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que

TUR

TURDULI. Il y a eu anciennement plufieurs peuples de ce nom en Espagne. Pline, . 3, c. I, dans un endroit, dit les Turdules habitoient la Lufitanie & l'Espagne Tarragonnoife, & dans un autre endroit, il les met feulement dans la Lufitanie. Selon Strabon, 7. 3, c. 139, les Turdules étoient les mêmes que les Turdétains, & habitoient la Bétique. Voyez TURDETANI. Ptolomée, qui fait deux peuples des Turdétains & des Turdules, divife ainfi le pays de ces derniers :

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quatre

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TURENNE, en latin Torinna Caftrum, Torenna, Torena, Turena, ville de France, dans le Bas-Limousin, fénéchauflée de Brive, à deux lieues de la ville de ce nom, à de Tule, & à égale distance de Sarlat, avec titre de vicomté, & château. C'étoit déja une place forte dans le huitiéme ûécle, lorsque le roi Pepin la prit fur le duc Gaifre, l'an 767. Elle eut, dans le dixiéme fiècle, des feigneurs héréditaires. Bernard, feigneur de Turenne, avoit, fur la fin de ce même fiècle, la qualité de vicomte de Turenne. Ce vicomte étoit fubordonné aux comtes de Limoges, qui étoient ceux de Poitiers, ducs d'Aquitaine; c'eft pourquoi ce comté eft quelquefois nommé vicariat en latin, ce qui marque fa dépendance d'un feigneur dominant. Après Bernard, Archambaud, vicomte de Comborn, ou par mariage ou autrement, s'empara de Turenne, ayant l'an 1000, & laiffa cette feigneurie à fa poftérité, laquelle a continué toujours de mâle en mâle, jusqu'à Raimond, qui mourut fous Philippe le Bel, l'an 1304, & ne laiffa qu'une fille nommée Marguerite, qui épousa Bernard, comte de Comminges, & lui apporta, en mariage, fon vicomté. Leur poftérité masculine fut éteinte, par la mort de leur fils Jean, comte de Comminges, dont la fœur aînée nommée Cécile, hérita du vicomté de Turenne. Elle époufa Jacques d'Aragon, comte d'Urgel. Alienor, fœur cadette de Cécile, époufa Guillaume Roger, comte de Beaufort, neveu du pape Clément VI, & frere de Grégoire XI. Guillaume Roger acheta, de fa belle-fœur Cécile, comteffe d'Urgel, le vicomté de Tucomte de renne. La postérité masculine de Guillaume Beaufort & vicomte de Turenne, qui mourat fans enfans mâles, l'an 1482: Anne de Beaufort, fa fille aînée, époufa, l'an 1444, Agne de la Tour, feigneur d'Auliergues en Auvergne, cadet de la maifon de la Tour; & par ce mariage, le vicomté de Turenne eft paffé dans cette illustre maison, où il eft demeuré jusqu'à préfent. Ce lieu de Turenne eft très fameux, pour avoir, dans le dix-feptiéme fiécle, donné le nom au célébre maréchal & général Henti

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On y compte, outre cela, quatre-vingt-dix boargs ou paroiffes, dont la plus grande partie eft dans le Bas-Limoufin. La feigneurie de Turenne a été autrefois poffèdée en toute fouveraineté, & ce ne fut qu'au commencement du dixième siècle, qu'un vicomte de Turenne rendit hommage au roi, à condition que ce vicomté ne pourroit être mis hors de la main du roi, & que le vicomte & fes fucceffeurs continueroient à jouir de tous les droits régaliens. La claufe portée par cet hommage, n'empêcha pas que faint Louis, ayant cédé le duché de Guienne à Henri III, roi d'Angleterre, n'écrivit à Raymond, vicomte de Turenne, de ne pas faire difficulté de rendre hommage à Henri. Ce vicomte obéit, mais avec la même réserve des droits régaliens. Au moyen de l'hommage de fidélité que les vicomtes de Turenne ont rendu à la couronne, nos rois les ont toujours confirmés dans la jouiffance de tous les droits régaliens. Les lettres patentes de confirmation de Louis le Grand font du 12 mai 1656. Il ne fe leve aucun droit, pour le roi, dans ce vicomté, mais le feigneur, qui eft aujourd'hui M. le duc de Bouillon, y leve presque tous les droits que fa majesté a établis dans le royaume. Les impofitions, fur le vicomté, font départies par les états du pays, qui font convoqués par le vicomte. Outre les droits & les revenus de ce vicomté, il y a une grande quantité de terres & de fiefs qui en relevent. Rodolphe ou Raoul, comte de Cahors & de Turenne, eft le plus ancien feigneur de Turenne, dont le nom foit venu jusqu'à nous. Il vivoit vers l'an 788, & prenoit la qualité de comte, non que Turenne fut un comté, mais parce qu'il étoit comte bénéficiaire de Cahors. * Piganiol, Descript. de la France, t. 6, p. 382.

La vicomté de Turenne a été vendue , par Charles-Godefroy, duc de Bouillon, en 1738, au roi, qui l'a réunie à la couronne.

1. TURENSIS ou TURRENSIS, fiége épiscopal d'Afrique, dans la Byzacène. Son évêque eft nommé Maximianus, dans la notice des évêchés de l'Afrique, & il a le même nom dans la conférence de Carthage, no. 121.

2. TURENSIS, fiége épiscopal d'Afrique, dont il est parlé dans la conférence de Carthage, qui dit que ce fiége étoit occupé par Donatus Turenfis, évêque donatifte, & l'un des adverfaires de Victorianus, episcopus plebis Mustitane. Il a apparence que ce fiége Turenfis étoit différent d'un ville de même nom, fituée dans la Byzacène; car il étoit voifin de la ville Muftitana, qui étoit dans la province Proconfulaire. Je croirois que Samfucius, dont parle faint Augustin, Epift. 34 & 83`, étoit évêque de ce fiége.

