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daré de Chaours en Champagne, au mois de novembre 1319. On admire la ftatue de faint Dominique qui eft à J'entrée de l'églife, & les chaifes du choeur qui font d'un travail exquis. On y voit des buftes & des piéces de fculpture achevées dans les embrafemens, & des vitres admirables dans la bibliotheque.

Un couvent de cordeliers qui eft très-bien bâti, où il y a vingt religieux; ils ont été établis en 1237 par le même comte Thibault, qui leur donna une belle maifon hors de la ville, proche la porte Céfar, que l'on nomme Comporté, dans laquelle ils demeurerent l'espace de vingt ans, jusqu'à ce que ce comte leur en donna une plus grande & plus belle dans l'enceinte de la ville, & mit en la premiere des religieux de la trinité. La bibliotheque des cordeliers eft publique trois fois la femaine. Ce vaiffeau qui contient cinq arcades voûtées, eft grand & bien éclairé, il eft au-deffus d'une large galerie voûtée & vitrée, enfuite de laquelle eft de cloître qui eft auffi voûté.

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qui

elles furent mifes en la maifon dite de faint Abraham, étoit aux filles pénitentes, & elles ont pris le même institut.

Il paroît que le teftament de Pierre d'Arcies, foixantequatorziéme évêque de Troyes, qui mourut en 1395, qu'il avoit à Troyes un monaftère de religieufes nommées FillesDieu qui ne fubfifte plus, & qui ne peut être le même que la Maifon-Dieu de faint Abraham, puisqu'il les diftingue par fon teftament; ainfi il y a lieu de croire que ce monaftère de Filles - Die a été ruiné par les guerres des Anglois ou par quelque autre accident. On prétend à Troyes que ce monaftère étoit dans la petite rue appellée encore aujourd'hui la ruelle des Filles - Dieu. Ön a même trouvé plufieurs fépultures dans les jardins qui en font proches, & on croit que ces religieufes furent transférées à Jouare.

Tous les dimanches, à l'iffue de la mefle de paroiffe, on diftribue dans l'églife de la Magdelaine de Troyes, cent foixante petits pains du poids de dix onces chacun, à autant de pauvres qui font appellés les uns après les autres, & aux quatre-tems de l'année on en donne encore quatre-vingts, ce qui a été fondé en 1534 par Nicolas Fay & Ifabeau fon époule. Cette fondation eft gravée fur une lame de cuivre proche de leur fépulture, & fur les fonts baptismaux de cuivre de cette églife qu'ils ont fait faire.

Il y avoit à Troyes plufieurs hôpitaux qui ont été unis en un par lettres patentes de Louis XIII, du mois d'avril

1630.

L'hôtel de ville eft un bâtiment affez confidérable; c'est un grand corps de logis qui a deux aîles en retour. La ftatue de marbre blanc qui eft fur la porte, représente Louis le Grand, & eft un des préfens & un des chefs-d'œuvre de Girardon. Saint Patrocle, dit faint Parre, fut martyrifé à Troyes dans le troifiéme fiécle, foit fous Valerien, foit fous Maximien Hercule. Saint Sabinien ou Savinien, martyr de Troyes au troifiéme fiécle. Saint Loup fut fait évêque l'an 426, après faint Ours, & mourut en 478. Saint Aventin, folitaire du diocèle de Troyes, dont le corps repose dans la ville. Saint Vinebaud du monaftère de faint Loup. lès-Troyes, qui ayant été ruiné par les Normands, fut rebâti enfuite dans l'enceinte de la ville. Ce faint vivoit aux fixiéme & feptiéme fiécles. Saint Prudence, évêque de Troyes au neuviéme fiéclé, fous Charles le Chauve. Saint Victor ou faint Victre d'Arcis fur-Aube, au diocèle de Troyes, dont le corps eft dans l'abbaye de Montirame. Saint Fale, abbé de l'ifle, à deux lieues de Troyes, disciple de faint Aventin, dont le corps eft à Montier-laCelle. Sainte Maure, vierge, née à Troyes, & morte au

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Les religieux de la trinité, dits Mathurins, ont été éta blis à Troyes en 1163 par le même comte Thibault, qui leur donna la maifon où étoient auparavant les cordeliers, & le comte Thibault V leur donna fix muids de froment à la grande mefure de Troyes, & cinquante livres, monnoie de Provins, avec exemption de toutes entrées, péages, gabelle & autres. La chartre eft du mois d'avril 1250, il leur donna aussi la même année le droit de pêcher dans les foffés de Troyes, depuis la porte de Comporté, jusqu'au cours de la Seine, avec permiffion de faire un petit ruiffeau pour avoir de l'eau. En 1263, ce comte leur donna encore deux cents arpens de bois en fonds affis dans le commun usage d'ifles. Au mois d'avril 1590, le comte de Saint-Paul qui commandoit dans Troyes pour la ligue, fit abattre l'églife de ces religieux, qui furent établis dans un prieuré de Clu. gni dépendant de Gaye, fitué au fauxbourg Saint-Jacques. Il y a fix religieux qui ont trois mille livres de rente. Un couvent de capucins de trente religieux; ils ont été établis & reçus en 1610 par le foins & fous la protection de Charles de Gonzague, gouverneur de Champagne & de Brie. Une chartreufe établie environ deux cents vingt-neuf ans après la grande chartreufe de Grenoble; ainfi il y a apparence que cet établissement fe fit en 1315, elle eft éloigné de la ville d'une demi-lieue. Son fondateur fut Pierre de Mouffey. Il paroît par une chartre du mois de mars 1326 du roi Charles IV, datée de Vincennes, que ce prince confirma alors cette fondation. Après la mort de Pierre de Mouffey, Jean Garnier, chanoine de faint Etienne, & depuis doyen de faint Urbain, donna à ces religieux une place qu'il avoit achetée à une demi-lieue de Troyes, nommée Laprée; ce qu'ils accepterent le vendredi avant la Pentecôte 1332. Le mardi après la Touffaints 1341, Jean d'Aubigny, foi-même lieu du teins de l'évêque faint Prudence, vers le milieu xante-neuvième évêque de Troyes, donna par teftament à ces folitaires la moitié de fes meubles, & au mois de novembre 1389, Jeanne d'Evreux, reine de France, veuve de Philippe VI, dit de Valois, leur donna fa maifon, dite de Blanc-foffé, proche l'églife de Notre-Dame de Laprée, avec toute jurisdiction & feigneurie. En 1622, ce lieu de Laprée où étoient les chartreux, fut' érigé en prieuré de l'ordre de faint Benoît, fous le titre de fainte Scholaftique, & les chartreux furent transférés proche l'Echerelle, où ils ont commencé de faire bâtir une chartreufe: il n'y a que fix religieux qui ont fix mille livres de rente.

