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Tortofe eft environ fix milles dans la riviere fur la droite. Environ cinq milles vers le nord de l'embouchure de cette riviere il y a une groffe tour ronde, fituée fur le bord de la mer; entre la riviere & cette tour il y en a deux autres, mais plus perites. Depuis l'entrée de la riviere de Tortofe jusqu'à la pointe de Salo, la route eft au nord eft, environ trente-fept milles entre les deux il y a un grand enfoncement & un bas terrein où l'on voit plufieurs villes, villages & tours de garde, & dans la plupart de ces côtes il y a des plages de fable; mais avançant dans les terres il y a de hautes

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logne.

3.

TORTOSE ou TORTOUSSE, ville de Syrie, autrefois épiscopale, & aujourd'hui presque toute ruinée, en latin TORTOSA, & anciennement du tems du royaume de Jerufalem ANTAR ADUS & ORTHOSI A. Elle eft fituée fur la cô te, à neuf milles de Tripoli vers le nord. Ses murailles, bâties de groffes pierres, font encore entieres en quelques endroits, & accompagnées d'espace en espace de plufieurs tours carrées. A une petite diftance de la ville on voit une grande églife, qu'on dit avoir été bâtie par fainte Marthe. Elle a douze piliers de chaque côté, & de grandes voûtes par-deffous qui conduifent à des lieux fouterreins. Cette belle église ne fert à préfent qu'à retirer des bœufs & des buffles qui font en grande quantité dans ce pays, & qui font le principal revenu du bacha de Tripoli. De Tortoufle à Tripoli il n'y a rien de remarquable que quatre grands ponts fur lesquels on paffe, & un très-grand bois d'oliviers qui a plus de deux lieues de longueur. * Lucas, Voyage au Le

vant, t. I, c. 19.

5. TORTOSE ou TORTOUSSE, ifle fur la côte de la Syrie, vis-à-vis la ville de Tortofe, avec une fortereffe. Voici de quelle maniere Paul Lucas parle de l'ifle & de la fortereffe. Vis-à-vis de Tortouffe eft une petite ifle, d'un quart de lieue de tour : il y a une fortereffe affez belle. Elle eft d'une forme carrée, & bâtie fur la roche. On y voit plufieurs tours carrées avec plufieurs piéces de canons de bronze, dont quelques-unes ont les armes de France, d'autres celles de Venife, & ainfi des autres ; ce qui fait connoître qu'ils ont été pris fur les chrétiens. On remarque que cette petite ville a eu autrefois quelques édifices confidérables: car on y voit des pierres les unes fur les autres d'une prodigieufe grandeur. Il y en a qui ont plus de trente pieds de long, fur dix de large à chaque face. Quoique cette ifle foit petite, il ne laiffe pas d'y avoir une fource d'eau douce qui en fourniroit à toute une armée. Vers la fin du dernier fiécle, les corfaires y alloient faire de l'eau, & s'y tenoient en croifiere pour y furprendre les bâtimens des Turcs; c'eft ce qui a fait que ces derniers y ont bâti cette fortereffe, qui eft éloignée de terre ferme d'environ fix milles, & elle porte le nom de Tortouffe, à cause qu'elle eft vis-à-vis de la ville de à préfent ruinée. Il y a cinquante hommes de garnifon, ordinairement peu de munitions. On trouve dans l'ifle plufieurs figuiers & quelques oliviers. * Lucas, Voyage au Levant, t. 1, c. 18.

ce nom,

1. TORTUE, (ifle de la ) ifle de l'Amérique feptentrionale, & l'une des Antilles, au nord de l'ifle de SaintDomingue, dont elle n'eft éloignée que de deux petites lieues. Elle en a environ fix de longueur, eft & oueft, & deux dans fa plus grande largeur, nord & fud.