3. TURENSIS, fiége épiscopal d'Afrique, felon la conférence de Carthage, qui qualifie fon évêque Paschafius episcopus Turenfis. On ignore de quelle province il étoit.

TURGALLIENSIS. Voyez MULLICIENSIS.

TURGANA, ifle de l'Arabie heureuse. Ammien Marcellin, . 23, nous apprend qu'il y avoit, dans cette ifle, un fort grand temple de Serapis. Cette circonftance, dit Ortélius, feroit croire que ce feroit l'ifle de Sarapis dont parle Ptolomée.

TURGOUW. Voyez THOURGAU.

TURGUT & DURGUT, en latin Turguteli. C'eft ainfi que les Turcs appellent une partie de la Natolie, fort proche de Dulgadir, que les anciens ont appellée Phrygie. * D'Herbelot, Biblioth. orient. p. 897.

TURHOLT ou TUROOT, abbaye des Pays-Bas, dans la Flandre. Louis le Debonnaire donna cette abbaye, l'an 832, à faint Anschaire, pour l'unir à fon nouvel archevêché de Hambourg. Charles le Chauve ne laiffa pas de la

La

de!

donner à un autre de fon vivant, même vers l'an 846. Elle
lui fut rendue depuis, & il la pofféda fans la réunir à
l'archevêché de Hambourg. Il éleva, dans cette abbaye,
faint Rembert, qui fut fon fuccefleur à l'archevêché de
Hambourg & à l'évêché de Breme. * Baillet, Topogr. des
faints, p. 509.

TURI, bourg d'Italie, dans la terre de Bari, environ à
cinq milles de Converfano du côté du midi.* Magin, Carte
de la terre de Barri.

1. TURIAS, riviere d'Espagne, felon Sallufte, in Fragment. hift. 1. 24, qui dit qu'elle arrofoit la ville de Valence. C'eft par conféquent aujourd'hui le Guadalaviar, & non le Guadalquivir, comme le veut Corneille.

2. TURIAS, riviere ou ruiffeau d'Italie. Cette riviere n'eft guère connue que de Silius Italicus, l. 13, v. 5, qui en parle ainfi :

.... Nulla ladens ubi gramina ripa
Turia deducit tenuem fine nomine rivum,
Et tacite Tuscis inglorius affluit undis.

On croit que c'eft la même riviere que Tite-Live, l. 26,
c. II, met a fix milles de Rome; mais Sigonius & Gro-
novius, au lieu d'ad Turiam fluvium, lifent ad Tutiam flu-
vium. Comme les manuscrits de Tite-Live varient, & que
quelques-uns de ceux de Silius Italicus portent Tucia ou
Tuscia, pour Turia, il feroit difficile de décider laquelle
de ces orthographes eft la meilleure.

TURIASO, ville de l'Espagne Tarragonnoife. Prolomée, l. 2, 6. 6, la donne aux Celtibéres. Le manuscrit de la bibliotheque palatine lit TURIASSO; & Pline, l. 34, 6. 14, fuit cette orthographe ; cependant les anciennes inscriptions que l'on conferve à Taraçona, qui est la même ville, lifent TURIASO.

TURICK, isle du Volga, au-dessus de la ville de Sabakzar.

TURIGA, ville de l'Espagne Bétique, felon Pline, l. 3, 6.1. C'est la même que Ucultiniacum. Voyez ce mot. TURII. Voyez THURINUM & TURINUM.

1. TURIN, ville d'Italie, la capitale du Piémont, dans une plaine, au pied des montagnes, fur le bord du Pô, dans l'endroit où la riviere de Doria-Riparia fe jette dans ce fleuve.

C'étoit anciennement la principale place des peuples appellés Taurini, qui descendoient des anciens Liguriens, & qui pouvoient avoir pris leur nom du taureau qu'ils portoient dans leurs enfeignes. Baudrand dit que Tite-Live & Appien d'Alexandrie nomment cette place Taurafia. Il fe trompe, dumoins à l'égard de Tite- Live, qui ne la nomme nulle part. Annibal la ruina, parce que ces peuples avoient refufé de faire alliance avec lui; & comme c'étoit la place la plus forte de ce quartier, fa ruine jetta une telle crainte dans l'esprit des peuples voifins, qu'ils fe foumirent d'abord qu'Annibal parut. Dans la fuite, Jules-Céfar y établit une colonie romaine, & l'appella Colonia Julia. Augufte changea ce nom en celui d'Augufta Taurinorum, nom fous lequel l'a connue Ptolomée: Pline & d'autres auteurs en parlent fous ce nom. C'est de Pline que nous tenons l'origine de ces peuples. D'anciennes inscriptions parlent de cette ville fous les deux noms que les Romains lui donnerent. Elle cut enfuite celui de fon peuple, & s'appella TAURINI.

Après avoir été long-tems foumife aux Romains, elle tomba, dans le tems de la décadence de l'Empire, fous la puiffance des Barbares, qui s'établirent en Italie. Les Herules & les Oftrogoths la pofféderent. Le patrice Narfés, après avoir détruit le royaume de ces derniers, la fit rentrer fous la domination de l'Empire. Depuis, elle fut du domaine des Lombards; mais ce ne fut pas avant le regne d'Antharik, leur troifiéme roi en Italie. Elle fit alors un des trente-fix duchés de leur royaume. * Philib. Pingon. fol. 95, 96. Gruter. fol. 160 & 168. Blaeu, Atlas.

