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attendant, on nomma dix généraux pour commander l'armée. Miltiade était l'un de ces généraux. On discuta vivement pour savoir si l'on attendrait l'ennemi derrière les murailles, ou si l'on marcherait à sa rencontre pour le combattre. Miltiade seul soutenait qu'il fallait aussitôt se mettre en campagne, ce qui ne manquerait pas d'enflammer l'ardeur des Athéniens et de ralen tir celle des Perses, les uns voyant qu'on avait confiance en leur courage, et les autres qu'on osait leur tenir tête avec si peu de monde.

V. Aucune ville ne secourut les Athéniens dans cette extrémité. Platée seule leur envoya mille soldats, ce qui fit monter leur armée à dix mille hommes. L'ardeur qui animait cette petite troupe fit prévaloir le sentiment de Miltiade. Les Athéniens, déterminés par ses conseils, firent sortir leurs troupes. On s'établit dans une position avantageuse, et le lendemain, après s'être rangés en bataille, on engagea le combat avec vigueur. Miltiade avait disposé ses troupes d'une manière toute nouvelle. Il les avait placées dans un lieu planté d'arbres, afin d'embarrasser la cavalerie persane, tandis que les hauteurs qui le protégeaient par derrière, l'empêchaient d'être enveloppé par la multitude des ennemis. Datis sentait bien le désavantage de sa position, mais il comptait sur le nombre, et voulait combattre avant de laisser aux Lacédémoniens le temps d'arriver. I attaqua les Athéniens avec cent mille fantassins et dix mille cavaliers. Les Athé niens déployèrent un courage si extraordinaire dans ce combat, qu'ils battirent une armée dix fois plus forte que la leur, et la frappèrent d'une

pidemque, cursorem ejus generis, qui hemerodromi vocantur, Lacedæmonem miserunt, ut nuntiaret quam celeri opus esset auxilio. Domi autem creant decem prætores, qui exercitui præessent; in eis Miltiades inter quos magna fuit contentio, utrum moenibus se defenderent, an obviam irent hostibus, acieque decernerent. Unus Miltiades maxime nitebatur, ut primo quoque tempore castra fierent; id si factum esset, et civibus animum accessurum, quum viderent de eorum virtute non desperari, et hostes eadem re fore tardiores, si animadverterent, auderi adversus se tam exiguis copiis dimicare.

V. Hoc in tempore nulla civitas Atheniensibus auxilio fuit, præter Platæensium: ea mille misit militum. Itaque horum adventu decem millia armatorum completa sunt, quæ manns mirabili flagrabat pugnandi cupiditate : quo factum est, ut plus quam collega Miltiades valuerit. Ejus enim auctoritate impulsi Athenienses copias ex urbe eduxerunt, locoque idoneo castra fecerunt; deinde postero die sub montis radicibus acie e regione instructa, nova arte, vi summa prælium commiserunt : namque arbores multis locis erant stratæ, hoc consilio, ut et montium tegerentur altitudine, et arborum tractu equitatus hostium impediretur, ne multitudine clauderentur. Datis, etsi non æquum locum videbat suis, tamen, fretus numero copiarum suarum, confligere cupiebat, eoque magis, quod, • priusquam Lacedæmonii subsidio venirent, dimicare utile

si grande épouvante que les Perses allèrent se réfugier sur leurs vaisseaux au lieu de s'enfuir dans leur camp. Il n'y a pas d'exemple d'un combat si glorieux. Jamais une si faible armée n'avait détruit des forces aussi considérables.

VI. Puisque je parle de ce combat, il ne me paraît pas inutile de rappeler quelle fut la récompense de Miltiade après la victoire: on sentira mieux par cet exemple combien le génie des républiques est partout le même. Autrefois à Rome les récompenses étaient honorables, parce qu'elles étaient simples et rares. Aujourd'hui qu'on les prodigue, elles ont perdu leur prix. Il en a été de même chez les Athéniens. Le seul honneur qu'obtint Miltiade, qui venait de sauver l'Attique et toute la Grèce, fut d'être représenté à la tête de ses dix collègues, au moment où il exhortait ses soldats et engageait l'action, dans le tableau de la bataille de Marathon qui fut placé sous le portique appelé Pœcile. C'est ce même peuple qui, devenu plus puissant, et corrompu par les largesses de ses magistrats, éleva dans la suite trois cents statues à Démétrius de Phalère.