Le nombre des chaffeurs ou boucaniers François s'étant beaucoup augmenté, quelques-uns fe retirerent dans l'ifle de la Tortue, pour y être à l'abri contre les pourfuites des Espagnols, & pour y mettre leurs magasins en fureté. Plufieurs d'entre eux fe mirent à défricher cette ifle, y planterent du tabac, qui fur trouvé fi bon, qu'ils en firent un très-grand trafic, ce qui fit augmenter le nombre de ces boucaniers au point que les Espagnols commencerent à les craindre, & les chafferent entierement de la Grande Terre, (c'est ainsi qu'on nomme Saint-Domingue par rapport à l'ifle de la Tortue); & l'amiral de l'armée navale d'Espagne eut ordre de détruire cette retraite des boucaniers, ce qu'il exécuta en 1638. Plufieurs fe retirerent dans des lieux de difficile accès, & lorsque les Espagnols, après avoir fait le dégât par-tout où ils purent pénétrer, fe furent retirés, ceux qui s'étoient fauvés pafferent à la Grande Terre, chercherent leurs compagnons, & s'étant raffemblés au nombre de trois

cents, ils retournerent à la Tortue, où ils choifirent pour leur chef un Anglois, qui faifoit depuis long tems le métier de boucanier, & en qui ils avoient remarqué de la prudence & de la valeur.

Cependant le commandeur de Poincy qui étoit arrivé à Saint Chriftophle au mois de février 1639, avec la qualité de lieutenant général de toutes les ifles de l'Amérique, fut averti de tout ce qui fe paffoit à la Tortue ; il propofa au fieur le Vaffeur, homme d'esprit, entreprenant & fort brave, de lui donner le gouvernement de la Tortue; celui-ci accepta l'offre, & partit auffi-tôt de Saint-Chriftophle: il arriva au port Margot dans l'ifle Saint-Domingue, éloigné d'environ (ept lieues de la Tortue; il amafla en cet endroit foixante boucaniers François qu'il joignit aux quarante cinq ou cinquante hommes qu'il avoit amenés avec lui de Saint-Chriftophle. En cet état il alla mouiller à la Torrue, & envoya dire à l'Anglois nommé Willis qui y commandoit, qu'il eût à fortir fur le champ de l'ifle avec ceux de la nation, ou qu'il alloit venger for eux la mort de quelque François qu'ils avoient affaffinés. Les Anglois tout confternés prirent le parti de s'embarquer auffi tôt, & les laisferent en poffeffion de l'ifle. Le fieur le Valleur ayant préfenté la commiffion qu'il avoit de M. de Poincy, fut reconnu pour gouverneur, & s'appliqua auffi-tôt à construire une fortereffe, qui le mit, lui, les habitans & leurs biens hors d'infulte, & en état de réfifter aux Anglois, s'il leur prenoit fantaisie de revenir, & aux Espagnols, s'ils vouloient les inquiéter & les chaffer de ce pofte. Il trouva un endroit fort commode & fort aifé à fortifier, inacceffible du côté de la rade qu'il défendoit très-bien, & tellement couvert & environné de précipices & de bois épais, & impraticables du côté de la terre, qu'il le jugea impénétrable de ce côté. C'est ce qu'on nomma dans la fuite le fort de la Roche, ou le refuge de la Tortue. Cet afyle & le magafin que le nouveau gouverneur établit dans le bourg qui étoit au pied de la roche, toujours bien rempli de vin, d'eau-de-vie, de toile, d'armes, de munitions & autres marchandises, y attira bien-tôt tous les boucaniers, dont le nombre augmentoit à vue d'œil, & par une fuite néceffaire, les dégâts qu'ils faifoient fur les terres des Espagnols croiffoient de plus en plus. Cela obligea le président de Saint-Domin gue de lever fix cents foldats avec un bon nombre de matelots, qu'il mit fur fix vaiffeaux & qu'il envoya à la Tortue pour détruire entierement l'établiffement des François. Ces bâtimens s'étant présentés au port de la Tortue, furent canonnés fi vivement, qu'ils furent contraints d'aller mouiller deux lieues fous le vent, en un endroit qu'on nomma depuis l'Anfe de la Plaine des Espagnols. Ils y débarquerent leurs troupes, & vinrent attaquer la forteresse avec une extrême vigueur; mais le fieur le Vaffeur les reçut & les repouffa avec tant de fermeté & de bravoure, qu'après en avoir tué une bonne partie, il contraignit le refte de s'enfuir du côté de leurs bâtimens, & de fe rembarquer en confufion, abandonnant leurs morts, leurs bleflés & tout l'attirail qu'ils avoient mis à terre. Ceci arriva au mois de janvier 1645. Cette victoire enfla tellement le fieur le Vaffeur, qu'il devint tout d'un coup méconnoiffable. Il crut que rien ne lui pouvoit réfifter, & que les mesures qu'il avoit gardées jusques alors avec les habitans & les boucaniers de la côte, n'étoient plus de faifon; il devint cruel jusqu'à l'excès, & encore plus avare. De Poincy ne manqua pas de reffentir vivement le mauvais procédé du fieur le Vaffeur. Il lui venoit de tous côtés des plaintes des excès qu'il commettoit; mais il n'étoit pas en fon pouvoir d'y apporter reméde. Il tâcha plufieurs fois de l'attirer à Saint-Chriftophle, & toujours en vain. A la fin, il prit la rélolution de le tirer par force de fa fortereffe, & de lui faire fon procès: il donna la conmiffion au chevalier de Fontenay d'aller attaquer le fort de la Tortue ; celui ci arrivé dans l'ifle de Saint-Domingue, apprit que le fieur le Valfeur venoft d'être affaffiné par les nommés Thibault & Martin, capitaines de fa garnifon, quoiqu'il leur eut fait de grands biens, & qu'il les eut déclaré les héritiers. Il fut auffi que ces deux officiers étoient maîtres de la forterefle, où il y avoit apparence qu'ils fe défendroient jusqu'à l'extrémité. Il ne laiffa pourtant pas de fe préfenter au havre de la Tortue; mais il fut repouffé fi vivement à coups de canon, qu'il fut contraint d'aller mouiller en une autre rade fous le vent, où il débarqua environ cinq cents hommes, fans habitans y fiffent la moindre oppofition. En effet, quoiqu'ils

