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chacune de ses paroles, l'irrésistible effet des mouvements de son corps. Aussi, quoiqu'il soit impossible de rien ajouter à ce chef-d'œuvre, il manque toutefois à Démosthène une grande partie de lui-même on le lit, mais on n'entend point sa voix.

CHAPITRE XI.

DES EFFETS EXTRAORDINAIRES DE LA SCIENCE ET DES ARTS, CHEZ LES ROMAINS.

Le récit des merveilleux effets de la science peut aussi procurer quelque plaisir; ce sera en même temps montrer l'utilité de ses inventions, et produire au grand jour des choses dignes de mémoire; et la peine que ce travail aura coûté à l'écrivain ne sera pas sans fruit.

1. La passion de Sulpicius Gallus pour tous les genres de connaissances fut très-utile à la république. Il était lieutenant de L. Paullus dans la guerre contre le roi Persée. Au milieu d'une belle nuit, il survint une éclipse de lune, et nos soldats, épouvantés de ce phénomène comme d'un prodige menaçant, tremblaient d'en venir aux mains avec l'ennemi. Mais Gallus leur expliqua si habilement le système planétaire et la nature des corps célestes, qu'il les fit marcher pleins d'ardeur au combat. Ce fut donc sa noble science qui ouvrit le chemin à l'éclatante victoire de Paul-Émile; car si le savant n'eût d'abord triomphe de la frayeur du soldat, le général n'aurait pu triompher de l'ennemi (An de R. 580).

2. L'habileté de Spurina dans l'art d'interroger les dieux se révéla par un événement trop

illius adjici nihil potest, tamen in Demosthene magna pars Demosthenis abest, quod legitur potius, quam auditur.

CAPUT XI.

DE EFFECTIBUS ARTIUM RARIS APUD ROMANOS.

Effectus etiam artium recogniti possunt aliquid afferre voluptatis protinusque et quam utiliter excogitatæ sint, patebit, et memoratu dignæ res lucido in loco reponentur, et labor in iis edendis sno fructu non carebit.

1. Sulpicii Galli maximum in omni genere litterarum recipiendo studium plurimum reipublicæ profuit; nam quum L. Paulli, bellum adversum regem Persen gerentis, legatus esset, ac serena nocte subito luna defecisset, eoque veluti diro quodam monstro perterritus exercitus noster, manus cum hoste conserendi fiduciam amisisset, de cœli ratione et siderum natura peritissime disputando, alacrem eum in aciem misit: itaque illi inclytæ Paullianæ victoriæ liberales artes Galli aditum dederunt, quia nisi ille metum nostrorum militum vicisset, imperator [romanus] vincere hostes non potuisset.

2. Spurinæ quoque in consectandis deorum monitis effi. VALÈRE MAXIME.

funeste à l'empire romain. Il avait averti C. César de se tenir sur ses gardes, en lui représentant comme sinistres les trente jours qui allaient suivre, et dont le dernier tombait aux ides de mars. Dans la matinée du trentième jour, le hasard les ayant réunis tous deux chez Calvinus Domitius, auquel ils rendaient visite, César dit à Spurina : « Eh bien, ne sommes-nous pas aux ides de mars?» Eh bien, répondit Spurina, sont-elles passées?» L'un avait banni toute crainte, comme s'il eût vu s'écouler le terme de l'époque fatale; l'autre pensait que le dernier instant même pouvait recéler tout le péril. Plût au ciel que l'aruspice eût été dupe de sa science, plutôt que le père de la patrie victime de sa sécurité! (An de R. 709.)

-((

DES EFFETS EXTRAORDINAIRES DE LA SCIENCE ET DES ARTS, CHEZ LES ÉTRANGERS. 1. Mais considérons les exemples étrangers. Une éclipse de soleil, qui enveloppa tout à coup d'épaisses ténèbres la ville d'Athènes, y jeta l'épouvante, chacun voyant dans ce phénomène céleste un présage de ruine. Périclès, s'avançant alors au milieu de tous, donna sur le cours du soleil et de la lune les explications qu'il avait reçues de son maître Anaxagore, et il ne laissa pas ses concitoyens plus longtemps en proie à de vaines terreurs (Av. J.-C. 430).

