ci, qui n'osent l'attaquer avec le fer, amassent pendant la nuit du bois autour de sa maison, pour faire périr au milieu des flammes un homme qu'ils n'espéraient pas vaincre les armes à la main. Au bruit de l'incendie, Alcibiade se réveille; et s'apercevant qu'on lui a soustrait son épée, il saisit le poignard d'un Arcadien

gena talenta vectigalis capiebat. Qua fortuna Alcibiades non erat contentus, neque Athenas victas Lacedæmoniis servire poterat pati. Itaque ad patriam liberandam omni ferebatur cogitatione. Sed videbat id sine rege Persarum non posse fieri, ideoque eum amicum sibi cupiebat adjungi. Neque dubitabat facile se consecuturum, si modo ejus conveniendi habuisset potestatem. Nam Cyrum fratrem ei bellum clam parare, Lacedæmoniis adjuvantibus, sciebat: id si ei aperuisset, magnam se ab eo initurum gratiam videbat.

X. Hæc quum moliretur, peteretque a Pharnabazo ut ad regem mitteretur, eodem tempore Critias ceterique tyranni Atheniensium certos homines ad Lysandrum in Asiam miserunt, qui eum certiorem facerent, nisi Alcibiadem sustulisset, nihil earum rerum fore ratum, quas ipse Athenis constituisset : quare, si suas res gestas manere vellet, illum persequeretur. His Laco rebus commotus statuit, accuratius sibi agendum cum Pharnabazo. Huic ergo renuntiat, quæ regi cum Lacedæmoniis essent, irrita futura, nisi Alcibiadem vivum aut mortuum tradidisset. Non tulit hoc satrapes, et violare clementiam, quam regis opes minui, maluit. Itaque misit Sysamithren et Bagoam ad Alcibiadem interficiendum, quum ille esset in Phrygia, iterque ad regem compararet. Missi clam vicinitati, in qua tum Alcibiades erat, dant negotium, ut eum interficiant.

Illi, quum eum ferro aggredi non auderent, noctu ligna

qui lui servait de compagnon et s'était attaché à sa fortune. Il lui ordonne de le suivre, prend tous les vêtements qui lui tombent sous la main, les jette sur la flamme, et s'ouvre ainsi un passage à travers l'incendie. Les barbares le voyant échappé, lui lancent de loin une grêle de traits, le tuent, et portent sa tête à Pharnabaze. Une femme qui vivait avec lui fit un linceul de sa propre tunique, et livra son corps aux flammes, préparées pour le faire périr. Ainsi mourut Alcibiade, à l'âge d'environ quarante ans.

XI. Trois célèbres historiens ont parlé avec admiration de cet homme, que la plupart des écrivains ont voulu flétrir. Ces trois historiens sont Thucydide, son contemporain; Théopompe, qui naquit peu de temps après, et Timée. Les deux derniers, qui aiment tant à blâmer, ont fait, je ne sais comment, une exception en sa faveur. Ce sont eux qui m'ont fourni le passage que j'ai rapporté plus haut et celui que je vais citer : « Né dans la première ville de la Grèce, Al« cibiade efface tous les Athéniens par la gran«<deur de son nom et l'éclat de sa vie. Exilé de son « pays, il vint à Thèbes, et sut si bien se confor« mer aux mœurs des habitants, que nul ne pouavait lui être comparé dans les travaux du corps « qui exigent de la force. On sait que les Béotiens « tiennent plus à la vigueur du corps qu'aux qualités de l'esprit. A Lacédémone, où la première vertu est de savoir tout souffrir, il vain« quit les Spartiates par son austérité. Chez les

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contulerunt circa casam eam, in qua quiescebat; eamque succenderunt, ut incendio conficerent, quem manu superari posse diffidebant. Ille autem, ut sonitu flammæ est excitatus, quod gladius ei erat subductus, familiaris sui subalare telum eripuit. Namque erat cum eo quidam ex Arcadia hospes, qui nunquam discedere voluerat. Hunc sequi se jubet, et id, quod in præsentia vestimentorum fuit, arripuit. His in ignem ejectis, flammæ vim transiit. Quem ut barbari incendium effugisse eminus viderunt, telis missis interfecerunt, caputque ejus ad Pharnabazum retulerunt. At mulier, quæ cum eo vivere consuerat, muliebri sua veste contectum, ædificii incendio mortuum cremavit, quod ad vivum interimendum erat comparatum. Sic Alcibiades, annos circiter quadraginta natus, diem obiit supremum.