VII. Après la bataille de Marathon, les Athéniens donnèrent à Miltiade une flotte de soixante-dix vaisseaux, pour châtier les îles qui s'étaient unies avec les barbares. La plupart n'osèrent résister et rentrèrent dans le devoir, mais il fallut employer la force avec les autres. Paros était une de ces dernières. Cette île, enorgueillie de sa puissance, ne voulut écouter aucune proposition. Miltiade ayant fait débarquer ses troupes, environna la ville de retranchements et lui coupa toute communication. Déjà les machines étaient

arbitrabatur. Itaque in aciem peditum centum, equitum decem millia produxit, præliumque commisit; in quo tanto plus virtute valuerunt Athenienses, ut decemplicem numerum hostium profligarent; adeoque perterruerunt, ut Persæ non castra, sed naves peterent. Qua pugna nihil adhuc est nobilius; nulla enim unquam tam exigua manus tantas opes prostravit.

VI. Cujus victoriæ, non alienum videtur, quale præmium Miltiadi sit tributum, docere, quo facilius intelligi possit, eamdem omnium civitatum esse naturam. Ut enim populi nostri honores quondam fuerunt rari et tenues, ob eamque causam gloriosi, nunc autem effusi atque obsoleti, sic olim apud Athenienses fuisse reperimus. Namque huic Miltiadi, qui Athenas totamque Græciam liberarat, talis honor tributus est, in porticu, quæ Pœcile vocatur, quum pugna depingeretur Marathonia, ut in decem prætorum numero prima ejus imago poneretur, isque hortaretur milites, præliumque committeret. Idem ille populus, posteaquam majus imperium est nactus, et largitione magistratuum corruptus est, trecentas statuas Demetrio Phalereo decrevit.

VII. Post hoc prælium, classem septuaginta navium Athenienses eidem Miltiadi dederunt, ut insulas, quæ bar. baros adjuverant, bello persequeretur; quo imperio plerasque ad officium redire coegit, nonnullas vi expugnavit. Ex his Parum insulam, opibus eiatam, quum oratione

dressées et menaçaient les murailles; il allait se rendre maître de la place, lorsqu'un bois sacré, qu'on apercevait au loin sur la terre ferme, prit feu pendant la nuit, je ne sais par quel accident. A la vue des flammes, les assiégeants et les assiégés crurent que c'était un signal donné par les vaisseaux de Darius qui arrivaient ; ce qui encouragea les habitants dans leur résistance, et fit craindre à Miltiade d'être attaqué par la flotte persane. Il brûla ses machines et revint avec tous ses vaisseaux à Athènes, au grand mécontentement de ses concitoyens. Regardé comme un traître, il fut accusé de s'être laissé corrompre par le roi de Perse, et d'avoir abandonné le siége de Paros lorsqu'il pouvait se rendre maître de la ville. Au moment où on l'accusait, il était encore malade des blessures qu'il avait reçues à ce siége, et ne pouvait se défendre lui-même. Son frère Tisagoras s'en chargea. Après l'avoir entendu, on fit grâce de la vie à Miltiade; mais on le condamna à une amende de cinquante talents pour couvrir les frais de l'expédition, qui se montaient à cette somme. Comme il ne pouvait la payer, on le jeta en prison, où il mourut.