que

les

n'euffent pas fujet de regretter le fieur le Vaffeur, ils ne pouvoient regarder les meurtriers qu'avec horreur & indignation, & ceux-ci s'étant apperçus de la mauvaise dispofition des habitans à leur égard,rendirent la fortereffe auffi-tôt qu'on les en fomma. Le chevalier de Fontenay en fut reconnu pour gouverneur avec l'applaudiffement & la joie de Tous les habitans. Il gouverna ces peuples difficiles avec tant de prudence, de douceur & de fermeté, qu'il s'attira bientôt leur amour & leur eftime, & augmenta par ce moyen très-confidérablement le nombre des habitans de fa colonie, & celui des boucaniers & des flibuftiers. Il arma plu fieurs bâtimens pour courir fur les Espagnols; mais, à la fin, les Espagnols laffés des pertes qu'ils faifoient tous les jours fur mer, & des pillages où ils étoient fans cefle expofés, firent un armement confidérable au mois de février 1654. Ils firent leur descente dans l'ifle, & fe pofterent dans un endroit avantageux, d'où ils bloquerent la fortereffe. Le chevalier de Fontenay qui fe flattoit qu'elle étoit inacceffible du côté du nord à caufe des bois, des rochers & des précipices dont elle étoit environnée, fut bien étonné de voir que les Espagnols avoient fait monter à force de bras quelques piéces de canon fur une hauteur qui commandoit fon réduit, d'où ils le battoient fi rudement, qu'après lui avoir tué & eftropié bien du monde, fes gens perdiTent courage, & le forcerent de rendre la place aux Espagnols à des conditions honorables. Ce fut ainfi que l'ifle & le fort de la Tortue revinrent une feconde fois au pouvoir des Espagnols, qui y mirent un commandant avec une garnifon.