XI. Hunc, infamatum a plerisque, tres gravissimi historici summis laudibus extulerunt: Thucydides, qui ejus. dem ætatis fuit; Theopompus, qui fuit post aliquanto natus; et Timæus : qui quidem duo maledicentissimi, nescio quo modo, in illo uno laudando consenserunt. Nam ea, quæ supra diximus, de eo prædicarunt, atque hoc amplius, a quum Athenis, splendidissima civitate, natus esset, omnes Athenienses splendore ac dignitate vitæ superasse; postquam inde expulsus Thebas venerit, adeo studiis eorum inservisse, ut nemo eum labore corporisque viribus posset æquiparare. Omnes enim Boeotii magis firmitati corporis, quam ingenii acumini, inserviunt. Eumdem apud Lacedæmonios, quorum moribus summa virtus in patientia ponebatur, sic duritia se dedisse, ut parcimonia victus atque cultus omnes Lacedæmonios vinceret. Fuisse

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CHAP. I. Mérite éclatant de Thrasybule; il délivre sa patrie des trente tyrans. — II. Il se réfugie à Phylé; il s'empare de Munychie; sa clémence envers les vaincus. III. }} porte une loi d'oubli. IV. Il se contente d'une couronne d'olivier, à l'exemple de Pittacus, qui ne voulut accepter qu'un modeste coin de terre. Il est tué en Cilicie par les barbares.

I. Thrasybule, fils de Lycus, naquit à Athènes. Si l'on ne s'attache qu'au mérite sans avoir égard à la fortune, ce général est peut-être le premier de tous ceux dont j'écris la vie. Pour moi, je n'en vois aucun qui l'ait surpassé en grandeur d'âme, en loyauté, en courage, en patriotisme. Beaucoup de citoyens ont tenté de délivrer leur patrie d'un seul tyran : Thrasybule lui seul a affranchi son pays de trente oppresseurs. Mais comment se faitil que tant d'autres l'aient éclipsé en renommée, quand personne ne l'a égalé en vertu? Dans la

apud Thracas, homines vinolentos, rebusque venereis de ditos hos quoque in his rebus antecessisse. Venisse ad Persas, apud quos summa laus esset fortiter venari, luxuriose vivere: horum sic imitatum consuetudinem, ut illi ipsi eum in his maxime admirarentur. Quibus rebus effecisse, ut, apud quoscunque esset, princeps poneretur, habereturque carissimus. » Sed satis de hoc reliquos ordiamur.

THRASYBULUS.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Thrasybulus, virtute clarus, patriam a triginta tyrannis liberat. - II. Phylen confugit; Munychiam occupat; parcit civibus. — III. Pace facta, legem fert oblivionis. IV. Corona olivæ, non aliter ac Pittacus agello modico, contentus fuit. Ad Ciliciam a barbaris interficitur.

I. Thrasybulus, Lyci filius, Atheniensis. Si per se virtus sine fortuna ponderanda sit, dubito, an hunc primum omnium ponam. Illi sine dubio neminem præfero fide, constantia, magnitudine animi, in patriam amore. Nam quod multi voluerunt, pauci potuerunt, ab uno tyranno patriam liberare; huic contigit, ut a triginta oppressam tyrannis ex servitute in libertatem vindicaret. Sed, nescio quo modo, quum eum nemo anteiret bis virtutibus, multi nobilitate præcucurrerunt. Primum Peloponnesio bello

guerre du Péloponnèse, par exemple, il fit beaucoup de choses sans Alcibiade, qui ne fit jamais rien sans lui. Mais ce dernier, né heureux, eut la gloire de tous les succès. Du reste, lorsqu'une armée est victorieuse, la gloire en appartient à tout le monde, aussi bien aux soldatset à la fortune qu'aux généraux. Le tumulte de la mêlée laisse si peu de place aux combinaisons des chefs, que tout dépend du courage et du nombre des comhattants. Le soldat peut donc réclamer quelque chose de l'honneur de la victoire. La fortune sur tout peut en revendiquer sa part, et se vanter d'y avoir fait plus que l'habileté de ceux qui commandaient. Il n'en est pas de même de Thrasybule: sa gloire lui appartient tout entière. En effet, lorsque les trente tyrans imposés par les Lacé démoniens opprimaient les Athéniens; lorsqu'ils eurent fait périr ou exilé une foule de citoyens que le sort des armes avait épargnés, qu'ils eurent confisqué leurs biens pour se les partager, Thrasybule fut non-seulement le premier qui leur déclara la guerre, mais le seul qui la leur fit dans le commencement.

