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& n'y a que les filles de comtes, de barons & des gentilshommes diftingués, qui puiflent être reçues dans cette abbaye.

Je ne connois point d'abbaye dans l'évêché de Liége nommée THAUREN; il y ența une que toutes les cartes nomment THORN, & c'eft apparemment celle dont Joly & Corneille entendent parler. Elle eft fituée au comté de Horn, à une lieue d'Allemagne, au nord de la ville de Mafeich, fur le bord de la riviere Ytterbeeck, un peu au-desfus de l'endroit où elle fe jette dans le Rhin.

THAURIS, ifle de la mier d'lllyrie, felon Hirtius, De bell. Alexandr. Il y a des exemplaires qui lifent TAURIS fans aspiration.

THAUTIRENORUM, nom d'un peuple; il fe trouve fur une médaille rapportée dans le tréfor de Goltzius. THAXTED, bourg d'Angleterre, dans le comté d'Esfex, affez près de la fource de la riviere Chelmer, à la gauche de cette riviere. Thaxted a droit de marché. * Blaeu,

Atlas.

THEA, ville de la Laconie, felon Etienne le géographe, qui cite Philochorus; il ajoute que les habitans de cette ville font les Theenfes de Thucydide.

parce qu'on y a trouvé, dit-on, une tête de bœuf d'une grandeur énorme. Le Theakiki au fortir de fa fource eft fi étroite, a fi peu d'eau, & fait tant de détours, qu'on n'y peut naviger qu'avec un petit canot d'écorce, qui eft même à tout moment en danger de fe crever. Elle s'élargit enfuite un peu, & devient affez profonde. Après cent lieues de cours on rencontre fur la droite en descendant une autre riviere qui n'eft guères en cet endroit qu'un ruiffeau, & qui porte le nom de riviere des Illinois, parce qu'il y a eu des Illinois qui ont habité vers fa fource, qui n'eft pas loin de celle de Chicagou, laquelle fe décharge dans le fond du lac Michigan. Après la jonction du Theakiki avec la riviere des Illinois, il perd fon nom, & cetre riviere conferve le fien, parce qu'en la descendant on rencontre encore plufieurs villages illinois. Les voyageurs corrompent le nom de Theakiki,& difent Teakiqui. Le véritable nom vient du mot Theak, qui fignifie Loup dans la langue des Mahingans, lesquels ont habité fur les bords de cette riviere, & qu'on appelle la nation du Loup. * Journal du pere de Charlevoix.

THEÆNÆ. Voyez THANA.

THEAME, ville de la Babylonie. Prolomée, l. 6, 20, la marque aux confins de l'Arabie déferte. Au lieu de Theame le manuscrit de la bibliotheque palatine porte Thelme.

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THEANGELA, ville de la Carie, felon Pline, c. 29, & Etienne le géographe. Le pere Hardouin remarque que l'hiftorien Philippe eft furnommé taysexeus par Athénée, l. 6, p. 271, qu'on lit dans Plutarque, in Alexand. xapes E'raysia's pour aytasis, & dans Strabon,l. 13,p.611, Χώρες Εισαγ[ελεὺς Θεαγ[ελεὺς, Συνάγελα pour Θεάγελα.

THEANI, peuples dont fait mention Pline le jeune dans une de fes lettres Epift. lib. 10, ad Trajanum. Il paroît que ces peuples habitoient au voisinage de Bithynie. Ne feroit-il point queftion, dit Ortélius, des Tiani habitans de Tios? mais il ajoute qu'il lui femble que quelque autre auteur met des peuples nommés Theani aux environs de la Troade.

THEANUM, nom d'un fleuve d'Italie, felon Orofe, 1.5, c. 18.

THEACHI, THEACO OU THIAKI, ifle de la mer. Ionienne. Cetre ifle, dit le pere Coronelli, Desc. de la Morée, 2. part. p. 157, a presque autant de nom qu'il y a d'auteurs différens qui en ont fait la description. Elle eft appellée Itaca par Strabon & par Pline, Nericia par Porcacchi & par Denys l'Africain, val di Compagno par Niger, val di Compare par Sophien ; les Grecs d'à préfent la nomment Thiachi, les Turcs Phiachi, & communément on la nomme Cefalonia picciola, Céfalonie la petite. Elle regarde Céphalonie, dont elle eft féparée par le Guiscardo, qui eft un canal très-profond de la longueur de vingt milles, large de cinq & de trois dans l'endroit le plus relferré. La figure de cette ifle eft irréguliere; elle eft plus longue que large, & fa côte qui eft de quarante milles de circuit, a plufieurs ouvertures & enfoncemens; on y trouve plufeurs ports qui font d'une grande commodité pour y prendre du bois pour le chauffage; mais de tous ces ports celui de VATHI eft la meilleure tenue, d'un abri affuré, d'un grand fond, & il peut recevoir un plus grand nombre de vaifleaux. Il y en a deux qui font de peu inférieurs à celui-ci; favoir, GIDACHI & SARACHINICCO; les autres font fi peu commodes & de fi mauvais mouillage, qu'ils ne méritent pas qu'on en parle. On prend aflez communément cette ifle pour l'ancienne Itaque, patrie d'Ulylle. La mémoire de Pénélope fa femme qui y faifoit fon féjour pendant fon abfence, y eft demeurée dans une telle vénération à cause de sa chasteté, que les habitans respectent certaines ruines que l'on prend pour les reftes de fon palais. Cette ifle avoit autrefois une ville que Plutarque appelle ALALCOMENE; il n'y a plus que quelques villages, dont les principaux font Vathi, Oxoi. Les habitans font au nombre de quinze mille; une bonne partie confifte en des gens qui font fortis par banniffement ou autrement, des illes de Zante, de Corfou & de Céfalonie.

