Images de page
PDF
ePub

de cavalerie. Mis à la tête de l'armée après la mort d'Alexandre, il défit ou tua les meilleurs capitaines. Ce n'est pas l'habileté de ses ennemis qui fut cause de sa perte, mais la trahison de ses amis. Une preuve de la haute opinion qu'on avait de lui, c'est que pas un des lieutenants d'Alexandre n'osa se faire appeler roi tant qu'il vécut; ils se contentaient du titre de gouverneur. Ce ne fut qu'après sa mort qu'ils prirent le nom de roi et les insignes de la royauté, malgré leur promesse de conserver l'empire aux enfants d'Alexandre. Ils oublièrent leur serment dès qu'ils les virent privés de leur défenseur. Ceux qui donnèrent l'exemple de cette perfidie furent Antigone, Ptolémée, Séleucus, Lysimaque et Cassandre. Antigone remit le corps d'Eumène à ses proches pour l'ensevelir. On lui rendit tous les honneurs militaires, et l'armée tout entière accompagna ses restes, qu'on eut soin de faire trans

sa cause devant Philippe. On l'amène à Athènes. - IV. Condamné et livré au supplice, il est enseveli par ses esclaves.

I. Phocion naquit à Athènes. Quoiqu'il ait souvent commandé les armées et rempli les premières charges, il est plus connu par son intégrité que par ses exploits. On ne l'a jamais cité comme guerrier, mais on a souvent loué sa vertu. C'est elle qui lui a valu ce surnom de l'homme de bien sous lequel il était connu. Il fut toujours pauvre, malgré les occasions qu'il eut de s'enrichir, ayant passé par tous les grands emplois de la république et par tous les honneurs que peut décerner le peuple. Il refusa de grands présents que lui faisait offrir le roi Philippe. Les envoyés le pressaient d'accepter, en lui disant que s'il pouvait se passer de fortune, il devait au moins songer à ses enfants, et ne pas les exposer par leur pauvreté à ne pouvoir soutenir la gloire

porter en Cappadoce, pour être rendus à sa mère, de leur père. « Ce petit champ m'a suffi pour par

à sa femme et à ses enfants.

PHOCION.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Phocion se distingue plutôt par ses vertus que par ses exploits militaires. II. Dans sa vieillesse, il encourt la haine de ses concitoyens pour avoir voulu livrer Athènes à Antipater. Exil de Démosthène. Trahicon qui livre le Pirée. - III. Phocion est banni; il plaide

tor exercitus duxisset, summosque duces partim repulisset, partim interfecisset, captus non Antigoni virtute, sed Macedonum perjurio, talem habuit exitum vitæ. In quo quanta fuerit omnium opinio eorum, qui post Alexandrum Magnum reges sunt appellati, ex hoc facillime potest judicari, quod nemo, Eumene vivo, rex appellatus est, sed præfectus; iidem, post hujus occasum, statim regium ornatum nomenque sumpserunt: neque, quod initio prædicarant, se Alexandri liberis regnum servare, præstare voluerunt; et, uno propugnatore sublato, quid sentirent, aperuerunt. Hujus sceleris principes fuerunt Antigonus, Ptolemæus, Seleucus, Lysimachus, Cassan. der. Antigonus autem Eumenem mortuum propinquis cjus sepeliendum tradidit: hi militari honesto funere, comitante toto exercitu, humaverunt: ossaque ejus in Cappadociam ad matrem atque uxorem liberosque ejus deporlanda curarunt.

PHOCION.

ARGUMENTUM.

id

[blocks in formation]

« venir au rang que j'occupe, répondit-il : si mes

« enfants me ressemblent, il leur suffira de même;

[ocr errors][merged small][ocr errors][merged small][merged small][merged small][merged small]

