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pays sans eau: on pouvait la parcourir en dix | jours; l'autre plus longue du double à cause d'un détour qu'elle faisait, mais très-fréquentée, et passant par des campagnes fertiles, où l'armée trouverait tout en abondance. Antigone se décida pour la première, espérant tomber sur les ennemis à l'improviste, tandis que s'il prenait l'autre, il n'aurait pas fait un tiers du chemin, qu'on serait instruit de son approche. Il fit faire une grande provision d'outres, de sacs de cuir, de fourrages, prit pour dix jours de vivres; il ordonna qu'on n'allumât presque point de feux dans le camp, et, cachant à toute l'armée la route qu'on allait suivre, il se mit en marche.

IX. Il n'avait pas fait la moitié du chemin, que la fumée de son camp le trahit et fait soupçonner sa présence à Eumène. Les chefs s'assemblent, et on délibère. On comprend alors la faute qui a été commise. Il est trop tard pour rassembler les troupes, et l'on ne pourra pas résister. Voyant le trouble et l'indécision qui régnaient dans le conseil, Eumène dit que si on veut agir avec promptitude, et exécuter ses ordres mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici, il conjurera le péril; que l'ennemi ayant encore cinq jours de marche pour arriver au camp, il se fait fort de le retarder d'autant, et qu'ils pourront pendant ce temps-là réunir les troupes. Voici la ruse qu'il imagina pour arrêter la marche d'Antigone. La route que l'ennemi avait encore à parcourir était coupée par des hauteurs. Eumène y envoie des hommes sûrs, avec ordre d'allumer de grands feux au commencement de la nuit, sur une ligne aussi étendue que

statuit aliquid sibi consilii novi esse capiendum. Duæ erant viæ, qua ex Medis, ubi ille hiemabat, ad adversariorum hibernacula posset perveniri : quarum brevior per loca deserta, quæ nemo incolebat propter aquæ inopiam, ceterum dierum erat fere decem; illa autem, qua omnes commeabant, altero tanto longiorem habebat anfractum, sed erat copiosa, omniumque rerum abundans. Hac si proficisceretur, intelligebat, prius adversarios rescituros de suo adventu, quam ipse tertiam partem confecisset itineris; sin per loca sola contenderet, sperabat, se imprudentem hostem oppressurum. Ad hanc rem conficiendam, imperavit, quam plurimos utres atque etiam culleos comparari; post hæc pabulum; præterea cibaria cocta dierum decem; utque quam minime fieret ignis in castris: iter, quod habebat, omnes celat. Sic paratus, qua constituerat, proficiscitur.

IX. Dimidium fere spatium confecerat, quum ex fumo castrorum ejus suspicio allata est ad Eumenem, hostem appropinquare. Conveniunt duces : quæritur, quid opus sit facto. Intelligebant omnes, tam celeriter copias ipso rum contrahi non posse, quam Antigonus affuturus videbatur. Hic, omnibus titubantibus, et de rebus summis desperantibus, Eumenes ait, si celeritatem velint adhibere, et imperata facere, quod ante non fecerint, se rem expediturum. Nam, quod diebus quinque hostis transisse posset, se effecturum, ut non minus totidem dierum spatio retardaretur: quare circumirent, suas quisque copias contraheget. Ad Antigoni autem refrenandum impetum, tale capit

possible; puis de les diminuer à la seconde veille et de les réduire presque à rien à la troisième, ainsi qu'on le pratique dans les camps. C'était pour faire croire à l'ennemi qu'Eumène, instruit de sa marche, s'était retranché là. Il leur était enjoint de recommencer la nuit suivante. Tout fut ponctuellement exécuté. Antigone, à l'entrée de la nuit, aperçoit des feux; il pense qu'Eumène a été averti, et qu'il a concentré ses forces en cet endroit. Alors il change de plan, et, ne pouvant surprendre l'ennemi, il se détourne et va gagner l'autre chemin à long circuit et abondant en ressources. Il s'y arrête un jour entier, pour donner aux hommes et aux chevaux le temps de reprendre des forces et de se préparer au combat.