Les citadins de Céfalonie élifent chaque année un fujet auquel ils donnent le titre de capitan de Theacchi; mais il ne peut entrer en charge fans le confentement des recteurs, qui font obligés de fe transporter chaque année dans l'ifle au mois de mars pour y faire la vifite; du refte, l'autorité de cet officier ne s'étend qu'à connoître des caufes & à prononcer fur les différends qui peuvent furvenir entre les particuliers. André Morofini, fils de Pierre, qui fur provéditeur de Céfalonie en 1622, affure que cette ifle fut enlevée par les confédérés de Michel, fils de l'empereur Paléologue, des mains de cet empereur après qu'il l'eut prife lui-même fur Charles Tocco, napolitain de nation. Tocco étoit porté de fi bonne volonté envers la république, qu'il renvoyoit aux Vénitiens, comme à fes juges fupérieurs, les appellations de toutes les caufes, tant criminelles que civiles.

THE AKIKI, riviere de l'Amérique feptentrionale, dans la nouvelle France. Elle prend fa fource dans une grande prairie qu'on trouve fur la droite, en remontant la riviere, de Saint-Jofeph, après y avoir marché environ cinq ou fix quarts de lieue. Cette fource eft une espéce de mare, qui communique avec plufieurs autres de différentes grandeurs, & dont la plus grande n'a point cent pas de circuit. On donne à la prairie le nom de prairie de la tête de Bauf,

THE ARUUS. Voyez TEARUS.

THEATE, TEATE A OU TEATE, ville d'Italie, au royaume de Naples, dans l'Abruzze citérieure, érigée en métropole par le pape Clément VII. Elle a donné le nom aux Théatins, parce que Jean-Pierre Caraffe, l'un des fon dateurs de leur ordre, & depuis pape fous le nom de Paul IV, ayant été évêque de Chieti ou Theate, & ayant renoncé à cette dignité pour fe faire religieux, le peuple qui étoit accoutumé à l'appeller l'évêque Théatin lui conferva ce nom, qui pafla enfuite à ces religieux. Voyez TEATEA & CHIETI qui eft la même chose. * Baillet, To- . pog. des Saints, p. 481. Hiftoire du clergé feculier & régulier, t. 3, p. 102.

THEATIA. Voyez THYATIRE.

THEAUA, ville de l'Espagne Tarragonnoife. Prolomée, l. 2, c. 6, la marque dans les terres. Moralés croit que c'eft aujourd'hi Tivica, village de la Catalogne, au nord de Tortofe, & non loin de la rive droite de l'Ebre.

THAUREMETS, petit peuple de l'Amérique feptentrionale, dans la Louifiane, fur la route que tint le ficur de la Salle, pour aller de la baye de Saint Louis aux Cénis, & dont il traverfa le pays avant que de paller la Maligne.

1. THEBÆ, ville de la haute Egypte, à la droite du Nil. C'est une très-ancienne ville qui donna fon nom à la Thebai. de, & qui le pouvoit disputer aux plus belles villes de l'univers. Ses cent portes chantées par Homere, Iliad. 1, v. 381, font connues de tout le monde, & lui firent donner le furnom d'Hecatonpyle pour la diftinguer des autres Thébes. On la nomma aufli Diospolis, c'est-à-dire, la ville du Soleil : Post Apollinis urbem, dit Strabon, l. 17. Theba funt, nunc Diospolis vocatur. Pline, l. 5, c. LI, rapporte la même chofe : Celebratur Diospolis magna, eadem Theba, portarum centum nobilis fama. Quoiqu'on la trouve appellée quelquefois Diospolis ou Diospolis magna, pour la diftinguer des autres villes qui portoient le nom du Soleil ; cependant elle conferva encore fon ancien nom, car dans l'itinéraire d'Antonin elle eft fimplement nommée THEBA. Elle eft marquée dans cet itinéraire à la droite du Nil, entre Contra Laton & Vicus Apollonos,

Apollonos, à quarante milles du premier de ces lieux & à vingt-deux milles du fecond. La plus grande partie de la ville de Thébes étoit à la droite du Nil, où tous les anciens placent cette ville; il y en avoit néanmoins, felon Strabon, une certaine partie à la gauche du fleuve, & c'est où étoit le Memnonium ou le palais & la ftatue de Memnon : Nunc vicatim habitatur, pars verò fita eft in Arabia, ubi ipfa urbs eft, pars etiam in Peraa feu trans fluvium ubi Memnonium eft.

La ville de Thébés étoit peuplée à proportion de fa gran deur; & Pomponius Mela, /. 1, c. 9, a dit qu'elle pouvoit faire fottir, dans le befoin, dix mille combattans par chacune de fes portes. Les Grecs & les Romains ont célébré fa magnificence & fa grandeur, encore qu'ils n'en euffent vu en quelque manière que les ruines.