J. Phocion, Atheniensis. Etsi sæpe exercitibus præfuit, summosque magistratus cepit, tamen multo ejus notior integritas est vitæ, quam rei militaris labor. Itaque hujus memoria est nulla, illius autem magna fama : ex quo cog. nomine Bonus est appellatus. Fuit enim perpetuo pau per, quum divitissimus esse posset, propter frequentes delatos honores, potestatesque summas, quæ ei a populo dabantur. Hic quum a rege Philippo munera magnæ pecuniæ repudiaret, legatique hortarentur accipere, simul. que admonerent, si ipse his facile careret, liberis tamen suis prospiceret, quibus difficile esset in summa paupertate tantam paternam tueri gloriam, his ille : « Si mei similes erunt, idem hic, inquit, agellus illos alet, qui me ad hanc dignitatem perduxit; sin dissimiles sunt futuri, nolo meis impensis illorum ali augerique luxuriam. »

II. Idem quum prope ad annum octogesimum prospera pervenisset fortuna, extremis temporibus magnum in odium pervenit suorum civium. Primo quod cum Demade de urbe tradenda Antipatro consenserat; ejusque consilio Demosthenes cum ceteris, qui bene de republica mereri existimabantur, populiscito in exsilium erant expulsi. Neque in eo solum offenderat, quod patriæ male consu luerat, sed etiam quod amicitiæ fidem non præstiterat : namque, auctus adjutusque a Demosthene, eum, quem tenebat, ascenderat gradum, quum adversus Charetem

pas à Démosthène qu'il devait son élévation? Démosthène l'avait aidé à supplanter Charès; il l'avait défendu plusieurs fois devant les tribunaux dans des affaires capitales; il l'avait fait acquitter; et lui, au lieu de secourir Démosthène à l'heure du danger, il l'avait abandonné. Mais voici ce qui contribua le plus à la ruine de Phocion. Tandis qu'il gouvernait la république, il fut averti par Dercyllus que Nicanor, lieutenant de Cassandre, cherchait à surprendre Athènes. Dercyllus le pressait en même temps de pourvoir à la subsistance de la ville et de prévenir la famine. Mais il soutint devant l'assemblée du peuple qu'il n'y avait rien à craindre, ajoutant qu'il en prenait toute la responsabilité. Peu de temps après, Nicanor se rendit maître du Pirée. Le peuple étant accouru pour réprendre ce port nécessaire à l'existence d'Athènes, Phocion ne fit rien pour seconder ce mouvement et ne voulut pas même se mettre à la tête des combattants.

III. Athènes était alors partagée en deux factions, l'une qui soutenait la cause du peuple, l'autre celle des grands. Phocion et Démétrius dé Phalère étaient à la tête de celle-ci. Toutes deux s'appuyaient sur les Macédoniens. Le parti populaire favorisait Polysperchon, et l'aristocratie, Cassandre. Mais Cassandre fut chassé de Macédoine par son rival; et cet événement ayant donné l'avantage au peuple, on condamna à mort tous les chefs du parti contraire, entre autres Phocion et Démétrius. On les forca de s'exiler, et on envoya des députés à Polysperchon pour le prier de confirmer les décrets rendus. Phocion partit

eum subornaret; ab eodem in judiciis, quum capitis causam diceret, defensus, aliquoties liberatus discesserat : hunc non solum in periculis non defendit, sed etiam prodidit. Concidit autem maxime uno crimine: quod, quum apud eum summum esset imperium populi, et Nicanorem, Cassandri præfectum, insidiari Pirao Atheniensium a Dercyllo moneretur, idemque postularet, ut provideret, ne com. meatibus civitas privaretur; hic, audiente populo, Phocion negavit esse periculum, seque ejus rei obsidem fore pollicitus est. Neque ita multa post Nicanor Piræo est potitus. Ad quem recuperandum, sine quo Athenæ omnino esse non possunt, quum populus armatus concurrisset, ille non modo neminem ad arma vocavit, sed ne armatis quidem præesse voluit.

III. Erant eo tempore Athenis duæ factiones: quarum ima populi causam agebat, altera optimatum ; in hac erat Phocion et Demetrius Phalereus. Harum utraque Macedonum patrociniis nitebatur. Nam populares Polysperchonti favebant: optimates cum Cassandro sentiebant. Interim a Polysperchonte Cassander Macedonia pulsus est. Quo facto populus superior factus, statim duces adversariæ factionis capitis damnatos patria pepulit, in his Phocionem et Demetrium Phalereum; deque ea re legatos ad Polysperchontem misit, qui ab eo peterent, ut sua decreta confirmaret. Huc eodem profectus est Phocion. Quo ut venit, causam apud Philippum regem verbo, re ipsa quidem apud Polysperchontem, jussus est dicere:

[blocks in formation]

l'ac

IV. On le conduisait en voiture à cause de son grand âge, qui l'empêchait de marcher. Dès qu'on apprit son arrivée, le peuple accourut en foule sur son passage. Les uns, se rappelant son ancienne renommée, avaient pitié de sa vieillesse; mais le plus grand nombre était irrité contre lui, cusant d'avoir livré le Pirée, et de s'être montré contraire aux intérêts du peuple. Il n'eut pas même la liberté de parler et de se défendre. Condamné par ses juges après quelques formalités d'usage, il fut remis aux onze magistrats chargés, suivant la loi d'Athènes, de l'exécution des arrêts criminels. Comme on le conduisait au supplice, un de ses amis, Emphylète, se présenta sur son passage, et lui dit en pleurant. « Quel indigne traitement vous éprouvez, Phocion!

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

Je m'y attendais, répondit-il; c'est le sort de « presque tous les grands hommes d'Athènes. >> Le peuple était animé d'une haine si violente contre lui, qu'aucun citoyen libre n'osa lui rendre les derniers devoirs. Il fut enseveli par ses esclaves.

namque is tum regis repus præerat. Hic ab Agnonide ac cusatus, quod Piræum Nicanori prodidisset, ex consilii sententia in custodiam conjectus, Athenas deductus est, ut ibi de eo legibus fieret judicium.

IV. Huc ubi perventum est, quum propter ætatem pedibus jam non valeret, vehiculoque portaretur, magni concursus sunt facti, quum alii, reminiscentes veteris famæ, ætatis misererentur, plurimi vero ira exacuerentur, propter proditionis suspicionem Piræi, maxime que, quod adversus populi commoda in senectute steterat. Qua de re ne perorandi quidem ei data est facultas, et dicendi causam. Inde judicio, legitimis quibusdam confectis, damnatus, traditus est undecim viris, quibus ad supplicium, more Atheniensium, publice damnati tradi solent. Hic quum ad mortem duceretur, obvius ei fuit Emphyletus, quo familiariter fuerat usus. Is quum lacrimens dixisset: O quam indigna perpeteris, Phocion! » huic ille : « At non inopinata, inquit; hunc enim exitum plerique clari viri ha

"

buerunt Athenienses. » In hoc tantum fuit odium multitudinis, ut nemo ausus sit eum liber sepelire: itaque a servis sepultus est.

[blocks in formation]

un citoyen qui était uni par les liens du sang à son frère et à lui, ayant épousé leur sœur. Pour lui, il ne voulut pas porter la main sur son frère, ni même voir couler son sang; au moment du meurtre, il se tint à l'écart avec d'autres conjurés pour empêcher les soldats du tyran de lui porter secours. Ce forfait si glorieux ne fut pas regardé de même par tout le monde. Quelques-uns y voyaient une violation des droits de la nature, et l'envie rabaissait le mérite de cette action.

Depuis ce jour, la mère de Timoléon ne voulut pas le recevoir chez elle : elle ne le vit jamais sans le charger d'imprécations, lui donnant les noms d'impie et de fratricide. Timoléon fut si touché de ces reproches, qu'il voulut plus d'une fois mettre fin à ses jours, et se dérober par la mort à l'ingratitude de ses concitoyens.

I. Timoléon, de Corinthe, fut sans contredit un grand homme, au jugement de tout le monde. Il lui arriva ce qui n'est peut-être arrivé à personne : il délivra le pays où il était né de l'oppression d'un tyran; il affranchit Syracuse, au secours de laquelle on l'avait envoyé, d'une servitude qui ne paraissait plus pouvoir être détruite, et rendit par sa présence la paix et la liberté à toute la Sicile, depuis si longtemps désolée par la guerre, et par la tyrannie des barbares. Mais la fortune ne lui fut pas toujours favorable. Il eut à subir de cruelles vicissitudes; il les supporta avec courage; et ce qui est plus difficile, il montra autant de modération dans la prospérité que de constance dans les revers. Son frère Timophane, élu général par les Corinthiens, s'était emparé de la royauté à l'aide de soldats mercenaires. Timoléon, qui pouvait partager le pouvoir avec lui, ne voulut pas être son complice. Il préféra lasait belle qu'autant que la clémence y avait plus de liberté de ses concitoyens à la vie de son frère, et crut qu'il était plus beau d'obéir aux lois de sa patrie que d'en être le tyran. Il se concerta, pour faire périr Timophane, avec un aruspice et