X. C'est ainsi qu'Eumène déjoua les projets d'un habile capitaine, et retarda la rapidité de sa marche. Mais il profita peu de ce succès. Victime de la jalousie des autres chefs et de la perfidie des vétérans, qui lui avaient juré par trois fois de le défendre et de ne pas l'abandonner, il fut livré à Antigone, après un combat où il avait vaincu l'ennemi. L'envie qu'il inspirait était si forte, qu'elle l'emporta sur leurs serments. Antigone, son ennemi mortel, lui aurait cependant sauvé la vie s'il en eût été le maître, car il sentait qu'il ne pouvait trouver de meilleur allié dans les événements qui se préparaient. Il était menacé à la fois par Ptolémée, Séleucus et Lysimaque, dont la puissance devenait formidable, et qui allaient lui disputer l'empire. Mais ceux qui l'entouraient s'opposèrent à ce qu'il laissât vivre Eumène, sachant bien qu'il les effacerait tous si Antigone se

consilium. Certos mittit homines ad infimos montes, qui obvii erant itineri adversariorum; hisque præcepit, ut prima nocte, quam latissime possint, ignes faciant quam maximos, atque hos secunda vigilia minuant, tertia perexiguos reddant; et, assimulata castrorum consuetudine, suspicionem injiciant hostibus, his locis esse castra, ac de eorum adventu esse prænuntiatum ; idemque postera nocte faciant. Quibus imperatum erat, diligenter præceptum curant. Antigonus, tenebris obortis, ignes conspicatur; credit de suo adventu esse auditum, et adversarios illuc suas contraxisse copias. Mutat consilium, et, quoniam imprudentes adoriri non posset, flectit iter suum, et illum anfractum longiorem copiosa viæ capit, ibique diem unum opperitur, ad lassitudinem sedandam militum, ac reficienda jumenta, quo integriore exercitu decerneret.

X. Sic Eumenes callidum imperatorem vicit consilio, celeritatemque impedivit ejus : neque tamen multum profecit. Nam invidia ducum, cum quibus erat, perfidiaque militum Macedonum veteranorum, quum superior prælio discessisset, Antigono est deditus; quum exercitus ei ter ante, separatis temporibus, jurasset, se eum defensurum, nec unquam deserturum. Sed tanta fuit nonnullorum virtutis obtrectatio, ut fidem amittere mallent, quam eum non prodere. Atque hunc Antigonus, quum ei fuisset infes tissimus, conservasset, si per suos esset licitum, quod ab nullo se plus adjuvari posse intelligebat in his rebus, quas impendere jam apparebat omnibus. Imminebant enim Seleucus, Lysimachus, Ptolemæus opibus jam valentes,

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réconciliait avec lui. Antigone lui-même était si irrité contre Eumène, que l'espoir d'en tirer de grands services avait pu seul adoucir sa colère. XI. Il le fit donc mettre en prison; et le chef des gardes lui ayant demandé de quelle manière XII. Antigone, n'osant décider seul du sort de il voulait qu'on le traitât : « Comme le lion le plus son captif, assembla son conseil et lui demanda « furieux ou l'éléphant le plus terrible,» répondit-ce qu'il devait faire. Cette question causa une

avantages extérieurs une force de corps qui le rendait propre à toutes les fatigues. Il était, du reste, plus remarquable par sa figure que par sa taille, qui était petite.

il; car il n'avait pas encore décidé s'il le sauverait ou non. Cependant on courait à la prison d'Eumène, les ennemis pour jouir du spectacle de son infortune, ceux qui avaient été ses amis, pour le consoler et s'entretenir avec lui. Beaucoup y allaient par curiosité, et pour connaître les traits de cet homme qui les avait fait trembler pendant si longtemps, et dont la perte seule pouvait procurer la victoire à leur parti. Eumène, las de cette captivité, dit à Onomarque, qui commandait dans la prison, qu'il s'étonnait du traitement qu'on lui faisait subir depuis trois jours; qu'il était indigne d'Antigone d'abuser ainsi de la position d'un vaincu; qu'il demandait qu'on lui donnât la mort ou la liberté. Mais, lui dit Onomarque, étonné de « sa fierté, si vous pensez réellement ce que vous dites, pourquoi n'avoir pas cherché à mourir pendantle combat, plutôt que de tomber vivant entre les mains de votre ennemi? - Plût aux dieux que j'eusse pule faire! répondit Eumène; si je ne suis pas mort dans le combat, c'est que je n'ai trouvé personne capable de me vaincre. Je ne me suis jamais mesuré avec un ennemi que je ne l'aie renversé; car ce ne sont pas mes ennemis qui m'ont vaincu, ce sont mes amis qui m'ont trahi. » Il ne disait que la vérité. Eumène joignait à ses

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N

«

cam quibus ei de summis rebus erat dimicandum. Sed non passi sunt hi qui circa erant, quod videbant, Eumene recepto, omnes præ illo parvi futuros. Ipse autem Antigonus adeo erat incensus, ut, nisi magna spe maximarum rerum, leniri non posset.