On a découvert dans la Thébaïde (on l'appelle maintenant le SAYD) des temples & des palais encore presque en tiers, où les colonnes & les ftatues font innombrables. On y admire fur-tout un palais, dont, dit M. Rollin, Hift. des anciens Egyptiens, les reftes femblent n'avoir fubfitté que pour effacer la gloire des plus grands ouvrages. Quatre al lées à perte de vue & bornées de part & d'autre par des fphinx d'une matiere auffi rare que leur grandeur eft remar. quable, fervent d'avenues à quatre portiques, dont la hauteur étonne les yeux. Encore ceux qui nous ont décrit ce prodigieux édifice n'ont-ils pas cu le tems d'en faire le tour, & ne font pas même affurés d'en avoir vu la moitié, mais tout ce qu'ils ont vu étoit surprenant. Une fale, qui apparemment faifoit le milieu de ce fuperbe palais, étoit foute nue de cent vingt colonnes de fix braffes de groffeur, grandes à proportion, & entremêlées d'obélisques que tant de fiécles n'ont pu abattre; la peinture y avoit étalé tout fon art & toutes les richeffes; les couleurs mêmes, c'est-à-dire, ce qui éprouve le plutôt le pouvoir du tems, fe foutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice, & y confervent leur vivacité, tant l'Egypte favoit imprimer un caractère d'immortalité à tous fes ouvrages. Strabon, l. 17, p.805, qui avoit été fur les lieux, fait la description d'un temple qu'il avoit vu en Egypte, presque entierement femblable à ce qui vient d'être rapporté. Le même auteur, en décrivant les raretés de la Thébaïde, parle d'une ftatue de Memnon, qui étoit fort célébre & dont il avoit vu les reftes; on dit que cette ftatue, lorsqu'elle étoit frappée des premiers rayons du foleil levant, rendoit un fon articulé: en effet, Strabon entendit ce fon, mais il doute qu'il vînt de la ftatue. Voyez NAASSA. * Voyage de Thevenot.

Le nom de cette ville de Thébes ne fe trouve pas dans le texte de la vulgate, & on ignore quel nom les anciens Hébreux lui donnoient. Bochart, Phaleg. l. 4, c. 27, a prétendu que c'étoit la ville de No-Ammon, dont il eft allez fouvent parlé dans les prophétes, (a) & que l'on traduit ordinairement par Alexandrie: mais dom Calmet, dans fon commentaire fur Nahum, a entrepris de montrer que No Ammon fignifie plutôt la ville de Diospolis, dans la balle Egypte. S. Dorothée le Thébain, (b) anachoréte dans la baffe Egypte, étoit né à Thébes, dans la haute Egypte. (a) Ezechiel, 30, 14. Nabum. 3, 8. Jerem. 46, 25. (b) Baillet, Topog. des faints, p. 481.

2. THEBE, ville de Grece, dans la Bootie, fur le bord du fleuve Ismenus, & dans les terres : ceux du pays la nomment Thive, & non pas Stiva ni Stives; (2) mais ce qui fait que les étrangers prennent le change, c'eft leur ignorance de la langue; lorsqu'ils entendent prononcer Stiva, ils croient que c'eft le nom de Thébes, au lieu que I's n'eft que l'article is abrégé. Ainfi eis Tua fignifie à Thébes, de même que les Grecs difent s'tin Co pour eis tin Co. C'eft la même erreur qui a fait appeller Conftantinople par les Turcs Stinbol ou Stanbol, parce que les Grecs, quand ils parlent d'aller à Conftantinople, fe fervent de cette expreffion s'tin polin, c'est-à-dire, à la ville. Thebes, felon Paufanias, in Boot. & Etienne le géographe, fut ainfi nommée de Thébé, fille de Prométhée. Cette ville fameuse par fa grandeur & par fon ancienneté, l'étoit encore par les disgraces & par les exploits de fes héros. (b) La fin tragique de Cadmus, fon fondateur, & d'Oedipe, l'un de fes rois,qui tous deux transmirent leur mauvaise fortune à leurs descendans ; la naiffance de Bacchus & d'Hercule; un fiége foutenu avant celui de Troye, & divers autres événemens hiftoriques ou fabuleux, la mettoient au nombre des villes les plus renommées; cependant les