Lorsque Charlemagne eut détruit le royaume des Lombards en Italie, il paroît qu'il foumit Turin aux comtes ou marquis de Suze, qu'il chargea de garder le paffage des Alpes, & de contenir les peuples voifins dans l'obéis fance. Sous fes fucceffeurs, les comtes ou marquis devinrent propriétaires de leur gouvernement, & le pofféderent en fief fouverain, relevant de l'empire d'Occident ou du royaume d'Italie. Ulric Mainfroi, dernier des marquis de

Suze, étant mort, vers l'an 1032, Turin & Suze pafferent
fous la puiffance des comtes de Savoye, par le mariage
d'Adeleïde, fille de Ulric Mainfroi, avec Oddon, comre
de Maurienne & de Savoye. Leurs descendans en ont tou-
jours joui depuis ; fi ce n'eft durant quelques tems de trou-
bles: car, quoique Otton de Frifingen donne, en 1147,
à Amédée III, comte de Savoye, le titre de marquis de Tu-
rin; cependant, s'étant élevé, peu de tems après, quelques
démêlés entre l'empereur Frédéric I & Umbert III, comte
de Savoye, le premier, dans le feu de la colere, donna à
l'évêque de Turin, non-feulement le domaine temporel
de la ville de Turin, mais encore celui de presque tout le
diocèfe. Cette donation occafionna des guerres cruelles,
parce que l'évêque trouva moyen de fe faire appuyer par
les habitans & par le marquis de Montferrat. A la fin
néanmoins Thomas III, comte de Savoye, ayant fait pri-
fonnier Guillaume de Montferrat, à fon retour d'Espagne,
dans le tems qu'il paffoit par le Dauphiné, les chofes chan-
gerent de face, & Thomas rentra en poffeffion de Turin,
qu'il transmit à fes descendans. Les François le prirent en
1536, fous Charles le Bon, duc de Savoye, & le garde-
rent jusqu'à la paix, qui fe fit en 1562. Ils le remirent
alors au duc Philibert, qui le choifit pour la réfidence, &
qui en fit la capitale de fes états. Le comte d'Harcourt,
général de l'armée françoife, le prit encore en 1640. Dans
la derniere guerre, il étoit prêt à fe rendre au duc d'Or-
léans, qui avoit relevé, en Italie, le duc de Vendôme,
lorsque le prince Eugêne fit lever le fiége.

Turin autrefois étoit environnée d'une ancienne mu-
raille de pierres de taille, flanquée d'espace en espace de
bonnes tours. A la place, qui étoit au milieu, répondoient
quatre rues, dont chacune aboutiffoit à une des portes de
la ville. La porte qui regardoit l'occident s'appelloit
premierement la porte du Pô: depuis, le château, qui fut
bâti auprès, lui donna fon nom. Celle qui étoit à l'orient,
appellée d'abord Turrianica porta, s'appella enfuite la
porte de Suze. La porte Palatine, ainfi nommée à cause
du palais d'Augufte, dont on voit encore les ruines dans
ce quartier, fut auffi appellée la porte de Doria, riviere
qui coule dans le voisinage; & la quatrième porte, qui
regardoit le midi, étoit appellée la porte de marbre. De ces
quatre portes il n'en refte plus que deux ; la porte de Suze
& la porte Palatine. Les deux autres ont été abattues,
lorsqu'on démolit les murailles pour agrandir la ville. On
voyoit, au dehors, quatre grands fauxbourgs, où il y
avoit des églifes & des maisons affez bien bâties, qui furent
ruinées dans le tems du fiége, en 1936. Le duc Philibert
rétablit le tout, embellit & fortifia de plus en plus la ville,
& fit élever, du côté de l'occident, une citadelle à cinq
baftions, au milieu de laquelle on creufa un puits extrê-
mement profond, & d'une ftructure admirable; car non-
feulement les hommes, mais même les chevaux peuvent y
descendre pour y aller boire, & remonter fans le rencon-
trer en remontant. C'eft un double escalier fans degrés, &
qui tourne tant de fois que la pente en devient aifée. Les
ducs Charles Emmanuel I & Victor Amédée I augmen-
terent la ville de Turin, en faifant une nouvelle enceinte
de murailles du côté du midi, où l'on plaça la porte de
la Victoire, appellée communément la porte Neuve. Char-
les Emmanuel l'agrandit encore davantage. Il fit faire,
dans tous les états, quantité d'ouvrages, pour la commo-
dité, pour l'ornement, pour la défenfe, & fit bâtir quan-
tité de palais & d'églifes. Il renferma, dans la ville, un
fort grand espace du côté de l'orient; & pouffant la mu-
raille presque jusqu'à la rive du Pô, il la flanqua de cinq
grand baftions royaux ; ouvrage qui fut fait dans l'espace
d'une année. La mort l'empêcha d'orner la porte du Pô.
Sa veuve y fit faire un édifice fuperbe. Outre la citadelle,
qui eft du côté de l'occident, on voit, du côté de l'orient,
le palais du prince, flanqué de quatre groffes tours ron-
des, bâties par Thomas II, comte de Savoye, augmenté
par
Louis, prince d'Achaie & de Piémont, & orné par le
duc Charles Emmanuel I, & par la ducheffe Chriftine de
France, régente, pendant la minorité de fon fils Charles
Emmanuel II. Ce palais ayant, en partie, été brûlé l'an
1659, le duc Charles Emmanuel II le répara, l'embellit
& l'augmenta confidérablement. Il fait face à une grande
place. On entre, par un pont-levis, dans une grande cour
bordée d'un bâtiment presque fans fymétrie. La fale eft
grande & enrichie de peintures rares. L'escalier eft auffi
Tome V. YYyyyy ij