TIMOLEON.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Timoleon, patria liberata, tyrannum tollit fratrem.
II. Dionysium, Sicilia depulsum, Corinthum mittit.
Icetam superat. Pœnos fundit. Mamercum capit. III.
Instauratis insulæ rebus, imperium deponit. IV. Oculis
captus, reipublicæ consulit. V. Patientiæ ejus exempla.
Funus.

I. Timolcon, Corinthius. Sine dubio magnus omnium judicio hic vir exstitit: namque huic uni contigit, quod nescio an ullli, ut et patriam, in qua erat natus, oppres sam a tyranno liberaret, et a Syracusis, quibus auxilio crat missus, inveteratam servitutem depelleret, totamque Siciliam, multos annos bello vexatam, a barbarisque op pressam, suo adventu in pristinum restitueret. Sed in his rebus non simplici fortuna conflictatus est, et, id quod difficilius putatur, multo sapientius tulit secundam, quam adversam fortunam. Nam quum frater ejus Timophanes, dux a Corinthiis delectus, tyrannidem per milites mercenarios occupasset, particepsque regni posset esse, tantum abfuit a societate sceleris, ut antetulerit suorum civium libertatem fratris saluti, et patriæ parere legibus, quam imperare, satius duxerit. Hac mente per aruspicem, com

II. Cependant Dion avait été tué à Syracuse, et Denys avait ressaisi l'autorité. Les Syracusains demandèrent du secours aux Corinthiens et un général pour les commander. On y envoya Timoléon, qui chassa Denys de toute la Sicile avec un bonheur incroyable. Il pouvait faire périr le tyran; mais il aima mieux le laisser vivre, et le fit conduire en sûreté à Corinthe, comme dans la ville quilui convenait le mieux. Corinthe avait de grandes obligations aux deux Denys, qui plusieurs fois l'avaient aidée de leurs richesses et de leur puissance. Timoléon voulait conserver le souvenir de ces services; d'ailleurs la victoire ne lui parais

place que la cruauté. Il désirait enfin que ses concitoyens n'en fussent pas réduits aux bruits de la renommée, mais qu'ils vissent de leurs yeux le prince qu'il avait vaincu, et de quelle hauteur à

munemque affinem, cui soror, ex eisdem parentibus nata, nupta erat, fratrem tyrannum interficiendum curavit. Ipse non modo manus non attulit, sed ne aspicere quidem fra ternum sanguinem voluit: nam, dum res conficeretur, procul in præsidio fuit, ne quis satelles posset succur. rere. Hoc præclarissimum ejus facinus non pari modo probatum est ab omnibus: nonnulli enim læsam ab eo pietatem putabant, et invidia laudem virtutis obterebant. Mater vero, post id factum, neque domum ad se filium admisit, neque aspexit, quin eum fratricidam impiumque detestans compellaret. Quibus rebus ille adeo est commotus, ut nonnunquam vitæ finem facere voluerit, atque ex ingratorum hominum conspectu morte decedere.

II. Interim Dione Syracusis interfecto, Dionysius rur. sus Syracusarum potitus est: cujus adversarii opem a Corinthiis petierunt, ducemque, quo in bello uterentur, postularunt. Huc Timoleon missus incredibili felicitate Dionysium tota Sicilia depulit; quum interficere posset, noluit; tutoque ut Corinthum perveniret, effecit: quod utrorumque Dionysiorum opibus Corinthii sæpe adjuti fuerant, cujus benignitatis memoriam volebat exstare; eamque præclaram victoriam ducebat, in qua plus esset clementiæ, quam crudelitatis; postremo, ut non solum auribus acciperetur, sed etiam oculis cerneretur, quem, et ex quanto regno, ad quam fortunam detrusisset. Post