que

Thébains paffoient pour stupides. On difoit en proverbe, esprit, oreille de Thebes. Pindare & Plutarque, deux Bootiens, avouent la grofliéreté des gens de leur pays. Horace, dans fon art poëtique, dit : Gardez-vous bien de faire parler un Argien comme un Thébain; & Cicéron, de Fato, écrit: L'air fubtil d'Athénes forme des hommes fubtils : l'air épais de Thebes forme des hommes épais. Les Thébains avoient même eu la lâcheté de trahir la Grece, & de fe joindre à Xerxes, roi de Perfe, action qui les décria d'autant plus que le fuccès ne la justifia point. (© ) Cet événement les jetta dans un étrange embarras. Ils eurent peur que, fous prétexte de venger une fi noire perfidie, les Athéniens leurs voifins, dont la puillance augmentoit de jour en jour, n'entrepriffent de les affujettir. Réfolus de parer le coup, ils rechercherent l'alliance de Lacédémone, qu'ils devoient moins redouter, quand il n'y auroit eu que la raifon de l'éloignement. Sparte dans cette occafion fe relâcha de sa févérité. Elle aima mieux pardonner aux partifans des barbares, que de laiffer périr les ennemis d'Athénes. Les Thébains, par reconnoiffance, s'attacherent aux intérêts de leurs protecteurs; & l'on peut dire durant la guerre du Péloponnése, ils n'eurent point de meilleurs, ni de plus fidéles alliés. Ils ne tarderent pas toutefois à changer de vues & d'intérêts. Sparte, toujours ennemie de la faction populaire, entreprit de changer la forme de leur gouvernement, & après avoir furpris la citadelle de Thébes, dans la troifiéme année de la quatre-vingt-dix-neuvième olympiade, après avoir détruit ou diffipé tout ce qui réfistoit, elle dépofa l'autorité entre les mains des principaux citoyens, qui, la plûpart agirent de concert avec elle. Pé lopidas, à la tête des bannis, & avec le fecours d'Athénes, rentre fecretement dans Thébes au bout de quarante ans, extermine les tyrans, challe la garnifon lacédémonienne, & remet fa patrie en liberté. Jusques-là Thèbes unie, tantôt à Sparte, tantôt avec Athénes, n'avoit jamais tenu que le fecond rang, fans que l'on foupçonnât qu'un jour elle occuperoit le premier. Enfin, les Thébains fe crurent trop ferrés dans leurs anciennes limites. Ils refuferent de figner la paix ménagée par Athénes, pour faire rentrer les villes grecques dans leur pleine indépendance. Les Thébains vouloient qu'on les reconnut pour les chefs de la Bootie. Ce refus les expofoit à l'indignation du roi de Perfe, qui, pour agir plus librement contre l'Egypte révoltée, avoic ordonné à tous les Grecs de pofer les armes, & foulevoir en outre contre eux Athénes, Sparte & la Grece entiere qui ne foupiroit qu'après le repos. Toutes ces confidérations ne les arrêterent pas. Ils rompirent avec Athénes, attaquerent Platée, & la raferent. Depuis la bataille de Marathon, où les Platéens, poftés à l'aile gauche de Miltiade, avoient signalé leur zéle & leur courage, les Athéniens ne célébroient point de fêtes où le héraut ne formât des vœux communs pour la prospérité d'Athénes & de Platée. (d) Les Lacédémoniens crurent alors que Thébes, délaiflée de fes alliés, étoit hors d'état de leur tenir tête. Ils entrerent avec une puiffante armée dans le pays ennemi, & y pénétrerent bien avant. Tous les Grecs regarderent alors Thébes comme perdue. On ne favoit pas qu'en un feul homme elle avoit plus d'une armée. Cet homme étoit Epaminondas. Le danger commun décela fon mérite : on l'arracha de la folitude pour le mettre à la tête des armées. Dès que ce fage parut, il fit bien voir que la philofophie fuffit à former des héros; & que la plus grande avance pour vaincre fes ennemis, c'eft d'avoir appris à fe vaincre foi-même. Epaminondas, au fortir de la vie privée & folitaire, battit les Lacédémoniens à Leuctres, & leur porta le coup mortel dont ils ne fe releverent jamais. Ils perdirent quatre mille hommes, avec leur roi Cléombrote, fans compter les bleffés & les prifonniers. Cette journée fut la premiere où les forces de la nation grecque commencerent à fe déployer. Les plus fanglantes défaites jusqu'alors ne coutoient guères plus de quatre ou cinq cents hommes. On avoit vu Sparte d'ailleurs fi acharnée contre Athénes, racheter d'une trève de trente années huit cents de fes citoyens qui s'étoient laitfés enveloper. On peut juger de la confternation des Lacédémoniens, lorsqu'ils fe trouverent tout d'un coup fans troupes, fans alliés, & presque à la merci du vainqueur. Les Thébains fe croyant invincibles fous leur nouveau général, traverferent l'Attique, entrerent dans le Péloponnése, pasferent le fleuve Eurotas, & allerent affiéger Sparte. Toute la prudence & le courage d'Agéfilas ne la fauverent que