VIII. On avait accusé Miltiade à cause de sa défaite devant Paros; mais ce n'était pas le seul motif de sa condamnation. Les Athéniens se souvenaient de la tyrannie que Pisistrate avait usurpée quelques années auparavant, et tout citoyen puissant leur était suspect. Ils ne croyaient pas qu'après avoir commandé les armées et exercé les magistratures, Miltiade pût se résigner à n'être qu'un simple citoyen, et résister à la passion du pouvoir dont il avait contracté

reconciliare non posset, copias e navibus eduxit, urbem operibus clansit, omnique commeatu privavit : deinde, vineis ac testudinibus constitutis, propius muros accessit. Quum jam in eo esset ut oppido potiretur, procul in continenti lucus, qui ex insula conspiciebatur, nescio quo casu, nocturno tempore incensus est. Cujus flamma ut ab oppidanis et oppugnatoribus est visa, utris que venit in opinionem, signum a classiariis regiis datum : quo factum est, ut et Parii a deditione deterrerentur, et Miltiades, timens ne classis regia adventaret, incensis operibus, quæ statuerat, cum totidem navibus atque erat profectus, Athenas magna cum offensione civium suorum rediret. Accusatus ergo proditionis, quod, quum Parum expugnare posset, a rege corruptus, infectis rebus, a pugna discessisset. Eo tempore ager erat vulneribus, quæ in oppugnando oppido acceperat. Itaque, quoniam ipse pro se dicere non posset, verba pro eo fecit frater ejus Tisagoras. Causa cognita, capitis absolutus, pecunia mullatus est; eaque lis quinquaginta talentis æstimata est, quantus in classem sumptus factus erat. Hanc pecuniam quod solvere in præsentia non poterat, in vincula publica conjectus est, ibique diem obiit supremum.

VIII. Hic etsi crimine Pario est accusatus, tamen alia fuit causa damnationis. Namque Athenienses, propter Pisistrati tyrannidem, quæ paucis annis ante fuerat, omnium suorum civium potentiam extimescebant. Miltia

l'habitude; car il avait joui de l'autorité souveraine pendant tout le temps qu'il avait passé dans la Chersonèse, et on lui avait donné le nom de tyran. Mais cette tyrannie était légitime, puisqu'il la devait à la volonté des siens et non à la violence, et qu'il ne l'avait conservée que par la douceur de son gouvernement. On ne regarde comme des tyrans et on n'appelle de ce nom que ceux qui ont exercé un pouvoir perpétuel dans un État autrefois libre. Mais Miltiade était d'un caractère si bienveillant et si affable, qu'il permettait à tout le monde de l'approcher, fût-ce le dernier des citoyens; il avait un nom illustre, une grande influence sur tous les États de la Grèce, une réputation militaire éclatante; et toutefois les Athéniens aimèrent mieux le condamner, quoique innocent, que d'avoir plus longtemps à le craindre.

THEMISTOCLE.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Jeunesse et déréglements de Thémistocle. Déshérité par son père, il se livre aux affaires publiques. — II. Il se distingue dans les guerres de Corcyre et de Perse. Il interprète l'oracle au sujet des murs de bois. — III. Sa victoire près d'Artémisium - IV. Il triomphe de Xerxès par la ruse, auprès de Salamine. — V. Il délivre la Grèce par une nouvelle astucieuse. - VI. II relève, malgré les Lacédémoniens, les murs du Pirée et ceux d'Athènes. VII. Ruse ingénieuse de Thémistocle pour tromper les Spartiates. Il leur adresse de vifs reproches. VIII. Il est condamné à l'exil par la voie de l'ostracisme. Vicissitudes qu'il éprouve dans sa fuite. — IX.

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des, multum in imperiis magistratibusque versatus, non videbatur posse esse privatus, præsertim quum consuetudine ad imperii cupiditatem trahi videretur. Nam Chersonesi omnes illos, quos habitarat, annos perpetuam obtinuerat dominationem, tyrannusque fuerat appellatus, sed justus. Non erat enim vi consecutus, sed suorum voluntate; eamque potestatem bonitate retinuerat. Omnes autem et habentur et dicuntur tyranni, qui potestate sunt perpetua in ea civitate, quæ libertate usa est. Sed in Miltiade erat quum summa humanitas, tum mira comitas, ut nemo tam humilis esset, cui non ad eum aditus pateret, magna auctoritas apud omnes civitates, nobile nomen, laus rei militaris maxima. Hæc populus respiciens, maluit eum innoxium plecti, quam se diutius esse in timore.