fort beau, & il y a une vieille galerie longue de cent pas, dont les murailles font couvertes des portraits des princes & des princeffes de la maifon de Savoye, avec des ftatues de marbre d'empereurs & de philofophes. On y voit auffi plufieurs piéces rares, entre lesquelles on remarque un petit chariot d'or, attelé de fix chevaux, tout couvert de pierreries; un petit château de même matiere, avec fon artillerie & toutes fes fortifications, très-bien repréfentées; & deux armes à feu, qui fe démontent, qui fe chargent & qui le tirent d'une maniere très-ingénieule, fans parler d'une excellente bibliotheque, qui eft enfermée à la clef dans de grandes armoires. De-là, on paffe au palais neuf, qui commence la ville. Quatre pavillons, & autant de corps de logis, qui les joignent, entourent une grande cour, dont l'enceinte eft une longue galerie, avec une baJuftrade, ornée de plufieurs figures de marbre, qui repréfentent, pour la plupart, les derniers ducs de Savoye. Cette baluftrade, que foutiennent de hautes colonnes, fait face à la grande place de ce palais. Au pied de fon grand degré eft la figure en bronze d'un duc de Savoye, fur un cheval de marbre; & plus avant, on trouve un fort beau parterre, dans un jardin rempli de plufieurs ftatues de diverfes matieres, des plus habiles fculpteurs, & une fontaine, qui s'élève au milieu d'un baffin. Ce jardia occupe un baftion de la ville, appellé Bastion verd. De ce palais, il y a une grande & large rue, qui fait la plus confidérable partie de la ville neuve, féparée de la vieille ville par deux grandes places, bordées d'autant de palais qu'il y a de bâtimens, foutenus d'arcades propres à fe mettre à couvert contre les injures du tems. A cette grande rue fe viennent rendre presque toutes les plus belles de la vieille ville. Il y a encore, près de l'églife métropolitaine, un autre palais, où l'on élevoit, autrefois, les filles des comtes & des ducs de Savoye.

On compte à Turin dix églifes paroiffiales. Celle de la métropolitaine eft la premiere. Elle fut confacrée dès le tems des Lombards : elle fut entierement rebâtie en 1498. On y remarque la magnifique chapelle du faint Suaire, de l'architecture du pere Guarini. On honore principale

par

dans cette églife, les faints Maurice, Octave, SoJuror & Adventor, martyrs ; le premier tribun, les autres foldats de la légion thébaine; faint Secundus, patron de la ville; faint Maxime, qui en fut évêque, vers la fin du regne d'Honorius, & ne mourut que vers l'an 466, après un épiscopat de plus de quarante-cinq ans. Cette ville étoit évêché dès l'an 380, & fut érigée en métropole par Sixte IV; ce qui fut confirmé par Léon X, en 1515. Ses fuffragans font Yvrée, Saluffes, Follano & Mondovi. Le chapitre eft compofé de vingt-cinq chanoines, dont cinq font les premieres dignités; favoir, le prévôt, l'archidiacre, le tréforier, l'archiprêtre & le chantre. Il y a encore le chapitre de la fainte Trinité, compofé de fix chanoines, & fondé, en grande partie, par Adélaïde, derniere marquife de Suze. La plus ancienne des autres paroiffes eft celle de faint Eufébe, évêque de Verceil, adminiftrée des prêtres de l'oratoire. Les autres font l'églife paroiffiale de faint Thomas, deffervie par des cordeliers; celle de fainte Marie de la Piace, deffervie par des carmes; celle de faint Jacques & de faint Philippe, deflervie par des auguftins; celle de faint Dalmace, defler vie par des barnabites. Les autres paroifles, faint Paul, faint Etienne, faint Grégoire, faint Martin, & faint Simon & faint Jude, font affectées à des prêtres féculiers. Turin a d'ailleurs un grand nombre de maisons religieufes, des dominicains, des cordeliers, des bernardins, des jéfuites, des cordeliers de l'étroite obfervance, des carmes déchauffés, des auguftins déchauffés, des théatins, des minimes, à quoi on peut ajouter les freres de faint Antoine de Vienne, qui prennent foin des malades, & qu'on nomme vulgairement Fate ben fratelli senfin, des peres de la fainte Trinité, ou de la rédemption des captifs, de l'étroite obfervance. Hors de la ville, on trouve deux couvents de capucins; P'un au-delà du Pô, fur une colline. L'églife, bâtie par le duc Charles Emmanuel 1, eft peut-être la plus magnifique que ces religieux ayent en Europe : l'autre couvent, plus ancien, eft dans la plaine, au delà de la Doria. On l'appelle la Madona di Campagna. Les maifons des filles religieufes, font celles des filles de la congrégation de la tran, des clairiftes, des carmélites, des capucines, des filles de la vifitation & de l'annonciation; outre deux mai

fons de filles repenties : l'une fous le nom de fainte Magdeléne; l'autre fous celui de fainte Pélagie. On ne finiroit point, fi on vouloit détailler toutes les églifes paroilliales & les couvents, qui font dans les fauxbourgs & dans les environs de Turin. Il y a encore, dans la ville, divers hôpitaux & plufieurs confréries. L'univerfité, fondée en 150s, eft fur un très-bon pied, depuis que le feu roi Victor l'a réformée. * Misson, Voyage d'Italie, t. 3, p. 51. Baillet, Topographie des faints, p. 510. Commainville, Table des évêchés, p. 230 & p. 52.