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Tomey. Teete

difficilement, du propre aveu de Xénophon. D'ailleurs; Epaminondas appréhendoit de s'attirer fur les bras toutes les forces du Péloponnéfe, & plus encore d'exciter la jaloufie des Grecs, qui n'auroient pu lui pardonner d'avoir pour fon coup d'effai détruit une fi puiffante république, & arraché, comme le difoit Leptines, un œil à la Grece. Il fe borna donc à la gloire d'avoir terraffé des fuperbes, en qui le langage laconique redoubloit la fierté du commandement; & de les avoir, ainfi que lui même s'en vantoit, réduits à la néceffité d'allonger leurs monofyllabes; mais il perpétua le fouvenir de fa victoire par un monument de juftice & d'humanité. Ce fut le rétabliffement de Mefféne, dont il y avoit trois cents ans que les Lacédémoniens avoient chaffé ou mis aux fers les habitans. Il rappelle de tous côtés les Mefféniens épars, les remet en poffeffion de leurs terres, qu'un long exil leur faifoit regarder comme étrangeres, & forme de ces gens raflemblés une république, qui depuis l'honora toujours comme fon fecond fondateur. Il n'en demeura pas là : ce grand homme fi retenu, fi modéré pour lui-même, avoit une ambition fans bornes pour fa patrie; non content de l'avoir rendue fupérieure par terre, il vouloit lui donner fur mer une même fupériorité; fa mort renverfa ce beau projet que lui feul pouvoit foutenir. Il mourut entre les bras de la victoire à la bataille de Mantinée, & felon quelquesuns de la main de Gryllus, fils de Xenophon. Les Thébains, malgré la perte de leur héros, voulurent fe maintenir où il les avoit placés ; mais, comme dit Juftin, leur gloire naquit & mourut avec Epimanondas. (a) Spon, Voyage de Gréce, t. 2, p. 52. (b) De Toureil, Préface hift. fur la I. Philippique, &c. p. 49. (c) Hérodote, Lib.7, 8 & 9. Xenophon, Hift. Græc. lib. 7. (d) Ibid. Lib. 6. J'ai déja dit que Cadmus, fils d'Agénor, étoit tenu pour le premier fondateur de cette ville. Varron, de re Ruftiqua, lib. 3, cap. 1, attribue fa fondation au roi Ogigès. Quoi qu'il en foit, on dit affez communément que Cadmus bâtit cette ville, lorsqu'après avoir inutilement cherché Europe fa fœur, enlevée par Jupiter, il n'ofa plus retourner vers fon pere. Amphion, roi de Thébes, l'entoura de murailles, & perfuada par fon éloquence les peuples qui habitoient la campagne & les rochers de venir habiter dans fa ville. Cela fit dire aux poëtes qu'Amphion avoit bâti les murailles de Thébes au fon de fa lyre, qui obligeoit les pierres à le fuivre, & qu'elles venoient d'elles-mêmes fe placer où il falloit. Alexandre le Grand la fit rafer. L'éloignement de ce de ce prince & un faux bruit de fa mort, avoient inspiré aux Thébains une audace qui les perdit. Ils égorgerent la garnifon macédonienne qu'ils avoient dans leur citadelle. L'attentat ne demeura pas long-tems impuni. Le jeune roi furvint avec,une telle diligence, qu'à fon arrivée les Thébains n'en peuvent croire leurs propres yeux, & s'aveuglent au point qu'à l'instigation de leurs chefs, ils négligent de profiter du tems qu'il leur donne de fe repentir. Alexandre attaque donc leur ville, qui ne lui coute que trois jours de fiége, la faccage, la détruit, maffacre fix milles de fes habitans, enchaîne ou vend le refte. Il y en a qui veulent qu'Alexandre ait traité fi féverement les Thébains à la follicitation de leurs voifins, avec qui ils avoient eu la guerre depuis long tems. Ce qu'il y a de conftant, c'est que Thebes ne s'en eft jamais bien pu relever. Strabon dit que de fon tems elle étoit réduite à un village peu confidérable. Ovide, par une expreffion poetique, dit qu'il n'en reftoit que le nom. Paufanias, qui vivoit après eux, fait néanmoins mention de plufieurs ftatues, de temples & de monumens qui y étoient; mais il feroit préfentement bien difficile d'en pouvoir juftifier quelque chofe, la ville étant réduite à ce qui n'étoit autrefois que la forteresse nommée, nommée Cadmée, dont les murailles & quelques tours carrées qui y reftent font fort antiques. Elle eft fur une éminence d'environ une lieue de tour. En y arrivant, dit Spon, nous paffâmes un petit ruiffeau qui coule le long des murailles ; & ce doit être la riviere d'Ifmenus, que d'autres, avec plus de raifon, avec plus de raifon, n'appellent qu'une fontaine. Wheler, Voyage d'Athénes, t. 2, p. 82, après avoir remarqué que Thèbes ou Thiva eft à 38d 22' de latitude, comme Vernon l'a obfervé, ajoute: Elle est entre deux petites rivieres, l'une au levant & l'autre au couchant. Je prendrois, pourfuit-il, la premiere pour l'Ismenus, & la feconde pour Dirce: car je ne comprens pas ce qui oblige Spon à être d'une autre opinion; puisque Pau

fanias, après avoir décrit les côtés du nord & de l'eft de la porte Pratida, vers la Chalcide, recommence à la porte Neitis, & après avoir remarqué quelques monumens qui y font, paffe cette riviere de Dirce, & va delà au temple de Cabira & de Thespia, ce qui eft au couchant de la ville. Il ajoute que la riviere Ismenus eft hors de la ville, à main droite de la porte Homoloïdes, & pafle proche d'une montagne appellée auffi Ismenus; ce qui ne répond point du tour au couchant, mais bien au levant. La figure de la fortereffe eft ovale ; & tout ce qui eft renfermé dans les murailles eft beaucoup mieux bâti & plus élevé que ce que l'on bâtit aujourd'hui dans le pays. On croit qu'elle a une lieue & demie de tour, & qu'il y a trois ou quatre cents habitans. Les Turcs qui en font la moindre partie y ont deux mosquées, & les chrétiens y ont plufieurs églises, dont la cathédrale s'appelle Panagia Chryfaphoritza. On n'y voit rien de remarquable que quelques fragmens d'anciennes inscriptions parmi les carreaux du pavé. On trouve deux kans dans cette ville. Au lieu de trois à quatre cents habitans, Spon en met trois à quatre mille, en y comprenant les fauxbourgs, dont le plus beau eft celui de faint Théodore, où il y a une très-belle fontaine, qui vient d'un réfervoir fur le chemin d'Athènes. C'est ce ruiffeau que Spon prend pour le Dirce des anciens. * Spon, Voyage de Grece, t. 2, p. 53.