2. Quel honneur le roi Alexandre ne faisait-il point aux arts, en ne permettant qu'à Apelle de le peindre, qu'à Lysippe de faire sa statue?

3. Quiconque visite Athènes s'arrête étonné devant un Vulcain, sorti des mains d'Alcamène. Entre autres signes de perfection qui frappent d'abord à la vue de cette œuvre, on admire jus

cacior scientia apparuit, quam urbs Romana voluit. Prædixerat enim C. Cæsari, ut proximos dies xxx quasi fatales caveret, quorum ultimus erat idus Martiæ. Eo quum forte mane uterque in domum Calvini Domitii ad officium convenisset, Cæsar Spurinæ, Ecquid scis, inquit, idus Martias jam venisse? et is, Ecquid scis, illas nondum præleriisse? Abjecerat alter timorem, tamquam exacto tempore suspecto: alter ne extremam quidem ejus partem periculo vacuam esse arbitratus est. Utinam haruspicem potius augurium, quam patriæ parentem securitas fefellisset!

DE EFFECTIBUS ARTIUM RARIS APUD EXTERNOS.

1. Sed ut alienigena scrutemur, quum obscurato repente sole inusitatis perfusæ tenebris Athena sollicitudine agerentur, interitum sibi cœlesti denuntiatione portendi cre. dentes, Pericles processit in medium; et quæ à præcep· tore suo Anaxagora pertinentia ad solis et lunæ cursum acceperat, disseruit; nec ulterius trepidare cives suos vano metu passus est.

2. Quantum porro dignitatis a rege Alexandro tributum arti existimamus, qui se et pingi ab uno Apelle, et fingi a Lysippo tantummodo voluit?

3. Tenet visentes Athenas Vulcanus Alcamenis manibus

qu'à l'habileté avec laquelle l'artiste a fait entrevoir la démarche boiteuse de Vulcain, sous une draperie qui la déguise; de sorte que le défaut ne choque pas comme une difformité, mais, ennobli par l'art, n'est plus que le trait distinctif et particulier du dieu.

4. Dans un temple de Cnide, est placée ou plutôt respire une statue en marbre de Vénus, ouvrage de Praxitèle, et dont la beauté provoqua les lascifs embrassements d'un impudique. On doit donc trouver d'autant plus naturelle l'erreur de ce cheval qui ne put s'empêcher de hennir, à la vue d'une cavale en peinture; de ces chiens, qui aboyèrent devant l'image d'une chienne; de ce taureau qu'on vit, à Syracuse, s'enflammer d'une amoureuse ardeur pour une génisse d'airain, dont la parfaite ressemblance irritait ses désirs. Faut-il s'étonner que l'art trompe ainsi des êtres privés de raison, quand on voit les gracieux contours d'une pierre insensible exciter dans un homme une passion sacrilége?

5. Mais si la nature permet souvent à l'art de rivaliser de puissance avec elle, parfois aussi elle le laisse s'épuiser en efforts inutiles. C'est ce qu'éprouva le pinceau d'un artiste éminent, d'Euphranor. Il peignait, dans Athènes, les douze grands dieux, et il avait, grâce au choix des couleurs, représenté Neptune dans tout l'éclat de la majesté, se flattant de donner à Jupiter plus de grandeur encore. Mais l'inspiration s'était épuisée sur le premier ouvrage; et, malgré ses efforts, il ne put, dans le second, s'élever jusqu'où il voulait.

6. Que dire de cet autre peintre (1) également fameux, qui, représentant le cruel sacrifice d'Iphigénie, et après avoir placé autour de l'autel Calchas attristé, Ulysse abattu, Ajax poussant des cris et Ménélas des plaintes lamentables, couvrit d'un voile la tête d'Agamemnon? N'était-ce pas reconnaître que l'art ne saurait exprimer la plus profonde et la plus amère des douleurs? Son tableau nous montre un aruspice, des amis, un frère en pleurs, et il l'a mouillé de leurs larmes; mais il a laissé à l'âme du spectateur à juger de l'affliction du père.