XI. Itaque, quum eum in custodiam dedisset, et præfectus custodum quæsisset, quemadmodum servari vellet : Ut acerrimum, inquit, leonem, aut ferocissimum ele phantum.» Nondum enim statuerat, servaret eum, necne. Veniebat autem ad Eumenem utrumque genus hominum; et qui propter odium fructum oculis ex ejus casu capere vellent, et qui propter veterem amicitiam colloqui, consolarique cuperent: multi etiam, qui ejus formam coguoscere studebant, qualis esset, quem tamdiu, tamque valde timuissent, cujus in pernicie positam spem habuissent victoriæ. At Eumenes, quum diutius in vinculis esset, ait Onomarcho, penes quem summa imperii erat custodia, se mirari, quare jam tertium diem sic teneretur; non enim hoc convenire Antigoni prudentiæ, ut sic deuteretur victo: quin aut interfici, aut missum fieri juberet. Hic quum ferocius Onomarcho loqui videretur: «Quid? tu, inquit, animo si isto eras, cur non in prælio cecidisti potius, quam in potestatem inimici venires? >> Huic Eumenes : « Utinam quidem istud evenisset! inquit; sed eo non accidit, quod nunquam cum fortiore sum congressus. Non enim cum quoquam arma contuli, quin is mihi succubuerit: non enim virtute hostium, sed amico

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grande rumeur parmi les chefs. Ils s'écrièrent qu'il était étonnant qu'Eumene vécût encore, lui depuis si longtemps leur fléau, lui qui les avait réduits au désespoir, qui avait tué leurs meilleurs généraux, et qui leur était si redoutable qu'ils n'auraient jamais de sécurité pendant sa vie, tandis que sa mort les délivrerait de toute inquiétude. « Si vous le sauvez, déclarèrent-ils à Antigone, à quels amis vous adresserez-vous? Car « nous ne resterons pas auprès de vous avec Eu« mène. >> Antigone attendit encore sept jours avant de prendre un parti; puis, craignant une sédition dans l'armée, il défendit que personne fût introduit auprès du prisonnier et lui fît retirer sa nourriture, disant qu'il ne se résoudrait jamais à faire périr de mort violente un homme qui avait été son ami. Toutefois on ne laissa pas Eumène lutter plus de trois jours contre la faim. Lorsqu'on leva le camp, il fut égorgé par ses gardiens, à l'insu d'Antigone.

XIII. Ainsi mourut Eumène, à l'âge de quarante-cinq ans. A vingt ans il fut employé par Philippe en qualité de secrétaire, comme je l'ai dit plus haut. Il le servit pendant sept ans, et en passa treize auprès d'Alexandre dans la même charge. Il commandait en même temps une aile

rum perfidia decidi. » Neque id falsum : nam et dignitate fuit honesta, et viribus ad laborem ferendum firmis, neque tam magno corpore, quam figura venusta.

XII. De hoc Antigonus quum solus constituere non auderet, ad consilium retulit. Hic, quum plerique omnes primo perturbati admirarentur, non jam de eo sumptum esse supplicium, a quo tot annos adeo essent male habiti, ut sæpe ad desperationem forent adducti, quique maximos duces interfecisset, denique in quo uno esset tantum, ut, quoad ille viveret, ipsi securi esse non possent, interfecto nihil habituri negotii essent, postremo, si ille redderet salutem, quærebant, quibus amicis esset usurus? sese enim cum Eumene apud eum non futuros. Hic, cognita consilii voluntate, tamen usque ad septimum diem deliberandi sibi spatium reliquit. Tum autem, quum jam vereretur, ne qua seditio exercitus oriretur, vetuit ad eum quemquam admitti, et quotidianum victum amoveri jussit. Nam negabat, se ei vim allaturum, qui aliquando fuisset amicus. Hic tamen non amplius, quam triduum, fame fatigatus, quum castra moverentur, insciente Antigono, jugulatus est a custodibus.