Turin l'emporte fur presque toutes les villes d'Italie, par fa fituation, par fes avenues, par la magnificence de fes édifices, par la beauté de fes rues & de fes places par toutes les commodités ds la vie, & par le nombre & les manieres libres & fociables de fes habitans. On vit à Turin comine on vit en France, la langue françoise y eft auffi commune que l'italienne. Le monde y eft bien fait, & la cour du fouverain eft une des plus leftes de l'Europe. L'ancien Turin n'eft que médiocrement beau; mais le nouveau est tout autrement bâti. Les rues en font larges & tirées au cordeau ; les maisons grandes, hautes, & presque toutes uniformes. Les remparts de la ville font garnis de belles allées de chênes. La vue eft auffi fort belle, particulierement du côté des rivieres; mais le plus grand cours fe fait dans les avenues du Valentin, maifon de plaifance du prince, fur le bord du Pô, à un mille de Turin. Il en a plufieurs autres, toutes bien meublées & bien entretenues. Les principales font, Montcallier, Mille-Fleurs, Rivoli & la Vénerie, qui n'eft qu'à deux lieues. Il y a, dans Turin, une commodité qui ne fe voit guères ailleurs, & qui récompenfe, en quelque façon, le mauvais pavé. Par le moyen d'une riviere, qui coule dans le plus haut quartier de la ville, on peut tirer un petit ruiffeau dans toutes les rues, & emporter toutes les ordures. Le directeur ouvre l'éclufe toutes les nuits, & diftribue l'eau dans tous les quartiers de la ville, comme il veut. En cas d'incendie, cette riviere eft d'une grande utilité. * Adiffon, Voyage d'Italie, p. 281.

2. TURIN, Taurinenfis ager. C'est la contrée où est Turin, & une province particuliere du Piémont. C'étoit, du tems des Lombards, felon Paul Diacre, un duché, qui s'étendoit plus loin que ne fait aujourd'hui cette contrée.

TURINGI & TORINGI. C'est ainsi que Sidonius Apollinaire & Vegetius appellent les peuples de la Germanie, connus aujourd'hui fous le nom de Thuringiens ; & Caffiodore, 1.4, Variar. ad Herminafrid. nomme leur pays Thoringia. Voyez THURINGE.

TURINI. Voyez TURONES.

TURINUM, lieu d'Italie dout parle Céfar, Bell. Civ. 1.3, 0.21 & 22, qui dit que la ville Cofa, ou plutôt Compfa, étoit dans fon territoire. Il nomme les habitans Turii ou Thurii. TURINUM ne peut être autre chofe que la ville THURIUM. Voyez ce mot.

TURIO, petite riviere d'Espagne, au royaume de Léon. Elle reçoit, dit Corneille, la petite riviere de Vernesga, en paffant par la ville de Léon, & va enfuite mêler fes eaux à celles de l'Ezla, proche de Campo. Ces rivieres Turio & Vernesga, entre lesquelles la ville de Léon est fituée, ne font autre chofe, felon l'auteur des délices d'Espagne, p. 154, que les fources de l'Ezla.

TURISSA, ancienne ville d'Espagne, felon Antonin qui la met à vingt-deux mille pas de Pampelune, & à dix-huit mille pas de la haute Pyrenée. Plufieurs géographes ont cru que c'étoit la même que l'Ituriffa de Ptolomée : de Marca cependant les diftingue, & prétend que Turiffa eft aujourd'hui le village de Subiri, entre Burguette & Pampelune; au lieu que l'Ituriffa eft Tolofa, dans le Guipuscoa.

TURITANI, peuples d'Espagne, dans la Botique, felon Etienne le géographe, in voce, Beuroegia; mais c'est une faute, qui a été remarquée par Cluvier, & corrigée par Berckelius. Au lieu de TURITANI, il faut lire TURDI

TANI.

TURIVA, fatrapie des Bactriens. Les Grecs, dit Strabon, . 11, p. 517, s'étant rendus maîtres de la Bactriane, la diviferent en fatrapies, du nombre desquelles l'Asponie & la Turive leur furent enlevées par les Parthes Eucratides.

1. TURIUM. Voyez TRICORNIUM.

2. TURIUM. Pline, l. 3, c. 3, nomme ainfi une riviere d'Espagne, qui arrose la ville de Valence, & que Sallufte appelle TURIA. Voyez TURIA & VALENCE. TURKESTAN. Voyez TURQUESTAN, TURMEDA. Voyez AMPHIPOLIS, 2. TURMENTINI, peuples d'Italie. Pline, l. 3, c. II, les place dans la feconde région & dans les terres. TURMODIGI, peuples d'Espagne. Pline, l. 3, c. 3, dit qu'ils étoient de l'affemblée générale de Clunia, & qu'ils y menoient avec eux quatre peuples, entre lesquels il nomme les Segifamonenfes & les Segifamejulienfes. Com. me le nom de TURMODIGI n'eft point connu des autres anciens géographes, le pere Hardouin foupçonne que ce font les Murbogi de Ptolomée.

TURMOGUM, ville de la Lufitanie. Elle étoit dans les terres, felon Ptolomée, l. 2, c. 5.

TURMULOS, lieu d'Espagne. L'itinéraire d'Antonin le marque fur la route de Mérida à Sarragoffe, entre CaftraCecilia & Rufticiana, à vingt milles du premier de ces lieux, & à vingt-deux milles du fecond. Delgado, au lieu de TURMULOS, lit TUMULOS, & dit que ce lieu fe nomme aujourd'hui Rocha-Frida.

TURMUS. Voyez TURNUS.

TURN ou THURN, village de la Croatie, entre Terfacz & Segna. C'étoit anciennement une ville de la Liburnie, connue, dans l'itinéraire d'Antonin, fous le nom de Turres.* Baudrand, Dict.

TURNA ou TURNO. Voyez JUTURNA.

TURNI, ville d'Italie, dans la Calabre. Ptolomée, lib. 3, cap. 1, la marque dans les terres, & le manuscrit de la bibliotheque palatine, au lieu de TURNI, lit STURNI.

TURNI LACUS, lac d'Italie. Columelle, de cultu Hortor. l. 10, en parle dans ce vers:

Et Turni lacus & pomofi Tyburis arva.

& Aqua Celenia, à seize milles du premier de ces lieux, & à vingt-quatre milles du fecond.