7. Ajoutons encore un exemple, fourni par la peinture. Un artiste d'une grande célébrité (2) avait déployé toutes les ressources de son art dans le tableau d'un cheval sortant du manége; l'animal semblait vivre. Il voulut peindre aussi l'écume autour des naseaux, mais tout son talent vint échouer contre ce petit détail; il essaya longtemps, à plusieurs reprises, toujours en vain. Cédant enfin au dépit, il saisit près de lui son éponge, encore imprégnée de toutes sortes de couleurs, et il la jeta contre le tableau, pour détruire son ouvrage; mais la fortune la dirigea sur les naseaux mêmes du cheval, et produisit ce que le peintre avait si longtemps cherché. Ainsi, une imitation que l'art avait tentée

vainement fut l'oeuvre du hasard. (1) Timanthe. (2) Néalcès.

comme

fabricatus; præter cætera enim perfectissimæ artis in eo præcurrentia indicia, etiam illud mirantur, quod stat dissimulatæ claudicationis sub veste leviter vestigium repræsentans; ut non tamquam exprobratum vitium, ita tamquam certam propriamque dei notam decore significans. 4. Cujus conjugem Praxiteles in marmore quasi spirantem in templo Gnidiorum collocavit, propter pulchritudinem operis a libidinoso cujusdam complexu parum tutam. Quo excusabilior est error equi, qui visa pictura equæ, hinnitum edere coactus est; et canum latratus adspectu picta canis incitatus; taurusque ad amorem et concubitum ænea vaccæ Syracusis nimiæ similitudinis irritamento compulsus. Quid enim vacua rationis animalia arte decepta miremur, quum hominis sacrilegam cupiditatem muti lapidis lineamentis excitatam videamus?

5. Cæterum natura quemadmodum sæpenumero æmulam virium suarum artem esse patitur, ita aliquando irritam fesso labore dimittit; quod summi artificis Euphranoris manus senserunt; nam quum Athenis XII deos pingeret, Neptuni imaginem quam poterat excellentissimis majestatis coloribus complexus est, perinde ac Jovis, aliquanto augustiorem repræsentaturus, sed omni impetu cogitationis in superiori opere absumpto, posteriores ejus conatus assurgere, quo tendebant, nequiverunt.

6. Quid, ille alter æque nobilis pictor, luctuosum im

molatæ Iphigenia sacrificium referens, quum Calcharta tristem, mestum Ulyssem, clamantem Ajacem, lamen lantem Menelaum circa aram statuisset, caput Agamemno nis involvendo, nonne summi mororis acerbitatem arte exprimi non posse confessus est? Itaque pictura ejus, baruspicis, amicorum, et fratris lacrimis madet; patris fletum spectantis affectui æstimandum reliquit.

7. Atque, ut ejusdem studii adjiciam exemplum, præci puæ artis pictor equum ab exercitatione venientem, modo non vivum, labore industriæ suæ comprehenderat; cujas naribus spumas adjicere cupiens, tantus artifex in tam par vula materia multum ac diu frustra terebatur : indigna tione deinde accensus, spongiam omnibus imbutam coloribus forte juxta se positam apprehendit, et, veluti cor rupturus opus suum, tabulæ illisit; quam fortuna ad ipsas equi nares directam, desiderium pictoris coegit explere: itaque quod ars adumbrare non valuit, casus imitatus est.

CHAPITRE XII.

QUE, DANS LES ARTS, IL FAUT S'EN RAPPORTER AUX MEILLEURS MAÎTRES: EXEMPLES CHEZ LES

ROMAINS.

Chacun, dans son art, sait donner et les meilleurs conseils et les meilleures raisons : c'est

une vérité que nous allons appuyer de quelques exemples.

pas sans raison : c'est, pour la richesse et l'élégance, un ouvrage admirable. Philon, qui en fut l'architecte, rendit compte de son travail en plein théâtre; et il le fit en si beaux termes, que le peuple le plus éclairé de l'univers n'applaudit pas moins à son éloquence qu'à son talent dans l'architecture.

de ses tableaux, écouta volontiers les avis d'un 3. J'admire aussi cet artiste (1), qui, pour un cordonnier sur la chaussure, et qui l'arrêta tout court lorsqu'il voulut s'élever au-dessus du pied et critiquer même la jambe (Av. J.-C. 342).