XIII. Sic Eumenes annorum quinque et quadraginta, quum ab anno vicesimo, uti supra ostendimus, septem annos Philippo apparuisset, et tredecim apud Alexandrum eumdem locum, obtinuisset, in his uni equitum alæ præfuisset, post autem Alexandri Magni mortem impera.

de cavalerie. Mis à la tête de l'armée après la mort d'Alexandre, il défit ou tua les meilleurs capitaines. Ce n'est pas l'habileté de ses ennemis qui fut cause de sa perte, mais la trahison de ses amis. Une preuve de la haute opinion qu'on avait de lui, c'est que pas un des lieutenants d'Alexandre n'osa se faire appeler roi tant qu'il vécut; ils se contentaient du titre de gouverneur. Ce ne fut qu'après sa mort qu'ils prirent le nom de roi et les insignes de la royauté, malgré leur promesse de conserver l'empire aux enfants d'Alexandre. Ils oublièrent leur serment dès qu'ils les virent privés de leur défenseur. Ceux qui donnèrent l'exemple de cette perfidie furent Antigone, Ptolémée, Séleucus, Lysimaque et Cassandre. Antigone remit le corps d'Eumène à ses proches pour l'ensevelir. On lui rendit tous les honneurs militaires, et l'armée tout entière accompagna ses restes, qu'on eut soin de faire transporter en Cappadoce, pour être rendus à sa mère, à sa femme et à ses enfants.

PHOCION.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Phocion se distingue plutôt par ses vertus que par ses exploits militaires.. II. Dans sa vieillesse, il encourt la haine de ses concitoyens pour avoir voulu livrer Athènes à Antipater. Exil de Démosthène. Trahizon qui livre le Pirée. - III. Phocion est banni; il plaide

tor exercitus duxisset, summosque duces partim repulisset, partim interfecisset, captus non Antigoni virtute, sed Macedonum perjurio, talem habuit exitum vitæ. In quo quanta fuerit omnium opinio eorum, qui post Alexandrum Magnum reges sunt appellati, ex hoc facillime potest judicari, quod nemo, Eumene vivo, rex appellatus est, sed præfectus; iidem, post hujus occasum, statim regium ornatum nomenque sumpserunt: neque, quod initio prædicarant, se Alexandri liberis regnum servare, id præstare voluerunt; et, uno propugnatore sublato, quid sentirent, aperuerunt. Hujus sceleris principes fuerunt Antigonus, Ptolemæus, Seleucus, Lysimachus, Cassan. der. Antigonus autem Eumenem mortuum propinquis ejus sepeliendum tradidit : hi militari honesto funere, comitante toto exercitu, humaverunt: ossaque ejus in Cappadociam ad matrem atque uxorem liberosque ejus deportanda curarunt.

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sa cause devant Philippe. On l'amène à Athènes. - IV. Condamné et livré au supplice, il est enseveli par ses esclaves.

I. Phocion naquit à Athènes. Quoiqu'il ait souvent commandé les armées et rempli les premières charges, il est plus connu par son intégrité que par ses exploits. On ne l'a jamais cité comme guerrier, mais on a souvent loué sa vertu. C'est elle qui lui a valu ce surnom de l'homme de bien sous lequel il était connu. Il fut toujours pauvre, malgré les occasions qu'il eut de s'enrichir, ayant passé par tous les grands emplois de la république et par tous les honneurs que peut décerner le peuple. Il refusa de grands présents que lui faisait offrir le roi Philippe. Les envoyés le pressaient d'accepter, en lui disant que s'il pouvait se passer de fortune, il devait aut moins songer à ses enfants, et ne pas les exposer par leur pauvreté à ne pouvoir soutenir la gloire de leur père. « Ce petit champ m'a suffi pour par« venir au rang que j'occupe, répondit-il : si mes << enfants me ressemblent, il leur suffira de même;