THEMISTOCLES.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Themistocles adolescens liberius vivit. Exheredatus reipublicæ se dedit. II. Clarus Corcyræo et Persico bello. Oraculum de muris ligneis interpretatur. - III. Secundum prælium ad Artemisium. -IV. Dolo Xerxem vincit juxta Salamina. - V. Callido nuntio Græciam liberat. -VI. Piræi portum et muros Athenarum exstruit. Lace

Sa lettre à Artaxerxès. - X. Le roi de Perse le comble de faveurs. Themistocle meurt à Magnésie. Sa sépulture. I. Thémistocle, fils de Néocles, naquit à Athènes. Il effaça par de si grandes vertus les vices de sa jeunesse, qu'on ne voit personne qui l'ait surpassé il en est même fort peu qui l'aient égalé. Mais il faut remonter plus haut. Néoclès, son père, était d'une naissance illustre, et avait épousé une femme d'Halycarnasse qui fut la mère de Thémistocle. Thémistocle encourut d'abord la disgrâce de sa famille : son père le déshérita, à cause de ses déréglements et du peu de soin qu'il prenait de ses affaires. Ce malheur, au lieu de l'abattre, lui donna de l'énergie. Jugeant qu'il ne pourrait faire oublier ses désordres que par la vie la plus active et la plus appliquée, il se livra tout entier aux affaires publiques, et ne songea qu'à se faire un nom et des amis. Il paraissait souvent au barreau, plaidait les causes des simples citoyens, se montrait dans les assemblées publiques, et haranguait fréquemment la multitude. Aucune affaire importante ne se traitait sans lui. Prompt à imaginer des expédients, habile à les faire valoir par la parole; non moins propre à l'exécution qu'au conseil; doué, dit Thucydide, d'une grande sûreté de jugement dans les affaires présentes et d'une grande pénétration de l'avenir, il parvint rapidement à la célébrité.

II. II prit part aux affaires pour la première fois à l'époque de la guerre de Corcyre. Nommé général par ses concitoyens, il les rendit plus belliqueux, et sut leur inspirer cet esprit militaire qui les anima dans cette campagne, et qu'ils ont

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I. Themistocles, Neoclis filius, Atheniensis. Hujus vitia ineuntis adolescentiæ magnis sunt emendata virtutibus; adeo ut anteferatur huic nemo: pauci pares putentur. Sed ab initio est ordiendum. Pater ejus Neocles generosus fuit. Is uxorem Halicarnassiam civem duxit, ex qua natus est Themistocles. Qui, quum minus esset probatus parentibus, quod et liberius vivebat, et rem familiarem negligebat, a patre exheredatus est. Quæ contumelia non fregit eum, sed erexit. Nam, quum judicasset, sine summa industria non posse eam exstingui, totum se dedit reipublicæ, diligentius amicis famæque serviens. Multum in judiciis privatis versabatur; sæpe in concionem populi prodibat : nulla res major sine eo gerebatur, celeriterque, quæ opus erant, reperiebat. Neque minus in rebus gerendis promptus, quam excogitandis, erat, quod et de instantibus, ut ait Thucydides, verissime judicabat, et de futuris callidissime conjiciebat. Quo factum est, ut brevi tempore illustraretur.

II. Primus autem gradus fuit capessendæ reipublicæ bello Corcyræo: ad quod gerendum prætor a populo fac. tus, non solum præsenti bello, sed etiam reliquo tempore, ferociorem reddidit civitatem. Nam, quum pecunia pu