Q. Scévola, cet illustre et infaillible oracle de la jurisprudence, ne manquait pas, quand on venait le consulter sur un point de droit relatif à des propriétés rurales, de renvoyer à Furius et à Cascellius, versés tous deux dans cette partie de la science; et cette conduite faisait plutôt | DES honneur à sa modestie qu'elle ne portait atteinte à son autorité, puisque c'était avouer que ces sortes de questions ne pouvaient être mieux résolues que par ceux qui en avaient une pratique journalière. Dans toute profession, le plus sage est done celui qui n'a de son propre talent qu'une opinion modeste, et qui sait le mieux apprécier celui des autres.

QUE, DANS LES ARTS, IL FAUT S'EN RAPPORTER AUX MEILLEURS MAÎTRES: EXEMPLES CHEZ LES ÉTRANGERS.

1. Cette vérité ne pouvait non plus échapper à Platon, cet esprit si riche de savoir. Les entrepreneurs d'un autel sacré voulurent le consulter sur la forme et le plan de l'édifice : il les renvoya au géomètre Euclide, déférant ainsi à sa science, ou plutôt à sa profession.

2. Athènes est fière de son arsenal, et ce n'est

CAPUT XII.

OPTIMIS ARTIUM MAGISTRIS CONCEDENDUM ESSE, UT FACTUM APUD ROMANOS.

Suæ autem artis unumquemque et auctorem, et disputatorem optimum esse, ne dubitemus, paucis exemplis admoneanius.

Q. Scævola, legum clarissimus et certissimus vates, quotiescumque de jure prædiatorio consulebatur, ad Furium et Cascellium, quia huic scientiæ dediti erant, consultores rejiciebat : quo quidem facto moderationem magis suam commendabat, quam auctoritatem minuebat, ab his id negotium aptius explicari posse confitendo, qui quo. tidiano ejus usu callebant: sapientissimi igitur artis suæ professores sunt, a quibus et propria studia verecunde, et aliena callide æstimantur.

OPTIMIS ARTIUM MAGISTRIS CONCEDENDUM ESSE, UT FACTUM APUD EXTERNOS.

1. Platonis quoque eruditissimum pectus hæc cogitatio attigit: qui conductores sacræ aræ, de modo et forma ejus secum sermonem conferre conatos, ad Euclidem geometram ire jussit, scientiæ ejus cedens, immo professioni.

2. Gloriantur Athenæ armamentario suo, nec sine

CHAPITRE XIII.

VIEILLESSES MÉMORABLES, CHEZ LES RO

MAINS.

Nous avons déjà parlé dans cet ouvrage, de l'extrême vieillesse à laquelle sont parvenus parmi les exemples de l'application au travail, quelques hommes célèbres. Consacrons toutefois à cet âge un chapitre séparé, distinct, et sachons éviter le reproche d'avoir refusé un honorable souvenir à ce qui atteste la faveur particulière des dieux immortels. Que la vieillesse trouve à la fois, dans l'espoir d'une vie encore plus longue, un soutien, un appui, et, dans l'image d'un bonheur fidèle à de vieux ans, une raison de porter plus gaiement le poids des siens : qu'enfin la confiance assure la tranquillité de notre siècle, le plus fortuné qui fut jamais; et qu'il se promette de voir les jours d'un prince si nécessaire à la patrie, prolongés jusqu'au terme le plus reculé de l'existence humaine.

(1) Apelle.

causa; est enim illud opus et impensa et elegantia visendum, cujus architectum Philonem ita facunde rationem institutionis suæ in theatro reddidisse constat, ut disertissimus populus non minorem laudem eloquentiæ ejus, quam arti, tribueret.

3. Mirifice et ille artifex, qui in opere suo moneri se a sutore de crepida et ansulis passus, de crure etiam dispu tare incipientem, supra plantam adscendere vetuit.

CAPUT XIII.

DE SENECTUTE MEMORABILI IN ROMANIS.