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J. Phocion, Atheniensis. Etsi sæpe exercitibus præfuit, summosque magistratus cepit, tamen multo ejus notior integritas est vitæ, quam rei militaris labor. Itaque hujus memoria est nulla, illius autem magna fama ex quo cognomine Bonus est appellatus. Fuit enim perpetuo pau. per, quum divitissimus esse posset, propter frequentes delatos honores, potestatesque summas, quæ ei a populo dabantur. Hic quum a rege Philippo munera magnæ pecuniæ repudiaret, legatique hortarentur accipere, simul que admonerent, si ipse his facile careret, liberis tamen suis prospiceret, quibus difficile esset in summa paupertate tantam paternam tueri gloriam, his ille : « Si mei similes erunt, idem hic, inquit, agellus illos alet, qui me ad hanc dignitatem perduxit; sin dissimiles sunt futuri, nolo meis impensis illorum ali angerique luxuriam. »

II. Idem quum prope ad annum octogesimum prospera pervenisset fortuna, extremis temporibus magnum in odium pervenit suorum civium. Primo quod cum Demade de urbe tradenda Antipatro consenserat; ejusque consilio Demosthenes cum ceteris, qui bene de republica mereri existimabantur, populiscito in exsilium erant expulsi. Neque in eo solum offenderat, quod patriæ male consuluerat, sed etiam quod amicitiæ fidem non præstiterat: namque, auctus adjutusque a Demosthene, eum, quem tenebat, ascenderat gradum, quum adversus Charetem

pas à Démosthène qu'il devait son élévation? Dé- |
mosthène l'avait aidé à supplanter Charès; il
l'avait défendu plusieurs fois devant les tribunaux
dans des affaires capitales; il l'avait fait acquit-
ter; et lui, au lieu de secourir Démosthène à
l'heure du danger, il l'avait abandonné. Mais voici
ce qui contribua le plus à la ruine de Phocion.
Tandis qu'il gouvernait la république, il fut averti
par Dercyllus que Nicanor, lieutenant de Cassan-
dre, cherchait à surprendre Athènes. Dercyllus le
pressait en même temps de pourvoir à la subsis-
tance de la ville et de prévenir la famine. Mais il
soutint devant l'assemblée du peuple qu'il n'y
avait rien à craindre, ajoutant qu'il en prenait toute
la responsabilité. Peu de temps après, Nicanor se
rendit maître du Pirée. Le peuple étant accouru
pour réprendre ce port nécessaire à l'existence
d'Athènes, Phocion ne fit rien pour seconder ce
mouvement et ne voulut pas même se mettre à la
tête des combattants.

III. Athènes était alors partagée en deux factions, l'une qui soutenait la cause du peuple, l'autre celle des grands. Phocion et Démétrius dé Phalère étaient à la tête de celle-ci. Toutes deux s'appuyaient sur les Macédoniens. Le parti populaire favorisait Polysperchon, et l'aristocratie, Cassandre. Mais Cassandre fut chassé de Macédoine par son rival; et cet événement ayant donné l'avantage au peuple, on condamna à mort tous les chefs du parti contraire, entre autres Phocion et Démétrius. On les forca de s'exiler, et on envoya des députés à Polysperchon pour le prier de confirmer les décrets rendus. Phocion partit

eum subornaret; ab eodem in judiciis, quum capitis cau sam diceret, defensus, aliquoties liberatus discesserat : bune non solum in periculis non defendit, sed etiam prodidit. Concidit autem maxime uno crimine: quod, quum apud eum summum esset imperium populi, et Nicanorem, Cassandri præfectum, insidiari Pirao Atheniensium a Dercyllo moneretur, idemque postularet, ut provideret, ne com. meatibus civitas privaretur; hic, audiente populo, Pliocion negavit esse periculum, seque ejus rei obsidem fore pollicitus est. Neque ita multa post Nicanor Pirao est potitus. Ad quem recuperandum, sine quo Athenæ omnino esse non possunt, quum populus armatus concurrisset, ille non modo neminem ad arma vocavit, sed ne armatis quidem præesse voluit.

III. Erant eo tempore Athenis duæ factiones : quarum na populi causam agebat, altera optimatum; in hac erat Phocion et Demetrius Phalereus. Harum utraque Macedonum patrociniis nitebatur. Nam populares Polysperchonti favebant: optimates cum Cassandro sentiebant. Interim a Polysperchonte Cassander Macedonia pulsus est. Quo facto populus superior factus, statim duces adversariæ factionis capitis damnatos patria pepulit, in his Phocionem et Demetrium Phalereum; deque ea re legatos ad Polysperchontem misit, qui ab eo peterent, ut sua decreta confirmaret. Huc eodem profectus est Phocion. Quo ut venit, causam apud Philippum regem verbo, re ipsa quidem apud Polysperchontem, jussus est dicere:

pour la Macédoine. A son arrivée, il reçut l'ordre de plaider sa cause devant le roi Philippe, c'està-dire devant Polysperchon, qui gouvernait alors au nom du prince. Il fut accusé par Agnonide d'avoir livré le Pirée à Nicanor, jeté en prison par sentence du conseil, puis conduit à Athènes pour y être jugé.