Vers la fin de 1659, un gentilhomme de Périgord, nommé du Roffey, fort connu & fort aimé des boucaniers, parce qu'il avoit été leur compagnon de chaffe & de courfe pendant plufieurs années, repaifa de France à Saint-Domingue dans le deflein de reprendre la Tortue. Il parla à fes anciens camarades, leur propofa fon deflein, & les ayant trouvés dispofés à le feconder & à le fuivre, il en affembla environ fix cents, tous bien armés & bien réfolus. Leur descente dans la Tortue devoit être extrêmement fecrete, parce que la réuflite de leur projet confiftoit dans la furprife, n'étant point du tout en état de prendre la forterelle d'une autre maniere, parce qu'ils n'avoient aucune des chofes néceffaires pour faire un hége. Le jour étant pris, & la forme de l'attaque réglée, ils firent embarquer cent hommes qui prirent la route du nord de l'ifle, où ils débarquerent après minuit, & ayant grimpé cette côte fi roide & entrecoupée de précipices, ils furprirent un peu avant le point du jour les Espagnols qui gardoient le fort d'enhaut, où étoit la batterie qui avoit été caufe de la perte de la fortereffe de la Roche: ils donnerent avis à leurs camarades de leur réuffite par quelques coups de fufil. Le gouverneur de la forterelle étonné de ce bruit, fit fortir une partie de fa garnifon pour voir de quoi il s'agiffoit, & en cas de befoin pour repouffer ceux qui attaquoient le fort, ne pouvant s'imaginer qu'il y eut des François fi près de lui, & encore moins qu'ils fe fuflent emparés du fort; mais ceux qui étoient fortis furent presque auffi tôt enveloppés par le gros des boucaniers qui avoient fait leur descente pendant la nuit à l'eft de la fortereffe, & qui étoient en embuscade fur le chemin du fort d'en-haut. Leur réfiftance fut des plus petites, ceux qui ne furent pas tués fur la place voulurent reprendre le chemin de la fortereffe, les François qui les y fuivirent y entrerent pêle-mêle avec eux. On peut juger que le carnage fur grand. Le gouverneur fe Lauva avec peine dans fon donjon & fut obligé quelques momens après de fe rendre à discrétion avec le peu de gens -qui avoient pu fe retirer avec lui. On les garda dans la forteretle pendant quelque tems, après quoi on les transporta en l'ile de Couve. (Cuba) Ce fut ainfi que l'ile & les forts de la Tortue revinrent aux François pour la quatrième fois. M. du Roffey fut reconnu gouverneur par ceux qui l'avoient aidé à faire cette conquête, dont il eut foin de donner avis en France à fes amis, qui lui procurerent une commiffion de la cour; & la Tortue recommença tout de nouveau à fe repeupler, auffi bien que la côte de la Grande Terre qui lui eft oppofée, qu'on a depuis appellée le Port

de Paix.

On a donné le nom de Tortue à cette ifle, parce qu'on prétend qu'étant regardée d'un certain point de vue, elle a la figure de cet animal. Toute la partie qui eft au nord eft extrêmement haute, hachée, escarpée & environnée de

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rochers à fleur d'eau, qui la rendent presqu'inacceffible. Ik n'y a que des canots conduits par des gens bien expérimentés, & qui connoiffent parfaitement bien la côte, qui puiffent y aborder. Le côté du fud qui regarde le nord de Saint-Domingue eft plus uni. La longue montagne qui fait le milieu & toute la longueur de l'ifle, s'abbaiffe infenfible. ment & laiffe une étendue de cinq à fix lieues d'un très-beau pays, où la terre, quoique de différentes espèces, ne laiffe pas d'être très-bonne, & de produire abondamment tout ce qu'on veut lui faire porter, comme tabac, fucre, indigo, coton, gingembre, orangers, citronniers, abricotiers, avocats, pois, bananes, maïs, &c. Les arbres dont les montagnes font couvertes, font d'une groffeur & d'une beauté furprenante. On y trouvoit autrefois quantité de cédres, qu'on appelle acajous aux ifles du Vent. Les bois d'Inde ou lauriers aromatiques y font communs & trèsgros. Il y a des fangliers ou cochons marons, & dans la faifon des graines,& fur-tout de celles de bois d'Inde, on y voit une infinité de ramiers, de perroquets, de grives & autres oiseaux. La côte du fud eft très poiffonneufe; le mouillage eft bon par toute la même côte, depuis la pointe au Maçon jusqu'à la vallée des Espagnols; le meilleur endroit cependant, & qu'on appelle le havre de la Tortue, eft devant le quartier de la baffe terre ; c'eft une baie affez profonde, formée par deux pointes ou langues de terre qui avancent affez en mer, fur l'une desquelles il y avoit une bonne batterie. Le bourg étoit au fond de cet enfoncement fous la fortereffe, dont la grande courtine & les deux bastions faifoient face à la mer, & défendoient très-bien l'entrée & le mouillage de la baie. Cette ifle, quoique petite, auroit pu être mife au rang des meilleures que les François poffedent à l'Amérique, fi elle avoit été mieux pourvue d'eau; mais il n'y avoit aucune riviere & les petits ruisfeaux qui fortent de quelques fources qu'on trouve dans les pentes des montagnes, font fi foibles, qu'ils fe perdent dans les terres & ne vont pas jusqu'à la mer. Il n'y a que la fource de la fortereffe qui foit affez confidérable pour conduire les eaux jusques-là. Les habitans remédioient à ce défaut par des citernes où ils confervoient les eaux de pluie. On comptoit fept quartiers dans cette ifle lorsqu'elle étoit habitée. Celui qui étoit le plus à l'eft fe nommoit la pointe au Maçon, les autres étoient Cayonne, la Baffe-terre, la Montagne, le Ringot, le Milplantage & la Cabesterre. Ce dernier qui étoit presqu'auffi grand que tous les autres enfemble, n'étoit quafi plus habité, parce que la mer y étoit trop rude, & l'embarquement trop difficile pour charger les marchandises, & que leur transport à la Balfeterre, au travers des montagnes, étoit trop penible & trop dangereux. Voilà quelle étoit l'ifle de la Tortue, cette motte de terre & de rochers qui a tant donné de peine aux Espagnols, qui a été fi fouvent prife & reprise, & qui, malgré la petiteffe & fon peu de valeur, doit être regardée comme la mere des floriffantes colonies, que la France a au cap, au port de paix, à Léogane, au petit Goave, à l'ifle à Vache, & dans plufieurs autres endroits.