On voit vers le chemin de Négrepont le lieu d'où l'on tire la matiere dont on fait les pipes à fumer du tabac.Ceux qui jugent qu'il y a de cette matiere dans un endroit, en achetent le terroir du vayvode, & y font creuser à quinze ou vingt pieds de profondeur, & de la largeur d'un puits ordinaire. Enfuite ils y font descendre des gens qui tirent une terre fort blanche qui s'y trouve; elle eft molle comme de la cire. On la travaille, ou fur le lieu même, ou dans les boutiques avec un couteau; & enfuite on les façonne avec des fers, pour en faire des bottes de pipes à la turque, c'est-à-dire, fans manche, parce qu'on y ajoute de grands tuyaux de bois. Cette terre, ainfi figurée, s'endurcit à l'air, fans la faire cuire; & avec le tems elle devient auffi dure que la pierre. La plus pefante eft la meilleure & la moins fujette à fe caffer. Les moindres fe vendent cinq aspres la pièce, & les plus belles neuf & dix. Les meilleures & les moins fragiles font les plus groffes.

La notice épiscopale de Nilus Doxapatrius, appelle cette ville Theba Gracia, & en fait une province eccléfiastique avec trois évêchés qu'elle ne nomme point. Il paroît

par

la notice de l'empereur Andronic Paléologue le Vieux, que Thébes étoit une métropole fous le patriarchat de Conftantinople, & que du cinquante-feptiéme rang elle paffa au foixante-neuviéme. Dans la même notice, elle est comptée parmi les villes qui avoient changé de nom, Baotia, nunc Theba.

من

3. THEBÆ, ville de la Macédoine, dans la Phthiotide. Ptolomée, . 3, c. 13, la nomme Theba-Phthiotidis : l. elle eft appellée Theba-Phthiotidis, & Thebe-Phthiotides par Strabon, l. 9, p. 431 & p. 434; Theba-Phthia, par 1.9, Polybe, leg. 6, & par Tite-Live, . 32, c. 33, qui dans un autre endroit dit, Theba Phthiotica, & Theba Theffalia par Pline, l. 28, c. 7. Ptolomée, l. 4, c. 8, la place entre celle de Sperchia & l'embouchure du fleuve Sperchius ; en quoi, dit Cellarius, geogr. ant. l. 2, c. 13, ou l'auteur ou fes copistes fe font trompés; car qui doute que la ville Sperchia tiroit fon nom du fleuve fur lequel elle étoit fituée; au lieu que, fi on s'en rapportoit à Ptolomée, elle s'en trouveroit éloignée, puisqu'il met la ville de Thébes entre deux. Strabon la met au-deffous de la campagne appellée Crocius, & à cent ftades de la ville d'Alos, & par conféquent vers les confins de la Pththiotide du côté du feptentrion. Quoi qu'il en foit, il eft certain que cette ville de Thébes étoit fur la côte de la mer, car fes habitans se plaignent dans Tite-Live, L. 39, c. 25, de ce que Philippe de Macédoine leur avoit ôté leur commerce maritime. Ce même roi établit une colonie à Thèbes, dont il changea le nom en celui de Philippopolis. * Polybius, 1.5, c. 100.

4. THEBÆ ON THEBA LUCANE, felon Pline, Z. 3, C. 11, & THEBA ITALIA, felon Etienne le géographe, ville d'Italie, dans la Lucanie. Elle ne fubfiftoit plus du tems de Pline, qui dit que fa deftruction étoit rapportée par Caton, dans fes origines.

5. THEBÆ ou THEBA CORSICA, nom que Pline, l. 4.

c. 3, donne à la ville de Thébes, capitale de la Bootie. Elle ne porta ce nom qu'après que les habitans de la ville Corfeia y eurent été transférés. Voyez THEBA 2.

6. THEBE ou THEBE-CORSICA, ville de Gréce, dans la Bootie. Pline dit qu'elle étoit au fond du golfe de Corinthe, près de l'Hélicon. Paufanias, l. 9, c. 24, l'appelle fimplement CORSEA. Etienne le géographe écrit CORSIA. Voyez ce mot.

7. THEBÆ, ville de l'Afie Mineure, dans la CiliciéHypoplacienne, près de Troye, felon Etienne le géographe, qui dit que le nom national eft THEBAITES. Par cette Thebes, Etienne le géographe entend la ville d'Adramyte, voifine de la Troade. En effet, le grand étymologique & le lexicon de Phavorin, difent que cette ville de Thébes s'appelloit Adramyttium. Strabon néanmoins, l. 13, p. 613, diftingue Thebe ou Thebe, d'Adramyttium, & les met à quatre-vingts ftades l'une de l'autre.

8. THEBÆ, ville de l'Afie Mineure, dans l'Ionie, felon Etienne le géographe, qui la place au voifinage de la ville de Milet.

9. THEBÆ. Etienne le géographe met une ville de ce nom dans l'Attique.

10. THEBÆ, bourg de l'Attique, dont on ignore la tribu. Il y avoit une ville dans l'Attique de ce nom, auffibien que dans la Bootie. Etienne le géographe, qui nomme deux villes qui portoient le nom de Thébes, dit ixlù iv "ry A’rlıxy, la fixiéme dans l'Attique; ce qui me donne lieu de m'étonner que Meurfius, qui poffedoit fi bien cet auteur, ne l'ait point mife parmi fes peuples d'Attique. Je n'allurerai pas que les inscriptions fuivantes, qui ont ce nom-là, parlent de celle de l'Attique; néanmoins il y a plus de vraisemblance que c'est de Thébes du pays, où eft l'inscription, que des autres villes étrangeres du même nom. On lit A ATHENES dans l'églife d'Agios Georgios Syftramnis.