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du neuviéme fiécle. Saint Godon ou faint Gon, dit faint Gan, neveu de faint Wandrille, ayant quitté le monaftère de fon oncle au pays de Caux, vint demeurer dans l'hermitage d'Oye, au diocèfe de Troyes, où il mourut vers la fin du feptiéme fiécle. Sa chapelle & fa cellule furent ruinées deux cents ans après; mais au fiécle dixième ou onziéme, une dame fit rebâtir fur fon tombeau une grande églife, avec un monastère, qui fut réduit, l'an 1344, en prieuré, mis fous la dépendance de Montier - la-Celle. C'eft ce qui s'appellaujourd'hui le prieuré de faint Gan, à deux lieues de Sezanne en Brie, fur la riviere de Morin. Le corps de fainte Hoylde ou fainte Hou, vierge, fut apporté du pays de Pertois à Troyes, l'an 1159, & mis dans l'églife de faint Etienne. Saint Frobert, né à Troyes, y bâtit le monaftère appellé depuis Montier-la-Celle, vers l'an 653, & en fut le premier abbé. * Baillet, Topogr. des faints, p. 507.

Troyes a été la patrie de Jean Pafferat, de Nicolas Gausfin, jéfuite, de Pierre Pithou, de Jean Pithou fon frere; d'Edmond Merille, mort profeffeur de droit à Bourges l'an 1647, âgé de foixante-huit ans ; du pere le Cointe, prêtre de l'oratoire, & auteur des annales eccléfiaftiques de France; de Pierre Mignard, mort premier peintre du roi le 30 mai 1695; de François Girardon, fculpteur comparable aux plus habiles de l'antiquité, & de feu le Noble, qui avoit été procureur général au parlement de Metz. Ce dernier eft plus connu par le nombre de ses ouvrages, que par leur excellence. Il y a peu de genres d'écrire dans lesquels il ne fe foit exercé, & peu de fciences fur lesquelles il n'ait écrit. Profe, poëlie, férieux,

.

burlesque, hiftoire, politique, philofophie, théologie, jurisprudence, &c. ont tour à tour occupé fa plume. Sa traduction des cent cinquante pfeaumes paffe pour le meilleur de fes ouvrages.

Il y a à Troyes un lieutenant de maréchauffée, un affesfeur, un procureur du roi, un greffier, un brigadier, un fous-brigadier & huit archers. 11 y, a encore un fiége préfidial & une direction des gabelles, & qui comprend neuf greniers à fel & deux chambres. L'élection de Troyes eft bornée au midi par la Bourgogne, au feptentrion par l'élection de Châlons, au levant par l'élection de Bar-furAube, & au couchant par l'élection de Sezanne & de Nogent-fur-Seine. Sa figure eft très-inégale, elle eft compofée de deux cents quarante-fept paroifles.

*

Le commerce a été fi confidérable autrefois dans cette ville, que plufieurs princes étrangers n'ont point voulu d'autres cautions, pour les fommes qu'on leur vouloit payer, que les marchands de Troyes. Les eaux ont une propriété finguliere pour dégorger les étoffes, & pour toutes les teintures de foies, laines, fils & autres, & pour la tannerie de toutes fortes de cuirs, même paffés en cuirs de Hongrie. On ne peut s'empêcher de remarquer en cet endroit, que l'une des chofes qui a le plus affoibli le commerce de Troyes, font les procès que les communautés des arts & métiers entreprennent les unes contre les autres, les emprunts qu'elles font fouvent, dont la meilleure partie eft employée en buvettes, & les fommes exorbitantes qu'elles exigent des aspirans à ces maîtrifes pour les y recevoir. Les buvettes que les jurés & les principaux maîtres de ces communautés exigent de ces aspirans, & celles qu'ils pratiquent, fous prétexte de vifites ou de redditions de leurs comptes, ruinent la plupart des particuliers qui les compofent, & les mettent hors d'état de porter les charges publiques, lesquelles étant rejettées fur les plus riches & fur les médiocres bourgeois, affoibliffent confidérablement la fortune des premiers, & caufent la ruine des autres. Le commerce de toiles eft toujours très-considérable dans Troyes, où il y a une manufacture de toiles de lin, chanvre, coton, futaines & bafins. Il y a au moins fix cents ouvriers qui travaillent à ces fortes d'ouvrages. Les mêmes eaux, qui font fi propres pour les teintures, font auffi merveilleufes pour le blanchiffage de toiles que les marchands d'ici achétent de toutes parts, pour les y faire blanchir dans les belles & agréables prairies de cette ville, qui font arrofées d'une trèsgrande quantité de canaux de la riviere de Seine qui fer vent encore à blanchir des futaines, des bafins, du coton, du lin & du chanvre, que les marchands de Troyes font enfuite mener à Paris, Lyon, Rouen, Rheims & autres grandes villes du royaume, même en Lorraine & en Allemagne; les marchands de ces grandes villes viennent fouvent les acheter jusqu'à Troyes. Les mêmes eaux fervent encore à blanchir la cire, dont les ouvriers font enfuite des bougies de forte qu'on ne peut rien défirer à cet. égard qu'un grand nombre d'ouvriers, comme il y en avoit ci-devant pour travailler à ces manufactures, & pour employer les lins & chanvres qui croiffent en abondance dans toute l'étendue de l'élection de Troyes. Il y a encore à Troyes une manufacture de ferges drapées, dont la largeur doit être de deux tiers de l'aune de Paris. Les ouvriers employent le plus gros & le rebut des laines à faire des droguers, qui ont une demi-aune de Paris de largeur. On fabrique auffi des ferges dans l'hôpital de faint Nicolas à Troyes; ce qui leur a fait donner le nom de ferges de faint Nicolas. Il y a, dans cet hôpital, un entrepreneur qui fait travailler un bon nombre de pauvres à la décharge des hôpitaux, qui fabriquent auffi des droguets de laine & de fil. On fait encore à Troyes, des fatins dits façon de Turin, d'Hollande, de Bruges & de la Chine. Il y a un débit affez confidérable de ces marchandifes. Il y a à Troyes plus grand nombre d'épingliers que d'autres artifans à proportion. Le débit qu'ils en font eft grand, auffi-bien que celui de la chandelle, qui eft très-blanche, & excellente, à caufe de la bonne qualité des fuifs.