IV. On le conduisait en voiture à cause de son grand âge, qui l'empêchait de marcher. Dès qu'on apprit son arrivée, le peuple accourut en foule sur son passage. Les uns, se rappelant son ancienne renommée, avaient pitié de sa vieillesse; mais le plus grand nombre était irrité contre lui, l'accusant d'avoir livré le Pirée, et de s'être montré contraire aux intérêts du peuple. Il n'eut pas même la liberté de parler et de se défendre. Condamné par ses juges après quelques formalités d'usage, il fut remis aux onze magistrats chargés, suivant la loi d'Athènes, de l'exécution des arrêts criminels. Comme on le conduisait au supplice, un de ses amis, Emphylète, se présenta Quel sur son passage, et lui dit en pleurant. indigne traitement vous éprouvez, Phocion! » Je m'y attendais, répondit-il; c'est le sort de « presque tous les grands hommes d'Athènes. » Le peuple était animé d'une haine si violente contre lui, qu'aucun citoyen libre n'osa lui rendre les derniers devoirs. Il fut enseveli par ses esclaves.

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namque is tum regis repus præerat. Hic ab Agnonide accusatus, quod Piraeum Nicanori prodidisset, ex consilii sententia in custodiam conjectus, Athenas deductus est, ut ibi de eo legibus fieret judicium.

IV. Huc ubi perventum est, quum propter ætatem pedibus jam non valeret, vehiculoque portaretur, magni concursus sunt facti, quum alii, reminiscentes veteris famæ, ætatis misererentur, plurimi vero ira exacuerentur, propter proditionis suspicionem Piræi, maxime que, quod adversus populi commoda in senectute stelerat. Qua de re ne perorandi quidem ei data est facultas, et dicendi causam. Inde judicio, legitimis quibusdam confectis, damna. tus, traditus est undecim viris, quibus ad supplicium, more Atheniensium, publice damnati tradi solent. Hic quum ad mortem duceretur, obvius ei fuit Emphyletus, quo familia riter fuerat usus. Is quum lacrimens dixisset: « O quam indigna perpeteris, Phocion! » huic ille: «At nou inopinata, inquit, hunc enim exitum plerique clari viri ha

buerunt Athenienses. >> In hoc tantum fuit odium multi

tudinis, ut nemo ausus sit eum liber sepelire: itaque a servis sepultus est.

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un citoyen qui était uni par les liens du sang
à son frère et à lui, ayant épousé leur sœur.
Pour lui, il ne voulut pas porter la main sur son
frère, ni même voir couler son sang; au moment
du meurtre, il se tint à l'écart avec d'autres conju-
rés pour empêcher les soldats du tyran de lui porter
secours. Ce forfait si glorieux ne fut pas regardé
de même par tout le monde. Quelques-uns y
voyaient une violation des droits de la nature,
et l'envie rabaissait le mérite de cette action.
Depuis ce jour, la mère de Timoléon ne voulut
pas le recevoir chez elle : elle ne le vit jamais
sans le charger d'imprécations, lui donnant les
noms d'impie et de fratricide. Timoléon fut si
touché de ces reproches, qu'il voulut plus d'une
fois mettre fin à ses jours, et se dérober
mort à l'ingratitude de ses concitoyens.

par

la

II. Cependant Dion avait été tué à Syracuse, et Denys avait ressaisi l'autorité. Les Syracusains demandèrent du secours aux Corinthiens et un gé