2. TORTUE, (ifle de la) isle de l'Amérique feptentrionale, dans la mer du nord; on l'appelle auffi l'ISLE DE LA TORTUE SALÉE, pour la diftinguer de l'ISLE DES TORTUES SÉCHES, près du cap de la Floride & de l'ISLE DE LA TORTUE, près de l'ifle de S. Domingue. Elle est d'une grandeur raisonnable, déferte, abondante en fel, & fituée à 11d de latitude feptentrionale, à l'oueft & tant foit peu au nord de l'ifle de Sainte-Marguerite, dont elle est éloignée d'environ quatorze lieues, & d'environ dix-fept ou dix-huit du cap Blanc fur le continent. Un vaisleau qui eft dans ces ifles, un peu du côté du midi, peut voir tout à la fois, quand le tems eft clair, la Terre ferme, SainteMarguerite & la Tortue. La partie orientale de cette derniere ifle eft toute pleine de rochers raboteux, découverts & brifés, qui s'étendent affez loin dans la mer. Du côté du fud-eft, il y a une affez bonne rade pour les vaifleaux, & qui eft fort fréquentée en tems de paix par les vaiffeaux marchands, qui y vont charger du fel en mai, juin, juillet & août; car à deux cents pas de la mer du côté de l'orient, il y a un grand marais falant. Le fel commence à grener au mois d'avril, excepté lorsque la faison eft féche, car on remarque que la pluie y fait grener le fel. On y a vu plus de vingt vaiffeaux tout à la fois en charger, & ces vaiffeaux qui viennent des ifles Caribes, font toujours bien pourvus de Rum, qui eft une boillon forte, composée

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de fucre & de jus de limon, pour faire de la Ponche, afin de donner courage à leurs gens quand ils travaillent à tirer le fel & à le porter à bord. Près de l'occident de l'ifle, da côté du midi, il y a un petit havre & de l'eau douce. Ce bout de l'ifle eft plein de petits arbriffeaux; mais le côté oriental eft pierreux & fans arbres, ne produifant que de méchantes herbes. On y voit des chevres, mais en petit nombre. Les tortues viennent dans les baies faire leurs œufs fur le fable, & c'eft d'elles que l'ifle a tiré fon nom. On ne peut mouiller que dans la rade où font les marais falans, ou bien dans le havre. * Dampier, Voyage autour du Monde, 1. I, p. 75.

TORTUES ou ISLES DES TORTUES SÉCHES, ifle de l'Amérique feptentrionale, & que quelques-uns met. tent au nombre des Lucayes. Ces ifles fort renommées dans les routiers des pilotes, font au nombre de fept ou de huit; on les trouve au midi occidental du cap de la Floride, environ à 294 de longitude, entre les 24 & 25d de latitude nord, à l'occident des ifles des Marvis-à-vis de la pointe occidentale de l'ifle de Cuba, dont elles font éloignées d'environ trente-fix lieues. * De Pife, Atlas.

tyrs,

TORTUNI, peuples du Péloponnéfe, dans l'Achaïe propre, felon Pline, t. 4, c. 6.