Il y a peu de terres inutiles dans l'élection de Troyes; les habitans de la campagne font plus laborieux que ceux de la ville. La huitième partie des terres eft propre à porter du froment, dans les autres on n'y recueille que du feigle & de l'aveine, même, dans quelques-unes, farrazin feulement; mais en récompenfe elles font bien

du

plus aifées à labourer que les terres qui portent du froment. Elles font auffi très-propres à la nourriture des moutons & autres bêtes blanches. Il y a plufieurs gros vignobles dans cette élection, où les vignes tiennent les, trois quarts des finages, & occupent un tiers des paroilles. Les vins y font bons & affez agréables.

Il y a auffi, dans l'élection de Troyes, plufieurs petits vignobles dont les vins font médiocres. Outre les bêtes blanches, on nourrit encore, dans l'étendue de cette élection, beaucoup de bêtes à cornes, parce que l'ufage de la plupart des communautés confiftent en pâturages & bruyeres destinées à la nourriture des gros beftiaux, qui contribuent beaucoup à engraiffer la terre.

TRUBICE, riviere de Pologne, dans le palatinat de Kiovie. Son cours eft du nord au midi. Elle entre dans le Borysthène, à deux milles d'Allemagne, au delfous de Pereflaw.* Andr. Cellar. Desc. Pol. p. 399.

TRUBRIDGE ou TROUBRIDGE, bourg d'Angleterre dans le Wiltshire. Il a droit de marché, & il eft renommé par les ouvrages de laine.* Etat préfent de la Gr. Bret. t. I,

p. 123.

TRUCCIACUM, ancien lieu de France, aujourd'hui le village de Droiffi, à cinq lieues au midi de Soiffons, près de Nanteuil fur Muret, dans une vafte campagne. Il est connu par la victoire que Landri, maire du palais, y remporta l'an 594, fous la régence & les ordres de Fredegonde, mere de Clotaire II, roi de Soiffons, fur Childebert, roi d'Auftrafie. Voyez Valois, Cordemoi, Daniel, Velly, Hift. de France.

TRUCONES, ifle de la mer d'Illyrie, felon Pomponius Mela, l. 2, c. 7. Quelques manuscrits lifent Titana au lieu de Trucones, & d'autres portent Citana ou Tituna. Ifaac Voffius prétend qu'il faut lire Pityia, & le fonde fur Apollonius. Cependant les éditions des Aldes & des Juntes lifent TRUCONES. Hermolaus dit qu'il y en a qui appellent cette ifle Trucula, & il la place entre celles de Leifina & de Curzoli. Le nom moderne, felon quelquesuns, eft Torcola.

TRUDEN, S. Trudonis urbs, ville d'Allemagne, dans le cercle de Weftphalie. Voyez SAINT-TRON.

TRUEBERTHAL, vallée de Suiffe, dans le canton de Berne, au bailliage de Trachfellwaldt, prend fon nom de la riviere de Truob, qui la traverfe. Il y avoit autrefois une abbaye dans le village paroiffial de Truob.

nom

TRUEIRE ou TRIEURE, riviere de France. Elle prend fa fource au pied d'une montagne du Gevaudan, mée la Marguerite: elle fe jette dans le Lot à Entragues. Caftel l'appelle TROVEYRE.

TRUENTUS, riviere d'Italie, dans le Picenum. La ville Asculum Picenum ( Ascoli) capitale du pays, étoit bâtie fur fes bords, dans l'endroit où elle reçoit le fleuve Caftellanum. A fon embouchure étoit un lieu fortifié nommé Caftrum Truentinum, felon Pomponius Mela, 1. 2, c. 4. Pline, . 3, c. 13, qui nomme le château Truentum, parle auffi de la riviere qui lui donnoit fon nom. Strabon, l. 5, p. 241, fait mention de la riviere fous le nom de Tpvríves Torano, Truentinus amnis, & y met une ville de même nom. Ptolomée, l. 3, c. 1, ne connoît ni ville ni château dans cet endroit, à moins qu'il ne comprenne l'un ou l'autre fous la dénomination de rau inconds, Truentini fluminis oftia. Le nom moderne de cette riviere eft TRONTO. Voyez ce mot.

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TRUGHENACKMY, baronnie d'Irlande, dans la province de Munfter. C'eft une des huit qui compofent le comté de Kerry.* Etat préfent de l'Irlande, p. so.