conservé depuis. Voyant que chaque année les magistrats dissipaient en largesses les revenus des mines, il persuada au peuple d'employer ces revenus à la construction d'une flotte de cent vaisseaux. Cette flotte fut achevée promptement. Il commença par soumettre Corcyre, puis fit la chasse aux pirates et affranchit la mer. Cette expédition enrichit les Athéniens, et leur acquit la supériorité maritime. La guerre contre les Perses fit voir quel était l'avantage de cette supériorité pour le salut de la Grèce. Xerxès, voulant attaquer l'Europe par terre et par mer, l'envahit avec la plus puissante armée qu'aucun roi ait traînée à sa suite, avant ou après lui. Sa flotte était de douze cents galères, suivies de deux mille bâtiments de transport; son armée de terre, de sept cent mille fantassins et quatre cent mille cavaliers. Le bruit de son approche se répandit bientôt dans la Grèce, et l'on disait qu'il venait pour se venger des Athéniens, qui avaient vaincu les Perses à Marathon. Les Athéniens envoyèrent consulter l'oracle de Delphes pour savoir ce qu'ils devaient faire : l'oracle répondit qu'il fallait se défendre derrière des murailles de bois. Mais personne ne comprenait cette réponse. Thémistocle prétendit qu'Apollon conseillait de se réfugier sur leurs vaisseaux avec tout ce qu'ils possédaient; que c'était là ce que l'oracle entendait par des murailles de bois. On se rend à cet avis; le nombre des vaisseaux est doublé, tout ce qui peut se déplacer est transporté à Salamine et à Trézène : on laisse à des prêtres et à quelques vieillards la garde de la citadelle et le soin des choses sacrées, et l'on abandonne la ville.

blica, quæ ex metallis redibat, largitione magistratuum quotannis interiret, ille persuasit populo, ut ea pecunia classis centum navium ædificaretur. Qua celeriter effecta, primum Corcyræos fregit; deinde, maritimos prædones consectando, mare tutum reddidit. In quo, quum divitiis ornavit, tum etiam peritissimos belli navalis fecit Athenienses. Id quantæ saluti fuerit universæ Græciæ, bello cognitum est Persico, quun Xerxes et mari et terra bellum universæ inferret Europæ cum tantis copiis, quantas neque antea neque postea habuit quisquam. Hujus enim classis mille et ducentarum navium longarum fuit, quam duo millia onerariarum sequebantur: terrestres autem exercitus septingentorum millium peditum, equitum quadringentorum millium fuerunt. Cujus de adventu quum fama in Græciam esset perlata, et maxime Athenienses peti dicerentur, propter pugnam Marathoniam, miserunt Delphos consultum, quidnam facerent de rebus suis. Deliberantibus Pythia respondit, ut mœnibus ligneis se munirent. Id responsum quo valeret, quum intelligeret nemo, Themistocles persuasit consilium esse Apollinis, ut in naves se suaque conferrent; eum enim a deo significari murum ligneum. Tali consilio probato, addunt ad superiores totidem naves triremes, suaque omnia, quæ moveri poterant, partim Salamina, partim Træzena asportant; arcem sacerdotibus paucisque majoribus natu, ac sacra procuranda tradunt; reliquum oppidum relinquunt.

III. La plupart des États de la Grèce désapprouvaient cet avis: ils préféraient combattre sur terre. C'est pourquoi on fit occuper le défilé des Thermopyles par un corps d'élite placé sous les ordres de Léonidas, roi de Lacédémone, pour arrêter la marche des barbares. Mais cette troupe ne put résister à l'ennemi, et périt tout entière à son poste. La flotte grecque, forte de trois cents vaisseaux, dont deux cents appartenaient à Athènes, combattit d'abord la flotte persane près d'Artémisium, entre l'île d'Eubée et le continent: Thémistocle, qui choisissait les endroits les plus resserrés afin de n'être pas enveloppé par le nombre, avait jugé cette position favorable. Quoiqu'on eût combattu à égal avantage, les Grecs n'osèrent rester dans ce lieu, de peur d'y étre attaqués des deux côtés, s'il arrivait qu'une partie de la flotte persane vînt à doubler l'île d'Eubée. Ils quittèrent donc Artémisium, et allerent prendre position auprès de Salamine, en face d'Athènes.