quel degré de misère il l'avait fait tomber. Après | trône sans rencontrer d'opposition, s'il l'eût voulu, cette victoire, il fit la guerre à Icétas, qui s'était il préféra leur amour à leur obéissance. Il se dédéclaré contre Denys, non par haine de la tyran- mit du pouvoir dès que les circonstances le lui nie, mais par ambition, comme il le fit voir ensuite, permirent, et vécut en simple particulier à Syran'ayant pas voulu se démettre du commande- cuse le reste de ses jours conduite fort habile ment lorsque Denys eut été chassé. Timoléon, d'ailleurs, en ce qu'elle lui faisait accorder voaprès l'avoir défait, mit en déroute, près du lontairement ce que les rois ne doivent qu'à leur fleuve Crimesse, une armée considérable de Car- autorité. Aucun honneur ne lui manqua. Il ne se thaginois, et les réduisit à se croire trop heureux traita pas une affaire à Syracuse, on n'y rendit de conserver l'Afrique, eux qui, depuis tant d'an- pas un décret, que Timoléon n'eût été consulté. nées, possédaient la Sicile. Il fit aussi prisonnier Aucun avis ne l'emportait sur le sien, ne le baun chef italien nommé Mamercus, homme bel- lançait même ; et c'était, de la part des Syraculiqueux et puissant, qui était venu en Sicile au sains, une preuve de sagesse, autant que d'affecsecours des tyrans. tion pour leur libérateur.

IV. Il était parvenu à un âge fort avancé lorsqu'il perdit la vue, sans que ce malheur fût la suite d'aucune maladie. Il le supporta avec une grande résignation. On ne l'entendit jamais se plaindre, et il n'en continua pas moins à s'occuper des affaires publiques et de ses affaires particulières. Lorsqu'il y avait assemblée du peuple au gymnase, il s'y rendait sur un char attelé de deux chevaux, à cause de sa cécité, et donnait son avis sans en descendre. Personne n'attribuait cela à de l'orgueil. Jamais il ne sortit de sa bouche une parole qui annonçât l'insolence ou la vanité. Lorsqu'il entendait faire son éloge, il se contentait de dire qu'il avait de grandes actions de grâces à rendre aux dieux, qui, voulant régénérer la Sicile, l'avaient choisi pour leur instru

III. Cette guerre terminée, Timoléon voulut réparer les désastres qu'elle avait causés. Toutes les villes et les campagnes étaient désertes: il réunit tout ce qu'il put trouver de Siciliens, et fit venir des colons de son pays, Syracuse ayant été fondée par les Corinthiens. Il rendit aux anciens habitants les terres qui leur avaient appartenu, et distribua aux nouveaux citoyens celles qui se trouvaient sans possesseurs. Il releva les murailles des villes et il reconstruisit les temples. Il rendit aux cités leurs lois et leur liberté. Enfin il fit succéder aux horreurs de la guerre un calme si profond et si universel qu'il eût pu passer pour le fondateur de ces villes avec autant de raison que les anciens chefs de colonie. Il abattit la citadelle de Syracuse que Denys avait élevée pour tenir la ville en respect, et s'appliqua à fairement. Il pensait que rien ne se fait dans le monde disparaître toutes les traces de la servitude. Assez puissant pour attenter à la liberté des Syracusains, assez sûr de leur affection pour s'emparer du

Dionysii decessum cum Iceta bellavit, qui adversatus fuerat Dionysio : quem non odio tyrannidis dissensisse, sed cupiditate, indicio fuit, quod ipse, expulso Dionysio, imperium dimittere noluit. Hoc superato, Timoleon maximas copias Carthaginiensium apud Crimessum flumen fugavit, ac satis habere coegit, si liceret Africam obtinere, qui jam complures annos possessionem Siciliæ tenebant. Cepit etiam Mamercum, Italicum ducem, hominem bellicosum et potentem, qui tyrannos adjutum in Siciliam venerat.