TRULLA, port de l'Arabie heureuse. Ptolomée, l. 6, c. 7, le place dans le pays des Adramites. Arrien, 2 Peripl. p. 15, marque dans ce quartier deux ifles défertes, l'une appellée l'Ile des Oiseaux, & l'autre Trullas.

TRULLE ou TROUILLE, petite riviere des Pays-Bas, dans le Hainaut. Elle prend une de fes fources près du village de Mérieux, & l'autre au voisinage de Grandeng. Ces deux branches s'étant réunies dans un même lit, un peu audellous du village de TROUILLE, ne forment plus qu'une riviere, qui, coulant en ferpentant du nord au midi, fe rend à Mons, qu'elle traverse, & va enfuite fe perdre un peu plus bas dans la Haine, au-deffus de faint Guillain. Jaillot, Atlas.

*

TRULLUM, nom d'une bafilique de la ville de Conftantinople, felon Ortélius, qui cite le recueil des conciles. S s f f f f iij

TRUN SUR-DIVE, bourg de France, dans la Norman Truxillo fut fondée en 1553 par Pizarro, premier goudie, au diocèle de Sées, avec vicomté. Ce bourg eft fitué verneur du Pérou. * De Laet, Descript. des Indes occid. entre Falaife, Argentan, Vimonftier & Livarot. Ön y tient 1. 10, c. 20. un marché toutes les femaines.

TRUOB, petite riviere de Suiffe, dans le canton de Berne, au bailliage de Trachfellwald, nommée Trueberthal, fépare le canton de Berne de celui de Lucerne, & le jette dans l'Emme.

TRURO, bourg d'Angleterre, dans la province de Cornouailles. Il a droit de tenir marché public. * Etat préfent de la grande Bretagne, t. I.

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TRUTULENSIS PORTUS, port de la Grande Bretague. Tacite en fait mention dans la vie d'Agricola. Quelques exemplaires portent Tutulenfis-Portus pour Trutulenfis Pertus. Comme on ne fait point la fituation de ce port, il y a des auteurs qui veulent, qu'au lieu de Trutulenfis, on life Rhutupenfis, & ils prétendent que c'eft Richborough dans la province de Kent.

TRUXILLANOS, village d'Espagne, dans l'Eftramadoure, à une lieue de Mérida. Le terroir des environs abonde en bled, en vin, en gibier & en betail. Ce fut dom Garcie Fernandès de Truxillo, grand-maître de l'ordre de faint Jacques, qui fit peupler ce lieu en 1320, felon le rapport de Vargas ; & lui donna fon nom. * Silva, Poblac. d'España, p. 84.

1.TRUXILLO, ville d'Espagne, dans l'Eftramadoure, à dix lieues de Mérida. Elle eft fituée dans les montagnes, fur le penchant d'une colline, dont le fommet, qui eft tout de roc, fe trouve occupé par une bonne citadelle. On tient que Jules Céfar fonda cette ville, & l'appella Turris Julia, dont par corruption eft dérivé Truxillo. Pline l'appelle Gaftra Julia : elle étoit alors une colonie de l'ancienne Lufitanie, du'reffort de Norba Cafarea, aujourd'hui Alcantara. Les grands maîtres, dom Pierre Gonzalès Mengo, de l'ordre de faint-Jacques, & dom Arias Perès Gallego, de celui d'Alcantara, la prirent fur les Maures, la peuplerent, & y mirent de nouvelles fortifications l'an 1232, & le roi de Caftille, Jean II, l'érigea en ville l'an 1431, à la priere d'Alfonfe Garcie de Truxillo, fils de Sanche Ximenès, chef de la famille de Vargas. Dans la fuite cette ville acquit un nouveau luftre en donnant naiffance au fameux François Pizarre, marquis de las Charcas, qui, aidé de fes freres, découvrit & conquit le royaume du Pérou. Il y a à Truxillo fix paroiffes & dix maifons religieufes; favoir quatre d'hommes, & fix de filles. Cette ville eft gouvernée par un juge de police, & par des corregidors. Elle a jurisdiction fur dix-fept bourgs. On y tient tous les ans deux foires, l'une le premier jeudi après le 15 mai; l'autre le 25 de juillet, jour de faint Jacques. Le terroir des environs produit beaucoup de bled, & les prairies y nourriffent quantité de brebis, dont la laine eft très-fine.

2. TRUXILLO, ville de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Lima, & dans la vallée de Chimo, qui eft d'une grande étendue. Les rois du Pérou y faifoient autrefois leur féjour, comme on le voit par les ruines de plufieurs palais. Cetre ville eft fituée près de la mer du Sud, à la hauteur de 84 6' de latitude méridionale, à quatre-vingts lieues de Lima, au bord d'une petite riviere, auprès de quelques côteaux pierreux. Les Sauvages viennent par bande dans cette ville pour y fervir fes habitans, ou pour leur fournir les chofes dont ils ont befoin. Truxillo eft à jufte titre mife au nombre des premieres villes du Pérou. Il y a cent ans qu'on y comptoit plus de cinq cents maifons & quatre couvents. Les officiers royaux y demeurent. Cette ville a dans fon reffort cinquante mille Sauvages tributaires. Tout le fucre qui le fait dans ce quartier croît principalement dans la vallée de Chacama ou Chicama. Le port, qu'on nomme el Arrecife de Trugillo', eft à deux lieues de la ville, dans une baie ouverte, qui n'eft point garantie contre les vents, & où même l'ancrage n'eft pas bon. La ville de Truxillo eft fort marchande & riche, à quoi contribue la grande fertilité des terres voifines. Les habitans ont détourné un bonne partie de l'eau de la riviere dans des canaux ou foffés pour arrofer leurs jardins; ils la conduisent même par des aqueducs jusqu'à la ville. L'air de ce quartier paffe pour être très fain. De tous côtés on voit des mérairies où les Espagnols nourriffent des brebis, & fement des grains. Les vignes y font communes, & il y a grande abondance de figues, de pommes, de grenades, d'orangers & de diverfes autres fortes de fruits. La ville de