I. Timoléon, de Corinthe, fut sans contredit un grand homme, au jugement de tout le monde. Il lui arriva ce qui n'est peut-être arrivé à personue: il délivra le pays où il était né de l'oppression d'un tyran; il affranchit Syracuse, au secours de laquelle on l'avait envoyé, d'une servitude qui ne paraissait plus pouvoir être détruite, et rendit par sa présence la paix et la liberté à toute la Sicile, depuis si longtemps désolée par la guer-néral pour les commander. On y envoya Timoléon, re, et par la tyrannie des barbares. Mais la fortune ne lui fut pas toujours favorable. Il eut à subir de cruelles vicissitudes; il les supporta avec courage; et ce qui est plus difficile, il montra autant de modération dans la prospérité que de constance dans les revers. Son frère Timophane, élu général par les Corinthiens, s'était emparé de la royauté à l'aide de soldats mercenaires. Timoléon, qui pouvait partager le pouvoir avec lui, ne voulut pas être son complice. Il préféra la liberté de ses concitoyens à la vie de son frère, et crut qu'il était plus beau d'obéir aux lois de sa patrie que d'en être le tyran. Il se concerta, pour faire périr Timophane, avec un aruspice et

TIMOLEON.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Timoleon, patria liberata, tyrannum tollit fratrem.

II. Dionysium, Sicilia depulsum, Corinthum millit. Icetam superat. Pornos fundit. Mamercum capit. - III. Instauratis insulæ rebus, imperium deponit. - IV. Oculis captus, reipublicæ consulit. - V. Patientiæ ejus exempla. Funus.

I. Timoleon, Corinthius. Sine dubio magnus omnium judicio hic vir exstitit: namque huic uni contigit, quod nescio an ullli, ut et patriam, in qua erat natus, oppres. sam a tyranno liberaret, et a Syracusis, quibus auxilio erat missus, inveteratam servitutem depelleret, totamque Siciliam, multos annos bello vexatam, a barbarisque oppressam, suo adventu in pristinum restitueret. Sed in his rebus non simplici fortuna conflictatus est, et, id quod difficilius putatur, multo sapientius tulit secundam, quam adversam fortunam. Nam quum frater ejus Timophanes, dux a Corinthiis delectus, tyrannidem per milites mercenarios occupasset, particepsque regni posset esse, tantum abfuit a societate sceleris, ut antetulerit suorum civium libertatem fratris saluti, et patriæ parere legibus, quam imperare, satius duxerit. Hac mente per aruspicem, com.

qui chassa Denys de toute la Sicile avec un bonheur incroyable. Il pouvait faire périr le tyran; mais il aima mieux le laisser vivre, et le fit conduire en sûreté à Corinthe, comme dans la ville qui lui convenait le mieux. Corinthe avait de grandes obligations aux deux Denys, qui plusieurs fois l'avaient aidée de leurs richesses et de leur puissance. Timoléon voulait conserver le souvenir de ces services; d'ailleurs la victoire ne lui paraissait belle qu'autant que la clémence y avait plus de place que la cruauté. Il désirait enfin que ses concitoyens n'en fussent pas réduits aux bruits de la renommée, mais qu'ils vissent de leurs yeux le prince qu'il avait vaincu, et de quelle hauteur à

munemque affinem, cui soror, ex eisdem parentibus nata, nupta erat, fratrem tyrannum interficiendum curavit. Ipse non modo manus non attulit, sed ne aspicere quidem fraternum sanguinem voluit: nam, dum res conficeretur, procul in præsidio fuit, ne quis satelles posset succur rere. Hoc præclarissimum ejus facinus non pari modo probatum est ab omnibus: nonnulli enim læsam ab eo pietatem putabant, et invidia laudem virtutis obterebant. Mater vero, post id factum, neque domum ad se filium admisit, neque aspexit, quin eum fratricidam impiumque detestans compellaret. Quibus rebus ille adeo est commo. tus, ut nonnunquam vitæ finem facere voluerit, atque ex ingratorum hominum conspectu morte decedere.

II. Interim Dione Syracusis interfecto, Dionysius rur. sus Syracusarum potitus est: cujus adversarii opem a Corinthiis petierunt, ducemque, quo in bello uterentur, postularunt. Huc Timoleon missus incredibili felicitate Dionysium tota Sicilia depulit; quum interficere posset, noluit; tutoque ut Corinthum perveniret, effecit: quod utrorumque Dionysiorum opibus Corinthii sæpe adjuti fuerant, cujus benignitatis memoriam volebat exstare; eamque præclaram victoriam ducebat, in qua plus esset clementiæ, quam crudelitatis; postremo, ut non solum auribus acciperetur, sed etiam oculis cerneretur, quem, et ex quanto regno, ad quam fortunam detrusisset. Post

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