IV. Les Thermopyles forcées, Xerxès marcha sur Athènes, qu'il trouva sans défense. Il fit massacrer les prêtres renfermés dans la citadelle, et livra la ville aux flammes. Cette nouvelle épouvanta les Grecs qui étaient sur la flotte; ils n'osaient plus tenir la mer. Presque tous étaient d'avis que chacun retournât dans la ville pour s'y défendre. Thémistocle seul s'y opposa, disant qu'avec toutes leurs forces les Grecs pourraient tenir tête à l'ennemi ; mais qu'ils succomberaient infailliblement s'ils se séparaient. Il s'attachait surtout à persuader Eurybiade, roi de Lacédémone, et généralissime de la flotte. Mais ne le voyant pas suffisamment convaincu, il envoya

III. Hujus consilium plerisque civitatibus displicebat, et in terra dimicari magis placebat. Itaque missi sunt delecti cum Leonida, Lacedæmoniorum rege, qui Thermopylas occuparent, longiusque barbaros progredi non paterentur. Hi vim hostium non sustinuerunt, eoque loco omnes interierunt. At classis communis Græciæ trecentarum navium, in qua ducentæ erant Atheniensium, primum apud Artemisium, inter Euboeam continentemque terram, cum classiariis regiis conflixit; angustias enim Themistocles quærebat, ne multitudine circumiretur. Hinc etsi pari prælio discesserant, tamen eodem loco non sunt ausi manere, quod erat periculum, ne, si pars navium adversariorum Eubeam superasset, ancipiti premerentur periculo. Quo factum est, ut ab Artemisio discederent, et exadversum Athenas, apud Salamina, classem suam constituerent.

IV. At Xerxes, Thermopylis expugnatis, protínus accessit Astu, idque, nullis defendentibus, interfectis sacerdotibus, quos in arce invenerat, incendio delevit. Cujus fama perterriti classiarii quum manere non auderent, et plurimi hortarentur, ut domos suas discederent, moenibusque se defenderent, Themistocles unus restitit, et, universos esse pares, aiebat, dispersos testabatur perituros. Idque Eurybiadi, regi Lacedæmoniorum, qui tum summæ imperii præerat, fore affirmabat. Quem quum minus, quam vellet, moveret, noctu de servis suis, quem habuit fidelissimum, ad regem misit, ut ei nuntiaret suis verbis,

la nuit à Xerxès un de ses esclaves les plus fidè les, pour lui annoncer que les Grecs se préparaient à fuir, et que s'il les laissait partir, il lui faudrait bien plus de temps et de peine pour terminer la guerre, que s'il les attaquait de suite; car il serait obligé de les combattre séparément, tandis qu'il pouvait les écraser d'un seul coup. Thémistocle voulait les forcer à combattre tous ensemble, malgré leur volonté. Xerxès, ne soupconnant pas la ruse, livra bataille le lendemain, dans une position aussi défavorable pour lui qu'avantageuse pour les Grecs. On combattait dans un lieu si étroit que sa flotte ne pouvait s'y déployer. Il fut vaincu; mais plutôt par l'artifice de Thémistocle que par les armes des Grecs.

V. Malgré cette défaite, l'armée de Xerxès était encore assez puissante pour écraser l'ennemi. Mais il dut renoncer à ce dessein. Thémistocle, qui craignait de lui voir continuer la guerre, le fit avertir que les Grecs étaient décidés à lui couper la retraite, et qu'ils voulaient rompre le pont qu'il avait jeté sur l'Hellespont. Xerxès le crut, et reprit aussitôt le chemin de l'Asie. Il fit en moins de trente jours le trajet qu'il avait été six mois à faire pour venir de la Perse, ne se regardant pas comme vaincu, mais comme sauvé par Thémistocle. Ainsi, grâce à la prudence d'un seul homme, la Grèce fut délivrée et l'Europe triompha de l'Asie. On peut comparer la victoire de Salamine à celle de Marathon. De même qu'à Marathon, il suffit d'un petit nombre de vaisseaux pour détruire la flotte la plus redoutable qu'on eût jamais vue.