TORTYRA. Athénée, l. 1, c. 27, nomme ainfi une des fept villes que le roi Cyrus donna à fon favori Pytharcus. Ortelius foupçonne que cette ville étoit aux environs de l'Afie mineure.

TORUS, colline ou montagne de Sicile, entre Héraclée & Agrigentum, felon Polybe, l. 1, No. 19. TORYBI. Voyez TORRHEBUS.

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TORYNA, lieu de l'Epire, fur la côte. Plutarque, in Antonio. dit que pendant qu'Antoine fe tenoit à l'ancre près du cap d'Actium, à la droite, où fut depuis bâtie la ville de Nicopolis, Céfar fe hâta de traverfer la mer d'Ionie & s'empara le premier du pofte appellé TORYNE. Antoine fut fort confterné d'apprendre cette nouvelle, car fon armée de terre n'étoit pas encore arrivée; mais Cléopatre fe moquant & raillant fur ce mot : Hé bien, dit-elle, qu'y a t-il de fi terrible que Cefar foit affis à Toryne ? Dacier remarque, fur cet endroit de Plutarque, qu'il eft impoffible de conferver dans la langue françoife la grace de cette allufion; ce qu'Amiot, dit-il, avoit fort bien vu. Toryne, qui eft ici un nom de ville, fignifie auffi une cuiller à pot ; & c'eft fur cette derniere fignification que porte toute la plaifanterie de ce mot, comme fi Cléopatre avoit dit: Hé bien, qu'y a-t-il de fi terrible que Céfar fe tienne près du feu à écumer le pot?

1. TOSA, bourg de Sicile, dans le Val-Demone, felon Corneille, qui le met à l'embouchure de la Pollina, dans la mer de Toscane, vers le cap de Cefaledi, & pris par quel

L'Hétru

rie com

prend

La Carfagnana.

ques-uns pour l'ancienne Alefa ou Halefa. Autant de fautes que de mots. 1°. On dit TUSA, felon de l'lfle, & non TOSA. 2°. Ce bourg eft un fort. 3°. Cette forteresse ne se trouve point à l'embouchure de la Pollina, mais à l'embouchure de la riviere TUSA. 4°. On ne dit point le cap Cefaledi, mais le cap de Cefalu. 5°. Tufa ne peut être l'Alefa, ou plutôt l'Alafa des anciens, puisque l'Alafa étoit à l'embouchure du fleuve Alafus, qui eft beaucoup plus à

l'orient.

2. TOSA, riviere d'Italie. Elle prend fa fource au mont Saint-Gottard, & coule dans le Milanez. Son cours est d'abord du nord au fud jusqu'à Ugogna ou Vogogna, où elle tourne tout court vers l'orient, pour aller fe jetter dans le lac Majeur, un peu au-deffus de Palanza. Les anciens l'ont connue fous le nom d'Atifo. * Magin, Carte du duché de Milan.

3. TOSA, petite ville d'Espagne, dans la Catalogne, viguerie de Girone, à l'orient de Blanes, fur le bord feptentrional d'un cap auquel elle donne fon nom, & qu'on appelloit anciennement Lunarium promontorium. Quelquesuns écrivent Toss A au lieu de TOSA. Voyez ToUSE.* Jaillot, Atlas. Délices d'Espagne, p. 616.

4... TOSA, province du Japon, dans l'isle de Xicoco. Elle a deux journées de longueur de l'eft à l'oueft. Le terroir en eft bon, & produit ce qui eft néceffaire à la vie. Dans fa partie méridionale, on trouve le port d'Urando, qui eft le lieu principal de la province.

TOSALE, ville de l'Inde, au-delà du Gange. Prolomée, l. 7, c. 2, qui lui donne le titre de métropole, la marque près du Gange.

TOSANA. Voyez TONOSA.

TOSANLU, riviere d'Afie, dans la Natolie à Tocat, à Niefara ou Néocéfarée, & fe jette dans le Cafalmac, près d'Amafia. On croit que c'eft le Lycus dont parle Pline.

TOSARENA. Voyez OSSARENA.