TURPENAY, Turpiniacum, abbaye d'hommes, en France, de l'ordre de S. Benoît, congrégation de S. Maur, dans la Touraine, au diocèfe & à fix lieues de Tours, vers le couchant d'hiver, dans la forêt de Chinon, à trois lieues de l'ifle Bouchard. Elle fut fondée l'an 1208 par les feigneurs de l'ifle Bouchard, fur la fin du douziéme fiécle. Le revenu total de cette abbaye eft de trois mille livres.

TURQUESTAIN, feigneurie de France, au pays de l'évêché de Metz, dans les montagnes de Volge, qui la fépare de l'Alface. Cette feigneurie eft d'une grande étendue. L'évêque Jean d'Apremont la reunit au domaine de fon évêché, vers l'an 1240. Elle a été plufieurs fois engagée pour le tout ou en partie. L'engagement fait à Raoul, duc de Lorraine, par Adhemar de Monteil, évêque de Metz, eft de l'an 1344, mais cette feigneurie n'a point été aliénée, à perpétuité.* Longuerue, Defcription de la France, part. II, pag. 174.

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1. TURQUESTAN ou TURKESTAN grand pays d'Afie. Le Turqueftan, dit d'Herbelot, dans fa bibliotheque orientale, eft le pays des Turcs, comme l'Indoftan eft celui des Indiens. Ce nom a deux fignifications; l'une auffi générale que celle de Touran, qui comprend tous les pays qui font au delà du fleuve Gihon ou Oxus, à l'égard de la Perfe; l'autre plus particuliere, & qui comprend le pays qui eft au-delà du fleuve Sihon ou Jaxartes : car tout ce qui eft depuis le Gihon jufqu'au Sihon, porte le nom particulier de Maouaralnahar, ou de province Tranfoxane. Albergendi écrit dans fon cinquième climat, que la province de Turqueftan, qu'il appelle Belad Turk, a pour ville royale & capitale, les villes de Belengiar, de Heftkhan & de Cariat Alhaditha, qui eft éloignée de cinquante parafanges, ou cent de nos lieues de la ville de Cath, qui appartient à la Khouarezmie, & fituée à l'orient du fleuve Gihon. Afrafiab, qui étoit de la race de Tour,

Je croirois que Columelle entend parler du lac JUTUR- fils de Feridoun, étoit roi du Turqueftan, dans le tems

NA. Voyez ce mot.

TURNINUM. Voyez DOERNE. TURNUS, fleuve d'Italie, dans l'Umbrie, felon Vibius Sequefter. Plufieurs exemplaires portent TURMUS, au lieu de TURNUS.

TUROBOLIS, TUROBOLIS MINOR OU TURUBLUMMINUS, lieu de l'ifle de Sardaigne. L'itinéraire d'Antonin le marque fur la route du port Tibule à Caralis, entre Ti. bula & Elephantaria, à dix-huit milles du premier de ces lieux, & à quinze milles du fecond.

TUROBRICA, ville de l'Espagne Botique, felon Pline, /. 3, 6, 1 : on croit qu'elle étoit au voifinage d'Alcan

tara.

TUROCELO, ville d'Italie, dans l'Umbrie. Pline, 1. 3, c. 14, la furnomme Netriolum, ou Vetriolum, felon quelques exemplaires.

TURODI, peuples de l'Espagne Tarragonnoife. Prolomée, l. 2, c. 6, leur donne une ville nommée AquaLaa.

TURONES ou TURONI, anciens peuples de la Gaule, fur le bord de la Loire. Céfar, l. 8, c. 46, dit qu'il mit deux légions in Treveris, ad fines Carnutum, ut omnem regionem conjunctam Oceano continerent. Il faut lire, comme lifent effectivement les meilleures éditions, Turonis, c'est à-dire, dans le pays des Turoni, voifins des Chartrains d'un côté, & de l'autre voifins des cités Armoriques ou Maritimes. Lucain, l. 1, v. 437, leur donne l'épithète d'Inftabiles:

Inftabiles Turonos circumfita caftra coercent.

Ils avoient une ville, que Ptolomée appelle Cafarodunum; mais qui prit dans la fuite le nom du peuple : car Sulpice Sévére, Dialog. 3, c. 8, & Grégoire de Tours, Z. 10. c. 29, la nomment TURONI. Les TURONI font les peuples du diocèle de Tours. Voyez Tours.

1. TURONI. Voyez TURONES.

2. TURONI, peuples de la Germanie, felon Ptolomée, Z. 2, C. II.

TUROQUA, ville d'Espagne. L'itinéraire d'Antonin la marque fur la route de Bracara à Afturica, entre Burbida

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que régnoit Caïcaous II, roi de Perfe, de la feconde
dynastie furnommée des Caïaniens ou Caïanides. Ce
prince Turc, qui avoit été challé de la Perfe, fur la fin
de la premiere dynaftie, fut pourfuivi dans fes états par
Roftam, qui ravagea jufqu'à inille parafanges entieres de
fon pays, c'eft à-dire, que ce héros de la Perfe pénétra
jufqu'au fond de la Tartarie, & peut-être jufqu'à la Chi-
ne. Les Mufulmans devinrent maîtres du Turqueftan, fous
le de Valide, fixiéme kalif de la race des Ommia-
regne
des. Ce fut Catibah, fils de Moflemah, qui, après avoir
pris les villes de Bokhara, de Samarcande & de Farga-
nah, pénétra jusques dans le Turquestan, en prit la capi-
tale & le fort château, nommé Rouindiz, la forterefle
d'Airain. On compte aufli, entre les principales villes de
ce pays-là, Gend Khogend ou Schahrokhiah, Farial ou
Otrar, Isfigiab, Tharaz, Schalg', Caracoum & Khotan.
Quelques-uns y ajoutent Caffan & Tchighil: car, pour les
villes de Caramoran, Almalig & Pifchbalig, elles appar-
tiennent plutôt au pays des Mogols, qui ne peuvent être
compris dans le Turquestan, fi ce n'eft dans fa fignification
la plus ample.