II. Lorsqu'il se réfugia dans Phylé, l'une des plus fortes places de l'Attique, il n'avait avec lui que trente partisans. Tel fut le principe du salut d'Athènes, et la force qui rendit la liberté à cette illustre république. Les tyrans méprisèrent d'abord Thrasybule à cause de sa faiblesse; mais ce mépris causa leur perte, car il sauva celui qui en était l'objet. En négligeant de poursuivre Thrasybule, ils lui donnèrent le temps de grossir son parti; ce qui est une nouvelle preuve de cette vérité qu'on ne devrait jamais oublier, que dans la guerre il ne faut rien négliger. Cela prouva

encore la vérité du proverbe : On voit rare ment pleurer la mère d'un homme prudent. Cependant les forces de Thrasybule ne devinrent pas aussi considérables qu'il le pensait; car à cette époque les bons citoyens montraient déjà plus d'éloquence que de courage pour la défense de la liberté. Il passa de Phylé au Pirée, et fortifia Munychie. Les tyrans l'y attaquèrent deux fɔis et furent deux fois repoussés. Ils se réfugièrent dans la ville, après avoir perdu leurs armes et leurs bagages. Dans cette circonstance, Thrasybule fit preuve d'une modération égale à son courage. Il défendit, de maltraiter ceux qui se rendaient, pensant qu'il était juste que des citoyens épargnassent des citoyens. Il n'y eut de blessés que ceux qui attaquèrent les premiers. On ne dépouilla aucun mort; on ne prit que les armes et les vivres dont on avait besoin. Critias, le chef des trente tyrans, fut tué dans la seconde affaire, en combattant avec valeur contre Thrasybule.

multa hic sine Alcibiade gessit; ille nullam rem sine hoc : quæ ille universa naturali quodam bono fecit lucri. Sed illa tamen omnia communia imperatoribus cum militibus et fortuna: quod in prælii concursu abit res a consilio ad vires vimque pugnantium. Itaque jure suo nonnulla ab imperatore miles, plurima vero fortuna vindicat, seque hic plus valuisse, quam ducis prudentiam, vere potest prædicare. Quare illud magnificentissimum factum proprium est Thrasybuli. Nam quum triginta tyranni, præpositi a Lacedæmoniis, servitute oppressas tenerent Atlienas, plurimos cives, quibus in bello pepercerat fortuna, partim patria expulissent, partim interfecissent, plurimorum bona publicata inter se divisissent, non solum princeps, sed et solus initio, bellum his indixit.

II. Hic enim quum Phylen confugisset, quod est castellum in Attica munitissimum, non plus habuit secum quam triginta de suis. Hoc initium fuit salutis Atticorum; hoc robur libertatis clarissimæ civitatis. Neque vero hic non contemptus est primo a tyrannis, atque ejus solitudo. Quæ quidem res et illis contemnentibus perniciei, et huic despecto saluti fuit. Hæc enim illos ad persequendum segnes, hos autem, tempore ad comparandum dato, fecit robustio res. Quo magis præceptum illud omnium in animis esse debet, «Nihil in bello oportere contemni; »> nec sine causa Matrem timidi flere non solere. » Neque tamen pro

dici,

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III. Après la chute des tyrans, Pausanias, roi de Lacédémone, vint au secours des Athéniens. Il fit conclure la paix entre Thrasybule et le parti qui occupait la ville. Il fut convenu que personne ne serait exilé, à l'exception des trente tyrans et des dix citoyens qui, ayant été préteurs, s'étaient montrés aussi cruels qu'eux; que l'on ne confisquerait pas les biens, et que le gouvernement serait rendu au peuple. Après la paix, Thrasybule, qui était tout-puissant sur le peuple, donna une nouvelle preuve de sa magnanimité. Il fit porter une loi qui défendait d'accuser ou de punir personne pour les faits passés. On la nomma loi d'oubli. Mais il ne se contenta pas de la faire décréter; il veilla encore à son exécution. Quel

opinione Thrasybuli auctæ sunt opes. Nam jam tum illis temporibus fortius boni pro libertate loquebantur, quam pugnabant. Hinc in Piræum transiit, Munychiamque mu• nivit. Hanc bis tyranni oppugnare sunt adorti; ab eaque turpiter repulsi, protinus in urbem, armis impedimentisque amissis, refugerunt. Usus est Thrasybulus non minus prudentia, quam fortitudine: nam cedentes violari vetuit; cives enim civibus parcere æquum censebat. Neque quisquam est vulneratus, nisi qui prior impugnare voluit. Neminem jacentem veste spoliavit: nil attigit, nisi arma, quorum indigebat, et quæ ad victum pertinebant. In secundo prælio cecidit Critias, dux tyrannorum, quuin quidem adversus Thrasybulum fortissime pugnaret.

III. Hoc dejecto, Pausanias venit Atticis auxilio, rex Lacedæmoniorum. Is inter Thrasybulum, et eos, qui urbem tenebant, fecit pacem his conditionibus: « Ne qui, præter triginta tyrannos, et decem, qui postea prætores creati, superioris more crudelitatis erant usi, afficerentur exsilio, neve bona publicarentur; reipublicæ procuratio populo redderetur. Præclarum hoc quoque Thrasybuli, quod, reconciliata pace, quum plurimum in civitate posset, legem tulit, ne quis anteactarum rerum accusaretur, neve mulctaretur : camque illi legem oblivionis appellarunt. Neque vero hanc tantum ferendam curavit; sed etiam, ut valeret, effecit. Nam quum quidam ex his, qui simul cum

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