TOSCANE, grande contrée d'Italie connue des anciens, fous le nom d'Hétrurie. On lui donne cent trente milles du nord au fud, & près de cent vingt milles de l'eft à l'oueft. (a) La marche d'Ancone, la Romagne, le Bolonèse, le Modénois & le Parmefan, la bornent au feptentrion, la mer Méditerranée au midi, le duché d'Ur bin, le Pérugin, l'Orviétano', le Patrimoine de S. Pierre & le duché de Caftro à l'orient, & la mer avec l'état de la république de Génes à l'occident. Cette grande partie d'Italie, pour renfermer toute l'ancienne Hétrurie, devroit comprendre encore quelques autres domaines, qui font entre les mains de divers princes particuliers, (b) comme on peut le voir, en jettant feulement les yeux fur la table qui fuit.

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Les états du grand duc, ou l'Hétrurie propre.

Le nouveau domaine.

Le territoire de
Sienne.

Dans les terres.

Les
Les isles.

fLe domaine de Piombino avec l'isle d'Ilua.
Les petits do-L'état de Gli Prefidii.
Le comté de Petigliano.
maines enclavés Le domaine de Radicofani.
dans la Toscane.

(2) La forêt de Bourgon, Géogr. hift. t. 2, p. Le P. Briet, Parallel. géogr. 2 part. 1. 6.

Le patrimoine de S. Pierre, où font enclavés
les duchés de Caftro & de Ronciglione.

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520. (b) La Toscane, ou l'Hétrurie, paffa de la domination de fes rois à celles des Gaulois Sénonois, qui furent foumis aux

Tome V. HHhhhh

Romains. Après la décadence de l'empire romain, cette
province devint la proie des Barbares, qui inonderent l'Ita
lie; enfuite elle fit partie des états des empereurs d'Occi-
dent ; & enfin, après plufieurs changemens, elle vint aux
Médicis, dont la maifon, felon quelques-uns, fort d'un fei.
gneur de la cour de Charlemagne, & felon d'autres, d'un
grand capitaine qui défendit Alexandre, contre l'empe-
reur Frédéric 1. Ce qu'il y a de bien certain, c'eft que cette
maison peut prouver une fucceffion continue de grands
hommes, depuis Lippo ou Philippe de Médicis, qui vivoit
vers le milieu du treiziéme fiécle, & qui donna tant d'af-
faires aux Gibelins. Il fut bifaïeul d'Everard II, dont les
deux fils Juvencus & Clariffime firent chacun une branche.
Le Pape Léon X, qui fut élu en 1513, étoit de la pre-
miere. Quant à la feconde, Jean de Médicis, petit fils de
Clariffime, fut la tige de deux autres branches. Côme
l'aîné fit la premiere, dont étoit Alexandre, que l'empe-
reur Charles V fit duc de Florence. Laurent le puîné de
Jean, eft chef de celle qui a fini par la mort de Jean-
Gafton de Médicis, arrivée le 9 juillet 1737. Cette maifon
étoit depuis long-tems à la tête de la république de Flo-
rence, quand l'empereur Charles V créa duc fouverain de
cet état, en 1530, Alexandre de Médicis, qui fut tué en
1537, par Laurent de Médicis fon parent. Alexandre
n'ayant point laiffé d'enfans, Jean fon frere, fut duc de
Florence, & fon fils Côme, fut créé grand duc de Tos-
cane, par le pape Pie V, en 1569. Ce pontife avoit ré-
folu d'élever Côme à la dignité royale, mais la crainte
que ce titre ne lui attirât des ennemis, fit qu'il fe contenta
de lui donner celui de grand duc. Les princes qui ont fuc-
cédé à Côme, ont porté le même titre. Ce titre eft fondé
fur ce qu'ils poffédent la plus grande partie de l'Hétrutie,
& l'on a dit comme en proverbe, en parlant du grand duc,
S'il avoit Lucque & Sarzane,
Il feroit roi de Toscane.
Elifabeth Farnéfe, reine douairiere d'Espagne, étant la
plus proche héritiere de Jean-Gafton de Médicis, l'empe-
reur avoit déja donné l'expectative, ou l'inveftiture éven-
tuelle du grand duché de Toscane à don Carlos, fils de cette
reine en 1731, lorsque par le traité de Vienne de l'an 1735,
dont Carlos ayant obtenu le royaume des deux Siciles,
céda fes droits fur le grand duché de Toscane à François
Etienne, duc de Lorraine, qui', de fon côté, a cédé la Lor-
raine au roi Stanislas, & après la mort de ce prince, à la
France, en conféquence, François Etienne, auparavant duc
de Lorraine, & depuis empereur, fit prendre poffes-
fion en fon nom de ce grand duché le 14 juillet 1737, le
lendemain de la mort du grand duc, Jean Gafton. A sa
mort, arrivée le 18 août 1765, fon fecond fils Léopold de
Lorraine, alla en prendre poffeffion.