III. Quibus rebus confectis, quum propter diuturnitatem belli non solum regiones, sed etiam urbes desertas videret, conquisivit, quos potuit, primum Siculos; deinde Corintho arcessivit colonos, quod ab his initio Syracusa erant conditæ. Civibus veteribus sua restituit, novis bello vacuefactas possessiones divisit, urbium monia disjecta, fanaque deserta refecit, civitatibus leges libertatemque reddidit: ex maximo bello tantum otium totæ insula conciliavit, ut hic conditor urbium earum, non illi, qui initio deduxerant, videretur. Arcem Syracusis, quam munierat Dionysius ad urbem obsidendam, a fundamentis disjecit; cetera tyrannidis propugnacula demolitus est, deditque operam, ut quam minime multa vestigia servitutis manerent. Quum tantis esset opibus, ut etiam invitis imperare posset, tantum autem haberet amorem omnium Siculorum, ut nullo recusante regnum obtineret, maluit se di

sans la volonté des dieux. Aussi avait-il fait construire dans sa maison un autel à la Providence, et il en faisait l'objet d'un culte assidu.

ligi, quam metui. Itaque, quum primum potuit, imperium deposuit, et privatus Syracusis, quod reliquum vita: fuit, vixit. Neque vero id imperite fecit: nam, quod ce teri reges imperio potuerunt, hic benevolentia tenuit. Nullus honos huic defuit: neque postea res ulla Syracusis gesta est publice, de qua prius sit decretum, quam Timoleontis sententia cognita. Nullius unquam consilium non modo antelatum, sed ne comparatum quidem est: neque id magis benevolentia factum est, quam prudentia.

IV. Hic quum ætate jam provectus esset, sine ullo morbo lumina oculorum amisit; quam calamitatem ita moderate tulit, ut neque eum querentem quisquam audierit, neque eo minus privatis publicisque rebus interfuerit. Veniebat autem in theatrum, quum ibi concilium populi haberetur, propter valetudinem vectus jumentis junctis, atque ita de vehiculo, quæ videbantur, dicebat Neque hoc illi quisquam tribuebat superbiæ, nihil enim unquam neque insolens, neque gloriosum, ex ore ejus exiit. Qui quidem, quum suas laudes audiret prædicari, nunquam aliud dixit, quam se in ea re maximas diis gra tias agere atque habere, quod, quum Siciliam recreare constituissent, tum se potissimum ducem esse voluissent. Nihil enim rerum humanarum sine deorum numine goi putabat. Itaque suæ domi sacellum autopatia; constituerat, idque sanctissime colebat.

V. Des circonstances merveilleuses relevèrent l'éclat de ses grandes qualités. Il livra ses plus grandes batailles le jour anniversaire de sa naissance, qui devint dans la suite un jour de fête pour toute la Sicile. Un certain Lamestius, homme violent et ingrat, voulait le citer en justice pour un procès qu'il disait avoir avec lui: la foule était accourue et voulait le maltraiter; mais Timoléon la conjura de n'en rien faire, disant qu'il ne s'était exposé à tant de fatigues et de dangers que pour assurer ce droit à Lamestius aussi bien qu'aux autres citoyens; que le signe le plus évident de la liberté, c'était que chacun pût recourir aux lois quand il croyait avoir à se plaindre. Un nommé Déménète, semblable à ce Lamestius, s'étant mis devant l'assemblée du peuple à rabaisser ses exploits et à l'insulter, Timoléon dit qu'enfin ses vœux étaient satisfaits, ayant toujours prié les dieux de donner assez de liberté aux Syracusains pour que chacun pût dire impunément ce qu'il pensait sur qui que ce fut. Après sa mort, on lui rendit les honneurs funèbres aux frais du trésor public, et ses restes furent déposés dans le gymnase, appelé depuis Timoléontéum. Toute la Sicile assista à ses obsèques.

DES ROIS.

SOMMAIRE.

CHAP. I. Rois de Sparte, portant le nom de rois sans en exercer la puissance. Monarques de Perse les plus illus.