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* Spon, Lifte de l'Attique, p. 342.

11. THEBE. Il y avoit une ville de ce nom dans la Cataonie, à ce que dit Etienne le géographe.

12. THEBÆ. Varron, de Re Ruftica, l. 3, dit, qu'on donnoit ce nom à une colline milliaire en Italie, dans le pays des Sabins, fur la voie Salarienne au voifinage de Reate. Ainfi il y a eu en Italie deux lieux qui ont porté le nom de Thébes. Voyez THEBA 6. Il y auroit eu même une troifiéme Thébes dans la même contrée, fi celle dont parle Etienne le géographe, n'étoit aucun des deux lieux dont on vient de parler; ce qui n'eft pas aifé à décider. 13. THEBÆ, ville de Syrie, felon Etienne le géographe.

14. THEBÆ, ville de la tribu d'Ephraïm. Abimélech, fils de Gédéon, fut tué au fiége de cette ville l'an du monde 2771, avant Jesus-Chrift 1229, avant l'ére vulgaire 1233.* Judic. 9, 50.

15. THEBE, bourgade dont fait mention Eusebe, qui la place à treize milles de Sichem, tirant vers Scythopolis. Peut-être eft-ce la même THEBA qu'Etienne le géographe met dans la Syrie.

16. THEBÆ, ville de l'Arabie Heureufe, fur le nord de la mer Rouge, au pays des Cinadocolpites, felon Prolomée, l. 6, c. 7.

THEBAFFE, petite ville d'Afie, dans l'Aladule, près des fources du Cydne, entre Tharfe & Thianée. Thevet croit que c'eft l'ancienne Cabaffus. Baudrand, Dict.

*

THEBAIDE, grande contrée de l'Egypte vers l'Ethiopie. Elle n'a pas toujours eu les mêmes bornes. Prolomée, 4.4, 6.5, la marque au midi des Nomes Heptanomides Oafites. L'ancienne ville de Thébes, capitale de la haute Egypte, avoit donné fon nom à cette contrée, qui s'étendoit des deux côtés du Nil, depuis le Nome Heptanomide, jusqu'à l'Ethiopie. Ainfi elle étoit divifée en deux parties, l'une à la droite du Nil, l'autre à la gauche. Cette

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La notice d'Hiéroclès appelle une de ces deux provinces, la PROVINCE DE THÉBAIDE proche, provincia Thebaidis proxima, & l'autre la PROVINCE DE LA HAUTE THEBAIDE, provincia Thebaidis fuperioris. Elle convient encore moins avec la notice de Léon le Sage, fur le nombre & le nom des évêchés. Voici ceux qu'elle donne:

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Phica, Diocletianopolis, Eresbythus, Lattorum, Apollonias, Ombri, ou Ombi.

Ce feroit une chofe infinie & affez inutile de rapporter ści tous les folitaires qui se sont sanctifiés dans la Thébaide. Le pere Coppin, Voyage d'Egypte,l. 4, c. 3, qui eut la dévotion de vifiter les folitudes de faint Paul & faint Antoine, nous en a donné les particularités fuivantes. S'étant embarqué à Dézife, pour remonter le Nil jusqu'à Benefues, village à quatre journées au deffus du Caire, il vit la feconde journée le village où faint Antoine avoit pris naiffance, & qui eft éloigné du Nil d'environ deux milles. Les Turcs y ont changé en mosquée une église qui avoit été confacrée à Dieu par les parens de ce patriarche des Anachoretes. Un peu plus haut le pere Coppin trouva, à trente pas du fleuve, une abbaye qui n'étoit point habitée, & presque en ruine, où le faint avoit fait la demeure avant que de fe retirer dans le défert. Sur cette route les villages de la campagne ne font pas fi bien peuplés que ceux de la balfe Egypte. Il y en a pourtant quelques-uns le long du Nil qui ont un peu d'apparence; parce que c'est là qu'on apporte les denrées du pays, tant pour les envoyer au grand Caire, que pour les faire descendre à la mer. Les principales chofes dont on y fait commerce, font les bleds, les légumes, le riz, le lin & les cuirs.

Le pere Coppin étant arrivé à Benefues, traverfa le Nil, parce que le défert qu'il cherchoit étoit de l'autre côté, c'est-à-dire, à la droite du fleuve, du côté de la mer Rougc. Il s'enfonça alors dans le défert avec fes compagnons de voyage. Ils firent ce jour-là neuf ou dix milles, presque toujours dans des fables, & fans voir un feul arbre. Le jour fuivant ils trouverent le pays tout le même, fi ce n'eft qu'ils virent des gazelles. Ces animaux font de la groffeur d'une chevre; ils ont des jambes fort hautes & fort déliées, à proportion de leurs corps, avec deux petites cornes fur le front, qui font noires & luifantes comme du jais. On prétend que ces gazelles ne boivent autre chofe que la rofée qui tombe la nuit fur leur poil. Dans ce défert on voit encore quantité de pierres que la grande chaleur rafine, & rend en quelque forte femblables à de la cire: la plûpart ont des fentes comme fi on les avoit rompues; ce qui per fuade que c'est l'effet du soleil, c'est que les deux piéces fe trouvent toujours proches l'une de l'autre. Il y en a entr'autres qui reflemblent à des champignons. Le troifiéme jour,