VI. Thémistocle avait été grand pendant la guerre ; il ne le fut pas moins pendant la paix. Les

adversarios ejus in fuga esse; qui si discessissent, majore cum labore, et longinquiore tempore bellum confecturum, quum singulos consectari cogeretur; quos si statim aggrede retur, brevi universos oppressurum. Hoc eo valebat, ut ingratiis ad depugnandum omnes cogerentur. Hac re audita, barbarus, nihil doli subesse credens, postridie, alienissimo sibi loco, contra opportunissimo hostibus, adeo angusto mari conflixit, ut ejus multitudo navium explicari non potuerit. Victus ergo est, magis consilio Themistoclis, quam armis Græciæ.

V. Hic, etsi male rem gesserat, tamen tantas habebat reliquias copiarum, ut etiam cum his opprimere posset hostes. Interim ab eodem gradu depulsus est. Nam The mistocles, verens ne bellare perseveraret, certiorem eum fecit, id agi, ut pons, quem ille in Hellesponto fecerat, dissolveretur, ac reditu in Asiam excluderetur; idque ci persuasit. Itaque, qua sex mensibus iter fecerat, eadem minus diebus triginta in Asiam reversus est, seque a Themistocle non superatum, sed conservatum judicavit. Sic unius viri prudentia Græcia liberata est, Europæque suc cubuit Asia. Hæc altera victoria, quæ cum Marathonio possit comparari tropæo; nam pari modo apud Salamina parvo numero navium maxima post hominum memoriam classis est devicta.

VI. Magnus hoc bello Themistocles fait, nec minor in pace. Quum enim Phalereo portu, neque magno neque

Athéniens n'avaient d'autre port que celui de Phalère, et ce port n'était ni spacieux ni sûr. D'après le conseil de Thémistocle, ils creusèrent le triple port du Pirée et l'entourèrent de murailles, ce qui le rendit aussi magnifique que la ville elle-même. En outre, Thémistocle fit relever les murailles d'Athènes, au péril de sa vie. Les Lacédémoniens faisaient tous leurs efforts pour empêcher ces travaux, sous prétexte que la Grèce étant exposée aux invasions des barbares, il ne devait y avoir hors du Péloponnèse aucune ville qui pût leur servir de point fortifié. Mais il s'en fallait de beaucoup que ce fût le véritable motif de leurs démarches. Les victoires de Marathon et de Salamine avaient porté si haut la gloire des Athéniens dans toute la Grèce, que les Spartiates, dans la prévoyance d'une lutte prochaine pour la prééminence, cherchaient à les affaiblir autant que possible. Lorsqu'ils apprirent que les Athéniens rebâtissaient leurs murailles, ils envoyèrent des députés pour s'y opposer. Tant que les députés restèrent à Athènes, les travaux furent suspendus. On leur répondit qu'on allait envoyer à Lacédémone pour s'entendre à ce sujet. Themistocle se chargea de cette mission. D'abord il partit seul, en recommandant à ses collègues de ne pas se mettre en route avant d'avoir vu les murailles à une certaine hauteur. Il recommanda encore d'y faire travailler tout le monde sans distinction, les citoyens et les esclaves; de ne respecter aucun lieu sacré ou profane, public ou particulier, et de rassembler de tous côtés des matériaux. C'est ainsi que les murs d'Athènes ont été construits avec des débris de temples et de tombeaux.

VII. Arrivé à Lacédémone, Thémistocle, qui

bono, Athenienses uterentur, hujus consilio triplex Piræi portus constitutus est, isque manibus circumdatus, ut ipsam urbem dignitate æquipararet, utilitate superaret; idemque muros Atheniensium restituit præcipuo periculo suo. Namque Lacedæmonii, causam idoneam nacti, propter barbarorum excursiones, qua negarent, oportere extra Peloponnesum ullam urbem haberi, ne essent loca munita, quæ hostes possiderent, Athenienses ædificantes prohibere sunt conati. Hoc longe alio spectabat atque videri volebant. Athenienses enim duabus victoriis, Marathonia et Salaminia, tantam gloriam apud omnes gentes erant consecuti, ut intelligerent Lacedæmonii, de principatu sibi cum his certamen fore: quare eos quam infirmissimos esse volebant. Postquam autem audierunt muros instrui, legatos Athenas miserunt, qui id fieri vetarent. His præsentibus desierunt, ac se de ea re legatos ad eos missuros dixerunt. Hanc legationem suscepit Themistocles, et solus primo profectus est; reliqui legati ut tum exirent, quum satis altitudo muri exstructa videretur, præcepit; interim omnes servi atque liberi opus facerent, neque ulli loco parcerent, sive sacer esset, sive profanus, sive privatus, sive publicus, et undique, quod idoneum ad muniendum putarent, congererent. Quo factum est, ut Atheniensium muri ex sacellis sepulcrisque constarent.