Senectus quoque ad ultimum sui finem provecta, in hoc eodem opere, inter exempla industriæ, in aliquot claris viris conspecta est; separatum tamen et proprium titulum habeat, ne, cui deorum immortalium præcipua indulgentia adfuit, nostra ornata mentio defuisse existimetur; et simul spe diuturnioris vitæ, quasi adminicula quædam dentur, quibus insistens, alacriorem se respectu vetustæ felicitatis facere possit; tranquillitatemque seculi nostri, qua nulla unquam beatior fuit, subinde fiducia confirmet, salutaris principis incolumitatem ad longissimos humanæ conditionis terminos prorogando.

1. M. Valérius Corvus vécut cent ans. Quarante-sept années s'écoulèrent entre son premier et son sixième consulat. Une vigoureuse constitution lui permit non-seulement de soutenir les plus glorieux emplois de la république, mais aussi de se livrer assidûment à la culture de ses terres; admirable modèle et du citoyen et du père de famille.

2. Métellus fournit une aussi longue carrière. Quatre ans après son dernier consulat, il fut, dans un âge fort avancé, créé souverain pontife, et il présida pendant vingt-deux ans aux cérémonies religieuses, sans que jamais sa langue ait hésité en prononçant les prières, sans que jamais sa main ait tremblé en faisant les sacrifices (An de -R. 511).

3. Q. Fabius Maximus exerça pendant soixante-deux ans les fonctions d'augure; et il était déjà dans la force de l'âge quand il obtint ce sacerdoce. Si l'on réunit ces deux portions de sa vie, on trouvera qu'elles remplissent l'espace d'un siècle.

4. Que dirai-je de M. Perperna, qui survécut à tous les sénateurs qu'il avait convoqués sous son consulat, et qui n'en laissa après lui que sept de ceux dont il avait dressé la liste pendant sa censure avec L. Philippus? Il vécut ainsi plus que tout le corps dont il était membre.

5. Pour Appius, qui vécut aveugle un nombre infini d'années, je terminerais sa vie où commença son infortune, si, malgré ce cruel accident, il n'avait dirigé avec une fermeté admirable quatre fils et cinq filles, une nombreuse clientèle, et la république elle-même. Bien plus: accablé déjà sous le faix des ans, il se fit porter

1. M. Valerius Corvus centesimum annum complevit cujus inter primum et sextum consulatum quadraginta septem anni intercesserunt; suffecitque integris viribus corporis non solum speciosissimis reipublicæ ministeriis, sed etiam exactissimæ agrorum suorum culturæ, et civis, et patrisfamilias optabile exemplum.

2. Cujus vitæ spatium æquavit Metellus, quartoque anno post consularia imperia, senex admodum pont. max. creatus, tutelam cærimoniarum per duos et viginti annos, neque ore in votis nuncupandis hæsitante, neque in sacrificiis faciendis tremula manu, gessit.

3. Q. autem Fabius Max. duobus et sexaginta annis auguratus sacerdotium sustinuit, robusta jam ætate id adeptus; quæ utraque tempora si in unum conferantur, facile seculi modum expleverint.

4. Jam de M. Perperna quid loquar? qui omnibus, quos in senatum consul vocaverat, superstes fuit: septem quoque tantummodo, quos censor collega L. Philippi legerat, e patribus conscriptis reliquos vidit, toto ordine amplissimo diuturnior.

5. Appii vero ævum clade metirer, quia infinitum numerum annorum orbatus luminibus exegit, nisi quatuor filios et quinque filias, plurimas clientelas, rem denique publicam, hoc casu gravatus, fortissime rexisset : quin etiam fessus jam vivendo, lectica se in curiam deferri

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en litière au sénat, pour empêcher la conclusion d'une paix honteuse avec Pyrrhus. Comment don ner le nom d'aveugle à un homme qui, dans ces jours où la patrie voyait à peine le chemin de l'honneur, sut le lui montrer?

6. On a remarqué aussi dans beaucoup de femmes une pareille longévité; il me suffira d'en citer brièvement quelques-unes. La femme de Livius Rutilius vécut quatre-vingt-dix-sept ans; Térentia, qui fut celle de Cicéron, en compta cent trois et Clodia, épouse d'Aufilius, laquelle avait perdu quinze fils, parvint à l'âge de cent quinze années.

DES VIEILLESSES MÉMORABLES, CHEZ LES
ÉTRANGERS.