Suivant l'auteur de l'hiftoire généalogique des Tatars, le Turqueftan eft borné au nord par la riviere de Jemba & les montagnes des Aigles, qui ne font plus que des côteaux en cet endroit, à l'eft par les états du Contaifch, grand kan des Callmoucks, au fud par le pays de Charafs'm & la grande Boucharie, à l'oueft par la mer Cafpienne. Il peut avoir environ foixante-dix lieues d'Allemagne en sa glus grande longueur, & autant à peu près en largeur ; mais fes limites ont été bien plus étendues dans le tems pallé, avant que Zingis-kan se rendît le maître de toute la grande Tartarie. Dans l'état où ce pays eft à présent, il eft partagé entre deux kans des Tartares; dont l'un, qui réfide à Taschkant, occupe la partie orientale; & l'autre, qui fait fa réfidence dans la ville de Turqueftan, occupe la partie occidentale de ce pays. Ils font tous deux Mahométans, avec tous leurs fujets, & le dernier eft communément appellé le kan des Cara-Kalpakks, à caufe que ces Tartares, qui font une horde particuliere, & qui campent d'ordinaire entre la riviere de Sirr & la mer Cafpienne, le reconnoiffent pour leur kan; & c'eft auffi tout ce qu'il en a car pour de l'obéiffance il n'en doit pas beaucoup Y Y y y y y iij

attendre d'eux, attendu que comme ils font affez forts en nombre pour pouvoir faire tête au kan, & que leurs murfes particuliers ont beaucoup de pouvoir fur eux, ceuxci les ont accoutumés de longue-main, à n'obéir aux or dres du kan, qu'autant qu'ils le trouvent à propos. Ces Cara Kalpakks, font de vrais voleurs, qui ne vivent abfolument que de ce qu'ils volent, tantôt fur les Callmouks & tantôt fur les fujets de la Ruflie. Ils paffent même fort fouvent les montagnes des Aigles, en compagnie de ceux de la Cafatfchia Horda, & vont faire des courfes bien avant dans la Sibérie, du côté des rivieres de Tobol, Ifeet & Ifchim; ce qui incommode extrêmement les Ruffes, qui habitent dans les bourgades & les villages le long de ces rivieres.

La fituation du Turqueftan, felon les bornes qu'il a aujourd'hui, eft entre le 42d de latitude & le 47, & depuis le 72 de longitude jufques vers le 90, il eft traverfé du fud-oueft au nord-oueft, par le fleuve de Sihon. Par là, on voit combien eft exceffive la longitude qu'on donne ici à la ville capitale.

2. TURQUESTAN ou TURKESLAN, ville d'Afie, dans le Turqueftan. Elle eft fituée à 45° 30' de latitude, & 896 de longitude, fur la rive droite d'une petite riviere qui vient du nord-eft fe jetter dans la riviere de Sirr, à une petite distance de cette ville. Elle eft la réfidence d'un kan des Tartares, c'est-à-dire, pour l'hiver feulement; car dans l'été, il va camper vers les bords de la mer Cafpienne, & aux environs de l'embouchure de la riviere de Sirr, dans le lac d'Arall. Quoique Turqueftan foit toute bâtie de briques, elle ne laiffe pas d'être un fort méchant trou, & il a'y a que fa fituation agréable qui mérite quelque attention; ce qui la fait pafler encore aujourd'hui pour la capitale du pays de ce nom.

TURQUEVILLE, lieu de France, dans la Norman. die, au diocèfe de Coutance, élection de Carentan. Le feigneur qui en porte le nom y a un château..

TURQUIE, grand état qui s'étend en Europe, en Afie & en Afrique. C'eft l'un des plus vaftes empires qu'il y ait fur la terre; car on lui donne communément huit cents lieues d'étendue d'orient en occident, & environ fept cents du feptentrion au midi,

Othman, comme il eft dit à l'article des Turcs, eft le fondateur de l'empire ottoman. Il établit fa réfidence à Brufe, dont il fit la capitale de fon empire. Ses fuccelleurs firent plufieurs conquêtes fur les Grecs: Mahomet II renverfa enfin leur empire en 1453, & établit le fiége des empereurs Turcs à Conftantinople où il est toujours demeuré depuis. Les descendans de Mahomet, tous princes guerriers & ambitieux, firent auffi des conquêtes rapides, & l'empire ot. roman devint un des plus vaftes du monde. Son circuit, dans fa plus grande étendue en 1680, alloit à l'occident, des deux côtés du Danube, jusqu'à feize petites lieues de Vienne. Il étoit borné par le Vag & le Rabe, rivieres étroites & guéables en beaucoup d'endroits, & qui ne faifoient point une aflez forte barriere pour la fureté d'une auffi grande ca. pitale que Vienne. Depuis le Rab les frontieres étoient vers le couchant d'été, au pied des montagnes de la Stirie, & tournant vers le fud elles alloient jusqu'à la riviere da Culp, qui, en quelques endroits féparoient les deux empires, & plus avant jusqu'à la riviere de Corana, où elles laiffoient à l'empereur un petit canton de la Croatie. La ligne paffoit un peu au-deffus de Segna, & alloit aboutir au rivage de la mer Adriatique, fur les confins des états de la république de Venife, ou du côté de l'eft jusqu'à Almiffa, il y avoit une lifiere qui renfermoit un petit espace de ter rein, & reprenoit enfuite à Cattaro & Budua, & le refte de la mer jusqu'à Conftantinople étoit entierement foumis à la Porte. L'autre ligne prenoit vers le nord, depuis Con ftantinople jusqu'à l'embouchure du Don qui fépare l'Europe de l'Afie, & où l'empire ottoman poffède Azow ; & du côté de l'oueft elle alloit aboutir aux forts du Borifthène. Prenant à la droite du Niefter, elle remontoit le long de la riviere, autant que le permettoit les dépendances de Caminietz dans la Podolie, & de Bender dans l'Ukraine. Elle couroit le long des fommets de cette branche du mont Crapack qui borne la Moldavie & la Tranfilvanie, & fuivant ces montagnes elle s'avançoit jusqu'au bout de la vallée de Marmaros qui dépend de Zatmar. Cette même ligne s'éendoit encore jusqu'à la riviere de Beringiù, qui le perd dans la Teiffe, & formoir les limites de deux empires dans