au bout de quelques heures de marche, nos voyageurs commencerent à découvrir de hautes montagnes, qui font celles qu'habitoit faint Antoine dans le tems qu'il mourut : car il a fait plufieurs demeures dans ce défert de la Thébaide. Enfin, au bout de quelques autres heures de marche ils trouverent un monastère appellé le couvent de S. Antoine. Le fupérieur va pendant plufieurs mois de l'année chercher des aumônes parmi les chrétiens de l'Egypte, & s'en retourne avant les grandes chaleurs fans être inquiété par les Arabes. Au contraire, il y en a un bon nombre qui fe difent protecteurs de ce monaftère, & quand ils pallent devant les religieux ils leur donnent par tête une poignée de farine & autant de féves; ce qui ne manque jamais de leur être diftribué, quoiqu'ils s'y préfentent fouvent, & en grand nombre à caufe de la fource d'eau qui eft dans ce lieu-là. Quand il arrive quelques pélerins à ce monastère, le fupérieur va à leur rencontre, environ trois cents pas hors de l'enclos des religieux, & après les avoir falués en les baifant à la joue, il les conduit au pied d'un mur fort élevé, qui environne le couvent. Il y a là du côté du nord une guérite carrée & couverte, qui a par-deffous une ou verture encore carrée, d'où fort une groffe corde, qui d'un bout pend jusqu'à terre: l'autre bout de cette corde eft pallé dans une poulie &, attaché dans l'intérieur de la clôture à une grande roue que quelques religieux font tourner, en fe mettant dedans, pour tirer en haut les voyageurs qui veulent entrer. C'est le feul paffage qu'il y ait dans ce monaftère. Cette muraille eft presque ronde, a environ cinq cents pas de tour, & vingt-fix à vingt-fept pieds de haut. Elle a été bâtie ainfi pour garantir le couvent des courfes des Arabes qui n'en font pas protecteurs. On lie les péletins avec la corde, & après qu'on les a tirés en haut, les religieux qui font dans la roue leur viennent donner le baifer de paix, & les menent dans une chambre affez grande & affez commode qui eft pour les féculiers. Le lendemain le fupérieur vient fur les huit heures du matin avec un frere & un baffin, & lave les pieds à tous ; ce qui étant fait il s'en retourne. Il revient un peu après en proceflion au fon des cloches, avec la croix & la plupart des religieux, faifant apporter apporter des ornemens d'églife pour chacun des pélerins. Pendant qu'ils s'habillent les religieux récitent des prieres en langue fyriaque. Enfuite le vicaire commence à chanter des hymnes en la même langue; & pour faire un concert de mufique à leur ufage, fix ou fept religieux riennent d'une main des pierres noires longues de demi-pied, & de l'autre de petits maillets de bois, dont ils frappent fur les pierres, en mêlant leur voix avec ce bruit, qui a je ne fais quoi d'auftere & de fort lugubre. Quand ils font ainfi entrés proceffionnellement dans la nef de l'églife, ils font ranger tous les pèlerins en cercle, & les chantres fe mettant au milieu d'eux continuent allez long-tems leur harmonie de voix mêlées avec les marteaux. Ce chant eft fuivi de la lecture de quelques épîtres. Ce font, difent-ils, des recommandations très-inftantes que faint Antoine a laillées pour la réception des pèlerins qui arrivent dans ces défers. Leur églife n'eft pas grande, & il y a un mur qui en fépare le chœur. L'autel eft allez propre, avec diverses images de faints; mais il eft tout fermé à la maniere des Grecs. L'habit des religieux eft une robe d'une légere étoffe de laine, dont la couleur eft un gris obscur. Ils ont une ceinture de cuir, & ne portent ni fcapulaire ni capuce. Ils couvrent leur tête avec une calote noire, qui eft attachée à leur robe par derriere, avec une bande d'étoffe large de quatre doigts. Ils mettent une toque par-deffus cela, & gardent les cheveux longs. Quand ils vont à l'églife ils prennent une grande vefte noire, qu'ils quittent quand ils le revêtent de quelque ornement facré. Ils n'ont que fort peu de prêtres parmi eux, & difent la melle en fyriac. Elle est d'une très grande longueur, & ils y obfervent des cérémonies fort différentes des nôtres. Le miniftre & le prêtre y parlent d'un ton fort lamentable, comme s'ils vouloient pleurer, & vers la préface on ferme l'autel; le prêtre y refte caché, & les affiftans ne voyent plus ce qui fe fait. Ces religieux font fort aufteres. Pendant leur carême ils ne font qu'un feul pas: ils mangent peu & fe nourriffent de chofes fort viles. Tout le refte de l'année ils ne fe nourriffent que de fruits d'herbages & de légumes, fans goûter jamais ni viande ni œufs. Leur boiffon n'eft que d'eau pute. Ils font de la fecte des Cophtes, qui eft la plus abfurde de toutes celles des chrétiens féparés de l'églife romaine, qui vivent fous la do

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