1. A ces exemples je joindrai ceux de deux rois dont la longue carrière fut très-avantageuse au peuple romain. Hiéron gouverna la Sicile jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Masinissa, roi de Numidie, alla plus loin encore; son règne embrassa soixante années, et la vigueur de sa vieillesse le rendit le plus étonnant des hommes. C'est un fait constant, comme le rapporte Cicé ron dans le livre qu'il a écrit sur la vieillesse, qu'en aucun temps ni la pluie, ni le froid ne purent le forcer à se couvrir la tête. On dit aussi qu'il se tenait debout des heures entières à la même place, les pieds immobiles, jusqu'à ce qu'il eût fatigué des jeunes gens dans cette difficile épreuve. Mais si les affaires demandaient qu'il fût assis, il demeurait souvent toute une journée sur son trône, sans changer une seule fois de posture. En campagne, il passait quelquefois, à la tête de ses armées un jour et une

jussit, ut cum Pyrrho deformem pacem fieri prohiberet. Hunc cæcum aliquis nominet, a quo patria quod hone stum erat, per se parum cernens, coacta est pervidere?

6. Muliebris etiam vitæ spatium non minus longum in compluribus apparuit; quarum aliquas strictim retu lisse me satis erit: nam et Livii Rutilii septimum et nonagesimum, et Terentia Ciceronis tertium et centesimum, et Clodia Aufilii, quindecim filiis ante amissis, quintum decimum et centesimum explevit annum.

DE SENECTUTE MEMORABILI IN EXTERNIS.

1. Jungam his duos reges, quorum diuturnitas populo Romano fuit utilissima: Sicilia rector Hiero ad nonagesimum annum pervenit; Masinissa, Numidiæ rex, hunc modum excessit, regni spatium sexaginta annis emensus, vel ante omnes homines robore senectæ admirabilis. Constat eum, quemadmodum Cicero refert libro quem de senectute scripsit, nullo unquam imbre, nullo frigore, ut caput suum veste tegeret, adduci potuisse: eundem fe runt aliquot horis in eodem vestigio perstare solitum, non ante moto pede, quam consimili labore juvenes fatigas set; at si quid agi a sedente oporteret, toto die sæpe numero nullam in partem converso corpore in solio durasse; ille vero etiam exercitus equo insidens, diei plerumque jungendo duxit; nihilque omnino ex ils

noctem

nuit sans descendre de cheval. De tous les exercices pénibles auxquels il avait endurci sa jeunesse, il n'y en eut pas un que sa vieillesse lui fit abandonner. Les plaisirs mêmes de l'amour le trouvèrent toujours si vigoureux, qu'à l'âge de plus de quatre-vingt-six ans il eut un fils, nommé Méthymnatus. La terre, quand il commença de régner, était inculte et déserte; son zèle assidu pour l'agriculture la laissa fertile et abondante.

2. Gorgias de Léontium, qui fut le maître d'Isocrate et de beaucoup d'autres hommes d'un grand génie, disait lui-même que rien ne manquait à son bonheur, et il avait cent sept ans : on lui demandait comment il pouvait se résoudre à vivre si longtemps : « C'est, répondit-il, que je n'ai à me plaindre en rien de ma vieillesse. » Quelle existence fut plus longue ou plus heureuse? Il recommença un second siècle sans y trouver aucun sujet de plainte, sans en laisser dans le premier.

3. Xénophile de Chalcis, philosophe pythagoricien, vécut deux ans de moins que Gorgias, mais ne lui céda pas en bonheur, puisque, au rapport d'Aristoxène le musicien, il mourut exempt de toutes les infirmités humaines et dans tout l'éclat d'un savoir accompli.

4. Pour Arganthonius de Gadès, telle fut la durée de son règne, que l'on pourrait même se contenter d'une vie aussi longue. Il gouverna pendant quatre-vingts ans sa patrie, et il en avait quarante lorsqu'il monta sur le trône; ce fait a pour garants des auteurs dignes de foi. Asinius Pollion qui n'est pas un des moindres écrivains

operibus, quæ adolescens sustinere assueverat, quo minus senectute ageret, omisit; Veneris etiam usu ita semper viguit, ut post sextum et octogesimum annum filium generarit, cui Methymnato nomen fuit; terram quoque, quam vastam et desertam acceperat, perpetuo culturæ studio frugiferam reliquit.