3. TRUXILLO, ville de l'Amérique feptentrionale, dans la nouvelle Espagne, au gouvernement des Honduras, fur la côte du golfe de ce nom, au fond d'une baie fort affurée contre les vents. Cette ville eft bâtie fur un tertre entre deux rivieres claires & poiffonneuses, & dans une contrée tempérée été & hiver. Le terroir des environs eft fertile en froment, & abonde en toutes fortes de fruits. On y a quantité de miel & de cire. Le bétail y profite fort, & l'on dit que les vaches furpaffent en grandeur & en bonté celles d'Espagne; on y éleve beaucoup de brebis. Les vignes portent deux fois l'an. Après qu'on a vendangé, on les taille de nouveau, elles repouffent; & les feconds fruits font mûrs autour de Noël. Les arbres étrangers, comme orangers, limoniers & femblables, y portent des fruits excellens. Cette ville fut prife par les Anglois en 1576. Ils l'attaquerent enfuite en 1596, fous la conduite d'Antoine Sherlei & de Willams Paker; mais la tentative fut inutile, parce que les fentinelles donnerent l'alarme à la ville. Cette place eft tellement fortifiée par la nature, qu'il n'eft pas aifé de la prendre de force; car elle eft bâtie fur un tertre droit, coupé de tous côtés, & environné d'épais bocages, où il n'y a nul paffage pour approcher de la ville; fi ce n'eft un centier étroit au-devant duquel il y a une porte affez forte & bien munie, de façon que fi on ne furprend les fentinelles, on ne fauroit prendre la ville. Le port nommé SAN-GIL eft au fond de la baie, & fort afluré contre les vents. * De Laet, Descript. des Indes occid. l. 7, c. 7.

4. TRUXILLO, ville de l'Amérique, dans la terreferme; au gouvernement de Venezuela, à quelques lieues au midi de Mérida, au nord oriental de la Grita. On l'appelle auffi N. SENORA DE LA PAZ. De Laet, Description des Indes orientales, l. 18, c. 13, dit que cette ville est éloignée de la métropolitaine Coro, d'environ quatrevingts lieues droit vers le midi; qu'elle eft à vingt-cing lieues de la ville de Tucuyo, vers l'occident, & à dixhuit lieues du grand Maracaybo. Sur le bord de ce lac il y a un village qui dépend de Truxillo, & où les bourgeois ont coutume de mener leurs denrées, comme farine, biscuit, lard & autres chofes, où ils les embarquent pour en faire un riche trafic en diverfes provinces de l'Amérique méridionale. Cet embarquement fe fait deux fois l'an; favoir, dans les mois de mai & de novembre. * De l'Ifle, Atlas.

TRUYE, bourg de France, dans la Touraine, élection de Loches. On fait cas de fes fromages, qui portent le nom de fromages de Truye.

TRYBACTRA, village de la Sogdiane, felon Ptolemée, l. 6, c. 12. Ammien Marcellin, l. 23, c. 6, écrit TRIBATRA, mais de Valois, au lieu de Tribatra lit Cyrefchata.

TRYCHE, ville de l'Eubée, felon Etienne le géographe, qui dit que Lycophron l'appelle TRYCHAMIA. TRYCHATA, montagne de l'Eubée, felon Ifacius, cité par Ortélius.

TRYE, lieu de France, dans la Normandie, élection de Gifors.

TRYGEN, nom d'un lieu dont parle Siméon le métaphrafte, in vita SS. Manuelis, Sabelis, &c. Il paroît que ce lien étoit aux environs de Chalcédoine.

TRYLISIA, bourg de Pologne, dans le palatinat de Kiovie, fur le bord de la riviere Kamineza. Ce bourg eft fortifié. En 1651, le 24 d'août, le général Polonois Pri fimsky le prit d'affaut, & le brûla. Tout y fut paflé au fil de l'épée, fans épargner ni enfans, ni femmes; celles-ci s'étoient défendues plus que les hommes durant le fiége, & avoient tué beaucoup de Polonois. * Andre Cellar. Reg. Pol. des. p. 386.

TRIMALIA, lieu que Cédréne, cité par Ortéļius, met au voisinage de Servie.

de

TRYME ou TRYM, ville d'Irlande, dans la province Leinster, au comté d'Eft-Meath, dont elle eft la capitale. Elle eft fituée à fix milles .presque au fud-eft d'Athboy, fur la Boyne. Il s'y fait un allez bon commerce. Elle a droit de tenir un marché public, & elle envoye deux députés au parlement. * Etat présent de la Gr. Bretagne, t. 3, p. 39.

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TRYPHALIA, contrée maritime du Péloponnéfe, felon Polybe, 4. 4, qui la place entre l'Elide & la Meffenie. C'est la même que la TRIPHYLIE. Voyez TRIPHYLIA. TRYPHONII ou SANCTI TRIPHONII INSULA, ifle de la Propontide, & dont il eft parlé dans les conftitutions de l'empereur Emanuel Comnene.

TRYPIA: Gemiste dit que de fon tems on donnoit ce nom à l'ancienne HELICE, ville du Péloponnéfe, dans l'Achaie propre.

TSANPOU, grande riviere qui traverse le Tibet d'oc cident en orient, felon les nouvelles cartes chinoises. Elle paroît prendre la fource auprès de celles du Gange, & l'on croit qu'elle coule enfuite vers le midi, à travers le royaume d'Ava, où elle s'appelle Menankion, & fe décharge dans le golfe de Bengale.