V. Ad hanc hominis excellentem bonitatem mirabiles accesserunt casus. Nam prælia maxima natali die suo fecit omn; quo factum est, ut ejusdem natalem festum haberet universa Sicilia. Huic quidam Lamestius, homo petulans et ingratus, vadimonium quum vellet imponere, quod cum illo se lege agere diceret, et complures concurrissent, qui procacitatem hominis manibus coercere conarentur, Timoleon oravit omnes, ne id facerent: namque id ut Lamestio ceterisque liceret, se maximos labores summaque adiisse pericula; hanc enim speciem libertatis esse, si omnibus, quod quisque vellet, legibus experiri liceret. Idem, quum quidam Lamestii similis, nomine Demænetus, in concione populi de rebus gestis ejus detrahere cœpisset, ac nonnulla inveheretur in Timoleonta, dixit, nunc demum se voti esse damnatum : namque hoc a diis immortalibus semper precatum, ut talem libertatem restituerent Syracusanis, in qua cuivis liceret, de quo vellet, impune dicere. Hic, quum diem supremum obiisset, publice a Syracusanis in gymnasio, quod Timoleonteum appellatur, tota celebrante Sicilia, sepultus est.

DE REGIBUS.

ARGUMENTUM.

CAP. I. Spartani reges nomine tales, non potestate. Excellen

tres. II. Fameux rois de Macédoine. Un seul, dans la Sicile, acquiert une véritable renommée. III. Les lieutenants d'Alexandre devenus rois.

I. J'ai donné la vie de presque tous les capitaines grecs dont le nom m'a paru digne de mémoire. J'en excepte les rois dont je ne me suis pas occupé, parce que leurs actions ont été racontées à part; d'ailleurs ils ne sont pas en grand nombre. Si j'ai parlé d'Agésilas, c'est qu'il ne fut roi que de nom, comme tous les rois de Sparte. Quant à ceux qui ont exercé le pouvoir absolu, les plus illustres, à mon avis, ont été chez les Perses, Cyrus et Darius, fils d'Hystape, qui, de simples particuliers, s'élevèrent jusqu'au trône par leur mérite. Le premier périt dans un combat contre les Messagètes, et le second mourut de vieillesse. Les Perses ont encore eu trois rois dont le nom mérite d'être distingué : Xerxès et les deux Artaxerxès, Macrochir et Mnémon. Xerxès doit sa célébrité à son expédition de Grèce. On sait qu'il envahit ce pays par terre et par mer, avec l'armée la plus nombreuse qu'on eût encore vue. Macrochir a dû la sienne à ses avantages extérieurs, qu'il relevait encore par une incroyable bravoure. C'était le plus vaillant de tous les Perses. Mnémon se rendit fameux par son équité et sa vertu. Son épouse étant morte par le crime de sa mère, la piété filiale l'emporta sur son ressentiment. Les deux Artaxerxès moururent de maladie. Xerxès fut assassiné par Artaban, l'un de ses officiers.

II. En Macédoine, deux rois ont effacé tous les autres par la grandeur et l'éclat de leurs entre

--

tissimi Persarum reges. II. Macedonum reges clariores. Unus rex Siciliæ vere illustris. - III. Reges ex Alexandri amicis.

digni videbantur, præter reges: namque eos attingere noI. Hi fere fuerunt Græciæ gentis duces, qui memoria luimus, quod omnium res gestaæ separatim sunt relatæ. Neque tamen hi admodum sunt multi. Lacedæmonius autem Agesilaus, nomine, non potestate, fuit rex; sicut ceteri Spartani. Ex his vero, qui dominatum imperio te nuerunt, excellentissimi fuerunt, ut nos judicamus, Persarum Cyrus, et Darius, Hystapis filius; quorum uterque privatus virtute regnum est adeptus. Prior horum apud Massagetas in prælio cecidit; Darius senectute diem obiit supremum. Tres sunt præterea ejusdem generis : Xerxes, et duo Artaxerxes, Macrochir et Mnemon. Xerxi maxime est illustre, quod maximis post hominum memo. riam exercitibus terra marique bellum intulit Græciæ. At Macrochir præcipuam habet laudem amplissimæ pulcherrimæque corporis formæ, quam incredibili ornavit virtute belli: namque illo Perses nemo fuit manu fortior. Mnemon autem justitiæ fama floruit: nam quum matris suæ scelere amisisset uxorem, tantum indulsit dolori, ut eum pietas vinceret. Ex his duo eodem nomine, morbo naturæ debitum reddiderunt; tertius ab Artabano præfecto ferro interemptus est.

II. Ex Macedonum autem genere duo multo ceteros antecesserunt rerum gestarum gloria, Philippus, Anayutæ

« PrécédentContinuer »