2. Gorgias etiam leontinus, Isocratis et complurium magni ingenii virorum præceptor, sua sententia felicissimus; nam quum centesimum et septimum ageret annum, interrogatus, quapropter tamdiu vellet in vita remanere? Quia nihil, inquit, habeo, quod senectutcm meam accusem. Quid isto tractu ætatis aut longius, ant beatius? Jam alterum seculum ingressus, neque in hoc querelam ullam invenit, neque in illo reliquit.

3. Biennio minor Xenophilus Chalcidensis pythagoricus, sed felicitate non inferior; siquidem, ut ait Aristoxenus musicus, omnis humani incommodi expers, in summo perfectissimæ splendore doctrinæ exstinctus est.

4. Arganthonius autem Gaditanus tamdiu regnavit, quamdiu etiam ad satietatem vixisse abunde foret; octoginta enim annis patriam suam rexit, quum ad imperium quadraginta annos natus accessisset: cujus rei certi sunt auctores. Asinius etiam Pollio, non minima pars romani styli, in tertio historiarum suarum libro, centum illum et triginta annos explesse, commeniorat; et ipse nervosæ vivacitatis haud parvum exemplum.

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romains, atteste même, dans le troisième livre de ses Histoires, que ce prince vécut cent trente ans; et Pollion lui-même est un assez bel exemple d'une robuste vieillesse.

5. La longue vie de ce roi cesse d'étonner si l'on songe aux Éthiopiens, qui, d'après Hérodote, passent le terme de cent vingt années; aux Indiens, sur lesquels Ctésias a transmis le même témoignage; à Epiménide de Gnosse, que Théopompe fait vivre jusqu'à cent cinquante-sept ans. 6. Hellanicus dit que chez les Épiens, peuple d'Étolie, on voit des hommes vivre deux cents ans; et Damastès, qui confirme ce récit, assure de plus que l'un d'eux, nommé Lictorius, homme d'une force prodigieuse et d'une taille extraordinaire, compta trois cents ans révolus.

7. Alexandre, dans la description qu'il a faite des contrées d'Illyrie, affirme qu'un certain Danthon alla jusqu'à la cinq centième année, sans rien éprouver des effets de la vieillesse. Mais Xénophon est bien plus libéral encore dans son Périple; car il donne au roi des Latmiens huit cents ans, et, de peur que le père de ce prince ne parût traité peu généreusement, il lui en accorde à son tour six cents.

CHAPITRE XIV.

DE L'AMOUR De la gloire, cHEZ LES ROMAINS.

Parlons de la gloire. Quelle en est la source? En quoi consiste-t-elle? Par quel moyen doit-on l'acquérir? Ou ne convient-il pas mieux à la vertu de la dédaigner comme inutile? Ces ques

5. Hujus regis consummationem annorum minus admirabilem faciunt Æthiopes; quos Herodotus scribit centesimum et vigesimum annum transgredi; et Indi, de quibus Ctesias idem tradit; et Epimenides Cnosius, quem Theopompus dicit septem et quinquaginta et centum annos vixisse.

6. Hellanicus vero ait, quosdam ex gente Epiorum, quæ pars est Ætoliæ, ducentos explere annos; eique subscribit Damastes, hoc amplius affirmans, Lictorium quemdam ex his maximarum virium, staturæque præcipuæ, trecentesimum annum cumulasse.

7. Alexander vero in eo volumine, quod de Illyrico tractu composuit, affirmat, Danthona quemdam ad quingentesimum usque annum nulla ex parte senescentem processisse; sed multo liberalius Xenophon, cujus lapinλous legitur: is enim Latmiorum regem octingentis vitæ annis donavit; ac ne pater ejus parum benigne acceptus videretur, ei quoque sexcentos assignavit annos.

CAPUT XIV.

DE CUPIDITATE GLORIE IN ROMANIS.

Gloria vero, aut unde oriatur, aut cujus sit habitus, aut qua ratione debeat comparari, et au melius a virtute, veluti non necessaria, negligatur, viderint ii, quorum in

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