TSCHAROS, peuples fauvages de l'Amérique méridionale, au Paraguay. Le pere Antoine Sepp, miffion. naire de la compagnie de Jefus, parle de ces peuples dans une de fes lettres. Ces peuples, dit-il, font auffi féroces que les bêtes parmi lesquelles ils vivent : ils vont presque tout nuds, & ils n'ont guère de l'homme que la figure. Il ne faudroit point d'autre preuve de leur barbarie, que la bizarre coutume qu'ils obfervent à la mort de leurs proches. Quand quelqu'un vient à mourir, chacun de fes parens doit fe couper l'extrémité des doigts de la main, ou même un doigt tout entier, pour mieux témoigner få douleur : s'il arrive qu'il meure affez de perfon nes pour que leurs mains foient entierement mutilées, ils vont aux pieds, dont ils fe font pareillement couper les doigts, à mesure que la mort leur enléve quelque parent. On a fongé à civilifer ces Barbares, & à leur annoncer l'évangile. La premiere tentative que l'on a faite n'a pas eu le fuccès que l'on en espéroit. Le tems de leur converfion n'étoit pas encore venu. * Lettres édifiantes, t. 11, p. 392.

TSCHERNEMBL, petite ville d'Allemagne, dans la
Balle Carniole, près d'une petite tiviere qui fe jette dans
celle de Kulp. * Zeyler, Topogr. Carn. p. 125.

TSEE-POUSSONE, maison royale du roi de Siam
à une lieue de Louvo. Elle eft bâtie fur le bord d'un étang,
à l'entrée d'une forêt, où l'on peut chaffer aux éléphans.
* Lettres édifiantes, t. 7, p. 84..

TSEPEHOEN, petit peuple de l'Amérique feptentrio
nale, dans la Louisiane, aux environs de la route que de
la Salle tint pour aller de la baie de Saint-Louis aux
Cenis.

TSERU, petit peuple de l'Amérique feptentrionale, dans la Louifiane, aux environs de la route que tint de la Salle, pour aller de la baie de Saint-Louis aux Cenis.

TSICUNGO, province du Japon, dans l'ifle de Ximo,
au midi de celle de Chicugen. Elle a cinq journées de lon-
gueur du nord au fud, & on la divife en dix districts, qui
abondent en riz & en bled,

TSIERIBON, petit royaume dans l'ifle de Java, vers
le milieu de la côte feptentrionale, entre Batavia & Javara.
Il est arrofé par le fleuve Indramaia. Le roi est allié des
Hollandois.

TSIKETO, lac de l'Amérique feptentrionale, dans le
nouvelle France. Il eft entre le lac Huron, au nord, & le
lac Erié au midi, avec lesquels il communique par deux
émiffaires. De l'lfle le nomme le lac Ganathio ou Sainte-
Claire.

TSIOMPA, royaume d'Afie, borné au nord par le défert de la Cochinchine, à l'orient & au midi par la mer, & à l'occident par le royaume de Camboge. Ce royaume eft tributaire du roi de la Cochinchine, qui l'eft lui-même de l'empereut de la Chine. Il en eft des habitans de Tfiompa comme de ceux de la Cochinchine & de Camboge: ils font très-peu policés. Ces nations, qui n'ont presque aucun commerce avec leurs voifins, font très-peu unies entr'elles. Les grands, comme autant de petits tyrans, pillent les peuples à toute main : les rois exercent encore une tyrannie plus cruelle fur les grands pour leur faire rendre gorge. C'est un malheur, pour ceux qui navigent, d'être dans la néceffité d'aborder ces côtes. Le vaiffeau françois, qui fut obligé d'y relâcher en 1721, en eft un exemple. Les officiers, qui descendirent à terre pour y acheter des vivres, furent d'abord affez bien reçus: on ha même par des invitations, & des amitiés feintes,

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d'engager le capitaine à fortir de fon bord. Leur vue étoit d'avoir une plus forte rançon : les habitans du pays en vinrent même jusqu'a former le deflein d'enlever le vaisfeau : ils envoyerent plufieurs fois l'examiner, mais, ne fe trouvant pas allez forts, ils fe vengerent fur ceux qu'ils tenoient à terre : ils les lierent, les maltraiterent, & il y en eut qui leverent la hache fur eux; & ce ne fut qu'aux inftantes prieres des miffionnaires, qui furent avertis de ce barbare procédé, qu'ils leur laifferent la vie fauve; mais on fut obligé de payer une fomme confidérable pour les racheter. Les villes de ces Barbares ne font qu'un amas de miférables cafes de bois fans ordre. Les mœurs & les coutumes de ces peuples approchent, en certaines chofes, des coutumes indiennes, & en beaucoup d'autres de celles des Chinois. Ils croient la métempfychofe, comme les Indiens; ce qui ne les empêche pas de manger toutes fortes d'animaux. Ils font pleins de vénération pour le cheval & l'éléphant, dont ils ont des peintures dans leurs maifons. La plus belle récompenfe, felon eux, que puifle avoir un grand homme, après la mort ; c'est que fon ame paffe dans le corps d'une de ces bêtes. Ils regardent Confucius comme le premier docteur de l'univers ; ils rendent de grands honneurs à leurs ancêtres morts, & à ceux de leur nation qui fe font diftingués durant leur vie ; ils ont, pour cela, chez eux, & hors de chez eux, plufieurs petits oratoires, où ils brûlent des paftilles; mais le lieu le plus facré parmi eux eft une place publique, au milieu de laquelle eft élevée une longue poutre, qui a vers le haut un traversier, tant foit peu incliné, apparemment qu'ils y arborent un pavillon; ils l'appellent Touvo. Tout à l'entout font placés divers oratoires : c'est là qu'ils vont faire leurs profondes inclinations, qu'ils brûlent quantité de petites chandelles, qu'ils offrent dù riz, immolent des victimes, & fur-tout des chèvres. Les fêtes publiques finisfent par un grand repas, où l'on ne manque pas de s'enyvrer de raque, forte d'eau-de vie faite de riz: viennent enfuite les danfes, la comédie, fouvent les querelles & les coups. Lettres édifiantes, t. 16, p. 30.