VII. Themistocles autem, ut Lacedæmonem venit,

ne cherchait qu'à gagner du temps, refusa de parler aux magistrats, sous prétexte qu'il attendait ses collègues. Mais les Lacédémoniens se plaignaient de ce que les travaux continuaient toujours, et accusaient Thémistocle de vouloir les amuser par des délais. Enfin les autres députés arrivèrent, lui annonçant que les murailles étaient presque achevées. Il se présenta devant les éphores, qui étaient les chefs suprêmes du gouvernement à Lacédémone, et leur dit qu'ils avaient été mal informés; que la justice exigeait d'eux qu'ils envoyassent à Athènes des hommes dignes de foi, d'un rang et d'un caractère distingués, pour s'assurer de l'état des choses. Dans l'intervalle, il s'offrait pour otage. Sa proposition fut acceptée, et on envoya trois citoyens qui avaient été revêtus de hautes fonctions. Thémistocle fit en même temps partir ses collègues, en leur ordonnant de ne point laisser revenir les trois députés tant qu'on le retiendrait lui-même en otage. Lorsqu'il les crut arrivés à Athènes, il parut devant le sénat et les magistrats de Lacédémone, et déclara hautement que c'était par ses conseils que les Athéniens, usant d'un droit commun à tous les peuples, avaient entouré de murs les dieux de la Grèce, ceux de leur patrie et de leurs foyers, pour les défendre plus aisément contre les attaques de l'ennemi ; et qu'en élevant ces murailles, ils avaient agi dans l'intérêt de la Grèce, leur ville étant comme un rempart opposé aux barbares, et contre lequel la flotte du roi de Perse avait déjà échoué deux fois. Il ajouta qu'il y avait peu de loyauté de la part des Lacédémoniens à sacrifier les intérêts de la Grèce à leurs projets de domination; et qu'enfin s'ils voulaient que

adire ad magistratus noluit, et dedit operam, ut quam legas exspectare. Quum Lacedæmonii quererentur, opus longissime tempus duceret, causam interponens, se colreliqui legati sunt consecuti. A quibus quum audisset, non nihilominus fieri, eumque in ea re conari fallere, interim multum superesse munitionis, ad ephoros Lacedæmoniorum accessit, penes quos summum imperium erat, atque apud eos contendit, falsa his esse delata: quare æquum esse, illos viros bonos nobilesque mittere, quibus fides haberetur, qui rem explorarent; interea se obsidem retihonoribus, Athenas missi sunt. Cum his collegas suos nerent. Gestus est ei mos, tresque legati, functi summis Themistocles jussit proficisci, eisque prædixit, ut ne prius Lacedæmoniorum legatos dimitterent, quam ipse esset remissus. Hos postquam Athenas pervenisse ratus est, ad magistratum senatumque Lacedæmoniorum adiit, et apud eos liberrime professus est : « Athenienses suo consilio, quod communi jure gentium facere possent, deos publipossent defendere, muris sepsisse; neque eo, quod inutile cos, suosque patrios ac penates, quo facilius ab hoste esset Græciæ, fecisse; nam illorum urhem ut propugnaculum oppositam esse barbaris, apud quam jam bis classes regias fecisse naufragium; Lacedæmonios autem male et injuste facere, qui id potius intuerentur, quod ipsorum dominationi, quam quod universæ Græciæ utile esset.

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