viens

peu

les parties de la Hongrie, qui font au-delà de cette riviere. De-là, tournant entre l'oueft & le nord jusqu'à celle de Sajo, qui fe perd auffi dans la Teifle, elle alloit chercher le Vag dans les dépendances d'Agria & de Naifel. Telles étoient les bornes de l'empire ottoman en Europe, fans compter les illes de l'Archipel qui lui étoient toutes foumifes. Pour fuivre dans le même ordre le circuit des limites d'Afie & d'Afrique, il faut reprendre la ligne dont je de parler aux bords du Don, fous le canon d'Alof, & commencer de-là celles de l'Afie. Elle fuivoit le long des rivages des Palus Méotides jusques au détroit de Caffa, & renfermoit par ce moyen la forterefle de Taman. Cette li. gne alloit gagner dans le voifinage de Taman les montagnes qui environnent les provinces tributaires; favoir, la Circaffie, l'Abaffée & la Mingrélie, & côtoyant la partie occidentale de la Géorgie, elle commençoit à feparer l'empire ottoman de celui des Perfes par le fommet d'une partie du mont Caucafe jusqu'aux rivages ultérieurs du Tigre, & au-delà du même fleuve, auffi loin que s'étendoient les dépendances de Babylone. Elle en faifoit le tour, & paffant à Baffora elle alloit jusqu'au golfe Perfique. Là, elle s'éten doit le long du bras de l'Euphrate, qui, tombant dans le Tigre, va fe perdre dans ce golfe proche de Catif, & tournoit du côté de l'eft vers les montagnes de l'Arabie heureufe. Elle alloit enfuite gagner la mer Rouge, & renfermant le pays de la Mecque, elle traversoit cette mer à près vis-à-vis de Suaquen, fortereffe où les Turcs ont gar nifon, quoiqu'elle foit fur le rivage appartenant à l'empire d'Abyflinie. Cette même ligne avançoit encore jusqu'au Nil, au-deffous des cataractes, & prenant les montagnes qui font à la gauche en descendant, & qui enferment la fertile vallée qu'arrofe ce fleuve, elle fe terminoit à peu de distance & à l'ouest d'Alexandrie d'Egypte. Elle alloit joindre de-là celle qui borne la Barbarie le long des côtes de la Méditerranée par les principautés de Tripoli, de Tunis & d'Alger. Ces limites font marquées d'une ligne rouge, qui montre en un coup d'œil dans fa circonférence l'Archipel, la mer de Marmara, le Bosphore de Thrace, la mer Noire, le détroit de Caffa, les Palus Méotides & quantité d'isles, dont quelques-unes font mifes au rang des royaumes, à caufe de leur grandeur & de leur fertilité. Voilà la plus grande étendue qu'ait jamais eu l'empire Ottoman; cependant ces bornes ne feroient pas demeurées dans cette fituation, fi Sultan Mahomet IV & fon vifir Cara Mustafa plein d'orgueil & de préfomption, ne fe fuffent pas acharnés au fiége de Vienne, & s'ils euffent fuivi cette fois-là le confeil d'Ibrahim, bacha de Bude. Celui-ci prédifant le mauvais fuccès d'une entreprise auffi téméraire, exhortoit le vifir à faire le fiége de Javarin, en bloquant Gomorrhe, à envoyer attaquer Léopolftat par un corps de troupes, & à faire courir les Tartares & les Hongrois rébelles dans l'Autriche, & de-là dans la Moravie ; mais cet avis fut mal récompenfé, & le pauvre bacha fut étranglé par ordre du vifir, après la déroute de Vienne.

Si l'on vient à faire un paralléle de l'empire turc avec l'ancien empire romain, on fera furpris de voir l'espace qu'il occupe fur la carte; mais fi on examine enfuite les différentes circonftances des états qui le compofent, on connoîtra que le sultan n'eft point maître abfolu d'une partie ; qu'une autre eft tour à-fait ftérile & inhabitée; que d'un côté des bandes de voleurs font à charge au tréfor public, & qu'il en coute beaucoup d'argent pour entretenir les convois, & faire escorter les voitures publiques qui traverfent l'Arabie déferte, & que d'autres provinces font plutôt fujettes de nom que de fait. De ce nombre font la Mecque & le pays d'lemen, qui font cependant ce qu'il y a de meilleur dans l'Arabie heureuse. Ces pays tirent de l'argent de la Porte, & ne lui fourniffent que des Sangiacs, & même la porte paye les garnifons de la mer Rouge, pour la fureté des pèlerins qui s'embarquent, & pour garantir ceux qui vont par terre, des courfes des Arabes. Outre cela l'empire entretient des hôpitaux, & ce grand nombre d'officiers de la mosquée, où eft le tombeau de Mahomet : ainfi tout le vafte terrein de l'Arabie déferte & de l'Arabie heureufe qui contribue tant à la grandeur de l'empire, ne fait aucunement partie de fes forces, mais plutôt fert à les diminuer & à les diffiper.

Les trois républiques de Tripoli, de Tunis & d'Alger n'ont rien de commun avec la Porte, qui eft très éloignée de leurs états; & c'est par un motif de vanité que ces ré

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