C'est le même royaume que d'auties nomment Ciampa. Voyez CIAMPA.

TSISANG, ville de la Chine, dans la province de Nanking, fur le bord feptentrional de la riviere Jaune, à la droite en remontant cette riviere. Cette ville, bâtie dans un lieu agréable, au pied d'une colline, eft fituée à quatre-vingts lys de Tanjenjeen. Elle n'a point de murailles, elle eft feulement défendue par un château; & comme elle eft privée des priviléges des villes, il y en a qui ne lui donnent que le titre de bourg. D'ailleurs, ce lieu eft bien peuplé, & fréquenté par ceux qui navigent fur le fleuve Jaune; ce qui fait qu'il pourroit le disputer, pour la richeffe, à plufieurs grandes villes. Sur fon port, on voit une pagode fort belle. * Legatio Batavica, ad Sine Chamum, part. 2, p. 110.

TSONNONTHOUANS. C'est le plus occidental des cinq cantons Iroquois, & le plus étendu : il occupe toute l'extrémité du lac Ontario, jusqu'à la riviere de Niagara & en fuivant cette riviere, tout ce qu'on laiffe à gauche, jussqu'au Sault. Tout ce pays eft en général fort bon, furtout les environs de la baye des Tsonnonthouans, qui fe décharge dans le lac Ontario; elle reçoit une fort jolie riviere, & il n'eft guères poffible de voir un lieu plus charmant. Un peu plus loin, en approchant de la riviere de Niagara, on trouve le Grand Marais, qui forme auffi une baye, & qui eft auffi un lieu délicieux. Les terres y font même meilleures que dans la baye des Tfonnonthouans.* Journal & Hift. de la nouvelle France, du P. de Charlevoix.

TSULIVAN, riviere de l'ifle de Java; elle a dix toifes de large en quelques endroits, & deux en d'au

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droite, entre Eftenai, qui eft de l'autre côté du fleuve, & Bella de Moufé; fuivant le pere Protais, à onze lieues d'Isne, ou Effenay ou Estenai, & à douze d'Arment ou Belad Moufe, & à deux lieues de Luxor le vieux. Paul-Lucas dit que Tuat eft un affez gros lieu, qu'on y voit un beau temple des anciens Egyptiens, que les pierres en font belles, & chargées de quantité de figures en bas relief, & entremêlées d'hieroglyphes. Il ajoute que la curiofité le porta à voir, au fortir de Tuat, quelques-unes de ces grottes que l'on trouve en grand nombre de l'autre côté du Nil, dans une grande montagne, qu'on dit longue de fix cents milles. Les portes de la plupart de ces grottes font de pierre, d'une feule pièce de la même roche, & s'ouvrent & fe ferment fur deux pivots. Elles ont ordinairement deux ou trois fenêtres taillées dans la roche, & l'on y voit des peintures aufli fraîches que fi elles étoient nouvelles. Les puits qu'on y trouve donnent lieu de croire qu'elles ont fervi de fépulture aux gens du pays, & que ces peintures repréfentoient ce qui leur étoit arrivé de particulier pendant leur vie. Au-deffous du rang de peinture, qui marque ces divers événemens, le cours du Nil eft représenté autour de la grotte; un grand nombre de bateaux, qui ont la poupe & la proue fort hautes, paroît fur le fleuve. Au milieu eft un tombeau, qui femble couvert d'étoffe fort riche, & chaque bateau a deux conducteurs, dont l'un eft devant & l'autre derriere. On en voit plufieurs au milieu du Nil, & d'autres de chaque côté du fleuve. Dans ceux qui font du côté oppofé à la montagne, il paroît qu'on y embarque les corps morts, & dans ceux de l'autre bord on y remarque des prêtres & des bieres qu'on débarque pour les porter à ces grottes. Le nombre des puits n'eft pas égal dans, chacune, & il y en a qui en ont jusqu'à fix. Ces puits font carrés, avec des entailles de chaque côté, qui fervent de marches pour descendre. Les plus belles de ces grottes ont des repréfentations de momies, de pierre, de marbre, de pierre de touche, & quelquefois faites du même rocher, pour fervir d'embelliffement au lieu, où plufieurs appartemens vont l'un dans l'autre fuivant leur grandeur.

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TUBAL ou DUBAL, comme écrivent Annius de Viterbe & François Taraffa, qui ajoutent qu'il eft fait mention de cette ville dans Pomponius Mela; mais, dit Ortélius, on ne trouve ce nom, ni dans Pomponius Méla, ni dans aucun auteur de poids. On veut que ce foit une ville de l'Espagne Bétique, & que le nom moderne foit Setubal. D'autres foutiennent que c'eft Tudela, autre ville d'Espagne fur l'Ebre ; & Ortelius demande fi ce ne feroit point la Tutela de Martial. Voyez SETUBAL, TUDELA & TUTELA.

TUBAN ou TUBAON, ville des Indes orientales, dans l'ifle de Java, fur la côte feptentrionale, affez près de Bantam. C'eft la plus belle & la plus forte de toutes les villes de cette ifle. (a) Ses portes font très-bien faites, mais à la maniere du pays, & elles font flanquées par des tours. Les murailles qui forment l'enceinte font hautes; & au-dedans, on trouve plufieurs grandes maisons & des places fpacieuses, qui fervent pour le commerce & pour y étaler les marchandifes. Le roi de Tuban paffe pour le plus puiffant de toute l'ifle. (b) Il peut en vingtquatre heures mettre plufieurs milliers d'hommes fur pied, fant cavalerie qu'infanterie; il fait une grande figure; fa cour eft nombreufe, parce qu'il a beaucoup de nobleffe dans les états. Dans les fêtes publiques, il paroît à cheval, vêtu avec magnificence; les vêtemens font alors ceints & rattachés, & fon turban est garni de plumes. Tous les nobles le fuivent, vêtus à peu près comme lui, & montés fur de très-beaux chevaux. (a) Hift de la conquête des ifles Moluques, tom. 2, pag. 99 & fuiv. (b) Voyages des Hollandois aux Indes orient. tom. 2, p. 171 & 179 de l'édi tion de Rouen.