La Toscane n'a pas un territoire égal par-tout. Il y a de hautes montagnes où l'on trouve des mines d'airain, d'alun, de fer & même d'argent, & des carrieres de très-beau

marbre & de porphyre: dans d'autres quartiers on voit des collines fort agréables, ou l'on recueille quantité de vin, d'oranges, de citrons, d'olives & d'autres fruits; dans d'autres endroits on a des plaines très fertiles en bled & en tout ce qu'on peut fouhaiter pour la vie.

Le grand duc de Toscane eft abfolu. Son confeil eft compofé d'un petit nombre de perfonnes. Dans les affaires épineufes, il y ajoute douze confulteurs nobles; les uns choifis entre les docteurs, les autres parmi les fujets qui ont rempli quelque ambaffade. Pour les affaires militaires, il confulte les généraux les plus expérimentés. Il renvoye la connoiffance des affaires criminelles à fon chancelier & aux fecrétaires. Du refte, il n'a rien changé aux droits ni aux priviléges dont jouilloient les Florentins, dans le tems qu'ils étoient libres. Ses revenus ordinaires montent à un million trois cents mille ducats, dont il en deftine quatrevingts mille pour l'entretien de fes troupes, tant cavalerie qu'infanterie. Les dépenfes pour la marine ne font pas affignées fur ces fonds, mais fur les décimes du clergé, fur les revenus de l'ordre de S. Etienne, & fur le butin qui fe fait fur les ennemis. Dans le befoin, il peut demander à fes fujets une fomme par forme d'emprunt, pourvu qu'elle n'excéde pas celle de cinq mille ducats; alors il leur affigne quelque portion de fes revenus pour leur rembourfement. Le duc Ferdinand avoit mis, felon quelquesuns, en réserve jusqu'à dix millions, & felon d'autres, jusqu'à vingt, fans y comprendre des pierreries & des bijoux d'un grand prix. Le grand duc pofféde, outre cela, dans le royaume de Naples, la principauté de Capiftran, qui lui rapporte vingt-cinq mille ducats de rente. Il jouit en Espagne de quelques domaines; & il a à Rome quatre palais avec fept mille ducats de revenu. Ses forces de terre confiftent en une milice de trente-fix à trente-huit mille fantaffins, qui ont leurs colonels & leurs capitaines, & qui font l'exercice à certains jours marqués. Perfonne n'est exempt de la milice que les clercs & les étudians; & ceux qui font enrollés jouiffent de très-grands priviléges. Sa garde confifte en cent fuifles armés de cuiraffes & de hallebardes, en cent cuiraffiers, & en quatre cents chevaux légers, fans compter un gros corps de noblesse, qui suit toujours le prince. La cavalerie confifte tout au plus en quinze cents chevaux. A l'égard des garnifons, on n'en peut rien dire de fixe; parce que le nombre en augmente ou diminue felon les befoins. Les forces de mer peuvent paffer pour confidérables. On a vu les grands ducs avoir douze galéres, quelques galeaces & deux galions, qui fervoient pour le transport des marchandifes. Ce fut dans le deffein de foutenir la marine, que le duc Côme inftitua en 1571 l'ordre de S. Etienne, dont les grands ducs font grands maîtres. Les chevaliers peuvent être naturels du pays & étrangers. Ils ont cent commanderies, dont le revenu monte à trente mille ducats. Nous joindrons ici la description géographique de la Toscane ou de l'Hétrurie, telle que l'a donnée le pere Briet.

Le domaine du duc de Modène, dans la Carfagnane :

Fila Terra,
Rocca Sibyllina,
Magliana,
Caftiglione,

Caftro-Nuovo.

Cafola,

Le domaine du grand

Finzano,

duc dans la vallée de

Verucola,

Macra, & dans l'A.

Bagone,

pennin.

La Carfagnane.

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Massa,
Carera;

L'état de Maffa & Lauenza, de Carera, autrement Noceto,

la Lunegiane,

Frigido,

Orto-Nuovo

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