Entre les autres habitans de la ville de Tuban, il y a ya beaucoup de noblesse qui fait trafic de foie, de camelots, de toiles de coton & de certains petits vêtemens qui fe fabriquent dans ce lieu. Ils chargent leurs jonques de poivre, & les ménent à Bali, où ils les troquent, ainfi que leurs autres marchandises, pour des habits de chétive & groffiere toile de coton, dont il y a une manufacture dans cette ifle. Ce trafic étant fait, ils s'en vont à Banda, à Ternate, aux ifles Philippines & dans les autres pays voiLins, où ils troquent ces chétifs vêtemens pour de la fleur

de muscade, pour des noix muscades & pour du clou de girofle. Le commun peuple s'entretient par le moyen de la pêche & du bétail qu'il nourrit ; car on en éléve beaucoup à Tuban & aux environs. Le commun des habitans a un vêtement autour du corps : ils vont nuds de la ceinture en haut, & portent un poignard à leur ceinture. Les gentilshommes portent fouvent un petit jufte au corps de camelot, & en font une grande parade, auffi-bien que de leurs armes. Ceux qui fe diftinguent le plus ont beaucoup d'esclaves, qui fe tiennent toujours auprès d'eux; à peine les verra-t-on quelques pas au-delà de leur porte, fans avoir dix ou douze domeftiques à leur fuite. Quelque part qu'ils aillent, ils font porter après eux un coffre où il y a de la bétel, qu'ils mâchent avec de la chaux & des noix vertes tout enfemble; & quand ils en ont exprimé tout le fuc, ils en jettent le marc. Ils prenent beaucoup de plaifir à pofféder des chevaux, & ceux qui en ont en font fort fiers. Ils leur mettent de riches felles, les unes de velours, les autres de cuir d'Espagne, & ils y font peindre d'affreufes figures de dragons & de diables. La plûpart de ces felles font dorées, & faites à peu près comme celles dont on fe fert en Europe, fi ce n'eft qu'elles ne font pas fi hautes par derriere. Les brides font garnies de pierreries, & blanches comme de l'albâtre ; les mors ne font pas moins précieux à proportion. Les boffettes font ordinairement d'argent, & quelques-unes font dorées : il y en a auffi de cuivre, chacun fe réglant fuivant fa condition. Ils vont fouvent hors de la ville à cheval deux ou trois de compagnie, ou davantage, fe provoquant les uns les autres à la courfe, & à faire faire des voltes à leurs chevaux, afin de voir lequel d'entr'eux a plus d'adresse à les manier. Ils ont ordinairement une javeline d'un bois fort mince & fort léger, dont ils favent fe fervir fort adroitement dans leurs tournois & carroufels, où ils paroiffent fi vifs, qu'il femble qu'ils ayent effectivement querelle enfemble. Quand celui qui eft derriere peut approcher celui qui eft devant lui, & le devancer dans une courfe, il baille fa javeline & paffe; puis il donne de l'éperon à fon cheval & le fait courir de toute fa force. Un autre, qui étoit derriere, furvient, & fait, ou tâche de faire de même à l'égard de celui qui a avancé : ce manége dure jusqu'à ce que les chevaux foient entierement las.

Le palais du roi eft grand, & formé de divers appartemens ; d'abord, on monte par un degré de fept marches, & on palle par une porte étroite, quoique plus large que les portes communes; car, en ce pays, elles font toutes balles & étroites. On entre de là dans le principal palais dont les murailles font de brique & le pavé de carreau commun, tel que celui de Hollande. Avant que d'entrer dans ce principal palais, on voit les éléphans du roi, qui font chacun fous un petit toit particulier, foutenu par quatre piliers; au milieu de l'espace qui eft fous ce toit, il y a un grand pieu auquel l'éléphant eft attaché par une chaine qui tient à l'un de fes pieds de devant. Tous les jours ces éléphans font menés, chacun en particulier, dans un canal proche du palais, où on les lave. Lorsqu'on eft entré au palais, on voit d'abord l'appartement où eft le bagage du roi ; il eft tenur dans des cailles entaffées les unes fur les autres, jusqu'au toit; tout l'appartement en eft plein; & quand ce prince va quelque part, tout ce bagage le fuit. Tout près de cet appartement eft celui des coqs de joute, dont chacun eft dans une cage; il y a des gens commis pour leur donner à manger & les faire battre enfemble. Cette maniere de les tenir ainfi enfermés à part, les rend encore plus vifs & plus coleres ; après cela, on trouve les perroquets, qui ne font pas comme ceux que nous voyons communément en Europe; mais beaucoup plus beaux, quoiqu'ils ne foient pas fort grands. Les Portugais les nomment noiras. Ils ont un rouge vif & luftré fous la gorge & fous tout le corps, & comme une belle plaque d'une belle couleur d'or fur le dos. Leurs aîles font mêlées de verd & de bleu, & fous les aîles on leur voit un bel incarnat. Ils font fi recherchés dans toutes les Indes, qu'ils valent depuis huit jusqu'à dix réales. Jean Huygens a écrit que les Portugais ont fouvent entrepris d'en transporter en Europe, fans avoir pu y réuffit, à cause de la délicateffe de ces oifeaux ; ils font familiers & careffans, reconnoiffent fi bien leurs maîtres, & favent tellement les flater, que cela eft digne d'admi

ration,

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